PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

cairns 01

En cet automne 2007 nous marchons avec le poète Jean-Claude Touzeil, avec l’éditeur Yves Artufel animateur des éditions Gros Textes et une dizaine de poètes inscrits à leur catalogue. Ce cairn se situe dans la Madone des Fenestres (06).

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Son ambition est, parmi d’autres ambitions dont je ne dirai rien aujourd’hui, de permettre au poème d’entrer dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Ce premier numéro emprunte un des sentiers de Jean-Claude Touzeil. Treize poètes ont bien voulu donner de l’écho à ce sentier. Les éditions Gros Textes ont accepté de nous parler de leur paysage éditorial. (Sur le site des éditions de la Pointe Sarène) Les drailles à caractère pédagogique que je me suis amusé à suivre ne reflètent que mon regard et donnent quelques pistes… à essayer… Pour voir. Pour se mettre en jeu et mettre en jeu la langue… Rien de plus.

Patrick Joquel

Cairns est éditée par les éditions de la Pointe Sarène.

Cairns
1

Sur le sentier de Jean-Claude Touzeil

PASSAGE

À l’hôtel
du temps qui passe
il se contenta
d’abord
d’une méchante
chambre de bonne

Après
il s’arrangea
chambre avec douche
W.C. télé
femme et enfants
tout le confort

Sur le tard
il commanda
une suite

Et après ?

(extrait d’Et après ?
antho Cotcodi XVI° Printemps de Durcet)
BOUQUET

Elle trouvait
les lys
trop lisses
et les lilas
trop las

Elle trouvait
les muguets
trop gais
et les ombelles
trop belles

Elle trouvait
les coquelourdes
trop lourdes
et les campanules
trop nulles

Il lui offrit
un bouquet
de simples

Jean-Claude Touzeil

COMPLICES

Pendant
la récré
l’enfant
a tourné
trois fois
autour
du tronc
et l’arbre
a fleuri
pour de bon

Après
la récré
l’arbre
a tourné
trois fois
sur lui-même
et l’enfant
derrière
la fenêtre
a souri
pour de bon

Jean-Claude Touzeil

VENT D’OUEST

Le vent
dans les peupliers
nous rapporte souvent
sous couvert du secret
les commérages
du bourg d’à côté

Il nous souffle à l’oreille
les mots d’amour
des mammifères marins
et nous colporte à l’occasion
des rumeurs de marée noire

Le vent
dans les peupliers
nous régale parfois
des parfums créoles
des îles plus loin
mais les soirs de tempête
il nous fait plutôt peur
avec son accent
venu du far west

Jean-Claude Touzeil

Pour Louis, escargophile.
ÉLAN

La première fois
que l’escargot
fit le tour
de la Terre
c’était juste
pour occuper
sa retraite
d’employé
communal

Il prit le temps
de regarder
le paysage

La deuxième fois
c’était pour voir
comment allait
le monde

Il prit le temps
de bavarder
avec les gens

Et la troisième fois
ce fut simplement
emporté
par son élan

Il prit le temps
de ralentir
pour éviter
un tour de plus

Jean-Claude Touzeil

ORDRE

Tirant la langue
Sous leur bandeau
Vent contraire
Et mauvais esprit
Ils étaient condamnés
Depuis l’origine
Les échappés

Et s’ils continuaient
Quand même à y croire
C’était pour l’honneur
Et par habitude

À l’entrée de la ville
Ils furent fusillés
Par l’avant-garde
Du peloton

Et tout rentra
Dans l’ordre

Jean-Claude Touzeil
(extrait d’Échappées
antho Cotcodi XVIII° Printemps de Durcet)
FALAFEL

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
falafel
riz pilaf
plus un œuf
très gélif
et trois Leffe
sur le fil
I am full
lof pour lof

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
de l’alef
à l’alpha
y’a pas foule

Jean-Claude Touzeil

SOUPAULT

Ce poète
Soupe au lait
Visita
La Papouaisie
Pour écrire
Des poésies
Pour les grands
Et les petits

Ce poète
Soupe au lait
Ronchonna
Pour la rime
Fit la lippe
Sans raison
Bouscula
Le Breton
Puis soupa
D’un soleil
Et s’assoupit

Ce poète
Sympa mais
Soupe au lait
S’appelait
Nom d’une pipe !
Soupault Philippe

Jean-Claude Touzeil

FIAT LUX

Sur l’île
de Noirmoutier
dans les toilettes
pour hommes
du café
de la place
du général
de Gaulle

La lumière
est précieuse
elle ne dure
qu’une minute

Juste le temps
nécessaire
pour réaliser
qu’il n’y a plus
de papier

Jean-Claude Touzeil

FAILLE

Un coup de dés au bout du fil
Et dans la file un doux de quai

Un fou de gué avec du fiel
Et dans la fiole un goût de fée

Un loup de mai loin de la foule
Et dans le fioul un mou de laie

Un pou de raie dessus la folle
Et dans la fille un roux de paix

Un sou de thé dessous la feuille
Et dans la faille un tout de Sées

Jean-Claude Touzeil

Chemins de traverse

Patrick Joquel
Tu regardes
le ginkgo biloba
de ton balcon

Tu l’écoutes

Il te dit
les saisons
la belle succession
des saisons sur la terre
et sa longue présence
en ce monde

A ses côtés
tu apprends la tendresse
et le désir de vivre
encore un peu plus

Oui
tout cela est bon
Et après ?

