PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

cairns 05

Cairns
5

Septembre 2009

Éditeur invité : les éditions Soc et Foc

Cairns numéro cinq, une troisième année pour cette revue biannuelle dont l’objectif demeure de permettre aux enseignants et à leurs élèves de découvrir la création poétique contemporaine.
Ce numéro va dans les traces des éditions Soc et Foc. On y découvrira la plupart des auteurs de son catalogue. Comme une invitation à poursuivre la découverte en se plongeant ensuite dans les livres des auteurs que chacun aura apprécié plus particulièrement.
Le numéro de janvier 2010 accompagnera le thème du Printemps des Poètes Couleur femme.
Pour toute information concernant cette manifestation dont le point d’orgue se tiendra du 8 au 21 mars, contacter

http://www.printempsdespoetes.com

Cependant on ne saurait réduire une éducation à la poésie à une seule quinzaine. C’est toute l’année, chaque jour de classe que l’enfant et le poème dialoguent, se heurtent, s’accompagnent, rient ensemble ou au contraire s’indiffèrent. Le Printemps des Poètes présentent de multiples initiatives en la matière, il offre une liste d’actions possibles et faciles à réaliser. Rien ne nous empêche de nous en inspirer.

La plus simple consiste à donner à entendre un poème par jour. C’est pour cela que Cairns propose dans ses deux livraisons environ une centaine de poèmes en tout. De quoi tenir presque une année scolaire (il faut bien laisser à chacun un peu de recherche personnelle).

Correspondre avec un poète non plus n’est pas très compliqué. Le Printemps des Poètes le propose. Et si le poète n’est pas répertorié ici, on le trouvera sans doute sur le site de la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse ou à la maison des écrivains. Correspondre en collectif bien sûr sinon c’est ingérable pour le poète. Par la poste ou par courriel… Tout est à inventer…

Rien n’empêche non plus d’organiser une lecture en appartement (l’appartement peut être l’école…) et de demander au Printemps des Poètes les coordonnées d’un poète proche…

Bref, pour que le mois de mars devienne la partie émergée de l’iceberg poétique d’une année scolaire, il faut s’y mettre dès la rentrée de septembre… Avec ce cairns numéro cinq spécial Soc et Foc… Par exemple…

En effet il existe autre chose que la bouillie pré mâchée que vendent les acteurs économiques, politiques et parfois soi-disant culturels. Il est nécessaire de permettre aux enfants de se confronter à des créateurs, à leurs œuvres, à leur humanité. C’est aujourd’hui une question de survie ! Eduquer au savoir être, via l’Art et la réflexion qu’il induit, parait essentiel.

On retrouvera toutes ces thématiques chères au Printemps des Poètes comme à nous-mêmes dans le livre suivant : Aux passeurs de poèmes* dans lequel le Printemps des Poètes publie tout un « lot » de conférences qu’il a donné. Autant d’auteurs que de communications, et de thèmes. Une somme de travail. Un croisé des regards. Des enjeux. Voilà de quoi nourrir la réflexion, les réflexions de tous les acteurs du monde socio-économico-poétique. La poésie est non seulement primordiale pour l’être humain mais elle pourrait, si « on » lui ouvrait un peu plus la porte (ce qui pourrait mettre « on » en danger peut-être…), jouer un rôle économique et social.

Il reste à enrichir ce premier ouvrage par de nouvelles contributions. Continuer ainsi à croiser regards, expérimentations et expériences. Car rien n’est figé dans le monde des mots. Ça tremble toujours. Le Printemps des Poètes accompagne, suscite et témoigne de ce tremblement.

Et si cette année nos classes tremblaient de cette émotion appelée poésie…

Cairns reste résolument partenaire de toutes ces aventures au poème près ! N’hésitez pas via le site des éditions de la Pointe Sarène à nous faire part de vos aventures autour du poème. Nous nous en ferons le relais.

Patrick Joquel

* Titre : Aux passeurs de poèmes
Auteur : Collectif
Editeur : Scéren
ISBN : 978-2-240-02699-6
Année de parution : 2008
Prix : 14.90 €
Les éditions Soc et Foc

L’association SOC & FOC a été créée en 1979 dans le bocage vendéen. Elle fête donc en 2009 son 30e anniversaire !
Son objet est « d’encourager la création des œuvres de l’esprit par leur édition, leur diffusion, leur exposition et tout autre moyen propre à les porter à la connaissance du public » (art. 1 des statuts).
Elle a été initiée par 5 personnes et a commencé ses activités dès 1979 en publiant une première série d’opuscules ronéotés et agrafés constitués de textes poétiques ou de nouvelles dont les auteurs étaient les membres fondateurs.
Rapidement, ceux-ci se sont pris au jeu et ont décidé de publier d’autres auteurs.
Aujourd’hui, SOC & FOC publie 5 à 6 livres par an, à compte d’éditeur. A l’automne 2009 paraîtra le 105e ouvrage.
Le tirage varie entre 400 et 1 500 exemplaires, et les livres sont disponibles jusqu’à épuisement complet du stock : jamais de pilon chez SOC & FOC !
Malgré les faibles tirages et l’utilisation très fréquente de la quadrichromie, les tarifs restent accessibles puisque les livres sont vendus entre 12 et 18 euros.
SOC & FOC n’a pas de collection : chaque livre est conçu comme un objet particulier (format, papier…) en fonction des textes et des illustrations, l’originalité étant d’associer systématiquement un auteur à un illustrateur. Les illustrateurs sont parfois de jeunes graphistes (Fanny Millard, Sophie Clothilde, Alexandra Campe pour ne citer que les collaborations les plus récentes), parfois des peintres ou plasticiens reconnus (Patrick Guallino, Sofie Vinet, Patrick Sanitas, Nelly Buret, Jean-Claude Luez, Jacques Trichet, Anne Lamali, Louttre.B, Nathalie de Lauradour…). Quant aux auteurs, ils ont dépassé le cadre régional et proviennent maintenant de la France entière, du Nord (Paul Bergèse) au Sud (Patrick Joquel ou Philippe Quinta), de l’ouest (la Brestoise Chantal Couliou) à l’est (Florian Chantôme ou Isabelle Guigou).
Une série d’une douzaine de titres est davantage accessible aux jeunes lecteurs, sans que la démarcation soit vraiment nette : un bon livre-jeunesse est aussi un bon livre pour les plus grands !
SOC & FOC a fait œuvre patrimoniale en rééditant en 8 tomes, entre 1998 et 2006, les Œuvres poétiques complètes de l’auteur vendéen Pierre Menanteau, en collaboration avec l’association des Amis de Pierre Menanteau.
Plusieurs titres ont été distingués : Portrait pour ma mémoire, textes de Patricia Cottron-Daubigné illustrés par Delphine Berjon, a reçu le Prix de la Région Pays de la Loire en 1997, Du sel sur la langue de Luce Guilbaud illustré par Claudine Gabin a obtenu le Prix de la Ville de Guérande en 2004. Enfin, SOC & FOC a obtenu 2 fois le Prix des Lecteurs Lire et Faire lire en collaboration avec le Printemps des Poètes, en 2007 avec Les Jupes s’étourdissent (Michel Lautru / Marlène Lebrun) et en 2009 avec Les poches pleines de mots (Paul et Titi Bergèse).
SOC & FOC est distribué en bibliothèque par Collines (Orange). Les libraires et les lecteurs peuvent passer commande directement à l’association. Le catalogue des œuvres disponibles est consultables sur le site http://www.soc-et-foc.com, site sur lequel il est aussi possible de commander des ouvrages.
Actuellement, l’association est constituée de 6 membres, dont 3 membres fondateurs qui forment le comité de lecture, participent à la conception du recueil et assurent la diffusion sur les salons du livre.

Le contact :
Editions SOC & FOC – 3 rue des Vignes – La Bujaudière – 85700 La Meilleraie-Tillay
Tél. – fax 02 51 65 81 00
– postmaster@soc-et-foc.com
- http://www.soc-et-foc.com

Paul Bergèse

En cette fin de jour,
les battements s’apaisent.
Et le chaud et le vent,
le rire des oiseaux,
le travail des abeilles.
En bordure des blés,
sous les coquelicots,
timide et solitaire,
le grillon vespéral
astique son violon.

De feu ou de lavande,
dans la poussière
des chemins creux,
les ailes du criquet
rythment encore
mes jeux d’enfance
quand, vers dix ans,
le pas en suspend,
j’espérais deviner
la couleur que cachait
l’élytre de l’insecte.

Paul Bergèse

Dan Bouchery

Ailleurs

Lire les
Poètes
Ça me fait
Une belle tête
Ça me fait
Des bulles dans
La cervule
Ça me fait
Des mots
Dans mon cerveau
Là ?
Dans le
Cervelas ?
Oui !
Aussi !
Lire les poètes
Ça m’fait des bulles
Ça m’fait des poux
Ça m’gratte partout
Ma tête de mots
Ma tête de veau
Elle me démange
Je l’assaisonne
À toutes les sauces
En toutes saisons

J’évite
La tête de cochon !

Inédit Octobre 2004

Hasard

Prendre un papier
Une feuille
Un journal
Pourquoi pas
Au hasard imprimé
Prendre des ciseaux
Sans bouts ronds
Des ciseaux
Aiguisés et
Coupants
Pointus
Bien pointus
Découper la
Forme d’un
Homme
Couper
Couper
À coups de ciseaux
Que les coups
Pleuvent de
Tous les côtés
Attention
Il n’a plus de pieds
Ça fera un
Handicapé
Il en faut
Bien
L’humanité a besoin de
Diversité
Les malheurs font du bien
À ceux
Qui n’en ont
Pas
Couper
Couper
Les coups comme s’il
En pleuvait
Crever les yeux
Deux trous suffisent
Pour voir
L’état du monde
Mieux vaut la cécité
Crever sitôt né
Avant que de comprendre
Pas de bouche
Si
Un trou
Un autre
Une grande bouche
C’est mieux pour
Avaler
Les couleuvres par cargos
Entiers
Ne parler pas la
Bouche
Pleine
Combler cette bouche
Avide
Bourrage de gueule
Bourrage de crâne
C’est pareil
Ne laisser aucun
Espace
Vide
La liberté
Pourrait
S’y engouffrer
Il est ridicule
Votre homme

Il est mort
Il ne tient pas debout
Peu importe
Dans le lot
Serré contre les
Autres
Il tiendra
Forcément
Il tiendra
Dan Bouchery inédit Janvier 2008

Gilles Brulet

Le cerveau de la pierre
Que tu fais rouler du pied
Combien de temps lui faudra-t-il
Pour retrouver la direction des étoiles ?

Une chaise de fer blanche
Au beau milieu du champ
-Oubliée là par un poète ?-

Un nuage s’assied

Gilles Brulet inédit

Florian Chantôme

Regarder la poussière

La fonte me chauffe les cuisses
et un peu plus.

Fenêtre grande ouverte
je défie l’espace,
roquet cosmique
comme un zest de sublime.

Lorsque le froid m’enveloppera de son manteau d’extériorité,
alors j’oublierai,
délibérément,
et je refermerai les battants,
attendant l’heure d’être happé,
par le sidéral.

Déshéritage

Dans une veine positive,
mon grand-père militait naturellement
pour la machinerie du progrès.
Et, lorsque j’étais enfant,
je demandais à l’opératrice « le 1 à Mandre », son pays,
son garage noir des graisses minérales
et sa légende d’aviateur
aux marges de la ruralité d’hier.

Mon père,
repus de trente années glorieusement appareillées,
la pointeuse vigile pour caution,
misait sur la relève des misères
comme on s’engage dans une artère promise,
les ongles clairs.

Quant à moi, désappointé et le dos rond,
je profite de la dégriffe des grands succès,
laissant se patiner la fragile jeunesse
de mes ancêtres.

Mes enfants devront tramer des fils d’espérance
à la chaîne de leur impossible innocence.

Florian Chantôme

Franck Cottet

Fragments du jour et de la nuit (extraits)
Ensemble inédit

Tes mains bien à plat sur la table puis tes mains autour de la tasse de café. La lumière sur la toile cirée usée. Tu la prends avec les yeux. Tu souris. Tu ne pensais à rien, maintenant tu penses à la lumière déposée sur la toile cirée. Tu fermes les yeux pour la fixer dans la mémoire. Parce qu’après le café, y aller.

Tu déchires les rêves de la nuit passée les mets sur la table avec les miettes te démènes avec ce qui vient du jour la tache simple de dénouer la lumière.

Un silence épais, lourd, tombe de l’ampoule de la cuisine attend venir son heure. Tu regardes ta veste accrochée au portemanteau, vieille peau abandonnée hier. Tu es prêt.

La fêlure sur la vitre
de la fenêtre
sur le monde

Les gestes dans ta vie, bien rangés, à leur place. A bien y regarder, pas un en trop, tiennent debout ta tête tes pas. Quand il arrive que tu les regardes de loin, ça te fait un peu peur, ne sais pas si ça devrait en éteignant la radio tu ne sais pas, si tu en décalais un ou deux, même à peine. Tu mets ton bol dans l’évier. Tu ne sais pas…
Dans le silence cousu des lèvres dans la lumière d’hiver de la cuisine tu penses aux mots du poème qui vient et s’ils ne venaient plus en faisant la sauce de salade ?

L’ennui c’est enfant derrière une fenêtre où l’envie se consume comme oiseau sur la pluie qui tombe dehors la voix-prison d’une mère.

En cherchant bien avec du temps, tu pourrais peut-être trouver une autre vie à vivre, une qui se déplierait un peu au hasard, comme la mauvaise herbe, te laisserait des surprises.

Le sang qui coule dans ta voix tu pourrais croire qu’il déplacerait des montagnes tu te le dis quand tu parles tout seul au fond du jardin que tu ressors le bric à brac de la journée que tu penses qu’après tout ça vaut peut-être la peine…

Et quand la nuit te serre la gorge te tord le cou la peau et toute sa place tu as beau allumer la lampe de chevet, l’ampoule n’éclaire rien.

Franck Cottet

 

Patricia Cottron-Daubigné

Fatigues poisseuses
et lourdes
trouez
de vos visages bouffis
le paysage
ah ! la clameur des corps
dans leurs jardins de sérénité.
 
 

Portez haut votre cou
et vaste votre chevelure
Votre regard ? intense
Assourdissez encore votre voix
profonde suave
maîtrisez bien l’ampleur du geste
soyez l’image exacte de la parfaite générosité
 
image-écran
 

Patricia Cottron-Daubigné
 
 

Chantal Couliou

Sur le bord de l’étagère
l’équateur voudrait bien se libérer
de sa fonction d ‘équité
et puis les tropiques en ont assez
d’être frères jumeaux
Ils rêvent d’indépendance
et le globe
avec tout ça
est dans tous ses états.

*

Dans le coin de la classe
une araignée gymnaste
s’étourdit au milieu des additions et des divisions
osera-t-elle se glisser entre les pages de mon cahier de maths
pour ingérer ces potions imbuvables
que sont les pourcentages et les fractions ?

Jean Foucault
Poème spontané du 23 mai 2005

— ollllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll

Ce poème a surgi du fond du coude, alors que je procédais à une autre activité et n’avais pas pris suffisamment attention à la maîtrise de chaque partie de mon corps.
Il exprimera toujours ce monde chaotique qui nous entoure, un chaos, comme on peut le remarquer, qui ne demande qu’à se structurer pour mieux tromper son monde.
J’aimerais que quelqu’un puisse dire ce poème avec toute la passion qu’il mérite.

Nombril et nombrelle

Au matin j’ai remarqué
Posé sur mon épaule gauche

Un beau papillon bleu
Un bleu de Prusse.

Je me demande
Si cette apparition
N’est pas la suite
Du papillon blanc
Venu me heurter
Hier après-midi
Au milieu du jardin public.

Mais ce n’est pas tout
Je n’en ai pas fini
Avec ce papillon.

Je l’observe,
J’en compte les battements.

Est-ce papillon
Ou papillonne ?

Qu’importe si ces battements
Sont nombre-il
Ou nombre-elle.

Ils m’apparpillonnent
Et mon fait découvrir
La beauté du nombre-il,
La puissance du nombre-elle.

(Jean Foucault, 2007-2009)

Isabelle Guigou
(les deux premiers sont extraits de Instants des bas champs, publié chez Soc et Foc, le troisième est un inédit)

Au-delà de la digue, tu empruntes la colère de la mer
Craches des embruns à la face des blockhaus

Puis tu t’éloignes
parler de la lumière en ces champs qui flottent sur la mer te semble une voix possible pour marcher vers la vie.

Les vaches  qui paissent là n’ont jamais vu la mer
Elles la connaissent par ouï-dire,
Par les rumeurs colportées par le vent,
Les récits criards des mouettes ;
Elles la rêvent, s’émeuvent de la savoir agitée, d’humeur sombre, déplorent les déchets qui la souillent, l’aiment mais lorsqu’elles écrivent, couchées sur la terre,
C’est à l’herbe, revenue en leur bouche que vont leurs mots.

A Mélie
 
Petite pomme toi aussi que je découvre dans cet hôpital trop silencieux
On fait connaissance autour de quelques textes, de mot en mot ton corps plus maigre, jusqu’à ce tube planté dans ta face
Je voudrais écraser d’un coup de main rageur ces pommes pourries, t’offrir dans un éclat de rire une brassée de fleurs
Petite pomme
Apprends à aimer les aventures de la vie
On s’embarque, tu es Sinbad le marin, vogue, vogue, petite pomme
Le vent gonfle les voiles ! Respire le parfum de la mer !
Ne tremble pas devant le bourgeonnement féminin de ton corps
Devant cette enfance que tu crois à jamais perdue
Si tu savais combien de gosses jouent encore aux billes derrière leurs barbes ou sur leurs hauts talons, combien d’adolescents aux cheveux blancs tremblent face au visage aimé, comme pour un premier baiser
Petite pomme
Laisse,
Laisse faire la vie, déchire
Déchire les images idéales et fausses
Petite pomme
Trouve, dans ces mots que tu traces, une forme réconciliée
Trouve toi.

Isabelle Guigou

Luce Guilbaud

Pensées flottantes flou sur image
les bottes pleines de nuages
sac à dos poids plume
plein de rêves endormis

vieux bonhomme sans but
il fume du gris dans sa pipe
les yeux au bord des larmes
il brouille un peu le paysage
avec ses mains de pluie
le temps d’effacer les fenêtres
il dort dans les vallées
la tête sous les ponts

c’est le porteur de brouillard
qui traverse le soir
dans le rire jaune des phares.

Je marche
à travers le vocabulaire tendre des matins
à la limite des formes mouvantes de ma mémoire
j’avance sur mes traces
je cherche un pays d’herbe et d’eau
de nuages et de vent
un pays de pages blanches
d’où je suivrai avec le doigt
le mode d’emploi des abeilles et des salicaires

plus loin c’est là où les arbres parlent
avec les noms qui te connaissent.

Luce Guilbaud

Celui qui cherche encore son voyage
Celle qui mise à jour peut se tromper
Celui qui fantômes habitués les traduit de mémoire
Celle qui caracole caravelle et cavale de baisers
Celui qui bleu de poitrine large ouverte
Celle qui s’encielle libellule et aile
Celui qui cellules multiples de rouges diffus
Celle qui de braise fluide à leurs rives est vivante
Ceux-là ont verts et vents de forêts
Graines et pollens prairies sous l’eau
Feuille muette et menthe sur page blanche.

Luce Guilbaud

Mer roulée de galets sonores
de cris de fureur de peurs
sous les vagues la mer
de peurs de fureur de cris
sur les rochers les vagues
d’écume poignardée de bave
de murmures de menaces de mer
roches broyées coquilles éclatées
de fureur de menaces de cris
galets roulés de mer sonore
vagues emportées marées
rochers contre rochers
seiches décapitées étoiles dépecées
grandes marées de bouches noyées
la mer la peur le cri…

Luce Guilbaud

Gaston Herbreteau

Le yo-yo

Le yo-yo monte
en mangeant la ficelle
le yo-yo descend
en la libérant.

