PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

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cairns 14
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Cairns 14
16e Printemps des Poètes : au cœur des arts
Si la poésie a toujours eu un lien étroit et naturel avec les arts premiers que sont le chant, la danse et le théâtre, elle est aussi souvent l’arrière-pays, le moteur secret ou le point d’appui de la création dans les arts plastiques, la photographie, la composition musicale, le court-métrage cinématographique, la vidéo, voire le cirque… Nous souhaitons mettre en avant, à la faveur du 16e Printemps des Poètes, le dialogue constant et fertile entre les poètes et leurs « alliés substantiels ». Ni au-dessus ni à côté, la poésie est au coeur de toute aventure artistique.
Jean-Pierre Siméon, directeur artistique

Un soir de harpe Solo de harpe
Vincenzo ZITELLO
espace de l’art concret château de Mouans-Sartoux 10 février 1996
©Patrick JOQUEL
inédit

Harpe en attente
immobile 
Harpe en écoute
inaudible 
Harpe en silence 
Indifférente à nos calculs
la harpe
est
son propre lieu
 
Sur l’angle extrême de son être
et toute en son équilibre
la harpe est suspendue à ses cordes
 
Loin dans nos gènes mémoire
une langue de sable ou de lagune
avec en écharpe
autour du feu le murmure ami des cordes tendues

Le son de ce sourire
où se terre-t-il avant d’ébahir ma présence
et de sculpter à mes paupières son refrain ?

A chaque corde un million d’années
suspendues
Un million d’années
réunies
Harpe
somme unique
d’uniques instants
accordés
Aurons-nous assez d’un soir de harpe pour entendre
ce long tourbillon de terre autour du soleil ?
Pour entr’entendre le silence ?
Que jamais les cordes ne désertent nos mains
Que jamais la harpe ne s’éloigne
Et tout ce qui résonne ici
 Et tout ce qui vit ici de connivence
Et du plus petit atome à l’homme
Et l’impalpable odeur d’un cerisier blanc
Ce bonheur du corps
Tout ce qui dure ici un peu plus loin que simple étreinte 
Et tout ce qu’une abeille ici dit aux pollens d’un dernier cerisier blanc
Tout ce qui s’écoule ici
sève et miel
rires et saveurs d’humains
à l’ombre du dernier cerisier blanc
Tout ici est dans la harpe
 
Le harpiste sculpte un temps l’espace et se tait
Harpe
qui de nous deux entend l’autre
Lequel d’entre nous deux se joue de l’autre ?
 Tu es sans nul doute un peu moins volatile que moi
 
Alors garde en ton bois
le souvenir de mes doigts
 Patrick Joquel
 

 Jacqueline Held

Correspondances

S’introduire dans les profondeurs de la toile.
Penser. Rêver. Attendre.
Jeter quelques mots sur la page.

Laisser s’égrener les notes. Pauses. Rythmes. Sons. Silences.
Entendre. Écouter. T’imprégner.
Laisser monter en toi les paroles.

Suivre les bonds, courbes, méandres du danseur.
Se faire funambule, flamme, fantôme, fumée.
Sentir germer les graines de l’écriture.
*

Claude Held

En regardant quatre estampes de Hokusai
le chant des crapauds
entre dans la maison
la nuit est douce
le joueur de flûte invente
une mer basse et la brume
*
rien dans un souffle
que le désir des notes des paroles
ce mouvement des lèvres
vers la vie
que tu chantes du dedans
*
un décor d’arbres sur la porcelaine
des barreaux très fins à la cage
on ne voit pas
le prunier le rossignol
c’est la lumière autour
*

Dany VINET
EN BOUTEILLE

Mieux qu’une mise
En boîte
Sans éclat
La mise en bouteille
Avec élégance
L’avait séduite.
Son corps fluide s’était glissé
Dans la pureté de la matière
Pour renaître tout en beauté
Grâce aux mains sensuelles du sculpteur.
Port de reine au long col de cygne,
Soutenant avec dignité
L’Esprit de son créateur,
Elle conservait par son allure
Les avantages d’une nature
Qui malgré les assauts du temps
Ne prenait jamais
De bouteille.
*

Flora Delalande
Pina
(texte écrit suite à la découverte de la danseuse Pina dans Cafe Muller)

Frêle bout de ficelle, elle avançait
Les yeux clos, le visage blême
Elle avait le sourire percé de ceux qui vont mourir
*
Danse
Je crois que la danse est mon véritable langage
Danser – mourir un peu à soi-même
Sentir la raison glisser le long du corps
Dévaler la courbe du mouvement
Suspendu à la main de l’ineffable
Et vivre en un seul instant
Entre deux gestes
Si long pourtant
Sur l’arabesque
d’un corps
perdu
*

Dan Bouchery
La poésie au cœur des arts
Indisciplinée,
Nul ne peut la tenir en son pouvoir,
Seulement la sentir, la deviner
Sans jamais la retenir enfermée
Dans
Une seule forme.
Elle est comme l’air, fluide impalpable,
Indispensable pourtant.
Elle se glisse dans les marges,
Loin des enfants sages
Qui répètent brillamment
Ce qu’ils ont appris
Savamment.
Elle invente, s’amuse et joue
À titiller le sens commun.
La liberté lui donne la main,
L’encourage à tenir tête aux idées reçues.
Ensemble, elles soufflent la révolte
Contre tous les carcans qui emprisonnent l’esprit,
Créent le désordre, ouvrent des voies nouvelles.
Les âmes sensibles vibrent à cet appel.
Un souffle neuf traque les failles, les traverse,
Circule dans tous les arts,
S’invite sans carton,
Trouble, provoque, exige
Un travail de forçat
À ceux qui sont choisis.
Dan Bouchery
*

David Dumortier

L’homme-oiseau

Un homme prenait tous les matins un bain de poussière.
Il revêtait aussi un corset en plume d’autruche et un bec de bécasse.
A la vue de ce grand numéro de music-hall, les oiseaux battaient tellement des ailes qu’ils s’envolaient.

*

Ghislaine Lejard

Fenêtre grande ouverte
entre ombre et lumière
derrière la grille des souvenirs.
*

Morgan Riet

Schubert

I

Quel est ce chagrin
qui brouille la lune ?
Quel nocturne lied
entonne la pluie ?

Derrière la vitre
que ses doigts fustigent,
je m’accoude aux notes
que sa voix menue

laisse à l’insomnie.

II

A peine l’automne
et déjà les arbres
barytonnent roux
sous l’archet du vent.

Et encore hantée
par des cris d’enfants,
cette aire de jeu
aux bancs qui soupirent

de mélancolie.

III

Brouillard matinal,
frisson des ramures,
une auto éructe
de mornes mâtines…

Comme si la nuit
ne voulait se taire
et laisser le jour
amplement jouer

quelque symphonie.