*
Sur le balcon glacé
le citronnier frissonne
et l’hiver
à sa branche allume
un rouge gorge

*
Tu cours
presque aussi vite
que ta joie

Elle ne garde
qu’un ou deux châtaigniers
en amont de ton rire
et quand tu crois
la saisir
tu dérapes
sur des bogues d’octobre

Jacqueline Held

D’un saut tu franchis
Les carreaux de la terrasse
D’un pas suspendu
D’aigrette, flamant, héron.
Si tu poses le pied
Sur la ligne de partage
La lettre n’arrivera pas.
Si tu perds l’équilibre
La maison devient grise.
Si tu comptes jusqu’à sept
Le tamaris s’envole.

Petit éloge de la lumière
Editions Gros Textes. Automne 007

Claude Held

passage

on a une façon aveuglante de voir
on a vécu des années durant
on a une heure devant soi

on a un certain âge
on pense que c’est impossible
on se demande vers qui se tourner

on a des souvenirs
des pans entiers
des bancs de sable dans le courant

le courant existe
grâce aux bancs de sable
et réciproquement

réciproquement veut dire
essayer de respirer
entre deux phrases

Fabrice Marzuolo
à Léo

La pipe à Pépé

J’ai gardé la pipe à Pépé
comme ça s’il revient un jour
il pourra s’en servir à nouveau

(Et pépé est revenu
il a vu le monde ce qu’il est devenu
de rage il a cassé sa pipe
il est reparti Pépé)

 
Michel Monnereau

Poisson du soir

Toute ouïe
le petit poisson
écoute sa mer
chanter la berceuse
de la vague désobéissante
qui s’est perdue dans l’eau de là-bas.

Philippe Quinta

Devinette
Dans mon tout petit potager
Une seule courge est rangée
Devinez qui donc l’a mangée

-C’est une sorcière enragée ?
-Un ogre un peu dérangé ?
-Une jardinière outragée ?

C’est moi bien sûr qui l’ai mangée
En purée toute fromagée
La courge de mon potager

Amandine Marembert

les fleurs du poirier phosphorisent le noir du jardin alentour
leur odeur de miel a dû se perdre dans le marc des feuilles
c’est un petit-déjeuner avant l’heure
une table mise pour l’œil
la confiture sans le pot
déjà étalée

Gilles Lades

Ta route
porte-la jusqu’au soir
sur tes épaules batelières

chêne après chêne
le ciel s’agrandit sans bouger

par l’écorce et l’argile
tu rejoins le chemin mémorial

tu attends que le silence te donne voix
comme le soleil couchant
choisit la juste fleur

Romain Fustier

chat-éponge de retour du jardin. le poil gorgé de pluie. en ce dimanche de lenteur et d’élections. mammifère fibreux. ondulant sous la caresse. museau léger qui tourne dans ma main. arrondi poreux. griffes rétractées en signe de contentement. chat mouillé. félidé spongiaire. qui miaule et retient les gouttes. essuie le gazon sur son dos. animal plongé en milieu aquatique. dans une ville marine engloutie par les nuages. mammifère fixé sur mes genoux. créant un courant d’eau entre le bureau et l’ordinateur. chat-éponge gorgé de pluie. carnivore à collerette. qui rentre trempé déçu du jardin. renonçant pour aujourd’hui à ses escapades. jetant l’éponge. en ce dimanche pluvieux où il n’y a pas un chat.

Franck Cottet

Tu mets dans tes yeux tout ce
que tu peux trouver tu entasses tu
entasses. Ça pourra toujours servir.

*
Tes yeux sur la mer, à les laisser
posés là comme ça, tu pourrais
presque t’endormir presque.

*
Plus loin que le vent tu sais qu’il y
a encore des nuages et peut-être
des yeux pour les rêver.

 

Patricia Cottron-Daubigné 

Le corps est entré dans le cri
le visage aussi
depuis longtemps
elle cherche des mots
vivre si mal dans
le mot rouge par exemple
que faire avec
la couleur celle des fleurs
qui versent la lumière
ça pourrait ressembler à une
prière la lumière les fleurs
rouge pourtant le mot
c’est du cri dans la bouche
rouge mon amour .

Chantal Couliou

Sur le rebord du ciel
Entre deux étoiles,
Oublié de tous,
Un croissant de lune
Termine sa nuit
Dans mon bol.

*
La lune,
Un dessert mystérieux
Qui se déguste
A la nuit tombée
Sur un coin de rêves.

Paul Bergèse

L’étoile de mer se désespère.
• Je n’ai pas de queue
je n’ai pas de tête,
c’est pas un’ vie,
j’en ai assez !
J’ai bien cinq bras
et mille pieds,
c’est pas ça qui
va m’arranger.
Quand un bras dit
« C’est par ici »,
les autres crient
« Non, c’est par là ».
Mes pieds ne savent où aller.
Je vis toujours écartelée.

sites des auteurs

Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Philippe Quinta : http://achourit.canalblog.com/
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr

d’autres sites :

le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/

adresses électroniques de quelques auteurs

fabrice.marzuolo@wanadoo.fr
gilles.lades @wanadoo.fr
amandine Marembert et Romain Fustier : contre-allees@wanadoo.fr
Claude et Jacqueline Held : claudeheld@orange.fr
Chantal Couliou : chantal.couliou@laposte.net