Le yo-yo monte
à la tour de Babel
le yo-yo descend
dans la tête de l’enfant.

Le yo-yo monte
plus haut que le rêve
le yo-yo descend
plus bas tristement.

L’araignée

L’araignée a régné
dans le grenier
la reine a piégé
ses invités
dans l’arène
qu’elle a tissée
que de perfidie
dit le père Fidy
aux insectes
elle veut vous
exterminer
le soir espoir
araignée noctambule
déambule déambule
du grenier au vestibule
le matin chagrin
que de perfifie
dit le père Fidy
qui se nourrit de rien
peut-on manger les siens ?

Gaston Herbreteau

Patrick Joquel

Deux poèmes extraits de Comme un chuintement d’air
A paraître en 2010 aux éditions Soc et Foc avec des images de Nathalie de Lauradour

Dans ces couloirs privés de soleil
tes mâchoires se serrent

Respirer oppresse

Sur ton épaule
un ange
murmure
ses ailes

Le long des nuits cernées de projecteurs
quand un bref éclat d’obscurité
lui permet d’apercevoir
glissant sur sa lointaine orbite
un satellite de communication
il te sourit

Dehors
le lièvre et le crapaud
les pâquerettes
la buse et le chant des chênes
tous ces petits bonheurs
en liberté

Libres
comme flocons de mars

Flocons légers
qui fondent sur le sol de la prison
mouillent le goudron
puis
suivent
tranquillement
les canalisations d’évacuation des eaux

Tu rêves d’être soluble

Patrick Joquel

Michel Lautru

Mélangés

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Un pied romain
L’autre ostrogoth
La face burgonde
Le torse normand
Un peu de 732 dans les veines
Et de 1515 dans les artères

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Et nos télés
Nos voitures, nos frigos
Sont aussi mélangés
Fabriqués par Aziz
Par Abdel, par Tonio

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Et nos cimetières de France
Sont de curieux mélanges
De peaux noires, de peaux blanches,
De peaux et d’os mélangés
D’humus étrangement mélangé
Pour faire pousser les ailes de la liberté.

Mamie rapetissait
Se recroquevillait à vue d’œil
Toute petite sur le seuil
Une chatte amie
Une mouche, une fourmi…
Mamie rapetissait
Mamie disparaissait
Plus petite qu’un moustique
Vraiment microscopique
Mais encore très coquette
Entre deux brins de moquette.

Michel Lautru

Les doigts de pied.

Il faut être sévère
Avec ses doigts de pied
Avec ses doigts de pied
Pas toujours bien rangés

Il faut être sévère
Le tout petit surtout
Quand il a des ratés

Il faut être sévère
Et ne pas hésiter
Couper au ras du pied
Du genou, du bassin
Couper au ras du cou

Il faut être sévère
Et même couper plus haut
Couper à perdre la raison
Au ras des yeux
Au ras du front

Il faut être sévère
Et surtout bien savoir
Que la sévérité
Ne peut pas faire plier
Des doigts de pied mal rangés.

Michel Lautru

Liska

Toi la souris

Toi la souris
Tu grandiras
Tu grossiras
Tu forciras
Toi la souris
Tu seras rat

J’ai planté hier

J’ai planté hier
Ma joncisse à l’envers,
J’ai cueilli ce matin
Une narquille à pleine main !

Liska

Roland Nadaus

UNE GROSSE BISE

L’escargot rentre dans
sa coquille
• mais as-tu vu un escargot ? –

L‘escargot sort de sa coquille
et tout son corps n’est qu’un grand pied
• mais l’as-tu vu baver ? –

Car il a aussi une tête
avec des cornes deux fois deux
qui n’en sont pas des cornes mais
des yeux sur antennes
• imagines-tu ce que voit l’escargot ? –

Il avance sur terre
comme un sous-marin dans la mer
et avec ses yeux périscopes
il lit le monde à l’envers
comme toi tu lis les étoiles
• mais sais-tu lire dans une salade ? –

Car l’escargot (comme les limaces sans coquille)
aime beaucoup les laitues –le sais-tu ? –
Il aime aussi les jeunes pousses
et les fleurs fanées
et l’herbe tendre des fossés
qu’il mange en les embrassant
• Et toi comment embrasses-tu? –
CINQ SENS INSENSÉS

Tes yeux dorment debout
• tu as trop regardé d’étoiles –

Ton nez s’enrhume et coule
– quand il respire l’odeur des autres –

Mais tes oreilles font antennes
• pour capter la Parole du monde –

Et ta langue papille
– les sucs savoureux de la Vie –

Ta peau frémit ou se hérisse
• quand on la caresse ou la griffe –
Tu as
–et tu es –

Cinq sens
– insensés –

Et c’est pourquoi on t’aime
– tu nous ressembles sans nous singer –

Roland Nadaus

Philippe Quinta

Deux poèmes extraits de jeux de doigts aux éditions Soc et Foc

Les chanceux

Nous qui possédons nos deux mains
Pensons à ceux qui n’en ont point

Faisons ensemble l’inventaire
De ce que nos mains savent faire

Car elles tirent, cueillent, nouent
Écrivent, poussent, prient ou jouent
Saisissent, caressent, déchirent
Sèment, saluent, peuvent s’ouvrir

S’offrir comme deux simples fleurs
À ceux qui sont dans le malheur

Bâtir

Un doigt
Deux doigts
Trois doigts
Quatre doigts
Cinq doigts
Dix doigts

Dis-toi
Que tu as un toit
Un toit

Pour toi et moi

Philippe Quinta

Jacques Thomassaint

RAPière ou RAPierre ?

A l’âge de pierre
on ne connaissait
ni le fer
ni le rap
ni le hip
ni le hop
ni les bugs
ni les bus
ni Nini
ni Mimi
Ho la la !
Pauvre Pierre !
Il est déjà si vieux ?

DéRAPage

Mon stylo
jette l’encre
en mots vagues
prend la page
pour la plage
prend le large
et s’étale
coule et se noie
orage
ô désespoir
ô tache noire
indélébile
c’est l’histoire
d’un stylo
qui s’en va
à vau l’eau !

Jacques Thomassaint

Jean-Claude Touzeil

ALERTE

La girafe allume
son gyrophare
L’hippopotame remue
le popotin
L’éléphant fait chauffer
son diesel
Le gorille tripote
les warnings
Et le rhino urine
tout partout

Insensiblement
le paresseux accélère
le mouvement

La gazelle tricote
des gambettes
Le phacochère phagocyte
les enchères
Le jaguar enclenche
le turbo
Le serpent fait crisser
ses viscères
Et le lion déjà loin
prend les devants

On annonce
un feu de brousse
sur radio-savane…

SIGNES

Dans la maison tristou
Au menu de l’hiver
Coulis de courants d’air

Je chauffe le café
Le vent frappe au carreau
Et c’est signe de givre

Quand j’attrape mon bol
Le vent est au placard
On aura de la neige

Un sucre une cuillère
Le vent est au tiroir
Et c’est signe de glace

Je beurre mes biscottes
Le vent crie sous la porte
Peut-être du verglas

Confiture de fraises
Le vent est sous la table
Et c’est signe de gel

J’avale mon petit-déj’
Le vent est dans le bol
Aïe ! bonjour les congères

Les signes s’additionnent
Je vais faire du feu
Dans la maison tristou

Jean-Claude Touzeil

Sofie Vinet

Extraits du texte trans mission
publié dans la revue SENS DESSOUS La transmission N°2 juillet 2007, édité par l ‘association PAROLES

Les chats ne viennent plus miauler sous la fenêtre de la vieille dame.
Les géraniums ont séchés.
Cédée à l’héritier la maison a été vendue, transformée, vidée de son âme.
Bientôt on lira à louer.
Pourtant la petite fille continue de grandir avec
pour héritage le souvenir, l’ odeur de la maison, les petites affaires
le sourire de la grand mère,
les moments passés ensemble sur le canapé, Marie Louise lui prenait la main,
elles étaient en paix.
En apparence, rien n’a vraiment changé dans sa vie dans son être
si ce n’est, cette sensation chaque jour un peu plus forte
d’appartenir au flux incessant de la vie.

Il n’y a plus de chats dans le village.
Devant la fenêtre de la vieille dame
plusieurs voitures avec, collé sur le par brise arrière, un grand A.
A travers les carreaux, des silhouettes.
Elles ne connaissent pas la vie de Marie louise.
Les murs de la maison ne transpirent plus son histoire, elle est partie .
Pourtant les pierres et la terre savent , elles.
Elles portent le souvenir et l’espoir que ces nouveaux locataires, de passage certes, sauront donner un nouveau souffle à ces lieux.
Sans le savoir, ces jeunes gens attraperont le fil de l’histoire de la vieille dame.
Juste avant son départ, elle avait semé des œillets rouges, là
au coin de la maison.

Sofie Vinet

Pistes d’ateliers d’écriture :

• Paul Bergèse : En cette fin de jour… Et chez toi comment se passe la fin du jour ?

• Chantal Couliou : avec elle, jeter un nouveau regard sur la classe et l’école ! Chercher ainsi la vie secrète des objets, du vivant dans l’école et leur donner la parole dans de petits textes, mettre en mot puis en photo (exposition) toute cette vie…

• Luce Guilbaud : Pensées flottantes… choisir une image avec un personnage, puis écrire le poème du personnage… Présenter les deux ensemble sur un papier cartonné.

• Luce Guilbaud : Mer… changer de lieux, recenser tous les mots qui résonnent avec ce lieu puis les installer dans un texte en s’inspirant de ce poème.

• Michel Lautru : Les doigts de pieds… Il faut être sévère… choisissons un autre objet de notre sévérité ! Une partie du corps ? Quelque chose d’autre ? Par exemple les cactus… Pourquoi pas…

• Michel Lautru : Mélangés… Et si nous regardions d’où viennent nos produits quotidiens… les Made in… Une fois listés essayons de fabriquer un texte avec eux…

• Liska : J’ai planté… Choisissons deux mots, mélangeons leurs syllabes et jouons à créer un texte qui utilisera la rime. Un quatrain serait bien.

• Roland Nadaus : Une grosse bise… Change d’animal et laisse-toi imaginer… imagine aussi une autre fin… à la place de la bise…

• Jean-Claude Touzeil, choisissons des animaux, jouons avec les rimes, les situations, les lieux…

• Sofie Vinet : souvenirs souvenirs… des textes qui parlent de nos souvenirs… bons ou mauvais…
Pistes de Lectures

Un hiver comme un autre
Franck Cottet
Illustrateur : Evelyne-Winocq Debeire
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-52-6
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
Un jour le poète vit. Du verbe vivre autant que du verbe voir. Ce qu’il vit s’écrit. Des mots fixent le fugitif. Ce quotidien dont on aimerait tant qu’il nous exalte… juste une question de regard : chacun vit une vie unique et extraordinaire ! Sommes-nous prêts à nous laisser exalter par nos instants de vie ?
Ce livre d’heures toutes simples et simplement denses danse à la lecture avec le quotidien du lecteur. Nos vies se ressemblent tellement. Nous ressemblent tant. Nous rassemblent. Tant à partager. Et tant d’échanges refusés…
Le livre vibre entre les doigts. Entre les paupières. Les pages s’accordent aux battements de cœur. On est en proximité.
Ça vibre aussi et si discrètement qu’on pourrait les oublier presque, dans les encres de l’artiste. Un accompagne-ment d’une élégance et d’une sobriété que pour ma part j’apprécie énormément.
Un livre au ton juste.

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Les escargots sont des héros / La pieuvre qui faisait bouger la mer
Roland Nadaus
Illustrateur : Sophie Clotilde
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-55-7
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Une réussite ! J’en reste saisi, muet, en flottement, musement… Deux livres en un : celui des escargots et celui de la pieuvre. Tête-bêche. Celui de la pieuvre est une plongée dans un monde flottant, liquide… On perd pied. On suit le courant. Il nous entraîne dans un état proche de l’émerveillement. On est bien dans ce monde… Celui des escargots est plus terre à terre. Questions de vie, de mort, de survie et d’amour sont au programme. Du dense. Mais toujours avec douceur.
On ressort de ce double ouvrage plutôt bousculé. Et on y retourne vite tant il est riche et prenant. Les illustrations sont de petites statues qu’une fée de passage pourrait bien rendre vivante…
Chapeau !

*
jeux de doigts jeux de rois
Philippe Quinta
Illustrateur :Fanny Millard
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-51-9
Année de parution : 2008
Prix : 12€
Inventer de nouvelles comptines et autres jeux de doigts pour les petits du 21e siècle (et les grands aussi faut pas les oublier), fallait oser. Philippe Quinta l’a osé. Et de belle manière ! Car l’exercice est difficile. La réussite ici est à chaque page et même si l’une ou l’autre me laisse vraiment pantois, toutes, je les imagine bien volontiers dans les classes de petits et de moyens de maternelle avec les yeux pétillants et les mains rieuses !
L’air de rien ces poèmes ne se contentent pas de jouer aux doigts… ils parlent de toit… ça ne vous évoque rien ? de copains… de la vie et des tortures qui parfois… de chagrins et de joies… bref rien de vraiment anodin, rien de vraiment simple. Le poème a cela de magique, sous un mot se cachent des pans entiers de l’univers… Vibrer ainsi avec de petites voix chapeau !
Quant aux images, elles ont un petit air d’enfance et de légèreté qui va bien avec les mots. Un livre dans lequel je me sens bien en harmonie avec les autres, le monde et mon enfance…

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Une manière d’aile
Patricia Cottron-Daubigné
Peintures : Patrick Sanitas
Editeur : soc et Foc
Isbn 978-2-912360-50-2
Année de parution : 2008
Prix : 18 €
Un livre splendide. Un peintre Patrick Sanitas et une poète Patricia Cottron-Daubigné croisent leurs talents. Leurs émotions. Leurs images. Leurs couleurs. Leurs mots. Crayons, pinceaux s’entremêlent sur le papier pour former un livre atypique. Totalement imbriqué. C’est plein de sensualité. Cela a comme un désir d’Italie. Ou un songe… Peintures et mots dressent ensemble un paysage résolument sud. Chaud. Chaleureux. Dans lequel on a envie d’entrer. De déambuler. Au soleil ou à la fraîche. Seul ou à deux…
Une fois de plus avec ce livre je me trouve confronté à cette équation bizarre dont j’avais parlé à la Sapienza de Rome : dans un livre où le poète et l’artiste travaillent vraiment ensemble : un plus un égalent au moins trois !

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Des grains d’alors
Florian Chantôme
Images : Cyrille Laurent
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-54-0
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Un livre élégant. Des haïkus. Des images. L’œil glisse des uns à l’autre et réciproquement. Sobrement. Et ça soulève comme des échos en soi. Des réminiscences. Des accords. Beaucoup de vibrations dans ce livre, comme entre lui et le lecteur. Le tout c’est d’accepter d’entrer dans la solitude et le silence que crée ce livre. Un livre dans lequel on se promène alors librement. En avant. En arrière. On prend les itinéraires comme on les sent, comme ils viennent. Il y a trois parties, trois cheminements bien distincts dans l’organisation des haïkus, cependant on peut les emprunter dans le désordre. J’aime assez cette multiplication des entrées.
Un livre ouvert !

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Mot je te vois
Gaston Herbreteau
Illustrateur : Alexandra Campe
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-53-3
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
Après Mot, y-es-tu ? en 1999 et Mot, que fais-tu ? en 2003, tous deux chez Soc et Foc également, Gaston Herbreteau poursuit son interrogation et sa recherche entre les mots à lire et les mots à voir. Entre le sens du texte et l’image qu’il crée. Image tout autant mentale que plastique. On retrouve ici des acrostiches, un poème taupe, des calligrammes. C’est simple et pertinent. Réussi. Les collages d’Alexandra Campe sont à observer finement : beaucoup de délicatesse, de nuances et de vie. La rencontre de ces deux artistes crée un livre joyeux, lumineux et dans lequel on se sent bien. Un livre qui incite à la création également. Un livre moteur !

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les jours mes nuits
Lise Lundi-Cassin
Editeur : Soc et Foc
Photos : Claude Burneau
ISBN : 978-2-912360-49-6
Année de parution : 2008
Prix : 12 €

Un livre à deux voix. Celle du jour : des croquis pris sur le vif du quotidien. Celle des nuits : journal nocturne d’un marin solitaire à bord de son catamaran sous couette. De petits textes. Chacun avec son émotion. Chacun semble interroger le lecteur : qu’est-ce qu’une vie ? est-ce que c’est une vie ? ces petits riens qui agacent, qui sourient… qu’on ne voit même pas, même plus… et pourtant…
Ça invite à la tolérance ce livre là. A l’ouverture : la seule qui compte celle qui nous ouvre à l’autre, à sa réalité ; à son humanité. Au respect.
Oui tout ceci ça fait beaucoup de vie. faudrait demeurer à cette hauteur là : vivre à hauteur de vie !

Les photographies en noir et blanc fondent le texte. Tout ceci tient bien en page. Et ce n’est pas la moindre des réussites du livre que de marier ainsi aux jours et aux nuits, des fragments d’images du quotidien.

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Les loups donnent de la voix
Gilles Brulet et Jean-Claude Touzeil
Illustré par Patrick Guallino
ISBN 2-912360-28-5
Editions Soc et Foc 2004
12€
Un livre à six mains, et je ne compte pas celles de Soc et Foc (2 ? 4 ? …). Jean-Claude Touzeil et Gilles Brulet entrelacent leurs écritures en de courts poèmes qui se répondent parfois, se contrastent, s’accompagnent ou s’ignorent sans que l’on sache vraiment qui a écrit quoi, à moins de bien connaître les deux compères…
C’est une dynamique qui dynamite chaque écriture, créant ainsi un nouveau poète mi-réel, mi-virtuel…
Patrick Guallino colorie tout cela de ses lumières et de ses légèretés !
Cela fait un livre ensoleillé pour partir loin des pensées uniques ambiantes, des grisailles quotidiennes… Un livre qui respire son lecteur à pleines couleurs !
Il ne faut pas hésiter à se faire du bien !

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Mon chat est un drôle de zèbre
Jacques Thomassaint
Illustré par Johanne de Monès
ISBN ISBN 2-912360-27-7
Editions Soc et Foc 2004
Ce livre très coloré, très joyeux, est un livre qui joue. Les mots s’amusent. Les formes leur répondent. Tout cela sourit, pirouette et surprend. Le jeu n’est pas gratuit. Rien n’est plus sérieux que le jeu. C’est lui qui nous pousse en avant tout au long de nos années, qui nous motive. Quand on ne joue plus vient l’ennui.
Ce livre n’est donc pas pour les grands qui s’ennuient. Pas pour les grands dont les mots font de belles phrases, en langue de bois. Non ! Ici, c’est la langue des fleurs des champs. Des papillons. Ça vole dans tous les sens, ça ose les mélanges. Ça invente « un vélo à passer le café ». Le monde est à celui qui l’invente aurait pu dire Dieu ; sans se prendre pour The Créator, les auteurs inventent le leur, de monde, délicieusement décalé, sérieusement joueur !
J’aime beaucoup cette légèreté et ces bonheurs !