Morgan Riet

Extrait du recueil « En pays disparate » – éd. Clapàs (2010)
*

Lydia Padellec
Fenêtres sur mer
D’après deuxtableaux de Matisse
(inédit)
I.
Un étui à violon ouvert
Comme un écrin du fragile
Posé en équilibre sur un fauteuil
Est-ce l’heure de la sieste ?
La pièce est sombre
Et les couleurs éclatent
La persienne entrouverte
Invite la brise marine
L’aloès frissonne
Et les rideaux respirent
Le violon reste muet
Dans son étui aussi bleu
Que l’appel du large –

Intérieur au violon, Matisse – 1917

II.
Une femme assise sur un long canapé
Le dos tourné à la fenêtre ouverte
Dont les lèvres rouges esquissent
Un sourire timide
Cette femme dont j’ignore le nom
Ne voit pas la mer ni ses voiliers
Ce paysage immense offert
Par cette fenêtre ouverte –
Elle semble absente, un peu rêveuse
Un rayon léger sur la joue
Femme assise le dos tourné à la fenêtre ouverte, Matisse – 1922
Lydia Padellec
*

Yann Senecal

Dans les coulisses
Chacun se prépare à sa façon
Il est bientôt l’heure du lever de rideau
Le stress ne descend pas
Hisse la grand-voile
Matelot
C’est à ton tour
Un peu de patience
L’horizon est proche
Regarde
Ne te perds pas de vue

Arrête de porter l’hiver
Alors que l’été peut être à portée de main
Essaie à nouveau
Rayonne

Ne te laisse pas déstabiliser
Tu es une pierre dans l’eau aujourd’hui
Un pavé dans la mare
Une fleur sur du ciment
Ne te déracine pas
Contre vents et marées
Ne chavire pas
Combien y a-t-il de personnalités en chacun de nous
Quel rôle devons-nous endosser
pour rester nous-mêmes lorsque rien ne va

Extrait de « comme un chat dans son bocal » (à paraître éditions clarisse)
*

Christophe Jubien

ENFANCE DE L’ART

A Marion

Fillette, elle vénérait
bouts de bois, plumes et cailloux

qu’elle s’excusait de dérober
aux chemins des forêts

maintenant elle peint
et jardine

à Kyoto.

*

Luce Guilbaud

Il la caresse de ses regards
la peint de belle humeur
de grâce et de lumière
la femme peinte ouvre les yeux
à la croisée du ciel
éparpillée en blancs bonheurs
elle s’offre aux reflets du jour
loin du pinceau ardent
qui la touche en nuages.
D’après Bonnard 
* Colette ANDRIOT
Les mots en couleurs

L’enfant trempe son pinceau dans un pot de couleur
il veut peindre un ciel sur sa feuille
puis une maison
avec son toit pentu sa cheminée
la porte ouvre sur un chemin
il n’oublie pas la fumée
les volets
l’arbre près de la maison
des fleurs des oiseaux
le soleil dans le ciel
la mer peut-être un bateau
il mélange les couleurs les mots les signes

l’enfant habite dans une tour
parmi toutes les fenêtres
deux ou trois
c’est là chez lui avec ses parents ses frères ses soeurs
il nomme la tour la dalle le béton
il peint son ailleurs
couleurs et pinceau
dans sa main écrivent le paysage d’un rêve
Inédit Colette ANDRIOT
Dans l’atelier de Marie

d’abord
rien à dire
il y a les couleurs
« comme un oiseau dans la tête »
des mots s’envolent
attrape-les
ils ne restent pas à t’attendre
tu fermes les yeux
pour mieux voir
la danse immobile
des rouges des bruns
la lumière ensoleillée
des petits jaunes
je ne peux regrouper sur la page
tout ce troupeau
jaillissant
comme joie et eau fraîche
au creux d’une source
les couleurs coulent maintenant
dans mon matin
Ce poème est publié dans « Pourquoi pas 2005 » aux éditions Gros Textes. Marie est Marie DELMOTTE, peintre. Comme un oiseau dans la tête, est un poème de René-Guy CADOU
Colette Andriot
Artiste

Tu inventes tu décales tu déranges
tu mélanges
tu broies le noir et les couleurs
tu pétris casses écrases
des matières
tu cueilles ce qui palpite bat crie chuchote
tu cueilles et tu transformes
les mots la pierre la terre
les sons pour violoncelle guitare
tes mains jouent
sur les peaux tendues de troncs creusés
le métal qui sonne
Artiste
tu questionnes la pâte humaine
sans jamais poser le mot FIN
*

Anne Poiré

dans mes mains un poème

 dans mes mains un poème
 il tremble dans la lumière
il palpite
il pépie
de l’aube au coucher
 puis il sculpte le silence
et y fait pour toujours son nid

*

Chantal Couliou
Au cœur des arts

Durant la nuit
le peintre
a tout bariolé de gris
les trottoirs, les murs,
les façades, les arbres,
les pelouses, les jardins
– et même le ciel.
Seul l’océan a gardé
d’infimes traces
de bleu.
*

Abécédaire haut en couleurs

A comme Arcimboldo
B comme Braque
C comme Cézanne
D comme Degas
E comme Ernst
F comme Foujita
G comme Gauguin
H comme Hokusaï
I comme Ingres
J comme Max Jacob
K comme Kandinsky
L comme Léger
M comme Matisse
N comme Jules Noël
O comme Georges Oudot
P comme Picasso
Q comme Walter Quirt
R comme Renoir
S comme Seurat
T comme Turner
U comme Utrillo
V comme Van Gogh
W comme Andy Wharol
X comme Xurelli
Y comme Georges Yatrides
Z comme Zadkine
Chantal Couliou

*
Pistes :
Claude Held, page… : découvrir Hokusaï. Ecrire. Lire Le vieux fou de dessin, de François Place.
Dany Vinet, page : de point de départ à de la poterie, ou bien encore au mythe de pygmalion.
David Dumortier, page : changer l’animal et modifier alors le texte.
Ghslaine Lejard, page : l’exploitation possible en AP. Réaliser des collages et les accompagner d’un texte. Ou bien que vois-tu de ta fenêtre ? Photographier des fenêtres fermées, ouvertes, de l’extérieur, de l’intérieur…

Morgan Riet, page : un parallèle avec les sanglots longs des violons de Verlaine, et écoute de violons (concertos), violoncelles…

Lydia Padellec, page : découvrir Matisse

Christophe Jubien : à partir de la structure chercher de nouvelles occupations, d’autres lieux et rêver…

Luce Guilbaud, page… : à partir d’un tableau, écrire. Description + émotion.

Colette Andriot, page… : découvrir René-Guy Cadou

Chantal Couliou, page… : un abécédaire à compléter d’un diaporama d’un tableau par auteur cité.
Pour une bibliothèque idéale
Titre : Butinage(s) Auteur : Gaston Herbreteau Illustrateur : Brunella Baldi
Editeur : Soc et Foc ISBN : 978-2-912360-84-7 Année de parution : 2013
Prix : €12
Butiner. Passer de fleur en fleur. De jardin en jardin. De mot et mot. De poème à poème. D’image à image. Joli programme et fort agréable à feuilleter, rêver, jouer, se souvenir.
Se laisser prendre par les images et suivre le fil du crayon et des couleurs. Rêver quand les mots nous emportent dans cet entre-deux du musement poétique. Jouer avec les mots, les rimes, les homonymes et les sonorités. Se souvenir aussi quand le temps passe et transforme le monde.
Un livre en prise avec la vie. Toute simple. Humaine.

Titre : Naviguer dans les marges Auteur : Luce Guilbaud Illustrateur : Maïté Laboudigue Editeur : Soc et Foc ISBN : 978-2-912360-82-3 Année de parution : 2 013 Prix : €12
Dans les marges… Sortir des couloirs de navigation officiels. Quitter les goudrons. Passer de l’autre côté. Juste à côté. Et s’ouvrir au monde. Le monde extérieur, la nature, l’arbre, la feuille… Le vivant ou l’élément ; le petit ou le grand. Et le monde intérieur. Celui des nostalgies, des désirs, des bonheurs et des larmes. Tout cela s’unit et donne un livre de grande légèreté avec sa densité humaine. Un livre de silence que soulignent des illustrations aériennes. Les pages ouvrent de larges espaces où déambuler, rêver avant de revenir au présent, tranquille et serein.
*
Titre : Comme en semant Auteur : Philippe Quinta Illustrateur : Claudine Loquen
Editeur : Soc et Foc ISBN : 978-2-912360-83-0 Année de parution : 2 013 Prix : €12
Les premiers jours de la vie, les premiers mois… Et des mots, comme des instantanés pour accompagner l’essor de la vie. La lente conquête de l’autonomie, de l’identité. Les mots des parents, des mots d’amour et d’émerveillements.
Le lecteur traverse ainsi ses propres souvenirs de parent. Les images dégagent un silence serein, pareil à celui de l’enfant endormi qui éclaire toute la maison.
Un livre à contempler et à songer.
*
Titre : Vieillir est un jeu d’enfant Auteur : Jacques Ferlay Editeur : L’Amourier
ISBN : 978-2-915120-86-8 Année de parution : 2013 Prix : 11.50€
Familier des haïkus Jacques Ferlay ouvre ici des espaces songeurs à la vieillesse. Au temps qui passe, qui est passé, qui passera… et à ses cortèges de difficultés, de vieilleries, de souvenirs et d’humours… Un ensemble où pointe un zeste de nostalgie bien sûr, mais surtout une sérénité lucide et heureuse. Et la lueur dans les yeux, la fidèle à l’espiègle enfant rêveur qui ne cesse d’interroger le monde…
Un livre comme on en lit trop peu. Pour y goûter :
Seul sur les sentiers
j’ai le temps d’être avec vous
très intimement

Silence gaufré
des pas dans la neige neuve
juste un bruit d’haleine

Rimbaud, tes semelles
me seraient de bonne guerre
sur cette pierraille !