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Les jupes s’étourdissent
Michel Lautru
Illustrations Marlène Lebrun
ISBN 2-912360-32-3
Soc et foc 2005 ; 12€
Prix des lecteurs Lire et Faire Lire 2007, en collaboration avec le Printemps des Poètes.
Trente neuf poèmes. Qui vont de la petite fille qui danse sur le trottoir à la grand-mère qui arpente l’infini. En passant par la maman qui fait « de la joie Tout autour de toi ». Toute une vie est évoquée ainsi, féminine. Plusieurs vies tant les points de vue se croisent. Un livre, plusieurs livres… Ne sommes-nous pas, garçon ou fille ainsi ? Un et multiple ?
Un livre de grande tendresse. Délicat. Juste.
Des images très colorées, une marque de Soc et Foc ! Marlène Lebrun enrichit la lecture de ses perspectives, de ses couleurs, de ses idées.
Un très bel ensemble

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à fleur de silence
Chantal Couliou
Illustrations : Nelly Buret
Editeur : soc et foc
ISBN : 978-2-912360-48-9
Année de parution : 2007
Prix : 12 €
De livre en livre Chantal Couliou construit une œuvre attentive au monde. J’aime cette présence discrète. Cette attention. Cette densité d’attention et de présence. Les haïkus de ce livre sont ainsi. Tournés vers la mer. Vers les eaux du bas autant que celles du haut. Et malgré les vents, les nuages, les gris, les bleus ou l’écume, l’auteur saisit les beautés de l’instant fragile pour les déposer le temps d’une lecture et de ses songes sur le papier. Trois vers. Quelques mots. Et tout le reste silence autour et dans le lecteur. Les images de Nelly Buret offrent régulièrement un espace où perdre le regard. C’est dans ces espaces de musement que naît la poésie. Quand on se laisse gagner par le musement. Et que résonne en soi l’émotion des mots, des images et que l’on se tient tout entier suspendu au livre.

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Instants des bas-champs
Isabelle Guigou
Illustrateur : Jacques Trichet
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-45-8
Année de parution : 2007
Prix : 15 €
[Le vent se presse dans tes oreilles
Trop de mots se bousculent
Sifflent cette peur devant la seule certitude d’une vie :
Tu vas mourir au monde
S’allonger au pied de la digue pour rattraper le silence n’efface rien]

Voilà. On est là. On marche. Dans un paysage d’altitude zéro. Un fond plat. On ne sait pas trop où commence l’humide, où finit le sec. entre deux. Entre mer et terre. Entre ciel et eau. Entre vie et mort. On marche. Le regard à l’affût.
[Tu as vu briller des confettis d’amour amoncelés par les siècles
Comme si de rien
Pouvait naître
Le beau]
Les poèmes ici seraient de l’ordre du fragment. De très courts textes. Des mots qui naissent de la marche. Du silence. De la contemplation. De la fonte. Car ici le poète semble bien se fondre dans le paysage. Devenir transparente. Translucide. On la suit ainsi le long de sa déambulation. De flaques de mots en flaques de silences. Vers la vie !
[La vie est un pas plus loin]
Les peintures qui accompagnent ces mots ruisselants participent à cette immersion dans le paysage. Ici le peintre ne garde de la vision que la couleur, la forme. On ne voit rien et pourtant tout y est. Remarquable. Et lumineux !
L’ensemble forme un livre de grande harmonie.

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Quand la mère se retire
Jean Foucault
Photographies de Christian Berjon
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-46-5
Année de parution : 2007
Prix : 15 €
Mystère de la mort. Le poète vient à la rencontre de sa maman mourante. Une première partie du livre se tient sur la route. Il conduit. Il va vers. L’ultime rencontre. La seconde partie c’est celle du veilleur. Beaucoup de silence dans ces pages. Beaucoup de douceur aussi. Que sait-on de la vie ?
Je crois que chacun pourra se reconnaître dans ces pages parce que sur les essentiels de nos vies et la mort des parents en est, nous nous retrouvons sans doute à égalité. Ou presque .

*
Les poches pleines de mots
Paul Bergèse
Illustrateur : Titi Bergèse
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 2-912360-38-2
Année de parution : 2006
Prix : 12€
Prix des Lecteurs Lire et faire lire 2009, en collaboration avec le Printemps des poètes.
Ce recueil fait partie de la liste de référence des ouvrages de littérature jeunesse pour le cycle II, 2007, Ministère de l’Éducation Nationale.

Le père et la fille. Un joli duo. La légèreté et la gravité des illustrations, ligne noire, papiers déchirés, accompagnent l’humour et l’attention au monde des poèmes. L’attention aux petits, aux petites choses, aux profondes émotions… Il y a dans ce recueil un soleil, une tendresse. Un recueil printanier, s’il existe des saisons en poésie ?…
Un livre bleu tendre.

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Les petites affaires de Marie-Louise
Sofie Vinet
Editeur : Soc et Foc
ISBN 2-912360-37-4
Année de parution : 2006
Prix : 12€

Un petit livre bleu. Comme un carnet. De souvenirs… Un petit bijou de mélancolie. De nostalgie. Sans jamais tomber dans la tristesse. Non, ici la tristesse n’a pas droit de cité. Juste la douceur de se souvenir avec émotion des jours heureux. Des moments de rien, ces petits rien qu’on voit à peine passer et qui longtemps après laissent en bouche le goût du bonheur… Un livre plein de profondeur. De sérénité. D’émotion. De pureté.
Sofie Vinet s’est plongée dans les petits objets de Marie-Louise, sa grand-mère, et accompagne chacun d’eux (présents dans le livre sous forme de photo) d’un petit texte. Et la magie opère. On entre dans cet univers qui nous est inconnu. On y entre et on s’y sent chez soi. Parce que c’est juste. Parce que nos vies ont des similitudes… Parce qu’on est tous exilés de son enfance…Et que le bonheur, ça nous travaille tous.

*
Maisons Bleues
Patrick Joquel
Illustratrice : Nathalie de Lauradour
ISBN 978-2-912360-47-2
Editions Soc et Foc2007
12€
Ouvrage magnifique tant par l’écriture que par la présentation et l’iconographie. Avec Patrick Joquel, les maisons sont rendues vivantes, nous touchons ainsi à la poésie fantastique à travers des poèmes en prose qui commencent par « Je connais des maisons » sauf le dernier «je connais une maison. La dernière ? ». C’est beau et envoûtant. Allez je ne résiste pas à vous en livrer un au hasard: « Je connais des maisons dont les rêves coiffent leurs cheminées. Ils sont posés là. Entrecroisés. Solides et vastes. Ils attendent…
Quelques plumes de feu… claquement de bec : « embarquement immédiat à destination de là-bas-c’est-si-bon, nid numéro dix­-sept…»Il suffit de si peu de chair pour donner forme et vie à un rêve. Des fragments éparpillés de coquilles bleues en témoignent sur le trottoir… ». On trouve également une ponctuation sous forme d’haïku : « Du jour à la nuit /Les méridiens se balancent / Terre est un berceau ».
Yves Artufel – Liqueur 44 – N° 776 Hiver 2007

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la chair des jours
Annie Briet
Illustrateur : Louttre.B
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-57-1
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
D’abord il y a les tableaux. L’exposition. Le silence des visiteurs. Leur émerveillement. Ensuite il y a la poète. La rencontre avec les toiles. Et ce frémissement qui précède la mise à l’écriture. Brusquement quelqu’un entend le murmure des couleurs et des formes. Le restitue en mot. En images. En émotion. Le poème se lit et donne à relire le tableau. L’un et l’autre se répondent, s’accompagnent dans une vibration complémentaire. L’un et l’autre font ce qui s’appelle une œuvre. Commune. Et qui dépasse le travail personnel de chacun. Une œuvre pleine de silence. D’équilibre. Une œuvre qui ouvre au monde.

Adresses

Les éditions Soc et Foc

http://www.soc-et-foc.com/

Les auteurs

Paul Bergèse : bergese.paul@orange.fr
Dan bouchery : touch.d.auge@wanadoo.fr
Florian Chantone : jeanphilippe.testefort@laposte.net
Franck Cottet : franckcott@aol.com
Isabelle Guigou : guigouisabelle@aol.com
Luce Guilbaud : luce.guilbaud@wanadoo.fr>
Gaston Herbreteau : gaston.herbreteau@wanadoo.fr
Philippe Quinta : nadiaphil@wanadoo.fr
Michel Lautru : mjlautru@yahoo.fr

Sites

Gilles Brulet : http://monsite.orange.fr/gillesbrulet
Jean foucault : http://jean-foucault.fr
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Roland Nadaus : http://monsite.orange.fr/rolandnadaus 
Philippe Quinta : http://philquinta.canalblog.com/
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Franck Cottet est aussi éditeur à l’enseigne du Chat qui tousse
www.lechatquitousse.sup.fr

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

La maison des écrivains et de la littérature

http://www.m-e-l.fr/

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn sommital du Malinvern (06). Eté 2008. Photo P.Joquel.
ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

www.grostextes.com
*
le cairns numéro quatre
Pour ce numéro quatre de Cairns, nous ne sommes pas partis sur les traces d’un éditeur comme précédemment. Nous avons décidé d’accompagner un joli projet proposé par la Charte des Auteurs et Illustrateurs pour la Jeunesse. Une association d’auteurs et d’artistes dont le point commun est d’être publié en secteur éditorial jeunesse. La Charte a voulu suivre le Printemps des Poètes et a demandé à ses adhérents un texte, une illustration sur le thème de ce printemps 2009 « En rires ». Si toutes les contributions sont en ligne sur le site de la Charte, Cairns en publie une bonne partie ici.
L’humour est une des pistes de la poésie. Une que j’aime particulièrement. L’humour permet de dire tant et sans en avoir l’air. Quelques poètes en particulier ont réussi des merveilles : Desnos bien sûr, Norge qui aurait eu 110 ans en 2008 et que je vous invite à découvrir absolument, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Joël Sadeler, Gianni Rodari, Edward Lear, Jacqueline et Claude Held, Jean-Claude Touzeil, Paul Bergèse, Michel Monnereau, Jean-Hughes Malineau et j’en oublie.. Qu’on me pardonne.
Dans ce numéro quatre nous trouvons donc des auteurs qui ne sont pas forcément publiés habituellement par des éditeurs de poésie, mais que l’on connaît en albums, romans ou autre. La poésie n’appartient pas uniquement aux poètes. Elle appartient à tous ! Y compris aux enfants de nos écoles quand leur enseignant les invite à écrire un poème ou un texte qui serait comme un poème…
Je rêve que ce numéro quatre crée aussi chez les enseignants le réflexe site « Charte » http://www.la-charte.fr/ ; et site « Printemps des Poètes » http://www.printempsdespoetes.com/. Je m’explique. Lorsqu’on étudie en classe un livre, qu’est-ce qui nous empêche d’aller voir sur le répertoire de la Charte si l’auteur et l’illustrateur y sont présentés ? De rebondir sur leur propre site ? Et lorsqu’on étudie un poète contemporain, qu’est-ce qui nous interdirait d’aller voir si ce poète est référencé au Printemps des Poètes et d’aller ensuite sur son site personnel ?
La littérature est affaire de vivants ! Montrons aux élèves que ces drôles de vivants dont les livres, les images, les poèmes nous émeuvent, nous dérangent, nous ennuient parfois, nous bouleversent, sont accessibles. Qu’on peut les rencontrer sur site mais qu’on peut aussi les contacter, leur écrire, voire à l’occasion d’une manifestation poétique, d’un salon du livre, les rencontrer…

Le mot de Marie Sellier Présidente de la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse.

A la Charte*, il y a des passeurs d’histoires en mots, en phrases, en images, des bâtisseurs, des rêveurs, des funambules. Et des poètes, naturellement. Marie-Florence Ehret le sait bien, qui en est une, et pas seulement à ses heures. Cette Charte, dont elle fait partie depuis de nombreuses années, elle a souhaité l’entraîner en poésie et en rires, sur le thème du prochain Printemps des Poètes. Ainsi sont nés les poèmes de ce recueil, avec la complicité de Patrick Joquel qui a bien voulu leur consacrer un numéro spécial de sa jolie revue Cairns. Il y en avait bien d’autres mais la place manquait et c’est sur le site de la Charte (www.la-charte.fr) qu’on peut les lire pour le plaisir.
La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse regroupe environ 800 créateurs, auteurs et illustrateurs confondus, et unis par leur même passion du livre jeunesse. Comme le dit Marie Despleschin, « la Charte n’est pas une école, pas une chapelle, pas un club un peu select pour auteurs vénérables. La Charte, c’est l’idée du métier, du compagnonnage ». Un lieu où chacun est à égalité, un lieu très vivant où l’on se retrouve pour échanger, parler de création et de nos problèmes d’auteurs, un lieu sans frontières, sans barrières où l’on peut faire le tour de ce drôle de métier qui n’en est pas tout à fait un. Forum où se brassent idées, expériences et conseils, la Charte est aussi un point de repère dans l’édition jeunesse, un point d’ancrage pour ses membres et une référence pour tous ceux qui gravitent autour du livre jeunesse. La Charte est remuante, bonne vivante et joyeuse. Si vous en doutiez, lisez les pages qui suivent.

* La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, Hôtel de Massa, 38 rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris / Téléphone : 01 42 81 19 93 / ecrire@la-charte.fr / www.la-charte.com

 

SECU F D

Déborah a mal à l’index
elle se rend chez l’Indexologue.

Déborah a mal au menton
elle court chez le Mentonopathe.
 
Déborah ressent des complexes
Elle consulte un Complexologue.
 
Son nombril est son obsession
c’est l’affaire du Nombrilopathe.
 
Elle remplit des pleins caddies
de pilules à la pharmacie.
 
Se soigner lui prend tant de temps
qu’elle a besoin d’un Tempologue.
 
Quand certains jours elle n’en peut plus
elle file chez le Peuplutopathe.
 
Pour obtenir des remontants
elle supplie le Remontologue.

Mais trop tard, sa vie est fichue,
constate le Fichutopathe.
 
Et la sécu, pendant ce temps,
creuse son trou implacablement.

Corinne Albaut
Je me gondole
Tu te poiles
Elle s’esclaffe
Nous nous marrons
Vous vous bidonnez
Elles se fendent la poire

Marc Baron

Fourberie

A la mi mai
à Miami
une fourmi amie,
a mis la mie
du pain d’une amie
dans l’amidon ;
Donc, c’est raide !

La poésie porte ses fruits
mais ces fruits
ne rapportent pas.

Paul Bergèse

Toute sa vie
il avait cultivé les soucis
À soixante printemps
il découvrait
que la généalogie a ses arbres
et les mots leurs racines
Il comprenait enfin
que la raison d’être d’une pépinière
ce n’est pas de produire des pépins…

Alain Boudet

S’assourdir
Pour duper les oreilles dans son ventre enfin essayer
Oh et puis zut ! Vite la prophétie
« La culotte a parlé ! La culotte a parlé ! »
Qu’a-t-elle dit ?
« Elle a haussé les épaules »

Maïa Brami

Le chat a son mystère
le ciel son infini
l’oiseau a ses voyages
la terre ses murmures
et l’enfant a son rire

Enfant
tes graines de rire
éclaboussent le réveil
Ce soleil entre tes mains

Geneviève Briot

Les spaghettis

Manger de bons spaghettis
Tous les jeudis,
C’est pas comme manger
Du mauvais riz
Les vendredis.
Mais si l’on rit les lundis,
En mangeant de mauvais spaghettis,
On peut se faire des amis,
C’est ce qu’on dit en Ossétie.

Alain Chiche

Insérer image aude poirot ici

Dans RIRE
j’aime lire l’IRE
L’R premier
qu’on se donne
pour la forme
les grands éclats sonores
me touchent moins
J’aime mieux le sourire
ou bien le rire si doux
si fou
si éloquent
des yeux

François David

Rouge perroquet
Vert édredon
Jaune girafe
Gris éléphant

Abricot soleil
Fraise de saison
Rayure abeille
Vert gazon

Emmanuelle Delafraye
EcRire

Un éclat de nuage
Cristallisé de rires
Disperse la tristesse

Un soleil feuilleté
Butiné de sourires
Éclabousse les regards

Les paravents se déplient
Comme des soufflets
Aux couleurs acidulées

Il n’est jamais trop tard

Anouk Durey (8/07/2008)

Prenez en un prenez en deux
Prenez en trois prenez en quatre
Prenez du riz des mots des pas
Prenez un fou prenez un loup

A bras le cœur
A cœur perdu
Prenez la vie du bon côté
Mais surtout ne prenez pas tout

Comptez les mots comptez les pas
Rêvez tout haut parlez tout bas
Prenez le train prenez des coups
Prenez vos jambes à votre cou
Et pendez vos bras à son cou
Prenez la poudre d’escampette
Et saupoudrez là où ça gratte
Prenez votre temps et celui du voisin
Prenez un vers ou deux ou trois
Buvez les chauds buvez les froids
Mangez les mots les crus les gros
Et vous aurez du cœur au ventre !

Marie-Florence Ehret

Manou dit : c’est le pommier qui fait pousser les pommes,
le soleil les dore, la bouche les mord.

Maminou dit : c’est le poirier qui fait pousser les poires,
dans le vert, dans le gris, dans le noir de la nuit, le vers de la poire verte
vit.

Et moi qui dis quoi, qui dis qui ?
C’est dans les cocotiers que les coqs l’y poussent,
c’est dans les poulaillers que les poules l’y gloussent,
c’est dans mon petit cœur
qui dit quoi ?
qui dit qui ?
Bah ! la vie pousse…

Françoise Guillaumond

Le régime

J’ai entamé hier matin
Un régime draconien
Pour rentrer dans mon maillot
Faut que j’perde quelques kilos !
J’ai supprimé illico
Les bonbons et les gâteaux
Les frites et le chocolat
Qui font prendre tant de poids
Je me suis mise aux grillades
Légumes vapeur et salades
Dans mon pauvre frigidaire
C’est devenu le désert
D’accord, je suis bien en chair
Mais pas d’quoi m’en faire un ulcère !
Sans desserts et sucreries
J’ai le blues et dépéris.
J’ai tout tenté je vous assure
Pour maigrir j’ai fait toutes les cures
Seule la chirurgie esthétique
N’a pas touché à ma plastique
Quand je dois me mettre à la diète
Je pleure devant mon assiette
Et moi, au moindre coup de cafard,
Je me jette sur le caviar.
Au diable tous ces magazines
Où s’étalent des filles androgynes
Ce ne sont pas ces quelques grammes
Qui de ma vie feront un drame
Des régimes j’en ai ma dose
Puisque c’est toujours la même chose
Je vais donc jeter aux ordures
Mes poudres cachets et mixtures
Et rejoindre allègrement
Mes copines au restaurant

Yaël Hassan
27/08/09

Conte

Un jour, au Pays des Ziaux, un jeune homme rencontra un veau.
L’un avait un cyclomoteur, l’autre n’en avait pas.
Le veau pensa: “c’est inévitable”.
Ce qui, en langue de veau, se dit “meuh mah”. Et encore. Tous les linguistes ne s’accordent pas sur ce point. Certains soutiennent que “meuh mah” signifie “enfoiré, j’ai la priorité”, d’autres “va te faire mettre”, d’autres encore “va dans ta fermette”, d’autres enfin ne se prononcent pas.
Dans le doute le jeune homme préféra s’abstenir de penser.
Il entra dans une haie comme d’autres entrent dans la carrière quand nous n’y serons plus.
Mettez-vous à la place du veau.
Il songea: “il s’est farci la haie”. Texte impossible à traduire.
C’est depuis ce temps-là qu’on mange de la tête de veau à la Saint Raymond.

Claude Held

Trois pieds de nez
Aux nuages

- Dis-moi comment se portent l’eau,
La lune au ciel et les nuages ?
- La lune a parfois mal aux dents.
Les nuages ?
J’en vois un le soir.
Il est revêche et mal luné :
Il s’est levé du mauvais pied.

- Comment vont, dites-moi,
Les grands oiseaux du ciel ?
Ont-ils toujours de la poussière d’étoile
éparse dans leurs plumes?
Parlent-ils ? Chantent-ils ?
- Ils rêvent, ils rêvent
Et sont peu bavards cette année.

- Comment vont les mots, ce matin ?
Et les syllabes ? Et les virgules ?
Les points restent-ils sur les i ?
- Tous les mots sont la tête en bas.
Les points sous les i batifolent.
Les syllabes ont un peu trop bu :
C’était la nuit de la Saint-Jean…

Jacqueline Held
LES VA-NU-PIEDS

Y’a des sandales
pour les cigales
Et des sabots
Pour les corbeaux,

Y’a des pantoufles
Pour les mammouths
Et des tennis
pour les génisses,

Y’a des godasses
Pour les rapaces,
des godillots
Pour cabillauds,

Y’a des babouches
Pour oiseau-mouche
Et des chaussons
Pour les poissons,

Y’a mêm’ des bottes
pour les marmottes
Et des baskets
Pour les biquettes,

Des espadrilles
Pour les gorilles,
Des mocassins
Pour marcassins,

Y’a des bottines
Pour les sardines,
Des escarpins
pour les lapins.