Je n’ai qu’une vie
chacun me pardonnera
mon inexpérience

Heureux de vieillir
sans avoir jamais trahi
l’enfant que je fus
*
album
Titre : Tu sais que je t’aime très fort Auteur : Alain Serge Dzotap Illustrateur : Catherine de Boel Editeur : Pastel ISBN : 978-2-211-21167-13 Année de parution : 2013 Prix : €13.50
Un livre tout en douceur. Un enfant. Une grand-mère et tout ce qui vibre entre eux. Tout cet espace et cette liberté. Un livre plein de délicatesse. Si l’histoire se déroule en Afrique, chacun s’y retrouvera. Chacun entendra l’écho résonner en lui. Dans son intimité. Comme quoi tous les hommes se ressemblent.
Les images légèrement décalées agrandissent les pages et le silence qu’elles créent au cœur du lecteur.
Une belle réussite, oui.
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Les sites des auteurs :
Dan Bouchery : www.danbouchery.tk
Flora Delalande : www.hostile-au-style.fr

http://surlatraceduvent.blogspot.fr/

Anne Poiré : http://annepoire.free.fr
Morgan Riet : http://cheminsbattus.wordpress.com
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com
Dany Vinet : l’Atelier Poésie de Cognac: http://cognac-en-poesie.eklablog.com

Une belle association : http://www.letempsdesreves.fr/
et bien sûr :
Patrick Joquel : www.patrick-joquel.com
La charte des auteurs et illustrateurs http://www.la-charte.fr/
Le Printemps des Poètes http://www.printempsdespoetes.com
éditions Gros Textes : http://grostextes.over-blog.com/ 42

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.
Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn Mont Aunos, 06. 2 011, Photo : P. Joquel.
ISSN : 1959-2523
prix au numéro : 7€
abonnement pour deux numéros : 12€
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cairns 13 les âges de l’homme
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Les voix du poème

En guise d’édito, ce poème présent sur le site du Printemps des Poètes, dans Passeurs de poèmes.

Je suis un chat
Made in England
I’m a Black cat
J’suis un noir chat
Cat de quat sous
I’ve got four boots
En cuir leather
Chapeau à plume
Hat with feathers
Jamais un rhume
Trousers jacket
Gagnée au jackpot
J’ai eu du pot
Je suis un chat
Bavard piplet 

Patrick Joquel

Guillaume Decourt

A la dérive

A cette époque j’errais en soutane parmi des paumés d’envergure. J’avais un petit maki fugueur comme compagnon de dérive, adopté sur une île    que je serais bien en peine de situer à l’heure qu’il est. Criards, sournois ; indéfinis et mal éduqués ; nous nous reconnaissions un peu l’un dans l’autre. Mais par un mauvais jour de mousson mon maki s’en alla. Amer, je le croise maintenant qui me nargue, vaquant sur des épaules anonymes, au petit bonheur la chance. Il a l’air de me dire qu’il n’y aura jamais présomption d’innocence.

*

Tea for two

J’étais encore enfant lorsque je signai ce contrat qui n’engageait à rien. L’homme qui me le tendait avait des yeux blancs comme pulpe de champignon, le sourire d’un aveugle et des oreilles aiguisées au fusil. Nous en vînmes à employer un langage des signes – de notre plein gré mais pas très efficace. Haussant le ton, gesticulant comme des forcenés et nous égosillant à en faire vibrer sa moustache en forme de diapason. Un spectateur aurait pu affirmer – à la légère – que nous nous trouvions visiblement en désaccord. Mais fort heureusement c’était l’heure du thé ; avec un nuage de lait.

Bruno Jalabert

Résistance (s)

Résister, sans télé, résister, sans argent, résister, sans voiture, résister, tout seul, résister, dans la boue, résister, dans le froid, résister, sans manger, résister, sans amis, résister, malgré tout, résister, dans son coin, résister contre tous, résister, par principe, résister, enfin, résister, encore, résister, parce que c’est plus fort que soi, résister, parce qu’on ne peut pas accepter, résister, parce qu’on n’est pas seul, résister, parce qu’il y a les autres, résister, sous le soleil, résister, ivre mort, résister, en chantant, résister, en pleurant, résister, tout le temps, résister, de plus en plus souvent, résister, en silence, résister, dans la rue, résister, en criant, résister, maintenant, résister, le ventre plein, résister, malgré les coups, résister, au Cac 40, résister, la gorge sèche, résister, à la peur, résister, aux gendarmes, résister, à la facilité, résister, au G20, résister, aux cons, résister, à la suprématie, résister, à la hiérarchie, résister, avec courage, résister, avec audace, résister, avec les autres, résister, ensemble, résister, dans son coin, résister, si je peux.   

*
La porte, bordel !

Au loin, la trouée de l’an dernier ouvre le bal des courants d’air. Face à la tempête, la forêt se serre les coudes. Les grands châtaigniers ondulent sous les coups comme une foule ivre. Ces cons de bûcherons n’ont pas fermé la porte. Des rideaux de pluie traversent la fenêtre, le sourcil en bataille. Quelqu’un dit : « C’est un jour à fondue ». L’emmental coule le long des vitres. Dali sourit.

David Dumortier
(inédit)

Le bouquet

Un bouquet n’avait pas de fleur.
Il aurait fallu une main pour en cueillir mais la main n’avait pas de doigt.
Il aurait fallu aussi un jardin mais le jardin n’avait pas de terre.
Alors il aurait fallu un jardinier mais le jardinier était mort.
Il aurait donc fallu une couronne de fleurs mais il n’y avait personne à son enterrement.
Et puis il aurait fallu du monde mais personne ne connaissait cet homme.
-Vous le connaissiez, vous, le jardinier ?
-Non.
-C’était donc vous qui portiez, ce jour-là, le joli bouquet sans fleur.