Il y a des chaussures
pour tout’s les créatures,
Mais il n’y a rien d’prévu,
Ni mule, ni savate,
Pour les pauvres mill’-pattes
forcés d’aller pieds-nus.

Jean-Paul Hébert

Insérez une image « sans titre » de Gaëtan Dorémus
Au pays des pieds joyeux
Il pleut des souliers
S’ils tombaient par paire
Ce serait pratique
Hélas il y a un hic
Il ne tombe que des droits
Les gauches n’ont pas le droit
Rien n’est tout à fait parfait

Patrick Joquel
Illustration à insérer le lion blanc de Géraldine Alibeu
Le lion

Quand je gronde
Tout le monde
À la ronde
S’aperçoit
Que c’est moi
Le roi 

Sauf un petit pinson
Qu’a les oreillons
Et tous les poissons
Qu’ont jamais eu le son

Catherine Leblanc

Gratin de pluie

Gratin de pluie
Sauce Éole
Tranche de grain complet
Espoir en carafe. 
Mais au dessert
Cerise sur le gâteau :
L’île flottante du soleil
En nage sur la crème du ciel !

Liska

Le dromadaire

J’aurais pas dû
disait l’dromadaire
casser la soupière
mordre mon p’tit frère
manger son dessert
faire un’ fugue au Caire
lécher la mouquère
et fair’ du gruyère
de la chambre à air
du vélo d’grand père..

j’aurais bien mieux fait
disait l’dromadaire
d’embrasser grand mère
d’ranger mes affaires
de prom’ner l’cocker
et mieux fait d’me taire
au cours de grammaire
car depuis hier
me voilà misère
privé de désert!

Jean-Hugues Malineau

En rire
pourquoi pas

de la mort
qui dévore

en rires et en chansons
lui boucler le klaxon

d’ailleurs faut-il encore
le dire

ceux qui se laissent aller
à mourir

manquent cruellement
de savoir-vivre !
 

Anne Poiré

Les beaux rires
font rouler l’air

l’r qui rayonne l’air ravi
l’r qui régale revigore
l’r en rafale l’r rebelle

Les beaux rires à la ronde
aèrent le monde

Jacqueline Saint-Jean

Insertion d’une image de Sarah Emmanuelle Burg Riez,

Riez !

Rire caverneux des hommes des tavernes,
Rire d’épices blondes, grelots dans la gorge des petits enfants,
Rires étranglés, avalés, couinement de souris apeurée,
Rire gras de l’oiseau kukubura,
Riez, riez comme vous voulez.

Rire grosse caisse, rire qui pète,
Rire translucide, bulle de savon au vent,
Rire jaune, rire blanc, rare rire rose,
Rire mauvais, flèche acérée qui me transperce,
Riez, riez quand vous voulez

Rire de soie, rire de fer, petit rire gris,
Rire spirale qui s’enroule autour du cou,
Rire empanaché, feu follet, torche étincelante,
Rire de plâtre ou de coton,
Riez, riez où vous voulez.

Rire filasse, rire filou, petit rire par en dessous,
Rire bien franc qui montre les dents,
Rire étouffé qui ne dit pas son nom,
Rire à la cave, rire à l’étage, rires sur tous les tons,
Riez, riez, c’est bon pour la santé.

Marie Sellier

Le bonhomme de neige
 
Manche, branche,
neige blanche,
gel et givre, regarde tomber les flocons !
 
Molle, moule,
la neige en boule
roule et forme un bonhomme tout rond.
 
L’œil brillant,
maintenant,
il se prend pour savant…
Lui, boules de neige et bouts de charbon !

Béatrice Tanaka

LES MOTS

Le pire pour un mot c’est d’être un mot d’ordre
car les mots savez-vous,
s’ils ne sont pas tous mots doux ou mots d’amour,
aiment assez la pagaille.
Ils s’engouffrent en désordre dans le silence,
petits mots, gros mots,
mots pour le dire,
mots dits pour maudire,
mots tendres,
mots qui tuent, qui sont presque toujours les mots de la fin,
mots lourds de sens ou mots d’esprit,
mots propres, mots sales,
bons mots, fin mot,
mots pour rire,
bas mot, mot de passe,
mot à mot qui sont jumeaux,
demi-mot, mots à rallonges,
mots couverts, pour l’hiver
et tous les autres qui se déguisent pour ne pas être reconnus :

Parmi eux il y a le mot resque, tout en arabesque
Et le mot tard, qui fonce dans la nuit pour rattraper le temps.
Il y a le mot lusque, mou comme une méduse,
Il y a le dégoûtant mot lard.
Il y a le mot bile qui s’agite et s’en fait toujours
Et le mot bilette qui passe dans les rues le soir en réveillant tout le monde.
Il y a le mot cassin, silencieux, qui danse la danse de la pluie,
Le mot déré, toujours très calme,
Le mot tivé plein d’enthousiasme,
Le mot d’erne qui se croit toujours plus malin que les anciens
Et le mot d’este qui se tait.
Le mot dit fié à qui je vous conseille de ne pas faire confiance
Et le mot lasson qui n’a aucune énergie.
Le mot lécule est minuscule, mais il a son importance
Le mot laid a le mollet mollet, il ne marche pas assez.
Le mot losse est terrifiant,
Le mot ment est vite passé.
Le mot mie est sec comme une vieille baguette, entouré de bandelettes.
Le mot narchiste retarde complètement,
Le mot niteur dit toujours : allez, on va faire une marche, ça vous calmera !
Le mot nogame n’a qu’une femme,
Le mot noï vient de Tahiti,
Le mot nologue parle tout seul
Et le mot notone nous endort tous.
Le mot numental est énorme
Et le mot queur contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas très gentil.
Le mot rceau est tout coupé,
Et le Mot tif est mal coiffé.
le mot rdu a peur des chiens,
le mot rfondu est tout dilué dans ses larmes.
Le mot ribond ne dit plus rien,
Le mot rose voit tout en gris,
Le mot saïque est en mille miettes,
Le mot sade nous fait beaucoup de mal
Et le mot ral n’est pas toujours au beau fixe.
Le mot zarella vient d’Italie,
Le mot vais, il faut s’en méfier comme de la peste.
Peut-être en avez-vous rencontré d’autres ? Inscrivez-les ici, s’il vous plaît.

Janine Teisson

Insérer le gratin aux nouilles images de Sarah Emmanuelle Burg
Le gratin aux nouilles

Le jeu du gratin aux nouilles
C’est mon jeu du soir préféré
Mon père, c’est le cuisinier
Avec sa cuillère à touille
Il court pour nous attraper
Il nous saisit par les pieds
On glisse enrobés de beurre
Les nouilles déguerpissent ailleurs
On refuse de se faire bouillir
Papa nous met dans la casserole
Nous on s’évade en pieuvres molles
Il nous rattrape, ouilleouilleouilleouille !
On se tortille il nous chatouille
On crie pitié tellement on rit
Et ça finit toujours au lit

Claire Ubac

Pistes d’ateliers d’écriture

• Avec Corinne Albaut : inventer de nouveaux mots, trouver leur définition.
• Avec Paul Bergèse : jouer comme lui sur les sonorités, les allitérations. Chercher une liste de mots autour d’un phonème voire plus (avec ou sans dictionnaire) et tenter d’écrire un court texte avec eux.
• Avec Alain Chiche : choisir un aliment. Et en s’appuyant sur la structure du texte, jouer avec les rimes pour construire un texte qui fonctionnerai sur le « nonsense ».
• Avec Claude Held : choisir un fait divers aussi simple et surprenant que cette rencontre entre un veau et un homme. Demander à chacun de devenir journaliste et de rédiger l’article.
• Avec Jean-Paul Hébert : continuer à passer en revue le placard aux vêtements, et donner à chaque habit sa rime…
• Avec Catherine Leblanc, en s’appuyant sur la structure du poème, affirmer à la manière du lion quelque chose, et ensuite travailler sur le sauf ! l’exception qui confirme la règle…
• Avec Jean-Hughes Malineau : sur cette structure j’aurais pas dû/j’aurais mieux fait… prendre un autre animal et garder la rime.
• Avec Janine Teisson, choisir un autre mot et le décliner ainsi, le mot père par exemple avec ses permis, percolateur, etc. Et bien sûr, rien n’empêche de répondre à l’invitation de l’auteur à continuer sa liste.

En arts plastiques, travailler aussi en noir et blanc. Le vide, le plein… Prendre le temps de s’interroger sur le rapport texte/image… Illustrer ça veut dire quoi ? Et comment le faire ?

Pour ce numéro quatre nous ouvrons une nouvelle rubrique : « notes de lecture ». Voici quelques mots sur des livres que j’ai particulièrement aimés cette année et que toute bcd ou cdi devraient proposer à ses lecteurs !
Auteur : Philippe Quinta
Illustrateur :Fanny Millard
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-51-9
Année de parution : 2008
Prix : 12€
Inventer de nouvelles comptines et autres jeux de doigts pour les petits du 21e siècle (et les grands aussi faut pas les oublier), fallait oser. Philippe Quinta l’a osé. Et de belle manière ! Car l’exercice est difficile. La réussite ici est à chaque page et même si l’une ou l’autre me laisse vraiment pantois, toutes, je les imagine bien volontiers dans les classes de petits et de moyens de maternelle avec les yeux pétillants et les mains rieuses !
L’air de rien ces poèmes ne se contentent pas de jouer aux doigts… ils parlent de toit… ça ne vous évoque rien ? de copains… de la vie et des tortures qui parfois… de chagrins et de joies… bref rien de vraiment anodin, rien de vraiment simple. Le poème a cela de magique, sous un mot se cachent des pans entiers de l’univers… Vibrer ainsi avec de petites voix chapeau !
Quant aux images, elles ont un petit air d’enfance et de légèreté qui va bien avec les mots. Un livre dans lequel je me sens bien en harmonie avec les autres, le monde et mon enfance…
*

Une nouvelle collection aux éditions du Jasmin : en poésie « pays d’enfance » : elle démarre avec six titres plus un livre Poésie contemporaine : pistes pédagogiques ( rédigé par Patrick Joquel) pour accompagner les enseignants de la maternelle au lycée dans la lecture des six livres en classe.

Titre : Chantebêtes
Auteur : Jacqueline Held
Editeur : Editions du Jasmin
Illustrateur : Maïté Laboudigue
ISBN : 978-2-912080-58-5
Année de parution : 2008
Prix : 9.90 €

Dans un courrier de début janv.-08, voici ce que m’écrit Jacqueline Held :
«  J’ai choisi pour titre Chantebêtes, en hommage à Robert Desnos et à ses Chantefleurs et Chantefables, et j’ai aussi, ma foi, une bonne petite équipe d’animaux préhistoriques. Certains lettres de l’alphabet ne sont pas évidentes, mais j’aime assez les défis et la corde raide ! J’ai eu plaisir aussi à parler de la hyène que l’on déteste tant d’habitude. »

« D’où vient l’inspiration ? Qu’est-ce qui vous fait écrire ? Où trouvez-vous vos idées ? » demandent souvent les enfants quand un poète vient les rencontrer dans leur classe. Jacqueline Held donne ici quelques embryons de réponses…

Les poèmes s’interpellent de livres en livres, les recueils bavardent entre eux sur les rayonnages des bibliothèques… En classe, mettre des livres en réseau, toutes sortes de livres, c’est donner une chance aux enfants de comprendre comment tout s’imbrique, tout se tient, tout entre en résonance…

Et dans cette mise en réseau, il importe de mélanger les genres, un recueil de poème vibrera autour d’un album, ou d’un documentaire, ou d’un roman et inversement…

Un poème n’est jamais aussi innocent qu’il n’en a l’air, ni aussi simple qu’un bonjour…

* Ce qui fait écrire aussi c’est le défi ! La corde raide ! Ecrire est aussi simple qu’un problème de mathématiques à résoudre. Voici la question :
- Est-ce que tu peux mettre en poème la hyène ? se demande le poète. Voyons voir… Mettons-nous au travail…

Et de brouillon en essai, le poème chemine, et vient au monde. Ou bien se retrouve en papier froissé dans la poubelle : on ne réussit pas toujours…
Un atelier d’écriture en classe peut relever de cette sorte de défi. L’enseignant définit les règles du jeu, donne l’énoncé du problème, et les élèves tentent de le résoudre… Cette écriture-défi souvent fonctionne bien dans nos écoles. Les enfants se prennent au jeu.

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Titre : Jean qui rit Jean qui pleure
Auteur : François David
Illustrateur :Dominique Maes
Editeur : éditions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-57-8
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
Voici un recueil qui est construit autour de deux verbes : rire / pleurer. Chaque poème tourne autour de l’un d’entre eux, soit les combine et les mélange tant il est vrai que du rire aux larmes et des larmes aux rires il n’y a parfois qu’un hoquet.

Vingt-cinq poèmes. Plutôt courts. Sans rime. Faut-il le rappeler encore et toujours la rime ne fait pas le poème ! Elle n’est pas indispensable à la poésie ! Pour les enfants qui associent généralement spontanément rime et poésie il sera important de le rappeler !

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Titre : Comme une pivoine
Auteur : Christian Poslaniec
Illustrateur : Anne Buguet
Editeur : éditions du Jasmin
ISBN : 978-2-912080-60-8
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
Qu’est-ce qui fait écrire ? Le langage ! semble répondre ici Christian Poslaniec. Le langage lui-même génère de l’écriture, du texte, de la parole. De la langue. Le langage comme lieu d’expérimentation du monde. Le langage comme fait social. Le langage qui fait mémoire de l’expérience humaine. Qui rassemble un groupe d’humains autour de ses mots. Dans le dictionnaire au mot proverbe on peut lire : formule figée exprimant une vérité d’expérience, un conseil, et connue de tout un groupe social.

Les 22 poèmes de ce recueil ont chacun pour titre un demi proverbe. Le poème qui suit ce titre développe sur le mode humoristique le proverbe en question. Comme un jeu de langue. Comme une illustration. Un petit théâtre.

A la lecture de ces poèmes le lecteur entre de plein pied dans la langue française. Tous ces proverbes ne seront pas forcément connus des enfants. Ce sera donc un premier chemin de lecture.

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Titre : Main dans la main avec ma maison
Auteur : Michel Cosem
Illustrateur : Jennifer Dalrymple
Editeur : éditions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-59-2
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
C’est le livre d’un voyageur qui observe l’immobile. L’errant face au sédentaire… 26 poèmes. Autant de maisons… De haltes possibles. Peu importe que le poète ait séjourné dans ces maisons ou qu’il les ait juste croquées en quelques mots, ce qui compte ici ce sont les images, les émotions qui naissent des mots posés sur le papier.

Quelques mots chaque fois, comme une photo rapide et un peu floue ou plutôt comme un rapide coup de crayon. Si le poème semble couler naturellement et sans effort, sa rédaction n’est pas forcément aussi simple… Mais là aussi peu importe au lecteur le travail d’élaboration du texte, ce travail-là il pourra l’expérimenter dans les ateliers d’écriture, ce qui importe ici c’est la limpidité de lecture, le chuchotement émerveillé, légendaire, que le poème installe.

Le poète ici est un contemplatif. Un observateur. Il marche sur la terre. Il regarde. Il ressent. Il se tient tout entier dans ses sensations. Ce qu’il essaie de dire avec les mots, ce sont quelques fragments de la vie intime et cachée du monde. quelques secrets. Quelques uns des chuchotis de ce monde. Il tente de mettre en mots sa vibration personnelle avec lui. Sa relation au monde. Son être au monde n’est pas forcément différent de notre manière d’être au monde, non, ce qui change, ce qui fait la particularité du poète, c’est qu’il tente de formuler cela, de dire le monde autant que de se dire au monde. Avec des mots, sa langue. Dire le monde, se dire au monde, et le partager. Le lecteur s’y retrouve ou pas, entre en résonance ou pas. Peu importe, l’œuvre d’art, le poème parle à certains et moins à d’autres, touche à certains moments et pas à d’autres. Ce qui compte c’est, lorsqu’un poème fait mouche, de prendre le temps de muser, de s’arrêter. D’entrer dans son silence et son mystère.

Lire des livres de poèmes à l’école c’est aussi cela. Permettre aux enfants d’expérimenter cette rencontre possible, ce choc avec le poème. Une expérimentation de son intimité. C’est cela qui se tient à l’affût derrière nos fiches de préparation, nos projets de création, nos parcours de lecture et autres observations, démontages de poèmes. Et c’est cela le plus important : ce savoir être.

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Titre : Une tasse de temps qui passe
Auteur : Martine Delerm
Illustrateur : Martine Delerm
Editeur : editions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-56-1
Année de parution : 2008
Prix : 9.90 €
Un livre en marge. C’est l’auteur qui l’écrit page 22 «  j’écris des mots comme ça dans la marge »… des poèmes très courts. Des instants. Des images. De petites choses. Dans cet au-delà étroit et un peu interdit que représente la marge. Derrière la frontière…
Que l’on fixe sur le papier parce qu’on en a besoin, parce qu’on en a envie. La poésie c’est aussi cela, ces petits riens de tous les jours et qui nous touchent, nous sourient, nous émeuvent, qui se déroulent juste à côté, juste derrière le trait rouge du quotidien… et nous ramènent à notre humanité… et qui deviennent poème parce que quelqu’un les partage par l’écriture. Un livre qui nous rend attentif à notre quotidien. Après tout n’est-ce pas là, dans cette suite de jours que chacun vit son aventure singulière ?
*
Et dans cette collection en 2008 Patrick Joquel a publié quant au guépard je t’en parlerai plus tard, illustré par Michel Boucher.
*

Titre : Chou radis pois et quoi ?
Auteur : Jacqueline et Claude Held
Illustrateur : Jacqueline Held
Editeur : Tarabuste
ISBN : 978-2-84587-167-0
Année de parution : 2008
Prix : 13 €
Parus une première fois en 1973 ces petits poèmes de légumes sont repris dans Chou radis pois et quoi ? chez Tarabuste. Si quelques poèmes ont un évolué entre ces deux éditions, ils restent actuels. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas vieilli d’une rime. C’est aussi à cela que l’on reconnaît un poème. A son intemporalité. A sa capacité de résistance au temps, aux modes, aux renouvellement des générations.
De courts poèmes à base de légumes. Prétextes à jouer avec les mots, les rimes, les sons, les sens. Un feu d’artifice. Ça pétille dans tous les vers. Ça frétille. Un ensemble qui s’inscrit dans la lignée du Desnos des Chantefables, dans le sillage des vers de mirliton de Norge. Est-on jamais plus sérieux que quand on joue ?
Quant aux illustrations, des collages. De légumes et de visages. « Je ne suis pas illustratrice, s’excuse Jacqueline, mais les collages, j’aime bien ». Et le résultat me plaît absolument.

C’est un livre que je vais mettre d’urgence dans toutes les mains que je croise.
*

Titre : Tant de neige sur mon pays
Auteur : Marc Baron
Illustrateur : Michel Boucher
Editeur : Pluie d’étoiles
ISBN : 978-2-913056-28-2
Année de parution : 2008
Prix : 5.50 €

Un livre bleu et blanc. Un livre d’hiver. Pour se lover dans la beauté. Dans le silence. Tous les poèmes sont plein de neige. Et la neige à tout âge demeure magique. Il fallait oser : un livre qui risque de fondre. Dans les yeux de ses lecteurs. Pour les abreuver de ce mystère hivernal.
Un livre à lire en chuchotant. Pour ne pas effaroucher les flocons. Un livre tout de légèreté.
Marc Baron a osé, et il a réussi !
*
Chez Pluie d’étoiles aussi en 2008 Patrick Joquel vient de publier Croquer l’orange illustré par Johan Troïanowski
*
Titre : Comptines pour petits dégourdis
Auteur : Anne-Lise Blanchard
Illustrateur : Agnès de Boyer
Editeur : Cosmogone
ISBN : 2-35127-001-0
Année de parution : 2005
Prix : 16.80€

On se demande souvent comment aborder la langue écrite et la poésie avec de tous petits élèves, non lecteurs. On sait qu’en maternelle beaucoup passe par le jeu… Cosmogone réussit là à marier les deux. Douze comptines illustrées, présentées sur carton. Les cartes s’assemblent comme un jeu de construction. A partir de là reste à inventer des règles pour jouer, construire… Il y a du nombre aussi, pour compter. Du vocabulaire. Bref, c’est bien construit, bien conçu et la langue est heureuse.
A mettre en urgence dans les mains de nos petits !

Dans la même collection on trouvera d’autres thèmes comme le cirque…
C’est ludique et littéraire !
*
Auteur : Luce Guilbaud
Illustrateur : Fanny Millard
Editeur : L’idée bleue
ISBN : 978-2-84031-233-8
Année de parution : 2008
Prix : 9 €

Un livre plein d’émotions. Le livre d’une femme accueillante et qui en devient mère [L’enfant d’un autre sang qui me fait mère quand je le nomme fils.]
L’adoption est un thème rarement traité en poésie. Pas de grand discours. Juste des poèmes. Courts. Des instants glanés comme avec tout enfant mais avec en toile de fond les questions. Questions d’enfant bien sûr, questions fondamentales. Existentielles. Avec ici cette question et ce vide immense « D’où je viens ? ». Tout cela donné par de petites touches impressionnistes. Beaucoup de tendresse. Des cœurs qui battent. Des poèmes humanité tout simplement.
Les illustrations de Fanny Millard apportent leur sérénité et leurs cheminements perplexes. Une belle résonance s’installe entre textes et images.
Pour un des derniers livres de Louis Dubost, c’est réussi ! En effet Louis Dubost a annoncé son départ de l’Idée bleue… Qui lui succèdera ? Qui recueillera cet enfant-là ?
*
Titre : ça saute aux yeux
Auteur : Philippe de Boissy
Editeur : éditions du Jasmin
ISBN : 978-2-912080-63-9
Année de parution : 2006
Prix : 14 €
Ce livre est terrifiant. Tout simplement terrifiant. De la poésie terrifiante… Incroyable. Où sont les roses, les étoiles ?
Rassurez-vous on en trouve quelques unes… Mais celles-ci ne me rassurent pas. Ce livre est, comment dire, un manuel de savoir survivre au pays des pensées uniques. Oui c’est un peu ça. Pas uniquement. Mais un peu ça :
Des poèmes qui décortiquent notre mode de vie, qui résonnent sur les vingt heures de nos journaux, qui vibrent sur les mots que nous entendons jour après jour, que nous répétons, perroquets bien dressés, inconscients, ça réveille ! C’est salutaire ! Terrifiant ! Je me dis que quand même je ne suis pas comme ça…. Ni comme ci…. Et puis vient le tremblement…. Le réveil ! Je ferme le livre, je me sens plus vivant !
Et c’est ainsi que la Poésie est grande ! D’autant plus grande que tout est dit si simplement que le livre, malgré son épaisseur, est lisible par les plus jeunes lecteurs ! comme par les plus anciens et expérimentés ! ça tient avec beaucoup d’humour, un humour un peu British ; cet humour qui sans tomber dans le cynisme sombre, remet simplement et sans avoir l’air d’y toucher, la pendule à l’heure de Greenwich. Ce temps universel de l’humain…
Du bien beau boulot d’écriture !

Retrouvez les auteurs sur le site de la Charte, dans le répertoire
la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
et d’autres poètes dans la poéthèque du Printemps des Poètes : http://www.printempsdespoetes.com/

le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.

Rappel à tous nos abonnés : c’est le dernier numéro de cette année scolaire. Vous pouvez d’ores et déjà vous réabonner pour la prochaine.

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème ; et pour ce numéro quatre, quatre chartistes nous ont accompagnés : Marie-Florence Ehret, Géraldine Alibeu, Sarah Emmanuelle Burg et Marie Sellier.
Photo de couverture : Cairn hivernal sur la cime de Fremamorte (06). Photo Renée Bataillou.
Illustrations : Catherine Chardonnay page 12, Aude Poirot page 16, Gaëtan Dorémus page 28, Géraldine Alibeu page 30, Sarah Emmanuelle Burg page 36, Sarah Emmanuelle Burg page 42.
ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

4e de couv 

Le kangourou
 
Le kangourou
n’a pas ses yeux dans sa poche
 
du reste
le kangourou
n’a pas froid aux yeux
 
alors
pourquoi
les mettrait-il dans sa poche
ses yeux ?

d’Andrée Clair
( « Kangourourimes » , L’Ecole des Loisirs, 1974)
En hommage à Andrée Clair
Merci à  Béatrice Tanaka qui nous a transmis ces quelques vers, en « dette d’eau » à Andrée Clair ; Andrée Clair est une de celles et ceux qui ont ouvert la voie aux chartistes d’aujourd’hui.
*le cairns numéro trois, consacré aux éditions Pluie d’étoiles

Editorial

Et voilà une nouvelle année scolaire qui commence… Sous le signe du poème ! Des poèmes… Une petite moisson récoltée parmi les poètes du catalogue des éditions Pluie d’étoiles. Un éditeur de Toulon qui a une double particularité : d’abord le prix des livres 5.50 € ! C’est tout à fait à la portée des budgets classe ou école et ensuite en fin de chaque ouvrage un petit mot du poète à l’attention de ses lecteurs ainsi que quelques pistes d’écriture pour que la lecture du poème rebondisse dans la création « pédagogique ». Cette double particularité est assez rare pour qu’on la souligne ici !

Le quatrième numéro sortira en janvier 2009. Il suivra le thème du printemps des poètes : « en rire » et publiera des poèmes d’auteurs de la Charte des Auteurs/Illustrateurs jeunesse. Des poètes bien sûr mais aussi des auteurs de romans, d’albums… comme quoi rien n’est vraiment étanche…

C’est la deuxième année de Cairns. Nous comptons sur nos lecteurs pour parler de cette revue autour d’eux. En effet nous aimerions que la revue devienne via son site un lieu d’échange et de partage autour de la poésie telle qu’elle se vit dans les classes. Pour cela, il est souhaitable que non seulement chacun prenne le temps de faire remonter simplement quelques mots à partager… et de susciter d’autres abonnements… Nous nous interrogeons si l’ambition de Cairns répond à une attente, un besoin des écoles ou pas.

Enfin en cette rentrée scolaire où les nouvelles Instructions Officielles ne parlent plus de poésie mais de récitation, il me semble que permettre aux élèves de fréquenter beaucoup de poèmes, un par jour, devient un acte de résistance. Tout art, et toute éducation artistique, relèvent de cette résistance. De ce désir d’ailleurs, d’autre chose. Ne perdons pas le pétillement d’émotions et d’intelligences que suscite la fréquentation des œuvres d’art, des poèmes ! Gardons le contact avec les artistes, les poètes ! N’hésitez pas à les contacter via leurs sites (voir en fin de numéro).

Nous vous laissons avec les poètes !

Cairns remercie les éditions Pluie d’étoiles pour leur autorisation de reproduction des poèmes déjà publiés chez eux !

Le mot de pluie d’étoiles

Pluie d’étoiles est une association créée en 1998.
Elle est née est née de rencontres riches, poétiques et amicales dans le but de promouvoir la poésie contemporaine auprès des enfants.
Elle est fière de ses parrains Held Joubert Cosem et riche de leurs conseils.
Elle a pour objectif de favoriser et développer la lecture et l’écriture de poèmes et publie et diffuse des ouvrages de poésie sous la dénomination de « Pluie d’étoiles éditions ».
Elle édite des recueils de poèmes d’auteurs contemporains en format poche pour la jeunesse, a également publié un album de peinture et poésie et, plus récemment, en mai 2006, un livre « raisonnablement » interactif : L’arbre mime le vent pour plaire à ses feuilles.
Le rythme des publications est variable.
Pluie d’étoiles participe à des activités autour du livre, de la poésie et de l’enfant, aide à la réalisation de recueils de poésie d’enfants en milieu scolaire, bibliothèques, lieux de vie et publie une fois par an une affiche de poèmes d’enfants. Rendre l’enfant sensible au monde poétique, lui permettre de penser le monde et l’aider à exprimer et mettre en valeur ses sentiments restent les priorités de Pluie d’étoiles.

http://www.pluiedetoiles.com/

Sur les sentiers de Jacqueline HELD

PAROLE / SILENCE

Entendre le silence
Dans le feuillage
Immobile d’un saule

La barque et l’arche
S’éloignent
Dans la pâle prière du silence

L’envers de la vie
Quelque part
T’empêche de parler

Dans ton regard
Sur l’eau paisible
Des rameurs muets

Le ciel était bleu
Tu parlais
Pour ne rien dire

Dériver, déparler
Dans le creux
Du langage

Ecoute sans parole
Se creuser en toi
La lumière

Aveuglant
Entre toi et toi
Un dialogue de sourds

Hésiter se taire
Etre gauche
Dans la vacuité de la langue

(inédit)

LE MONSIEUR SERIEUX

« Nous n’avons pas
Rêvé »
Dit le monsieur
Sérieux.
Nous n’avons pas joué de la guitare,
Nous n’avons pas joué à chat perché,
Joué avec les mots,
Joué avec le feu…

Non, non,
Mais nous avons
Joué des coudes, joué des jambes,
Joué serré,
Joué au plus fin,
Joué de la mâchoire.
Non, non,
Mais nous avons
Calculé, caressé, supputé,
Regardé, compté, recalculé… »

MORALITE

L’or est comme le poisson:
Si tu l’entasses, il pue.

(Fables à lire et à pâlir
Éd. Pluie d’étoiles)

FABLE DE L’HOMME INVISIBLE

C’était un homme… un homme…
Peu contrariant, aimable
Et surtout
Infiniment adaptable.
Prêt à tout
Pour n’avoir pas d’ennuis.
Un caméléon fait homme,
En somme.
Vert sur l’herbe et bleu sur le ciel,
Changer lui était habituel…
Une pancarte sur son chemin.
AVIS A TOUS LES HUMAINS:
« Interdit aux hommes de toutes couleurs
Même blancs ».
Il poussa, força, se ratatina
S’efforçant tant
Qu’il devint transparent…
S’évapora tout simplement
Et disparut dans le néant.

MORALITE :

Sois ce que tu es,
Graine d’ombre
Ou poisson de l’aube,
Sois ce que tu es.

(inédit)

L’ombre, la nuit proche.
Une arabesque de lucioles, un soir.
Le bleu de la nuit soudain.
Dire le bruit de gens qui ne sont pas là,
Marchent, tu ne sais pas où,
Dans une guerre peut-être
A l’autre bout du monde.
Ce que tu entends, ce que tu écoutes.
Sans pouvoir y faire… Rien.
Ceux des souterrains humides,
Ceux qui chargent des wagons,
Sûrs de rien, sauf de leur mort,
De leurs mains nues pour tout bien en ce monde.
Le ciel est bleu comme la souffrance.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Tes doigts tissent et trament
Des mots éphémères.
Solitaire tu comptes les jours
Avec une poignée de cailloux blancs
Sur la route de sable sombre
Où tu marches vers un rêve.
Le désespoir est contagieux parfois.
Docile, voué à la résignation, au silence,
Tel homme ressemble à un palmier.
Un ancien professeur de littérature
Poinçonne des billets sans bruit.
Des noms de villes et de pays bourdonnent.
Parmi des gens sans visages,
Hommes faibles, fragiles et fous
Tu éprouves le temps qui passe,
Le poids qui nous lie à la terre.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Vivre en sursis. Identités d’emprunt.
Plage de Gibraltar, ville sainte des migrants.
Sable mouillé, pont invisible
Menant au paradis.
Etrange légèreté sur le bateau.
Fredonnement. Danse lente, retenue.
Saut dans le vide en apesanteur. Tu dis :
« Je donne mon sourire
A tous ceux que je croise.
Mais personne ne me voit.
Mais personne ne s’arrête ».

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

L’air est limpide.
Tu lis en ce matin doux
Le message d’un paysan palestinien.
« Nous avons lutté non par amour de la guerre
Mais pour protéger nos vies, nos enfants, nos fermes.
Nous sommes de simples gens ».
Jaune déjà un parfum de précoce automne
T’imprègne. Une feuille de tilleul
Est tombée sur ta main.

Tant de nuits blanches et de petits matins
Où te furent enseignés
Le partage et le respect de la folie:
Fragile, sur le sentier sinueux de la vie,
Fais-tu partie, affamée, fourbue,
De ces nuées de veilleurs guettant l’aurore ?

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Itinérants, chômeurs, précaires,
Vous étiez oiseaux, insectes,
Fléau parasitaire, énième plaie d’Egypte,
Vous abattant sur la première ville venue,
Réclamant en vain du travail,
Chapardant, traînant, mendiant,
Ne laissant plus ni brin d’herbe
Ni miette après votre départ…

Habituée à l’indifférence, abritée
Derrière le feuillage doux des arbres,
Les vois-tu encore,
Ces hommes et femmes sans qualité ?
Dans l’éphémère qui nous entoure, nous habite,
Nous constitue, dans l’infinie fragilité de toute vie,
Dans la ville mouvante, les vois-tu encore,
Dans les métros, sur les trottoirs,
Les abîmés, les expulsés,
Les endettés, les déclassés,
Les éloignés, les maltraités,
Les sans ceci, les sans cela,
Les invisibles, notre part d’ombre,
Doutant ou attendant d’improbables aurores ?

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Au fond du limon, prise dans la tourbe,
Quel radeau te recueille,
Au Centre des Egarés, toi hors les murs,
Seule, abandonnée au silence ?
La fenêtre haute ne laisse passer
Qu’une faible lueur.
Nuit autour de toi. Nuit en toi peut-être ?
Nuit devant le mal,
Devant la trop grande douleur,
Nuit, nuit, nuit…
Et lumière derrière l’apparente nuit.
Tu suis du regard, très loin,
Mille ombres faméliques
Traversant l’Afrique à pied,
Travaillant au noir dans les arrière-cour…
Tu suis des traces.
Passeurs et passeuses de lumière
Ici t’ont précédée
Sur l’herbe foulée de la sente.
Enfant de Job, tu chemines,
Fille de la foi nocturne
Et des questions sans réponse.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Marc Baron

COURIR D’AIMER

1
Aimer
verbe du premier groupe
et du premier amour

Il est petit le groupe
toi et moi

Rien que nous deux
ça fait bien peu

Mais rien que toi
c’est déjà tout

2
Courir
verbe de mouvement

Verbe du souffle
et du grand air

Du cœur dans les mollets
je cours puisque je t’aime

Courir
verbe d’amour

Courir vers toi
des jambes dans la tête

Je pense donc je cours
tu m’aimes donc j’y crois

Sur les sentiers de Paul Bergèse

On dit la girafe muette.
Qui me dira pourquoi ?
• Elle broute trop de nuages !
Le vent a refroidi son cou !
Elle s’abreuve de secrets !
Elle se nourrit de silence
et ne rumine que des mystères !
• Pas du tout !
La girafe aux yeux doux,
tête près de la lune,
la girafe aux yeux doux
ne parle qu’aux étoiles

Ecoute.
En cette fin de jour les battements s’apaisent.
Et le chaud et le vent,
le rire des oiseaux,
le travail des abeilles.
En bordure des blés,
sous les coquelicots,
timide et solitaire,
le grillon vespéral
astique son violon.

Paul Bergèse

Qui t’a piqué ?
Est-ce l’aoûtat ou la tique ?
Est-ce la tique ou l’aoûtat ?
Ta peau cloque
Et ta peau tique.
Ta tactique
c’est la claque
qui tue la tique
et l’aoûtat itou !

Paul Bergèse

Au seuil des racines
s’éveillent des mots de terre.
Dans la tiédeur de l’aubier
s’allume le poème à vivre.
Au galbe de la branche,
le terme du voyage
de trois syllabes vertes.

Paul Bergèse

Ne le dis à personne.

Cette nuit, vers minuit,
j’ai attrapé la lune
et je l’ai cachée
sous mon oreiller.
Mais la souris, gris souris,
celle qui vient
pour mes quenottes,
en a fait son festin
et ce matin je n’ai plus rien.

Plus rien que des miettes de lune
sur une plume d’oreiller.

Paul Bergèse
Le rhinocéros amoureux
Pluie d’étoiles

Sur les sentiers d’Alain Boudet

S’éveiller cascade et torrent

Être ce qui emporte
et porte jusqu’à loin
jusqu’à là-bas
jusqu’à ce qui advient
et demeure

S’ancrer dans le flot des autres
flamme et fleuve
comme un sourire qui se dessine
à la commissure des rives.

Koblenz, février 2008

Écrire
avec l’ombre et la cendre
avec les mots fragiles que la pluie nous donne

Écrire dans l’attente d’un jour bleu
du matin ténu d’un sourire qui tremble

Écrire pour aviver les couleurs
dans l’ajour des paupières
et graver l’éclat des rencontres
dans les paumes du ciel.

Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

Enfance embarquée
dans un silence de neige

Il ne reste
aucune feuille sur le pont du vent

Mais à hauteur des yeux
le gel grave son livre
d’écorce blanche

Légende légère.

Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

Dans tout voyage
rail
route
ou rêve
j’aime que nos regards accueillent
la mousse des villages
comme une supplique à la lumière
et qu’un sapin – de passage –
s’étonne de ce que peuvent dire
les mots du poème.

Dans le train, Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

à Maël, 2 ans

Tu marches au hasard
dans le plaisir de tes pas
un peu à gauche
un peu à droite
dans l’ignorance des boussoles

Ce qui te guide assurément
c’est un petit rêve de plein jour

Tu déambules à l’intérieur.

Locmaria, mai 2008

Alain Boudet, inédits

Gilles Brulet

Pomme avec des yeux-
Le petit enfant s’étonne
De me voir passer.

***

Nuage de mai
On dirait bien un moustique
Le petit avion.

Sur les sentiers de Michel Cosem

Attente de l’instant, oui attente
avec des mots qui tremblent
des souvenirs qui brûlent
attente de ce retour sur la pierre du seuil
en même temps qu’une respiration
et l’ultime odeur de l’hiver
C’est le printemps, c’est le retour
et j’attends le premier grincement du volet
l’éclat d’une flamme dans la cheminée
la lampe au cœur de la pièce
qui caresse la nappe aux carreaux rouges
 
Et tout rapidement s’enchaîne
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le goût de l’oiseau
le soleil puis la pluie qui pique
le tonnerre qui roule
 
Attendre aussi le goût de l’herbe autour du cœur
le vent qui siffle
et le pin qui tout seul chante
 
Attendre la trace dans la rosée
à travers le pré ouvert
comme un livre frais, un livre vert
pour toutes les germinations
 
Attendre toutes ces secondes
brillantes comme des sèves
urgentes comme des battements
 
et le pain rond, noir
sur la table
avec le vin de Haute Serre
dans la lumière heureuse
qui filtre à travers les feuilles de vigne
la saveur du premier repas
 
 

Michel Cosem

 
Ces instants dévorés
savourés
retenus par l’herbe vigoureuse
qui s’étale partout
peau piquetée de fleurs
toute entière à son écoute, silencieuse
avec de petites orchidées ondulantes
et les grands éclats de la beauté
 
 
Michel Cosem 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Se réhabituer à l’ombre à la clarté qu’il faut à chaque instant traverser, ces espaces à habiter, ces recoins où les araignées ont tissé leur nid, franchir les barrières de givre et de gel
 
Se réhabituer à l’ombre, à la clarté, à la frontière des deux que l’on franchit allègrement
au chant de l’oiseau
et à son ramage
à faire son nid au fond du cœur
 
Il y a le dedans et le dehors mais où aller
selon le désir ?
 