Isabelle Servant

Hochelaga

elle se demande

est-ce que toutes entières ces embardées de routes
ont réellement l’air du levant
ou bien
lampes frissonnements murmures
ne sont rien autre que le toucher de doigts sur la caverne

elle veut connaître
le flux d’origine de ces comètes et vallées
elle se pose encore un pourquoi d’envergure

elle répond que tout est l’axe
et de l’autre bord seulement des larmes
puis
des larmes

Karin Huet

PARATAÏTO

Quand les arbres, à force de pousser des racines, entremêleront leurs grands doigts à travers feu, d’antipode à antipode… alors la terre portera d’étranges et belles floraisons, des fruits rares et goûteux, des passecrassanes et des pinacotèques, des fleurs d’orang-outang et des pommes-sitars, des framboiles, des orchiboises, des manguestans, des papanelles, des figoustans, des bancoules, des micocayes, des dattricots, des pampremousses, des mangayes, des carambiches, des anaboles, des ristournes, des banaves, des bichlamars, des criolosses, des vaudousions, des pommetis, des coquodiles, des dardaseilles, des rastaquouères, des passe-métèques, des ritournelles, des zarawaks, des passacailles, des nictalopes, des biqueraux, des ararises, des segmates, des tartampines, des myrticismes, des cerilles, des roses de pynex,    des tournelunes attiques, et des oiseaux de paradoire,
le monde est si petit… des coridilles, des baies vues, des christophares, des sang-mêlés, des ritales, des paraboles, des olympines, des criolesques, des rocamboles, des rougailles, des rame-dames, des messes-basses, des cocos-fesses, des tampicos, des resbalanes, des mélondilles, des pécadilles, des promiscuites, des ramajois, des burlesques, des topinanlair, des bigaresques, des gougnafières, des pomodacaca, des régimes de faveurs, des pissetilles, des avocricots, des chinetoques, des cranaques, des négoïdes, des mosaïques, des charabias, des manouches, des ribanchelles, des balaladincas, des romanilotes, des citrouyens, des espérantelles, des quencombres, des crinolines, des estanpis, des cheikhs sans provisions, des favelles, des bidouilles, des okaz, des pompelair, des kawatés,
quand les arbres, à force de pousser des racines, étreindront le feu et s’entrelaceront, alors fuseront de satanées belles fleurs forgées et s’épanourriront d’espéciales frutaisons, des pinacoles et des rambrugnons, des noix-têtes, des herbouses, des miramoches, des paquebilles, des magumbas, des escarteboucles, des muscassis, des atlantilles, des finistères, des cognacides, des mulatelles, des frangipanes, des pétoncules, des indoustans, des ortisias, des paquelines, des bananasses, des pairevanches, des irissons, des tamatelots, des églandines, des fighystères, des caracosses, des fellagaches, des kikouilles,    des margoustans, des roploplos, des lémantines, des pissenquilles, des margolipes, des papagailles, des boulingrains, des plaquemines,    des mirifigues, des grenadines, des nectarfines, des maniawaks, des hommes-cannelle et des poétresses.

Dany Vinet

(Naissance d’un poème)

FEUILLETS        ĒTOILĒS

Des feuillets étoilés accrochés
à mon rêve
vibrent
au moindre frisson
volent et s’envolent
dans une sarabande
à travers l’espace
vers une constellation imaginaire
de feuillets étoilés suspendus
à un mot
Qui plane, virevolte
tourbillonne
et se pose
sur un fil conducteur
qui libère le poème.
Lumière!

(SARASWATI: L’expérience poétique Editions de l’Atlantique)

Georges Cathalo

Le yéti

- Yéti, yéti, y es-tu ?
                M’entends-tu ? Que fais-tu ?
- Parle plus fort ; monte ta voix.
- Yéti, yéti, y es-tu ?
                M’entends-tu ? Que fais-tu ?
- Ça va, ça va ! Baisse ta voix !
- - Mais je ne te vois pas !
- Normal, normal : je suis invisible !
              Demande-moi de m’habiller :
              Tu verras ce que tu verras.
- Pas question ! J’ai compris :
              Tu vas me faire le coup du loup !
- Alors, alors, tant pis pour toi
              Le yéti ne reviendra pas.
              Tu peux hurler, monter ta voix :
              Je ne prendrai pas cette voie.

(poème inédit)
octobre 2012

Jean Claude Touzeil

OUCHE

Dans la forêt de Conches-en-Ouche
On trouve des choses très chouettes
Des épluchures de pois chiche
De vieilles chaussettes encore chic
Des choux fleurs ornés de moustaches
Un carnet tchèque avec des souches
Et des aristoloches de Chine

Dans la forêt de Conches-en-Ouche
On y déniche dans les chênes
Au bout des branches des autruches
Se cachent parfois des Apaches
Parmi les champignons de couche
Où se chicanent des choucas
Et des chinchillas du Chili

Dans la forêt de Conches-en-Ouche
On peut y faire ses achats
Chez le pacha de la babouche
En échange d’un os de seiche
Il vous propose un manche de pioche
Ou son sandwich ou sa chemise
Mais n’oubliez pas le bakchich

Dans la forêt de Conches-en-Ouche
On s’achemine vers la chute
Un homme chauve fait des bûches
Des vaches fument des cibiches
Des chèvres mâchent et se dépêchent
Il y a quelque chose qui cloche
Dit l’anachorète à son chœur

(extrait de Remontants et ricochets, éditions Soc et Foc)   
TRISMÉGISTE

Quand il retrouve
des trésors de troglodyte
de Trébizonde à Tréblinka
il entre en transe
il trouble les tranquilles troènes
tranche dans le vif
tronque des passages protégés
et traversant très vite les vitrines
il tremble il trouille
Il traque troque truque bref il triche
tricote d’intrinsèques intrigues   
Il tribule il tribule
d’Alcatraz à Trois-Rivières
Il trifouille dans le moteur
triomphe sans combattre
les loutres il outrepasse   
Il étreint des étrons d’étrusques étrilles
et trinque au trichlo
Il trille le thrène de la trirème
dans le cloître de Notre-Dame
après il se trisse

Il ne s’arrêtera pas
à la gare des betteraves
le triste train de treize heures trente-trois   

Jean-Claude Touzeil
(extrait de Remontants et ricochets, éditions Soc et Foc)

Paul Bergèse

J’exige
Des sources de joie
Des cascades de rires
Et des torrents d’amitié
Pour inonder le monde !

inédit, octobre 2012

Claude Vercey

Le répondeur Ce qui va, Le dé Bleu éd

Je suis absent mais je suis
là je vous écoute vous avez
mon oreille

Ma voix et mon oreille espériez-vous
davantage ? Pour le reste
imaginez.

Vous n’avez pas la mauvaise part.

*
Confiance
la voix est fraîche
de ce matin

je l’ai enregistré pour vous
en pensant

à vous à votre voix, à votre
déception

je suis absent je le regrette
autant que vous.
*
Je ne suis pas

Si je n’étais plus
ma voix parlerait
comme si j’étais

dernier message
possiblement

dépôt ultime.
Béatrice Bonhomme

Désert du déchaînement

1
sous les déchirures
du temps
faisant mémoire arrière
le temps déserté,
abandonné

2
stèles immémoriales
pages pétrifiées
pierres en poussière de sable
en mots-sable
cette glisse entre nos doigts
comme grains de sable
les allées ensablées, désertifiées
des mots

3
l’empreinte du pied nu
laisse une trace
derrière les pas
la trace d’une page
évanouissante à la vue
les mots pour redonner
un lien à l’espace
délié du désert
désert impénétrable du livre     

(Extraits, Edition Mélis, 2004)

Dan Bouchery

Cette voix, cette voix,
Quelle est-elle ?
Tantôt tendre tantôt rebelle
Elle naît en moi à mon insu
Me dérange, me bouscule
M’oblige, m’entraîne.
Je suis sa proie.
Si je la cherche, elle se cache.
Si je la tiens, elle s’esquive !
Impossible capture !
Elle s’enfuit, disparaît,
Revient dans le silence
Et me contraint.
Quand je l’ignore, elle m’appelle,
Insiste, me harcèle.
Cette voix qui me traverse
Jamais ne me trahit,
Elle épouse mes humeurs,
Emprunte ma main,
Lui dicte ses mots.
Elle joue, se transforme
Mais c’est toujours la même
C’est la voix du poème.

inédit

Jacqueline Held

J’ai fait des bêtises

J’ai mis le plic
Dans le tohu.
J’ai mis le plac
Dans le bohu.
Cela fit
Un sacré micmac !
Il tomba des clics…
Et surtout des claques.

Dix, onze, douze,
J’ai les joues toutes rouges.

Mais, quand même,
Maman m’aime :
                Ouf !