Michel Cosem 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le pollen va et vient lui aussi
pareil à un papillon
se loge au plus secret
s’éloigne sans regret vers l’orée
et embrasse au passage une fleur, une araignée
va plus loin comme certain de sa destination
Le pin
lui aussi au moindre souffle de vent
se répand au hasard dans la prairie
 
Michel Cosem, inédits 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sur les sentiers de

Jacqueline et Claude Held

le danseur de Järrestad

Ceci est un homme qui danse.

Il danse la danse de l’oiseau dans le pays de Scanie, en Suède.

Il porte les plumes de l’oiseau, le masque de l’oiseau.

Il porte aussi le chant de l’oiseau avec beaucoup de précautions rituelles. Car le chant de l’oiseau est fragile. Comme la neige.

Ceci est un homme qui chante.

Il chante le chant de l’oiseau dans le pays de Scanie, en Suède.

Il appelle le soleil par ses trois noms secrets.

Il raconte au soleil l’histoire de l’oiseau qui danse la danse de l’homme et chante le chant de l’homme au pays de Scanie, en Suède.

Il dit:

Je suis l’oiseau de Järrestad.

Je suis l’oiseau qui appelle le soleil par ses trois noms secrets.

Je suis l’homme-oiseau de Järrestad qui danse pour le feu et qui chante pour la lumière.

Je suis l’homme-oiseau de Järrestad qui parle à l’oiseau-soleil au froid pays de neige, au pays de Scanie, en Suède.

(extrait de « Voyage en Préhistoire », éd. Pluie d’étoiles, 2004)
art de Mésopotamie : Suze ; 3000-2900 av. J.-C.

Fleuve entre les arbres

Un jour il fut un poisson.
Puis il fut un autre poisson.
Puis un autre et un autre poisson.
Et les poissons dessinaient la rivière.
Les arrêtes des poissons dessinaient la rivière.
Les écailles des poissons dessinaient la rivière.
Puis il fut un arbre.
Puis il fut un autre arbre.
Les troncs d’arbre dessinaient le bord de la rivière.
Les feuilles d’arbre dessinaient le bord de la rivière.
Et les arbres poussèrent.
Et la rivière coula.
Coula, coula encore.
Et parvint jusqu’à toi.

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

en regardant Arcimboldo

L’été

Dans l’ombre du verger,
À visage masqué,
Voici l’été.

L’été, ce temps,
Porte artichaut,
Au débotté,
Tout dru planté,
L’artichaut à sa boutonnière,
L’air entêté, la mine fière,
Collier d’épis, ceinture de feuilles,
Ses joues-pommes et son menton-poire
Font sa gloire.

Ami lecteur,
Toi qui passes
De l’ombre à la lumière,
Vois-tu ce qui reste à manger
Dans les cheveux fous de l’été ?

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

en regardant Miró

Paysage (le lièvre)

Le paysage est un miroir
À songes.
Faut-il dormir ou bien
Rêver ?
Mirons-nous dans le paysage
Dans ses méandres
Mi-obscurs, mi-ronds,
Dans la lumière vagabonde
Admirons,
Sage ou sauvage,
La course du lièvre
À travers champs.

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

Sur les sentiers de Patrick Joquel

À bord de ton croissant
tu as croqué l’orange

Un lent soleil couchant

Tu es doux comme un ange

Tu as dix doigts plumes

Tu caresses les nuages
les comètes
les orages

Tout ce qui s’allume
quand s’obscurcit la planète

Avec sa pelle en plastique
elle prend du sable
et le lance
loin dans la mer

Très loin

Un peu plus tard
elle remplit le seau d’eau
puis le vide
sur la plage

Tu le sais
tu en as fait autant
si loin que tu ne t’en souviens plus

Une autre vie

Aujourd’hui
tu n’as plus ni seau ni pelle
mais tu regardes encore la mer

Patrick Joquel

Tu vis
sur un filin d’écume

Funambule
aux muscles salés
tu déambules

Ton corps sablé
croque à tous les bleus

Patrick Joquel

Piscine et maison poule
grain de langue
Salon d’hiver
grain de mimosa
Chambre de printemps
grain de moineau
Cuisine d’été
grain de rosé
Véranda d’automne
grain de raisin
Pelouse au peigne fin
grain d’escargot
Machine à glaçons
grain de frissons

A des milliers d’exemplaires
grain de miroir
Variations infimes
grain d’alouette

Tout va bien
grain de requin

Tu te crois
dans une photo magazine
grain du sud

Avec la cigale obligatoire
grain de rien
tu joues au mannequin

Tout va bien

Croquer l’orange
Patrick Joquel, illustrations de Johan Troïanowski ; éditions Pluie d’étoiles 08

Sur les sentiers de Michel Piquemal

Une machine à écrire
Voulait être poêle à frire
Et cuire des omelettes
Plutôt que taper des lettres.
aussi quand on frappait « titre »
La machine écrivait « frite »
Et au lieu de « cher ami »
Elle écrivait « salami ».
Ah ! Quel sale caractère
Disait son maître sévère
Et il lui tapait dessus
Mais elle ne l’écoutait plus…
« Veuillez agréer, cher monsieur,
Du jambon avec des œufs ! »

Mon papa est très grand,
Plus haut que le buffet,
Mais dans pas très longtemps
Je le dépasserai.
Quand je vais arroser
Les choux du potager
Je m’asperge en secret
Le bout de mes souliers.

Michel Piquemal

Pruniers en fleur
Miel aux narines
Printemps au cœur
Pruniers de Chine.

Michel Piquemal

Je fais des bulles
Des belles bulles
Des belles bulles de savon…
Des bleues, des blanches
Qui se balancent
Au bout de mon petit bâton.
Mes bulles dansent
Puis, hop, s’élancent…
Bonjour, le ciel, nous arrivons !

Michel Piquemal

LA PATATE

Petite patate
Pâle et pelée
Sera poêlée
Et cuite en frite.
Qui cuisine ?
C’est Tantine.
Qui la mange ?
C’est Solange !

Michel Piquemal

Marcel Migozzi

J’y reviens car il neige, parole,
c’est la première fois qu’il neige dans la cour.

Où sont les acacias élevés à la dure
et à la sèche et à la grille ?

Et où l’herbe traitée de jaune
par la feuille survivante ?

J’y reviens la goûter, la préfère à la mie
même fourrée de chocolat.

Ça recommencera ce jour de fête, dites,
cette absence de punition terrestre ?

Marcel Migozzi
(neige première)

Jacqueline Saint-Jean

Fenêtre d’escampette
pour les filles de l’horizon
échappées de leur cage
leur sac de rêve en bandoulière

petite musique de cavale
en voyelles de sept lieues
dévalant mots et merveilles
vers un port ou un visage
qui l’attend au bout du monde

Penché sur la malle
des mappemondes
l’écolier du large
plonge dans la page
décrypte les cartes
Pêcheur de reflets
il plonge les mains
dans les eaux profondes
multiplie les longues-vues
Il y aura toujours une île
au fond de l’œil

Jacqueline Saint-Jean

Extraits de « La page étrange » (inédit)

Jean-Louis Troïanowski

C’est un visage
ce soir
qui fleurit
à ma fenêtre

d’un rire
il m’envahit
s’insinue
s’enracine

pétale
je le sais
fragile
les années
pourtant
l’ont à peine
froissé

le parfum
encore frais
au cœur
de ma main
me transperce
comme
un cristal
si j’en abuse
il se régale
d’une larme

c’est un jardin
secret
ce soir
qui se presse
à ma porte

Jean louis Troïanowski
Un instant trop doux – 2003

Il est bleu ton pays
là-haut dans les nuages
je te retrouve parfois
en plein cœur de la nuit
quand l’air est plus léger
la montée plus docile
et je m’endors ainsi au bord de la rivière
pour bavarder encore
du monde qui sera
effeuiller quelques roses
chevaucher deux licornes
récolter mille graines et
les offrir au vent
Puis nous rentrons heureux
à grands coups d’ailes d’ange

Jean louis Troïanowski
Un instant trop doux – 2003

Sites de nos poètes :
Paul Bergèse voir site de la Charte
Alain Boudet : http://boudully.perso.cegetel.net/
Gilles Brulet :http://monsite.orange.fr/gillesbrulet
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Michel Piquemal : http://www.michelpiquemal.com/

Adresses virtuelles de nos poètes
Marc Baron : Poemes@aol.com
Jacqueline et Claude Held : held.claude@orange.fr
Jacqueline Saint-Jean : saint-jean.jacqueline@orange.fr
Jean-louis Troïanowski : http://www.pluiedetoiles.com/

Et d’autres sites importants :
le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€

Ateliers et pistes d’écriture etc.

Sur les sentiers de Jacqueline Held

Parole/silence : se monter une collection d’infinitifs. Piocher. Partir du verbe et écrire des tercets…

La presse : Jacqueline se tient informée du monde, de son actualité. Bien souvent, cette actualité, photos de presse, articles, lui donnent la nécessité d’écrire. Pourquoi ne pas se tenir à l’affût de cette presse et de sélectionner des articles, photos comme déclencheurs de texte ?

Marc Baron.
Là aussi on pourrait piocher un verbe et tenter de lui mettre des mots à la façon de Marc Baron. Comme une « explication » du mot… de ses effets… de ses actions…

Alain Boudet voyage et au lieu de prendre des photos souvenirs, il écrit des textes souvenirs… Voyage scolaire, ou voyage de vacances, écrire comme un carnet de voyage…

Michel Cosem observe autour de lui la nature et en particulier ce qui est petit, insaisissable, fragile. Il donne à ces petites beautés des poèmes. Dans nos quotidiens aussi de multiples petites merveilles attendent nos regards, nos émotions, nos mots !…

Jacqueline et Claude Held ici travaillent à partir de photos d’art. Des reproductions des travaux des hommes dans les cavernes de la préhistoire… Des images de peintres… Rien ne nous empêche d’utiliser à notre tour des images similaires pour déclencher l’écriture. On peut utiliser aussi les propres œuvres de la classe…

Patrick Joquel propose des pistes dans le recueil Croquer l’orange, chez Pluie d’étoiles. En voici deux :
avec sa pelle en plastique

Les gens, autour de toi, vivent. Observe-les. Ils font des gestes, comme ici cette petite fille avec sa pelle et le sable… Choisis un de ces gestes, une de ces activités et tente de l’écrire. Dans un petit texte. Il s’agit de décrire cette activité au plus juste. Ensuite, pour continuer le texte, interroge-toi sur la portée, le sens de ce geste… Dis ce que cela t’évoque… Ce à quoi cela te fait penser…

Piscine et maison poule

Dans un magazine choisis une photo. Imagine-toi dans cette photo. Comme si tu avais été photographié dedans. Imagine ta vie dans cette photo. Dans la réalité ou bien dans l’imaginaire…

Jacqueline Saint-Jean aura toujours une île au fond de l’œil…
Et toi… qu’auras-tu au fond des yeux ?

Enseignants, vous retrouverez sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles à caractère pédagogique que je me suis amusé à imaginer autour de ces poèmes ; elles ne reflètent que mon regard sur les poèmes et la façon dont en classe j’en sortirai pour explorer autrement la langue et jouer avec les mots… Rien de plus.
N’hésitez pas à partager vos aventures poétiques avec les autres. Si vous avez eu de bons moments avec un des poèmes de ce cairns 3, envoyez un courriel, donnez à lire vos réussites etc.
A l’école on est parfois tellement seul que chacun invente l’eau tiède de son côté… Que cette petite revue soit aussi l’occasion de mettre en commun, réussites, découvertes etc.

site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.*Cairns 2

Un deuxième cairn. Celui-ci s’étoffe. Plus de pages. Plus de poèmes. C’est aussi simple que cela. L’éditeur invité : l’Amourier. Ce bel éditeur de Coaraze dans le pays Niçois. Un fervent du livre. Comme souvent dans ce petit monde souterrain et aérien de la poésie. Visitez le site des éditions de l’Amourier pour découvrir la vitalité, la diversité des publications. Il ne sert à rien ou presque d’en dire plus : ce qui compte c’est la rencontre individuelle, personnelle.

Le chemin continue. En compagnie des auteurs de l’Amourier. Avec quelques sentiers, ceux de Jacques Ferlay, Alain Freixe, Claude Held et Michel Cosem. Les chemins de traverse aussi accueillent de nombreux auteurs du catalogue, pas tous : malgré son épaississement, ce numéro n’est pas assez vaste. Autant de poèmes, autant de cairns, autant de haltes possibles…

Sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles pédagogiques vous attendent si le cœur vous en dit. A ce propos, nous aimerions que les pages cairns du site deviennent un lieu d’échange, de mutualisation comme on dit maintenant entre les enseignants. N’hésitez pas à me faire remonter via un courriel la manière dont vous et vos classes vous emparez de ces cairns. Les réactions, les questionnements, les découvertes, les ateliers mis en place tant en écriture qu’en art plastique etc. Tout sera lu et autant que possible mis en ligne pour être partagé.

Le troisième numéro verra le jour en septembre 2008. Il sera lui aussi consacré à un éditeur de poésie de la région Paca. Le tour de France de Cairns commence par là. C’est ainsi. Il faut bien commencer quelque part… Si vous ne voulez pas le manquer, vous pouvez vous abonner dès à présent pour les numéros trois et quatre de l’année 08-09…

Notre seule ambition est de permettre une rencontre entre le monde de l’édition poétique et celui de l’Education Nationale.

Patrick Joquel

Cairns remercie les éditions de l’Amourier pour leur autorisation de reproduction des poèmes déjà publiés chez eux !

Les éditions de l’Amourier

Contrairement à ce qui saute aux yeux, le nom de l’Amourier ne doit rien à Cupidon. C’est tout simplement le nom du quartier où se situe la maison d’édition ; ce lieu était jadis complanté de mûriers – amourier en occitan – arbres dont les feuilles sont utilisées pour l’élevage des vers à soie. On est ici dans le tissage, dans la patience et l’obstination, le textile ; dans l’amour des textes en somme.

Après plusieurs années d’activités intenses dans divers domaines, l’année 1994 fut pour moi quasi sabbatique et me permit de reprendre avec plaisir l’écriture et le dessin, modes d’expression privilégiés de ma jeunesse. C’est ensuite dans un mouvement naturel que j’ai souhaité rassembler, mêler, juxtaposer ces deux langages sur un même support et ainsi été conduit à faire des livres. Je passais donc cette année-là à monter un atelier, acquérir une presse, choisir des casses de caractères, trier du plomb… Le premier ouvrage, paru en mars 1995 s’intitule “ l’Enfant du Paillon ” et propose un texte d’Alan Pelhon en écho à une sculpture publique de Derez A. Derez. Livre “ enfant ” aussi puisque constitué de douze pages dont quatre de dessins. C’est également à Derez que je dois le logo de L’Amourier éditions.
À partir de là, au fil de rencontres, à force de humer les manuscrits, s’est bâti patiemment un catalogue où j’ai voulu privilégier la diversité, laquelle est confirmée par la contribution de chacune des six personnes qui constituent le comité de lecture. Hormis les critères de qualité autour desquels nous nous rassemblons, il est évident qu’autant de sensibilités différentes ne sauraient aboutir à une ligne éditoriale stricte, étroite, ni même bien définie. Notre choix est de privilégier des écritures originales ; poésies et textes en relation avec des œuvres plastiques, proses atypiques et formes narratives courtes.

L’Amourier c’est aussi un style, un aspect graphique qui s’affine au fil des livres grâce à la touche apportée depuis quelques temps par Bernadette Griot. La participation de plasticiens, souvent au-delà de la simple illustration, engage d’ailleurs la maison d’édition, comme nous l’avons vu, dès le premier livre, et ne cesse de se poursuivre depuis avec l’influence de Raphaël Monticelli et le concours de nombreux artistes.

Au-delà de ces quelques mots destinés à vous ouvrir les portes de la maison, je vous laisse découvrir notre site et le catalogue des éditions…

http://amourier.com

Sur les sentiers de Jacques Ferlay

Printemps

Un banc d’anémones
accompagne vers l’école
des rires d’enfants

Entre tout j’hésite
toi, bourgeon, tu t’épanouis
Où l’as-tu appris ?

Au pas de l’enfant
de l’âne et du temps
va le sage

Eté

Lasso dans le ciel
d’un vol bouclé de faucon
Terreur dans les blés

Au bord du berceau
mains jointes d’un papillon
L’enfant lui sourit

L’orge crie sa soif
Un peu honteux de ma gourde
je la bois d’un trait

Automne

Une feuille chue
courant après la rivière
aussi vite qu’elle

Entre deux regards
reinette à monture d’or
essuie ses lunettes

La rose coupée
au col de femme studieuse
Abrégé d’amour

Hiver

Ce banc du jardin
gercé d’usure et d’hivers
Mon coeur où t’asseoir

A l’aube des mondes
aux vitres des regards neufs
un givre illisible

Elle a carte blanche
la neige où pourrait s’écrire
le pas d’un ami

Jacques Ferlay Équinoxes et Solstices (éd.L’Amourier)

Haïkus Inédits

Cygne blanc sur l’eau
son ombre cendre d’image
amorce l’oubli

Pour quel vol de nuit
feux de piste des lucioles ?
Trois chauves-souris

La jeune tulipe
rit à gorge déployée
pollen sur sa glotte

Le figuier accroupi
offre aux oiseaux ses mamelles
Entr’aide des pauvres

Soupirs de marée
dans la hotte aux crabes verts
Remords du pêcheur

Qui courberait l’herbe
dans un paso-doble fou
si ce n’est le vent ?

Châtaignes grillées
souvenir de mes printemps
dans mes rues d’hiver

Le rocher moisi
ensemencera la brume
Lait caillé d’automne

Il frappe Il frappe
Aurait-il perdu ses clefs
le pic-vert anxieux ?

Nuit de Noël
le cèdre nappé de lune
plein de vraies étoiles

Vu dans la vitrine
la douceur d’une peluche
dans ma main d’enfant

Hublot givré
le ciel en chute libre
domino à points d’or

Jacques Ferlay

La moucherelle

Elle saute, saute
la moucherelle
plutôt les repas
que les classes
Elle est fille de famille
la moucherelle
mais n’en parle pas
Enfant recomposée
de papa mouche volage
et maman sauterelle,
encore verte pour son âge
Fière, libre et jalouse
un jour elle prit la mouche
et quitta papa maman
sans trier les gênes
dont la querelle
en elle
continua

Jacques Ferlay
(Inédit)

Un agneau

Quand l’agneau vint à l’école
on lui dit qu’il était beau
et le voilà qui bêle
On le traite de petit nouveau
et voilà qu’il nous révèle
qu’il est l’aîné
Quand Jean-Loup lui dit
“c’est où que tu crêches?”
voilà qu’il béguaie :
à Bê… à Beth…
Mais c’est bête, les M
Il n’arrive plus à les dire
depuis deux mille ans

Jacques Ferlay
(Inédit)

Tendresse

La chèvre douce aux yeux d’olive
est songeuse à la traite
Elle, nourrice ici, son chevreau est là-bas
Au chant du lait dans la cloche du seau
elle sait qu’elle amasse un tout petit pécule
pour qu’un jour à l’école des boucs
son petit devienne grand et même docteur
ou, barbiche au vent, peut-être prédicateur.
Et, la trayant, j’ai honte, moi qui sais
qu’il y a vingt fromages que son petit
fut mangé sans pitié
par des humains amateurs de tendresse
mais juste amateurs, pas pratiquants.

Jacques Ferlay
(Inédit)

J’y va? J’y va pas?

Est-ce à manger tant de son
que tu gagnes tant d’oreille
demande au lapin
l’escargot
levant haut les yeux
faute de pavillons

Nous les laissons monter au ciel
en rongeant pieusement
chapelets et prières
Sache-le, animal rampant,
quand la prochaine pluie
aura trahi ta trace d’argent
j’aurai déjà atteint
le Paradis de civet
Car nos anciens l’enseignent
par nos oreilles velues
les agents de Dieu au temps venu
saisissent les élus

Les uns enseignent
d’autres en saignent
se dit l’escargot
à qui son château minuscule
donne du recul.

Jacques Ferlay (Inédit)

Etre jeune ou vieux est peut-être un choix, au moins par moment. J’en parlais souvent avec les canards de ma rivière familière.
Les canetons dociles (ou dissipés) me montraient, en changeant de taille ou de plumes, que sur eux le temps glissait comme l’eau en les faisant grandir.
Grandir… J’aimais, le long de ma rivière amie, voir grandir le jour.
…..
Le jour grandit courageusement au cours de toute nuit. L’optimisme du jour ressemble à celui des canards de ma rivière.
Grandir fut pour moi une longue entreprise. Maintenant je dégrandis depuis quelques temps. Un jour même je mourus, juste quelques heures.
Un docteur relança le balancier de mon coeur et le tic-tac se remit à battre dans les ruelles de mon sang. En échange de son tour de magie, le docteur ordonna que chaque jour où ça battrait en moi, je marche au grand air, quoi que dise la météo.
J’ai tenu parole, et bien m’en prit.
Le grand air est plein de choses à voir et à entendre.
…..
Maintenant je quittai volontiers mon lit pour longer le sien

Saisir la trace du temps sans en ralentir l’écoulement, c’est une des tentatives du haïku, si j’ai bien compris les suggestions des maîtres du genre.
…..
Chaque saison que dit le haïku est ici en filigrane. Même le jour a ses saisons.
…..
Pour le marcheur, de quelle feuille chue dater l’automne?
Au roux d’une vigne égarée sur la rive propice?
À quelle sonorité du sol reconnaître un gel que l’eau, dans son élan, feint d’ignorer? Quand faire débuter l’hiver…
…..
Confident involontaire de cette cosmogonie riveraine, je transcris, par le sable des mots, ce rêve de circumnavigation palmipède d’aventureux canetons. Marco-Polo ailés, ils apprendront que l’Univers peut se résumer en une rivière heureuse, comme l’ode
homérique en un haïku de trois lignes.
…..
L’humilité du haïku va plus haut que la Cordillère.
Infime et bavard, il se fait l’ADN d’un monde sans témoin où rien ne bouge parce que tout y bouge dans une invisible harmonie.
…..
Si mon témoignage parvient aux hommes qui n’ont pas de rivière amie, j’espère qu’il les aidera à en écouter une.
Faute de rivière, tout ce qui est hors de soi-même est chance
d’une amitié.

Grêle de grenouille
un pas d’homme a réveillé
la peur millénaire

Navire amiral
maman cane ouvre aux petits
la mer océane

Jacques Ferlay Sablier palmipède (éditions de l’Amourier)

Chemins de traverse

Jean-Marie Barnaud

La mer en joie m’attend
la mer au souffle court

Bleu de lait ce métal flambe
Au soleil

Lames urgentes et brèves
l’une à l’autre remise
pour ma ferveur taciturne

Je ne suis oui que la beauté qui passe
sous toi
et qui s’absente

(inédit)

Daniel Biga

 » l’exil de Derzou Ouzala »
 
Certains matins j’aboie dans la rue
certains soirs je brame dans l’immeuble
plus tard je vais rentrer les bêtes sur le balcon
et là je hurle vers la lune
ici je ne m’y ferai jamais !
vallée montagne arbres
rivière prairie terre
 
je m’y crois encore
je m’y crois à nouveau
je m’y crois toujours

extrait de  » Mammifères » ( l’Amourier éd.)

Jean-Michel Bongiraud

Quelle allure ! Quelle majesté !
L’hippocampe se joue du manège marin.
Saute par-dessus les obstacles.
Il respire l’allégresse, la liberté.
On est emprisonné dans notre univers.
A cocher des cases. Remplir des formulaires.
Avaler des algues fumantes, du plancton nocif.
On n’a pas le port altier de l’hippocampe.
On glisse vers les abysses,
il remonte vers la clarté.

*

Entre nous et la méduse, la transparence
n’est pas le point commun.
Son corps s’efface dans les remous de l’eau.
Elle épouse l’écume.
Immobile sur le flot elle roule dans le creux de la vague.
Nos sentiments et nos pensées restent obscurs.
L’opacité de notre être masque toute vérité.
L’immanence est le désir du poète.
Il se brûle à toucher la réalité
cachée sous son corps.

Extraits de « Le cou de la girafe » (l’Amourier éd.).
Béatrice Bonhomme

Dans les silences du passeur,

La pluie réveille les veines de la terre, et de nouveau le sang afflue au coeur dans l’odeur chaude et mouillée du lichen.

On sent le coeur de la terre battre sa folie de limon. Les ciels rincent leur pinceau de bleu et entremêlent les gris. Dans la toile marouflée, une pointe de lumière aiguise son pastel.

L’oiseau pose sa tête menue contre le vitrail et il s’incruste dans la couleur. D’un côté puis de l’autre de la fenêtre, ses ailes flottent une ombre de velours et volètent plus loin, cherchant à pénétrer vers la lumière.

Sur la tombe, on s’est assis dans la caresse familière de cette pierre où tu silences. La croix compose une marqueterie de lichen comme les majoliques de Naples et on pense à la berceuse de ta voix lorsque tu fredonnais l’enfance.

Tu étais le passeur des deux rives et dans tes mains de feuilles les toiles tissaient la dentelle d’un doux berceau de voilage.

Tu avais dans tes mains le monde et tu nous l’offrais en présent comme un pigment bleu sur la fresque. Les petites feuilles rouges sur l’avancée de ta fenêtre abritaient le gâteau nidifié d’une hirondelle.

Désormais tu fais silence au creux des pierres. Le feuilleté du temps semble t’avoir emmuré malgré la fluidité de ta lumière.

Mais ton coeur demeure le coeur battant du paysage et ton regard de sureau poursuit à travers le temps la nuance nécessaire de la lumière.

Jérôme Bonnetto,

Ma tête s’en va

Je me pastiche et je me dis que ma tête s’en va.
Je pastiche ma race, mon rut, ma rate. Je me parle comme un oiseau rapide, comme un courrier de lecteurs, comme une flaque de javel sous le vent.
Je pastiche. J’écris que j’ai un sourire de taliban, que ma nuque sent l’aisselle ! Y a qu’à regarder, j’ai une tronche de vieux polaroïd jauni.
Je pastiche ma vie. J’en fais un télégramme pour les aveugles, les unijambistes et les fous.
Je pastiche, je pastiche trop, faut que j’arrête de jouer des valses tristes à l’accordéon, faut que j’arrête de bazarder des chats par la fenêtre. Faut que j’arrête tout.
Mais comment qu’on se calme quand on marche sur son pantalon trop court, qu’on tombe à côté de soi et qu’on entend, l’oreille plaquée contre le bitume, des voix d’enfants battus.
Je me pastiche et j’entends des voix.
Je me pastiche et je me dis que ma tête revient. C’est pire.
Je mets ma capuche à réaction et je pastiche ma couenne sur les carreaux de la salle de bains, je pulvérise mes yeux au pochoir, je fais la manche sur le canapé. Pastiche, pastiche, pastiche encore.
La nuit, j’entends le voisin ronfler et là je pastiche, je pastiche à fond.
Je me dis que ma tête est montée sur bilboquet, que quelqu’un joue avec, et que c’est pas possible, même dans mon sommeil je bois du lait écrémé. Y a pas pastiche là ?
Le matin, j’écris : « le jour se lève sur ma hernie, j’ai mis ma vie dans le toaster et j’attends que ça crame. » Ça sonne bien mais ça pastiche trop.
Je pastiche, je pastiche de plus en plus. J’écris des titres pour les magazines féminins : «tu pues des yeux mon amour mais mon horoscope me dit que je t’aime.»
Je pastiche mes textes, j’écris de plus en plus mal. Je te fais des modes d’emploi avec du Gombrowicz, ça sonne publicité pour lessive. Ça commence à se voir. Ça sent le pastiche à plein naze. Faut que je me rende, faut que je me rende putain.
Je me pastiche pour la police. Je prends ma main, je me la mets dans la gueule et je porte plainte. Ça va mal finir. Je pastiche. Je pastiche à mort.

Sophie Braganti

La sauce tomate

c’est en passant le penché des balcons
l’émietté des ruelles obscures
l’effrité des moulures
que filtrent à travers les persiennes
l’oignon émincé revenu de l’huile d’olive
et le bouquet garni sur son île lyrique
vision fugace de qui l’a cueilli
ficelé dans le fil à coudre blanc
on hume des tomates l’odeur à l’écart des raies
la chaleur libère

on entend les bulles qui lâchent les images
les tagliatelle les gnocchis
les raviolis et toutes pâtes en i
salivent dans l’eau
s’attardent sur nos lèvres
on voudrait repousser les clichés
mais sans effort on les inaugure encore
comme ce qui veloute sous le rouge
parvenu enfin dans le creux
d’une assiette
d’un estomac
le parmesan prêt à sabler
 
K.Otidiennes  
Poèmes (2005-2006) inédit

Daniel de Bruycker

POEME EN COULEURS

Le poème est rouge comme…
rouge comme une belle pomme
au plus roux de l’automne ;
il veut être croqué, cela se voit,
c’est sa façon de dire : Croque-moi…

Mais comme tout doucement tu le cueilles
apparaissent, tout autour, les feuilles :
et le poème est vert, très vert
et dans l’été plein de lumière
l’arbre semble te faire
un coin d’ombre au soleil de midi,
l’air de te dire : Viens ici…

Mais le vent soudain agite ses ailes
et dévoile, entre les feuilles, le ciel :
et le poème est bleu radieux,
c’est le printemps, les amoureux
se regardent dans les yeux
et à la couleur du poème on voit
qu’il veut te dire : Regarde-moi…

Mais à peine as-tu levé les yeux
que le fond cède et s’écoule le bleu :
et le poème est blanc, très clair
comme au plus beau jour de l’hiver,
très simple pour te plaire
car c’est ainsi que fait le poème,
c’est sa façon de te dire : Je t’aime…

inédit

Michel Butor

Les pions du monde

Les dieux inférieurs chargés de la fabrication de notre planète ont dû jouer aux dés la figure de nos continents dans leurs cavernes de pirates stellaires. Chaque jet nouveau faisait changer l’ensemble. C’était parfois assez heureux ; le plus souvent l’assemblée s’esclaffait. Certains cherchaient le plus habitable, d’autres le plus drôle, biscornu possible. Bientôt ils se sont organisés en deux camps, les uns pour, les autres contre les terriens futurs que nous sommes. Les océans montaient et descendaient selon que les calottes glaciaires fondaient ou se reconstituaient. Un peu plus de dérive par-ci, une déchirure par-là. Plissements et volcans, quelques météores bien ajustés. Trafiquant l’or des nébuleuses en trinquant le saké de l’espace, ivres morts ils ont abandonné la partie nous laissant avec ces rivages.

Extrait de « Géographie parallèle » (l’Amourier éd.)

Sur les sentiers de Michel Cosem
 

Ecrite en mauve sur une joue, comme une légende, la brume fait virevolter au matin la plaine banale et aimer la ville ouverte si avide, ses trottoirs plats avec de la rosée dans les fleurs aux alentours de la mairie.
Le sol parle lui aussi infiniment du monde, des oiseaux de la rivière proche, des près qui viennent d’être fauchés, des arbres aux carrefours, de ces solitudes de plus en plus noires
et de cette semence mouillée qui déjà fertilise le ciel.
Simplement les mots de la rêverie sur ces chemins d’argile entre les ciels nus et les eaux
les grands espaces que le vent bouleverse avec ses yeux de chat, ses silences d’oiseaux
 

Michel Cosem « l’ombre de l’oiseau de proie » (L’amourier)

Tout un pays s’endort
dans l’air du soir
Les prés sont glacés
Une odeur de fumée rôde
comme le ventre pelé d’un loup
Un hibou hulule à la fenêtre ouverte
La maison infidèle s’entoure de paille
un chien gris aboie
et, à côté du vieil arbre penché
le vent rassemble les ossements
L’eau de la rivière
glisse simplement
Tout un pays s’endort

Michel Cosem «L’ombre de l’oiseau de proie» (L’amourier)

Je quitte ce pays comme on quitte une source
Je laisse de grandes fougères tant aimées
des recoins roux pour le rêve
la lisière verte pour mieux goûter à la liqueur
à l’espace
à la tombée du jour
à la pluie et au vent
Je quitte ce pays à odeur de buis et de mousse
à la fumée de bois et aux élégantes coulemelles
J’emporte un morceau de bois
lourd et veiné
qui traversera à sa manière le continent.

Michel Cosem «L’ombre de l’oiseau de proie» (L’amourier)

Il pleut
et tout un pays tient dans le craquement d’une braise
Il fait doux près du cœur
les quatre murs sont tièdes
les rideaux blancs ne bougent que sur les rêves

Le chemin s’en va droit comme un rayon
vers les forêts aux franges noires

Un nuage grelotte
Un oiseau attendri affine l’infinitude

Et la respiration
se fait de plus en plus profonde

Michel Cosem « Images au cœur roux » (l’Amourier)

J’ai marché sur l’écriture
La nuit était blanche taillée dans la lune d’hiver
Une mélodie suivait un chemin de givre
et nous étions ceux qui parlaient

Sur une première marche
une ville cherchait son reflet
Sur une autre se perdait une histoire
Sur une autre encore palpitait une vie
sur une autre enfin s’affirmait la beauté

J’ai marché sur les écritures
Je n’avais plus envie de raturer

Michel Cosem «Images au cœur roux » (l’Amourier)

Chemins de traverse

Gilles Lades

Le chêne vert divise l’argent du ciel
du fond de sa puissance calme

il se referme sur l’hiver
qui envoie une lampe sur le tronc

s’il grandit
la mémoire ne le mesure pas

les pierres à son pied
il les abrite virginales
pour mieux montrer tout le noir qu’il dissout
et renvoie vers le vent triste de la fatalité

il prolonge à l’infini son noir de hutte

il offrira sa lumière impénétrable
au trésor des fatigues
aux larmes aiguisées

(inédit)

Werner Lambersy

« Loin du monde,
sous un ciel de nénuphar »

« Pluie battante,
ciel étoilé, jamais le même »

« L’eau prend l’espace,
moi, le temps »

« Le ciel,
toujours à ma seule fenêtre »

« Comme tout
est lourd hors de l’eau »

« L’eau n’a aucun sens
de l’équilibre »

« Nager est sans doute
le plus vieux geste du monde »

extraits de « Ēcrits sur une écaille de carpe » (l’Amourier ed.)

Sur les sentiers d’Alain freixe

J’avance, et le jour monte.
J’avance, encore.
La chaleur gagne. Dilate les routes. Dalle le ciel de bleu. Parfume l’air de quelques nuages.
Derrière, comme retenu, le vent attend.
De moi, des pierres, du ciel, qui bouge quand tout tremble ?
C’est comme la lavande. Quand elle se noie dans l’eau calme des vieilles armoires. Elle ne pèse pas plus que ce nuage qui s’effiloche dans le bleu familier que découpe Mascarda, ma fidèle aux feux de sous la terre.
Tout ce qui m’entoure est tout ce qui s’en va. J’en deviens l’ombre. Contre l’argile du chemin, cette tache. Ce peu de sombre.

Extraits de « Comme des pas qui s’éloignent », collection Grammages, 1999, Prix Louis Guillaume 2000, (L’Amourier éd.)

Pourtant. Quand plus rien ne tire en arrière. Que tu jettes tes pas dans la pluie. Froide et qui se fige et tremble dans la lumière sale du réverbère. Qu’une douleur infime et sans cause mais continue tend les cordes de tes yeux. Il se peut que depuis le fond de l’eau qui croupit dans le caniveau, remonte comme une étoile filante.
Son feu nous revient par delà le temps. Et passe sans s’effacer. Ce feu est vent. C’est lui qui attise la cendre de nos songes. Au chaud de son terrier, dans le défaut de toute adresse, nos cœurs reprennent corps.
Devant. S’élargissent les routes.

Alain Freixe
Extrait de « Comme des pas qui s’éloignent », collection Grammages, 1999, Prix Louis Guillaume 2000, (l’Amourier éd.)

Les couteaux d’été

1.
Derrière la bouche, ce qui compte est sans voix.
Et sans sommeil, dans la nuit du sang. Ce murmure.

Comme il fait froid !
C’est comme si les cartes sous nos doigts avaient gelé. Par où passer, si nos chemins n’ont plus de pays, si pour nos paroles il n’est plus aucun temps ?
Comment quand l’aube même hésite à basculer dans le jour sortir sous les bandes des nuages ?

2.
Comme on se sent perdus !
Quand s’éboulent les cairns et que s’efface le sourire de ta voix, toutes les pierres se ressemblent. Reste le ciel. Dans le vent extravagant. Sa poudre. Son explosion. Ces hoquets de bleu dans tout ce gris qui flotte, s’égoutte et sans éclat passe. Longe les bords. Avant de filer vers les bas.

Alain Freixe
Extraits de « Avant la nuit », collection Grammages, 2003 (l’Amourier éd.)

C’est cela qu’il voit. Tomber des couleurs. Vives. Mousseuses jusque dans les bulles légères où se prennent les yeux. Calmes jusque dans les taches plus lourdes où se pressent les doigts.

Notre tristesse est rouge sur fond noir.

Alain Freixe
Extraits de « Avant la nuit », collection Grammages, (l’Amourier éd., 2003)

Lumière d’après la neige

Il neige.
L’air est blanc. La vitre est aux buées. Et j’ai le front embrouillé de noir et de rouge .
Je regarde tomber la neige.
De calmes voitures noires filent dans la nuit. A la frontière. Là où la mort fait sentinelle.
C’est dans mes yeux, ces échardes. Ces images. Ce lit de pierres dans la montagne. Cette valise éventrée. Et ces papiers. Ces cahiers comme un feu froid dont les cendres glissent sur la nuit. Ce ciel raccourci sous le fouet de la lune.

*

Je pense aux pierres. À leur absence de forme sous la neige. Malgré le vent.

Je pense à ce cri perdu répercuté dans le vide de la combe. À tous ces cris suspendus aux épines des villes. Laines de misère sans oiseaux.
Je pense à cette chance : avoir en soi un déchirement possible. Pour que s’y amasse la neige qui tombe. Et qu’on puisse y entendre le cri des pierres, des mélèzes et du froid. Celui des hommes. Si près, finalement. Et qui agonisent sous tous les pals du monde.

Je pense aux ombres dont les habillent les sans-regard. À leur façon de prendre pied dans la mémoire. À cette violence du silence quand il leur sert de mur. Et de poteau.

*

Je pense aux mots des poètes. À leurs écrits traversiers. Impair, passe et manque. Passereaux de tous les étés.

Je pense à demain. Quand ça claquera dans la montagne comme en nous sous les coups du dégel. Et que couleront toujours jeunes les eaux vives du jour.

Alain Freixe
Extraits de « Dans les ramas », collection Grammages, (l’Amourier éd. 2007)

Madame, c’est toujours à côté qu’elle se tient. Sur la margelle. Où l’ardoise est usée. L’eau déroutée. Et l’herbe drue. Elle regarde farouchement le fond où s’égouttent comme des graines de soleil.
Alain Freixe

Que dire des secrets de Madame ? Je les dirai. En son for intérieur tournent poussières sèches et brins de pailles, rouille de feuilles, odeur des saisons près de l’hiver, humidité terreuse du petit matin, cires et cendres froides, toute la gamme des bois aux saveurs sucrées, sueurs, fragrances des peaux et des replis de la peau, tourbillons chevauchés sans cesse. Je les dirai.

Raphaël Monticelli
Extrait de « Pas une semaine sans Madame », (l’Amourier éd. 2002)

Sur les sentiers de Claude Held

jeux d’enfants
traversant une rivière
en équilibre sur une poutre

un moment drôle
un moment égaré
“essaie”
“essaie encore”
ton imitation de l’aile
ton imitation de la maladresse

le monde tient à toi
le monde tient
à une tige
une herbe
tu tombes
dans le vertige de l’oiseau

(inédit)

Qu’est-ce qu’une image?
Une scène, une surface.