*
Sur une seule rime

Un, bis, ter…
Pomme de terre !

Un grand militaire
Qui faisait des vers
Survolait la terre
En hélicoptère
S’écria : Tonnerre !
Par vingt-six soupières,
Pourquoi des frontières ?
Au diable la guerre !

(à paraître aux éditions Couleur livres)

Mariage de mots

– Si je marie
      Un dromadaire
      Avec une peau de hareng,
      Qu’est-ce que ça peut bien
      Donner comme enfant ?

– Peut-être, peut-être
      Une harendaire,
      Ou alors
      Un dromareng.

Jacqueline Held
(à paraître aux éditions Couleur livres)

Claude Held

BAVARDAGES 1

Hopp ! Hopp ! s’écria l’Allemand
en sautant à cheval.
Gee up ! s’écria l’Anglais.
¡Arre ! s’écria l’Espagnol.
Hue ! Hue ! s’écria le Français.
Arri ! s’écria l’Italien.

Et moi, pensa le cheval,
qu’est-ce que je pourrais bien crier
pour faire descendre ces cinq abrutis
qui ne savent pas parler cheval ?

BAVARDAGES 2

Glob, glob, miaula le chien.
Glouglou, croassa le castor.
Coin-coin, minauda le dauphin.
Cocorico, glapit le crapaud.
Chouette, gazouilla le hibou.
Maman, j’ai peur, bêla le loup.
J’ai perdu ma roue, jappa le paon.

Et ça frigottait, margottait, barrissait.

Voilà ce qui arrive
quand on parle la bouche pleine.   

Mario Urbanet

Plaideur

J’accuse… J’accuse le temps… J’accuse le temps de dégradations… J’accuse le temps de dégradations graves sur ma personne ! …
J’étais un fringuant jeune homme monsieur le juge, je venais tout juste de finir mon temps de service. A peine    ai-je eu le temps de m’habituer aux modes des temps nouveaux, me voilà vieillard sans que j’aie eu le temps d’y voir. Et maintenant on me dit que    mon temps est compté ?
Accusé levez-vous !

Le gros temps se lève. L’assistance se couvre, guettant les premières gouttes. Après un temps pour rien, le temps, à l’aise dans son costume gris, déclare :

Je n’y suis pour rien Monsieur le juge. Il aura beau le conjuguer à tous les temps je suis innocent. Moi je m’écoule tranquillement, j’ai tout mon temps, je ne fais que ça depuis le commencement des temps. C’est facile de s’en prendre à moi, je suis le seul à être là tout le temps.
On m’accuse constamment, par exemple quand je suis gris ou triste, mais on oublie de me remercier quand je suis gai et ensoleillé. Je suis simplement comme vous, les humains, d’humeur changeante.
Certains veulent même me donner du temps, donner du temps au temps qu’ils disent ! Autant vouloir donner à boire à la source, moi du temps j’en ai à revendre.
D’autres pensent m’avoir maîtrisé, fous qu’ils sont. Tout ce qu’ils ont fait, c’est apprendre au ressort d’un réveil à compter jusqu’à douze, au calendrier à compter jusqu’à trois cent soixante-six tous les quatre ans ou au mécanisme d’une montre    à compter jusqu’à soixante. Conventions que tout    cela. Moi je suis libre. Je m’appelle le temps libre. Je suis intemporel et vous, les humains, vous êtes temporels. Vous devriez le savoir, depuis le temps. Ce n’est pas moi qui passe, c’est vous qui passez !
Depuis tout petit je vous observe. Les hommes, les femmes, les villes, les autos, les trains … ça passe, ça défile, ça n’arrête pas. Celui-là qui m’accuse, il ne fait que passer comme les autres. Je vais vous dire monsieur le juge, l’important ce n’est pas la quantité de temps, c’est ce qu’on en fait qui compte. Sinon, il y a longtemps que les pays riches auraient acheté leur temps aux pays pauvres.

En deux temps trois mouvements, le jury a rendu son verdict. Le juge déclara :
• Vous m’avez fait perdre mon temps. Le temps n’y est pour rien. L’accusé est remis au rang de prévenu et le prévenu est relaxé. Quant à vous, je vous condamne aux dépens.
- Si je comprends bien, je n’ai plus qu’à accuser le coup !
- C’est à vous de voir !
- Eh bien soit ! Monsieur le juge, j’accuse le coup ! J’accuse le coup de coups et blessures ayant entraîné une dégradation grave de ma personne. En effet, Monsieur le juge, j’étais un fringuant jeune homme, et    …
- Il recommence constate le temps. D’ici qu’il s’arrête de plaider, j’ai le temps d’en voir encore passer du monde sur les ponts. Il ferait mieux de prendre du bon temps pendant qu’il en est encore temps. Enfin, ce que j’en dis c’est histoire de passer le temps, vu que de toute façon je suis là jusqu’à la fin des temps. Après ! Ben ma foi ! Il sera toujours temps de voir venir ! …

Philippe Chartron

La nuit recèle une inaudible voix.

La voix résonne, sans chagrin ni joie,
venue de son propre loin.

La voix parle et ignore en même temps.

D’encore avant,
la voix écoute,
attentive.

Gros Textes dans le recueil Songe de la Limite

Luce Guilbaud

poème d’eau

ça coule culbute cascade
mélodie de fontaine
tonnerre de pluie sur le toit
flic    flac    floc
petites bottes dans les flaques
et la pluie s’en va dans la rigole
l’eau emporte le temps
et le poème avec…

*
chuchotis        murmures de feuilles
frôlement            quelle bête ?
craquement            quelles pattes ?
froissements d’ailes        quel oiseau ?
marteau sonore d’un pic-vert
quel message ?
tes propres pas font écho
qui marche près de toi ?
écoute les confidences de la forêt
que tu croyais silencieuse.

Jacqueline Saint-Jean

C’est une ville volubile
qui s’enroule dans sa rumeur

On entend monter dans les tours
en tiges en boucles en feuillages
des mots d’amour des mots d’orage
des questions des lambeaux d’histoire
des bruits de verre et de mémoire

On écoute courir dans l’air
des ritournelles des bravos
des bouts de phrases en goguette
des ricochets de rires clairs
qui vont se perdre sur les eaux

Et parfois les fenêtres tremblent
de bruits de bottes de convois
Le soir saisi se désassemble
et des courses soudain s’arrêtent
dans le black-out et les abois

On reçoit à travers les murs
des mots de passe qui s’enfuient
des poèmes dits à voix basse
de longs solos de saxophone
qui s’en vont très loin dans la nuit

On entend vibrer des appels
et des sirènes d’espérance
des balafons dans les ruelles
et des noms des quatre horizons
aux radios libres de Babel

Et parfois la ville ronronne
de tous les chats du silence
(Ville, inédit)

Il marche      il chuchote
des mots de trop
des mots de travers
des mots pour les sourds

Il marche il conjugue
au futur intérieur
ses verbes d’horizon

Il rêve dans sa langue
ouverte sur la mer

Jacqueline Saint-Jean
(Un passant de papier, inédit

Gérard Pons

L’immensité de l’océan
n’explique pas
le temps qui passe
et l’éternité
semble minuscule
au marin
perdu en mer

Alexis Denuy

Magicien

Et j’ai chaud et j’ai froid,
il faut qu’il arrive quelque chose…
la vie rouge chaude, la vie rouge dedans,
palpitante d’atomes, de globules de sang,
l’énergie en fusion ricochante sur les cloisons,
le vin rouge chaud !
être une respiration…
être une apparition,
puis une disparition,
partout où tu vas,
partout où tu iras.

*
Marge d’espoir … ou pas

je peux plus reculer
je ne pense plus reculer
j’ai le dos au mur
j’ai plus la marge d’espoir
je peux plus me permettre de tempérer
maintenant, c’est maintenant ou jamais
de mauvaise humeur tout le temps
décisions à prendre dans l’instant
pas reculer tout le temps
j’ai le mur derrière moi à présent

arriverai-je à temps ?

Colette Andriot

Les Fleurs téléphone

- Allô, tu m’entends ?
- Je t’écoute
- Je t’envoie une fleur

un silence
lui laisser le temps d’arriver
à la fleur

- Oui, je la sens
son cœur est couleur de mots doux
ses pétales sont des sourires
ses feuilles s’enroulent autour
de mon cou
pour m’embrasser

- C’est une fleur-téléphone
pour quand on est loin

inédit

Christophe Jubien

Ils jouent à courir, ils jouent à hurler, ils jouent à rugir, à cacarder, à caqueter, à miauler, ils jouent à glousser, à hennir, ils jouent à barrir, ils jouent à hululer, ils jouent à pépier, ils jouent à ruer, à nager, ils jouent à plonger, ils jouent à la loutre, au zèbre, au rhino, ils ont des ailes, des crocs, des griffes. Pendant que leurs parents chaussent des lunettes pour mieux déchiffrer les panneaux explicatifs, ils singent les singes, les gosses qu’on a traînés par ce joli dimanche d’août, au triste parc zoologique

sur sa butte
de terre rapportée
l’isard miteux

Chantal Couliou

Le soir,
chuchoter un poème
à l’oreille du chat.
Lui raconter une histoire
de chat-huant
ou de vieille chouette chevêche
l’inviter à danser
le cha – cha- cha
ou le charleston
Et pour bien finir la soirée
lui offrir
un chocolat aux éclats de souris.

Roland Nadaus

DEBOUT LES VIVANTS !

Voix 1 : Regarde ton enfance
    dans les yeux 

Tous :      Redresse-toi
                          vieil adolescent !

Voix 2 : Ecoute la voix
      de ton enfance 

Tous :        Dans l’innocence 
    chante et ris!

Voix 3 : Touche sous ta    vieille peau
        l’enfant que tu fus 

Tous :          Caresses-y
        ta jeunesse !

Voix 4 :      Goûte à nouveau
          le suc de naître

Tous :          N’aie plus peur
      d’aimer !

Voix 5 :      Re-sens en toi
          les sens premiers  

Tous :            Respire enfin ce parfum fugace : 
        ta Vie parmi les humains…

Pistes pédagogiques

Guillaume Decourt, page : Le texte du petit maki se prête facilement à un atelier d’écriture. Choisir un autre animal, du petit chat à la girafe, et imaginer le texte qui en découlerait en respectant les logiques de l’imaginaire.
Quant à l’heure du thé, scanner quelques pages d’Astérix chez les Bretons…
Bruno Jalabert, page : Résistances. Un groupe d’enfant se partage les Résister, un autre le reste. Et ça fuse sur un bon rythme. En terme de création de textes, choisir un autre verbe et trouver les différents éléments.
David Dumortier, page : un poème à dire à plusieurs voix. Et sur la structure il aurait fallu … mais… inventer des textes.
Isabelle Servant, page : Un poème à dire à quatre voix.
Karin Huet, page : Un poème à dire avec toute la classe, en feu d’artifice vocal. Facile aussi de partir sur un autre champ lexical et de mixer les mots.
Georges Cathalo, page : Un poème à deux voix. Scanner aussi quelques pages de Tintin au Tibet, celles qui montrent le yéti.
Jean-Claude Touzeil, page : Ouche, un poème à dire à plusieurs voix. Laisser les enfants choisir leurs découpes. Trismégiste, un poème qui joue sur les sonorités ; à dire seul. Choisir un autre ensemble de mots autour d’un son et inventer le texte.
Paul Bergèse, page : J’exige… Et bien, cherchons d’autres exigences d’abord puis imaginons un récital d’exigences.
Jacqueline Held, page : Sur une seule rime… Choisir une rime sciemment ou par tirage au sort et chercher les mots puis inventer le texte. Quant au mariage de mots, poème à dire à deux voix. Pour le transformer en récital classe, inventer d’autres mariages et mots valises.
Claude Held, page : bavardages 1. Un texte à dire à six voix. Bavardages 2, huit voix ; une par animal et une pour le narrateur.
Mario Urbanet, page : pleins de pistes à mettre en abimes en lien. Le poème de Norge sur le châtiment, le j’accuse de Zola, en éduc civique la    constitution, ça peut se jouer en théâtre.
Luce Guilbaud, page : poème d’eau ; chercher des chansons de pluie comme singing in the rain et le cycle de l’eau en sciences. Quant à chuchotis, chercher comment le dire à plusieurs voix.
Jacqueline Saint-Jean, page : ville ; à plusieurs voix ça peut donner le frisson.
Alexis Denuy, page : le magicien, à dire à plusieurs voix.
Colette Andriot, page : Fleurs téléphone, à dire à trois voix.
Christophe Jubien, page : poème à dire à plusieurs voix. Jeu de scène en miroir possible.
Des livres pour la bcd ou le cdi…

Titre : Pome Auteur : Johan Troïanowski Editeur : Le Poisson Soluble ISBN : 978-2-35871-030-5 Année de parution : 2 012 Prix : 14€

Suivre le fil fragile d’un songe. Entre sommeil et veille. Imaginaire et réalité. Dans le silence. Un doigt sur la bouche. Histoire de ne rien effaroucher. On suit Pome case à case, les yeux ouverts sur la merveille et l’improbable. Comme on suit un enfant qui nous aurait pris par la main pour nous donner à voir la forêt dans sa réalité : avec ses lutins, ses fées, ses sorcières et ses loups.
Magique. Un moment de grâce. A partager avec les grands autant que les petits lecteurs !
Le meilleur album poétique que j’ai eu entre les mains cette année. De loin !

Titre : Le voyage du bois flotté Auteur : Hélène Vidal Illustrateur : Titi Bergèse Editeur : Soc et Foc ISBN : 978-2-912360-79-3 Année de parution : 2012 Prix : 12 €
Beaucoup d’espace dans ce livre. Les horizons de la mer comme ceux plus discrets de l’escargot. Des poèmes à murmurer. Chuchoter. En cadeau.
Les gravures de Titi Bergèse ajoutent leur silence et leurs arabesques colorées à cette ambiance feutrée. Douce.
Offrir de la poésie ? Oui ! Reste à choisir dans le catalogue de Soc et Foc.

http://www.soc-et-foc.com/

Titre : Récits sporadiques de Laossissètoucom Auteur : Claude Held Editeur : Propos 2 ISBN : 978-2-912144-73-7 Année de parution : 2012 Prix : 15 €
La différence entre le journal de la télé (je ne dirai pas lesquelles par devoir de réserve) et celle de ces Récits sporadiques ? La même qu’entre un sandwich à emporter et un pan-bagnat maison ! Le premier va droit au but, au fait, remplir la panse et vider la pensée ; le second va aussi droit au but, au fait mais il le raconte, le développe avec un humour aussi noir que British et par rebond titille le cerveau. Je sors de là avec l’impression d’avoir tenu entre mes mains des centaines de Monde (s), c’est-à-dire que chaque page me remémore un article, une info… et en même temps d’avoir lu une fiction. C’est pas possible qu’on vive comme ça sur cette planète lointaine de Laossissètoucom. Il y aurait de la rébellion sur la Terre, des citoyens qui manifesteraient leur tristesse, leur désenchantement, leur espoir de voir les droits de l’homme respectés. Rien de tout cela, ou si peu… et si discrètement…
Ce livre est un chef-d’œuvre ! Ou comment recycler tous les mots et expressions qu’on entend tous les jours avec son café matinal ou son apéro du soir, avec nos yeux de bovins ou de poissons rouge, en des textes qui mettent à nu la crudité et l’absurdité de ces mots-là.