Qu’est-ce qu’une photographie?
Un déclic entre pause et pose.

Qu’est-ce qu’un portrait?
Une approche du sensible.

Qu’est-ce qu’une question?
Un signe d’impatience.

Qu’est-ce qu’un poème?
Une chorégraphie du possible
pour déplacer la réponse.

Claude Held
(inédit ; texte écrit à la demande de Michel Durigneux, photographe)

chemin

Une cabane à mi-côte. Un hangar.
Des tuiles mécaniques manquent.
De l’autre côté un terre-plein permet la manoeuvre
d’une voiture.
Une pancarte devenue jaune à l’entrée. Les capitales
PROP… suivies de PR…
A gauche du chemin un potager (noté P), le bois (B)
et une grange (G).
Des traces de pneus dans la boue effacées par des
empreintes de bottes.
Une demi-lune à l’arrière du talon précédée de deux
marques brèves diagonales.
Présence de B au fond. P en friche.
Phares d’un camion contre G.
On met le contact.
Le noir de la terre labourée sur un grand espace
crée l’illusion de l’unité.
Plus de failles. Plus d’accidents du terrain.
Plus d’erreurs possibles.

Claude Held (extrait de «  Le temps déchiré », éd. L’Amourier, 2001)

Elever la voix
s’élever vers une voix

un raclement de gorge
au fond

une forme de politesse
dans un temps ultime

Tu disais
je vais avec… je suis dans…

c’est le lieu d’où l’on vient
c’est la marque d’un état,

le lieu où l’on va
dans une question, un doute ;

tu disais je parle
avec un silence entre je et parle

Claude Held
(extrait de « Pour une récitation de la nuit »
éd. L’Amourier, 1998)

traverse la question
de la vérité

parole entre la chute
et la trace

une vague travaille
dans le sillage

Claude Held (inédit ; texte écrit à partir de l’article de Pascal Lardellier, « Une Toile pleine d’imagination… » in le Monde diplomatique, sept 2006, sur le principe d’une sculpture sur prose, à l’initiative de Jacques Rancourt pour la revue La Traductière)

Sur les sentiers de Patrick Joquel,

Plus haut
le lac
se calfeutre sous sa couette d’embâcle
et plus haut encore
la cime a déjà son oreiller blanc

tout
dans le poème est silencieux
sauf le torrent bordé des premières glaces
et qui roule inlassablement ses reflets

petit point d’exclamation noir
l’hermine
insaisissable
suspend à son éclair
nos pas

total silence

les chamois chaussés de chaussons
ne dérangent aucune pierre

sous les mélèzes
il neige des aiguilles rousses

total silence

extrait de « quinze poèmes pour un refuge »
inédit

Un à un
les lents flocons troublent l’espace

Sans hâte
un chemin couvre sa trace
et s’échappe

Hiver
courbe de silence

Sur la neige immaculée
un randonneur suspend le temps

Le soir
contre un feu
il entend ronronner
dans ses vaisseaux
la trace
et sourit

L’insaisissable blanchon déchiffrera son écriture

Pourquoi aller chercher le poème aussi haut

Pourquoi le teinter de ces bleus

Le confronter à cette élégance abrupte
que la crête ajuste à ses mèches blanches

Silence

Le poème est-il là
tapi en amont du langage
couvert de neige comme un lac de glace
et se fond-il dans le regard

Rejoint-il par la voix les flux de la mémoire

Ce poème à l’état sauvage
est-ce lui qui interpelle une langue
et l’apprivoise

Est-ce le mot qui le hèle
et lui cisèle
une arabesque
où prendre son

Le poème existe-t-il avant que l’encre ne le forme

Est-il dans son dessin
ou dans ce vide
auquel le papier donne trame

Existe-t-il hors du langage
être informulé mais vivant
ou bien ne naît-il seulement que de la pensée

Est-ce l’homme qui offre au monde un poème
ou la poésie qui donne au monde un homme

***

Cétérach belladone
Aster rhododendron
Réveillez-vous réveillez-moi
Potentille anémone
Orpin lys martagon
Fleurissez-vous fleurissez-moi
Arnica centaurée
Mes pas seront légers
Renouée arnica
Légers seront mes pas

La neige s’est abandonnée

Comme autant de lutins bleus folâtrant sur la peau encore ocrée des pentes
les gentianes de Koch accompagnent l’éveil des mélèzes

Tendre douceur des fins pinceaux d’aiguilles

Leurs faisceaux éclairent les vestiges des galeries
que tracent les mulots sous la neige

De légères anémones dansent
autour de leurs labyrinthes

Les petites pensées des Alpes écarquillent
au soleil leurs interrogations colorées

La brise ébouriffe une haute fourmilière
et décoiffe un peu plus loin une renoncule arctique

Ce qu’elle murmure aux bouquets de primevères
nul ne le sait
pas même ce ruisselet gourmand qui sautille entre les arbres

Ce qui se tait ici
léger comme une zygène
aiguise la lumière

Patrick Joquel
Extrait de « Pudeur des brouillards », éd. L’Amourier

Béatrice Machet

Ce qui résumé
se tient dans le zéro pointé

le zéro pensé
le roseau pensant
le geste inachevé
l’élan multiplié

ce qui résumé se tient dans un pli
maintenu arrondi embryon

l’intériorité se souvient de la nudité
elle résume

Ce qui résumé comme un tout
tiendrait debout

se fait île
se prend pour la distance
et sait incommunicable la différence
mais partage le tout uni-vers

(inédit)

Marcel Migozzi

Dans un coin jeté de buissons, à vide,
Quatre mille années passeront quelle mémoire
Avant que disparaisse la plus ordinaire
Canette de bière.
Alors qu’un oiseau, s’il chante,
Ne dépose dans l’air que le souffle
D’un corps. Sans revanche,
S’il meurt,
Son chant l’a déjà dépouillé.

Extrait de « Un rien de terre » (l’Amourier éd.)

Yves Ughes

Torréfaction

j’avais devant moi dans la discrétion voulue de l’instant la saveur de ces beignets aux pommes trempés dans le miel de la mort et la table semblait figée je veux dire que les convives la famille réunie se trouvaient comme en projection sur l’avenir formulé en fins proches le désastre se lisait d’ores et déjà dans les fibres des corps assemblés et des pâtisseries comme annoncée était la fin dans le mouvement ralenti des dents claquer sur le vide n’est jamais bon signe et l’émail rogné s’effritait de guerre lasse au sortir des fruits dans la pâte confits fatalement Noire elle avait sonné et pris dans la porte un index attardé le sectionnant comme pour fixer un rendez-vous indéniablement la mort faisait son miel
 
le balcon pourtant le ciel offert sur les jeux balbutiants du réel sur les carreaux encré les flux de lumière venus de l’enfance ils dessinaient des initiales se développaient sur le cahier brodé de la nappe et comment concevoir que cela serait goutte à goutte ignoré délaissé
 

les années versaient soudainement à boire ainsi qu’un partage acquis par évidence dans les cortèges passant en contrebas ceux-là allaient vers le port et donnaient espoir gonflés par leurs manches retroussées et si le vin d’Asti préféré à l’arrogance des millésimes se portait tout à coup garant de l’action des quais basculant dans la mer nasillarde la volonté de ces rampes de missiles
 
le repas s’en trouvait ragaillardi la crème ne collait plus vraiment aux moustaches d’ailleurs taillées comme sorties du miel de la mort les beignets aux pommes retrouvaient leur goût d’origine et leur appellation contrôlée celle des journées râpées conquises gagnées à la force du fil cousues jusqu’à plus de ténacité quand la nuit est depuis longtemps déjà tombée sur les reins d’à côté il est possible alors de se refaire et de continuer comme par décision unilatérale entretenue par l’alcool brûlée contre les malédictions les rites ne peuvent rien contre la lumière étreinte du travail achevée ici tard dans la nuit  

ce texte écrit le 3 novembre 2007

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.
Le numéro Un présentait les éditions Gros Textes et les sentiers de Jean-Claude Touzeil (numéro toujours disponible).
Ce deuxième numéro arpente les paysages des éditions de l’Amourier et emprunte en particulier, les sentiers d’écriture de Jacques Ferlay, d’Alain Freixe, Claude Held et Michel Cosem. Quelques poètes édités aussi par l’Amourier ont bien voulu donner de l’écho à ce sentier.
On retrouvera sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles à caractère pédagogique que je me suis amusées à imaginer autour de ces poèmes ; elles ne reflètent que mon regard sur les poèmes et la façon dont en classe j’en sortirai pour explorer autrement la langue et jouer avec les mots… Rien de plus.

Enseignants, n’hésitez pas à partager vos aventures poétiques avec les autres. Si vous avez eu de bons moments avec un des poèmes de ce cairns 2, envoyez un courriel, donnez à lire vos réussites etc. A l’école on est parfois tellement seul que chacun invente l’eau tiède de son côté… Que cette petite revue soit aussi l’occasion de mettre en commun, réussites, découvertes etc.

site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

Les éditions de l’Amourier : http://amourier.com
Jérôme Bonnetto : www.jeromebonnetto.net
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Yves Ughes : http://ughes.podemus.com
Alain Freixe : http://lapoesieetsesentours.blogspirit.com/

le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

quelques adresses :
jacquesferlay@wanadoo.fr
bb.nopasaran@wanadoo.fr (Béatrice Bonhomme)
daniel.de-bruycker@wanadoo.fr
machet.b@wanadoo.fr
marcel.migozzi@orange.fr
held.claude@orange.fr

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les alpes.

Rédaction : Patrick Joquel avec la collaboration de Raphaël Thélème.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€

*

cairns 01

En cet automne 2007 nous marchons avec le poète Jean-Claude Touzeil, avec l’éditeur Yves Artufel animateur des éditions Gros Textes et une dizaine de poètes inscrits à leur catalogue. Ce cairn se situe dans la Madone des Fenestres (06).

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Son ambition est, parmi d’autres ambitions dont je ne dirai rien aujourd’hui, de permettre au poème d’entrer dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Ce premier numéro emprunte un des sentiers de Jean-Claude Touzeil. Treize poètes ont bien voulu donner de l’écho à ce sentier. Les éditions Gros Textes ont accepté de nous parler de leur paysage éditorial. (Sur le site des éditions de la Pointe Sarène) Les drailles à caractère pédagogique que je me suis amusé à suivre ne reflètent que mon regard et donnent quelques pistes… à essayer… Pour voir. Pour se mettre en jeu et mettre en jeu la langue… Rien de plus.

Patrick Joquel

Cairns est éditée par les éditions de la Pointe Sarène.

Cairns
1

Sur le sentier de Jean-Claude Touzeil

PASSAGE

À l’hôtel
du temps qui passe
il se contenta
d’abord
d’une méchante
chambre de bonne

Après
il s’arrangea
chambre avec douche
W.C. télé
femme et enfants
tout le confort

Sur le tard
il commanda
une suite

Et après ?

(extrait d’Et après ?
antho Cotcodi XVI° Printemps de Durcet)
BOUQUET

Elle trouvait
les lys
trop lisses
et les lilas
trop las

Elle trouvait
les muguets
trop gais
et les ombelles
trop belles

Elle trouvait
les coquelourdes
trop lourdes
et les campanules
trop nulles

Il lui offrit
un bouquet
de simples

Jean-Claude Touzeil

COMPLICES

Pendant
la récré
l’enfant
a tourné
trois fois
autour
du tronc
et l’arbre
a fleuri
pour de bon

Après
la récré
l’arbre
a tourné
trois fois
sur lui-même
et l’enfant
derrière
la fenêtre
a souri
pour de bon

Jean-Claude Touzeil

VENT D’OUEST

Le vent
dans les peupliers
nous rapporte souvent
sous couvert du secret
les commérages
du bourg d’à côté

Il nous souffle à l’oreille
les mots d’amour
des mammifères marins
et nous colporte à l’occasion
des rumeurs de marée noire

Le vent
dans les peupliers
nous régale parfois
des parfums créoles
des îles plus loin
mais les soirs de tempête
il nous fait plutôt peur
avec son accent
venu du far west

Jean-Claude Touzeil

Pour Louis, escargophile.
ÉLAN

La première fois
que l’escargot
fit le tour
de la Terre
c’était juste
pour occuper
sa retraite
d’employé
communal

Il prit le temps
de regarder
le paysage

La deuxième fois
c’était pour voir
comment allait
le monde

Il prit le temps
de bavarder
avec les gens

Et la troisième fois
ce fut simplement
emporté
par son élan

Il prit le temps
de ralentir
pour éviter
un tour de plus

Jean-Claude Touzeil

ORDRE

Tirant la langue
Sous leur bandeau
Vent contraire
Et mauvais esprit
Ils étaient condamnés
Depuis l’origine
Les échappés

Et s’ils continuaient
Quand même à y croire
C’était pour l’honneur
Et par habitude

À l’entrée de la ville
Ils furent fusillés
Par l’avant-garde
Du peloton

Et tout rentra
Dans l’ordre

Jean-Claude Touzeil
(extrait d’Échappées
antho Cotcodi XVIII° Printemps de Durcet)
FALAFEL

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
falafel
riz pilaf
plus un œuf
très gélif
et trois Leffe
sur le fil
I am full
lof pour lof

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
de l’alef
à l’alpha
y’a pas foule

Jean-Claude Touzeil

SOUPAULT

Ce poète
Soupe au lait
Visita
La Papouaisie
Pour écrire
Des poésies
Pour les grands
Et les petits

Ce poète
Soupe au lait
Ronchonna
Pour la rime
Fit la lippe
Sans raison
Bouscula
Le Breton
Puis soupa
D’un soleil
Et s’assoupit

Ce poète
Sympa mais
Soupe au lait
S’appelait
Nom d’une pipe !
Soupault Philippe

Jean-Claude Touzeil

FIAT LUX

Sur l’île
de Noirmoutier
dans les toilettes
pour hommes
du café
de la place
du général
de Gaulle

La lumière
est précieuse
elle ne dure
qu’une minute

Juste le temps
nécessaire
pour réaliser
qu’il n’y a plus
de papier

Jean-Claude Touzeil

FAILLE

Un coup de dés au bout du fil
Et dans la file un doux de quai

Un fou de gué avec du fiel
Et dans la fiole un goût de fée

Un loup de mai loin de la foule
Et dans le fioul un mou de laie

Un pou de raie dessus la folle
Et dans la fille un roux de paix

Un sou de thé dessous la feuille
Et dans la faille un tout de Sées

Jean-Claude Touzeil

Chemins de traverse

Patrick Joquel
Tu regardes
le ginkgo biloba
de ton balcon

Tu l’écoutes

Il te dit
les saisons
la belle succession
des saisons sur la terre
et sa longue présence
en ce monde

A ses côtés
tu apprends la tendresse
et le désir de vivre
encore un peu plus

Oui
tout cela est bon
Et après ?

*
Sur le balcon glacé
le citronnier frissonne
et l’hiver
à sa branche allume
un rouge gorge

*
Tu cours
presque aussi vite
que ta joie

Elle ne garde
qu’un ou deux châtaigniers
en amont de ton rire
et quand tu crois
la saisir
tu dérapes
sur des bogues d’octobre

Jacqueline Held

D’un saut tu franchis
Les carreaux de la terrasse
D’un pas suspendu
D’aigrette, flamant, héron.
Si tu poses le pied
Sur la ligne de partage
La lettre n’arrivera pas.
Si tu perds l’équilibre
La maison devient grise.
Si tu comptes jusqu’à sept
Le tamaris s’envole.

Petit éloge de la lumière
Editions Gros Textes. Automne 007

Claude Held

passage

on a une façon aveuglante de voir
on a vécu des années durant
on a une heure devant soi

on a un certain âge
on pense que c’est impossible
on se demande vers qui se tourner

on a des souvenirs
des pans entiers
des bancs de sable dans le courant

le courant existe
grâce aux bancs de sable
et réciproquement

réciproquement veut dire
essayer de respirer
entre deux phrases

Fabrice Marzuolo
à Léo

La pipe à Pépé

J’ai gardé la pipe à Pépé
comme ça s’il revient un jour
il pourra s’en servir à nouveau

(Et pépé est revenu
il a vu le monde ce qu’il est devenu
de rage il a cassé sa pipe
il est reparti Pépé)

 
Michel Monnereau

Poisson du soir

Toute ouïe
le petit poisson
écoute sa mer
chanter la berceuse
de la vague désobéissante
qui s’est perdue dans l’eau de là-bas.

Philippe Quinta

Devinette
Dans mon tout petit potager
Une seule courge est rangée
Devinez qui donc l’a mangée

-C’est une sorcière enragée ?
-Un ogre un peu dérangé ?
-Une jardinière outragée ?

C’est moi bien sûr qui l’ai mangée
En purée toute fromagée
La courge de mon potager

Amandine Marembert

les fleurs du poirier phosphorisent le noir du jardin alentour
leur odeur de miel a dû se perdre dans le marc des feuilles
c’est un petit-déjeuner avant l’heure
une table mise pour l’œil
la confiture sans le pot
déjà étalée

Gilles Lades

Ta route
porte-la jusqu’au soir
sur tes épaules batelières

chêne après chêne
le ciel s’agrandit sans bouger

par l’écorce et l’argile
tu rejoins le chemin mémorial

tu attends que le silence te donne voix
comme le soleil couchant
choisit la juste fleur

Romain Fustier

chat-éponge de retour du jardin. le poil gorgé de pluie. en ce dimanche de lenteur et d’élections. mammifère fibreux. ondulant sous la caresse. museau léger qui tourne dans ma main. arrondi poreux. griffes rétractées en signe de contentement. chat mouillé. félidé spongiaire. qui miaule et retient les gouttes. essuie le gazon sur son dos. animal plongé en milieu aquatique. dans une ville marine engloutie par les nuages. mammifère fixé sur mes genoux. créant un courant d’eau entre le bureau et l’ordinateur. chat-éponge gorgé de pluie. carnivore à collerette. qui rentre trempé déçu du jardin. renonçant pour aujourd’hui à ses escapades. jetant l’éponge. en ce dimanche pluvieux où il n’y a pas un chat.

Franck Cottet

Tu mets dans tes yeux tout ce
que tu peux trouver tu entasses tu
entasses. Ça pourra toujours servir.

*
Tes yeux sur la mer, à les laisser
posés là comme ça, tu pourrais
presque t’endormir presque.

*
Plus loin que le vent tu sais qu’il y
a encore des nuages et peut-être
des yeux pour les rêver.

 

Patricia Cottron-Daubigné 

Le corps est entré dans le cri
le visage aussi
depuis longtemps
elle cherche des mots
vivre si mal dans
le mot rouge par exemple
que faire avec
la couleur celle des fleurs
qui versent la lumière
ça pourrait ressembler à une
prière la lumière les fleurs
rouge pourtant le mot
c’est du cri dans la bouche
rouge mon amour .

Chantal Couliou

Sur le rebord du ciel
Entre deux étoiles,
Oublié de tous,
Un croissant de lune
Termine sa nuit
Dans mon bol.

*
La lune,
Un dessert mystérieux
Qui se déguste
A la nuit tombée
Sur un coin de rêves.

Paul Bergèse

L’étoile de mer se désespère.
• Je n’ai pas de queue
je n’ai pas de tête,
c’est pas un’ vie,
j’en ai assez !
J’ai bien cinq bras
et mille pieds,
c’est pas ça qui
va m’arranger.
Quand un bras dit
« C’est par ici »,
les autres crient
« Non, c’est par là ».
Mes pieds ne savent où aller.
Je vis toujours écartelée.

sites des auteurs

Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Philippe Quinta : http://achourit.canalblog.com/
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr

d’autres sites :

le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/

adresses électroniques de quelques auteurs

fabrice.marzuolo@wanadoo.fr
gilles.lades @wanadoo.fr
amandine Marembert et Romain Fustier : contre-allees@wanadoo.fr
Claude et Jacqueline Held : claudeheld@orange.fr
Chantal Couliou : chantal.couliou@laposte.net