Titre : Par les plumes de l’alouette Auteur : Luce Guilbaud Photos : Camille Bonnefoi Editeur : Corps Puce ISBN : 2-35281-068-x Année de parution : 2 012
Prix : 9€
Ouvrir l’œil. L’oreille. Tous les sens. Devenir chercheur, dénicheur de petits trésors, petits clins d’œil de la vie. Celle des animaux, des gens, des plantes, de la Terre. Un livre ouvert sur le détail. Le petit. Le minuscule. Histoire de grandir avec.
Un petit bijou que les photos de Camille Bonnefoi accompagnent de branches, de feuilles et de tronc.

Sites des auteurs
Dan Bouchery : www.danbouchery.TK
Béatrice Bonhomme : revue-nue.org
Alexis Denuy : http://alexisdenuy.com   
Isabelle Servant : http://journaldelinsoluble.blog4ever.com/blog/index-55925.html
Pour découvrir Karin Huet, une page sur : www.wikiocean.org
Georges Cathalo nourrit le site : http://revue-texture.fr
et bien sûr :
Patrick Joquel : www.patrick-joquel.com
La charte des auteurs et illustrateurs

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des Poètes

http://www.printempsdespoetes.com

Cairns est éditée par

les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn    balcon du Gélas, Mercantour, octobre 2012.    Photo : P. Joquel.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 7€
abonnement pour deux numéros : 12€
sites Internet :
www.patrick-joquel.com 
www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/

*
            cairns 11

couvfinale

« Vivants dans la ville et paysages urbains ».

En guise d’édito

Tous feux éteints. Des autos somnolent. Paupières baissées. Des appartements dorment. Pas un chat dans la rue. Pas un chien sous les réverbères. Nul ne me voit marcher. Personne.

Changement d’heure et de décor. Boulevard. Des stores automatiques s’enroulent. Des autos klaxonnent. Clignent des yeux. Sur les vitres de la ville glisse mon image. Le trottoir grouille de personnes. Y’en a-t-il une qui me regarde
?
Le distributeur de billets a-t-il conscience de ma présence
?
Et le platane mutilé, que perçoit-il de moi
?
Le goudron sent-il mon poids d’âme et de chair
?
Suis-je le seul à croire à mon existence
?
Et cela suffit-il pour vivre 
?
Qui s’amuserait à compter les briques de Lille
?
Et les kilomètres de ses gouttières
?
Et le nombre et la surface de ses pavés 
?
A définir le seuil de pollution canine tolérable
?
A partir de combien de décibels une ville devient-elle nuisible
?
Qu’est-ce qu’une ville 
?

Patrick Joquel

Catherine Leblanc

Jours de plomb, jours de plume

Les jours de plomb
aucune trouée
n’apparaît
nulle part

La ville tassée
sous un couvercle
asphyxiée
par ses propres fumées

Le travail enchaine
Les épaules pèsent
Un bruit absurde emplit
d’interminables couloirs

Les jours de plomb
les mots restent posés
sur les étagères
Les jours de plume
les feuilles s’allègent
L’air traverse les rues
Couleurs des visages
Musique des langues
Autour de la place, les jambes des filles
rayonnent

On ne peut échapper
aux jours de plomb
ni prolonger
les jours de plumes
La ville toujours se transforme

Les jours de plomb
le mur est habité de plumes
invisibles

Les jours de plume
l’oiseau termine sa course
contre le soleil

Anne-Lise Blanchard

On aimerait que
s’insurge
du vert
du vert
qui s’élance
vers le ciel
oublié

Alain Helissen

Vite Ville

Ville fourmilière
Quand tu y entres
Tu es happé par elle
Tu te déplaces plus vite
Entraîné par un mouvement
accéléré tu marches
pressant le pas
Tu suis toujours quelqu’un
Tu prends
les transports en commun
Tu vois partout les magasins
les grands immeubles
et la circulation
automobile les feux
les sons les couleurs les odeurs
Prochain arrêt Pasteur
Tu sais tout ça par cœur
Tu descends tu marches
dans la ville
parmi d’autres anonymes
que ton regard ignore
comme t’ignore le leur
Pour parler à quelqu’un
parfois tu fais semblant
de demander ton chemin
à celui que tu croises
et qui n’est pas d’ici
ne sait pas ne sait rien
vient de beaucoup trop loin
et cherche plus que toi
où le mènent ses pas
Alors tu lui dis
ne cherchez pas plus loin
c’est là

Alain Boudet

Voici la ville
et ses prothèses de lueurs
feux d’une saison grise
éclats mats des néons
et le soleil patient
des ascenseurs de la lumière

Ça grouille dans les regards
pour qui sait regarder
et quand les yeux se posent
on voit la vie des choses
au gré du temps

Le temps qui ose.

Michèle Levy

LES JACOBINS

Cinq minutes de ravissement.
La ville s’étire sur un coussin d’asphalte gris perle.
Balles de ping-pong, les feux rouges inutiles rebondissent dans l’air.
J’en accroche un, étrangement doux et tiède.
Les passants n’ont plus de tête, juste un trou noir
au-dessus du col. Entre leurs pattes de ciment et de bois
les maisons soupirent, longuement.

Je croise quelques fantômes qui me saluent à peine.
Leur forme aiguë se contracte, troue les pierres.
Un petit signe, clin d’œil sous la pluie : celui-là, facétieux,
fonce dans les badauds puis s’élève comme une montgolfière.

On cause dans les cafés luisants, de pleines lampées de bière
glougloutent sur les plastrons.
Des chiens, des chats mesurent la pluie au centimètre près.
Entre les réverbères deux gosses dessinent exactement
la forme de leur rêve.

(Présages, éd. Le Nœud des Miroirs)

Claude Cailleau

Dans la ville…

La porte est fermée. Des gens passent dans la rue, qui regardent. Les murs ont des yeux de déroute soudaine. Complices de la comédie du jour, les trottoirs accueillent les pas qui traînent, et l’heure s’éternise au-delà des regards. Quelqu’un appelle ; personne ne répond. Le monde s’est figé en attendant la nuit. Pour l’homme qui veille, l’horloge s’endort derrière le verre du temps.

Regard extérieur

Un passant crie sur le trottoir de pluie. Les gens regardent et s’éloignent. La ville censure le danger de sirènes hurlantes. Ignorés dans la nuit, des drames bousculent la sérénité de l’heure. Derrière les rideaux, des yeux surveillent la rue où meurent les espoirs de rencontres. Des ombres s’enfoncent dans l’anonymat de la ville. Un klaxon retentit. Je marchais, ignorant les voix qui appellent, silencieuses, au-dedans des êtres ; je marchais, la routine du temps accrochée à mes pas.

Jacqueline Saint Jean

Il erre
lilliputien
dans la Ville de Verre

multiplié
dans mille vitrines
mille trappes d’éclats
entre les tiges géantes
des hauts mannequins
aux yeux vides

*
Il se réfugie
dans l’arche rouge
d’un cinéma de velours

Une femme endormie
dans le drap de l’écran
lève les yeux sur lui
comme s’il était seul
dans la salle du temps

Il sort un peu aveugle
comme on s’éveille
d’une autre vie
Un passant de papier, inédit

Béatrice Machet

NASHVILLE, capitale de la country music et de l’état du Tennessee.
(mot déformé, d’origine Cherokee, désignant un village Indien : Tanasi)

N pour Nash, l’officier qui légua son nom à la capitale du Tennessee.
A pour AT&T, le gratte-ciel qui rend la ville unique.
S comme sudiste, pour l’union des états confédérés, leurs esclaves et
H comme histoire, exhibés les champs de bataille de la guerre civile.
V pour village, le surnom moqueur que les américains donnent à la cité.
I pour Indiens, ceux à qui appartenaient ces forêts et ses collines.
L pour lacustre, les anciens pilotis, les nombreux lacs des alentours,
L encore pour la lumière particulière qui joue dans les herbes de ce pays.
E pour éperons comme étriers exposés down town à l’entrée des cabarets….
Sans oublier la Cumberland river aussi large que la Loire, elle se jettera dans le
Mississipi au bout de ses méandres. Sans oublier les studios d’enregistrements
mythiques visités par les vedettes internationales du show-biz, leurs effigies aux quatre coins du quartier de la country-music, les guitares géantes sur les trottoirs du centre-ville, les attelages façon western, … Sans oublier l’east-Nashville, la pauvreté, les Chicanos qui ne parlent pas Anglais, les prêteurs sur gages, les gangs,… Sans oublier Belle-Mead, les beaux quartiers des milliardaires, surveillés par la police, sans oublier les centaines d’églises la jovialité des habitants sans oublier les parcs immenses la réplique du Parthénon d’Athènes trônant au sommet de Centennial park, les magnolias haut comme trois étages … Sans oublier le Capitole, la bannière étoilée exhibée sur les toits sur les murs dans les halls…. sans oublier les Showny’s les Mac Donald’s, les Quaker Barrels, les Harrys Teeter, les Rite Aid, les Starbucks coffee, les Targets, les Woolmarks, les parkings de plusieurs hectares… Sans oublier le restaurant Kalamatah, îlot méditerranéen faisant face aux cinémas de Green hills, le mall de
south-Nashville…. Sans oublier la sirène des trains longs de un mile dans la nuit sans oublier ….mais … hélas ou tant mieux : j’en oublie!

Guillaume Decourt

La baie des citrons

La terrasse donne
Sur la baie des citrons
J’écoute
Le silence du chantier
Marteaux piqueurs
Casques oranges qui s’agitent
Dehors
La grue soulève des tonnes
Flèche faîtière  métallique
Gigantesque
Occidentale
Mobile de Calder
Bien au-dessus du Pacifique

Christophe Jubien

TRAVAILLER PLUS

Tête chenue, petite retraite,
un sac en bandoulière
bourré de prospectus,
passant dans le siècle
comme une lettre à la poste
malgré sa jambe raide
et sa flagrante pauvreté.

LES CROCS

Chien méchant
ou en colère ou névrosé
ou révolutionnaire
ou simplement
la voix de son maître

Luce Guilbaud

VILLES

Je tourne au coin de la rue
trottoir de droite je file
passage piéton feu rouge
je piétine flot de voitures
feu vert je traverse
je cours deuxième à droite
première à gauche j’hésite
tant pis j’y vais je suis en retard
petite rue pavé glissant
pardon Monsieur !
attention crotte de chien !
le nom de cette rue ?
ça y est je suis perdue !
mais non voilà le métro
mon cœur bat tellement fort
m’auras-tu attendue ?

assise à la terrasse d’un café
je regarde passer la foule mille pattes
petits pieds grands souliers
bottes à talons chaussures ferrées
baskets
baskets
baskets
en suivant
se suivant
où vont ces gens ?
que je vois qui ne me voient pas
passants dans la rue
venant d’une autre rue
qui vont…

la ville s’arrête ici
au bord du périphérique
les voitures la vitesse
comme une grande muraille
on cherche les passages
pour s’échapper
mais par quelle Porte sortir 
dans ce mugissement qui roule
autour de Paris ?
de l’autre côté c’est le Monde
la banlieue comme un ailleurs
derrière les tours cachant le ciel
est-ce la Campagne la Forêt
peut-être même la Mer?

Luce Guilbaud

Tristan Felix

on démonte une grue :
le chantier rauque
a rendu l’âme

au fier citadin
de coucher neuf
sous un dais de ciment

sur un banc

son banc hissé dans l’ascenseur
plus haut que la grue

extrait de Sorts, inédit.

Lyor Shtenberg

Je préfère habiter près d’une rivière.
Le bruite de l’eau m’apaise.
Le bruissement des branches d’un saule se mêle
au clapotement des rames.

Je préfère habiter près d’une rivière.
Même si en hiver l’eau est grise comme un rêve,
et des spasmes translucides et violents battent
dans son lit. La berge est boueuse et
glissante. Une bête morte
de froid, gît ratatinée dans l’herbe gelée.

Je préfère habiter près d’une rivière.
La ville s’affaire dans mon dos
comme un dispositif de ressorts poussiéreux. Près de la maison,
une voiture qui m’emmènera au travail.
A la fenêtre, l’air saturé de l’odeur des roseaux
et de la paille, nids d’oiseaux
aux pattes filiformes.

Je préfère habiter près d’une rivière
mais il n’y a pas de rivière dans cette ville.
Seulement un canal glacial et spectral qui martèle ses nuits
sous les pierres des vieux remparts. Et sur la terrasse
la rivière nocturne referme sur moi ses fenêtres allumées
et dans leur sommeil, les oiseaux choient
entre les branches des arbres.

Eaux abondantes
Gros Textes

Dan Bouchery

Soyez attentif !
L’attention doit être
Permanente.
Vous ne savez pas
Sur quoi
Vous allez mettre
Le pied.
Soyez
Vigilant
En voiture !
Attention aux enfants !
Attention aux vélos !
Attention aux signaux !
Qu’ils soient tricolores
Ou en panneaux
Il faut
Sans cesse
Avoir l’œil
Quand on est
Citadin.
À peine l’esprit
Se met-il
À rêver
Que déjà une
Affiche
Vous ravit
Votre rêve.

Les moineaux ont déserté
Les rues.
Certains ont
Apprivoisé
La ville.
Ils sont devenus
Sédentaires.
Ils logent
Au Supermarché.
Ils ne craignent plus
Les intempéries.
Leur ciel est de ciment.
Ils survivent
En cage
Au-dessus des bombes
Insecticides
Et
Des oreillers
De plumes.

Dan Bouchery
C’EST ÇA LA VILLE
Croquis urbains
Editions Corps Puce 2007

Liska

Comme la pomme
La ville a ses quartiers
Quartiers de noblesse
A la peau douce
Des quartiers rouges
Des quartiers verts
Et des quartiers
En marmelade
Où les pépins
Ne seront pas
Pour ma pomme.

*
La nuit, la ville
Me regarde
De ses yeux de chat
Et chaque fenêtre
S’allume de curiosité.

Jean-claude Touzeil

Relativité

Ce matin la radio
Donne dans l’hyperbole :
Des milliers d’automobilistes
Naufragés de la route

J’aurais dû m’en douter
Se dit le S.D.F.
Chez nous à la maison
Quand il gèle dedans
Il gèle aussi dehors

Enfer surréaliste
Véritable calvaire
Pensez chers z’auditeurs
De la neige en hiver !

Ce matin la radio
Donne dans l’hyperbole
Se dit le S.D.F.
Dans sa boîte en carton

Jean-Claude Touzeil
Remontants et ricochets
Soc et Foc

Big apple

Et ce gratte-ciel
Quasi parfait
Ô big apple
Est-ce un glaçon ?

Et ces zombis
À l’intérieur
Et qui s’agitent
Dans les banques
Du business
Qu’est-ce encore
Une inclusion ?

Et ce clodo
À l’extérieur
Plutôt en manque
D’amour et d’eau
Recroquevillé
Dans le décor
Qu’est-ce encore
Une exclusion ?

Jean-claude Touzeil
Un chèque en blanc,
éditions Clarisse

Claude Held

bistrot

ça va ça vient
les gens au comptoir se racontent des choses ;
les dernières villas vont être rasées
à la place on aura une tour avec des balcons
pour admirer la mer ;
mais la mer, dit l’un, elle est pas dans l’secteur ;
ah ah, fait l’autre, si c’est pas la mer
ça s’ra un terrain vague
et, c’est bien connu,  
ya pas d’océan sans vague ;
tu parles, dit l’un,
un océan d’herbes et d’buissons
une déchetterie derrière son grillage
et des moulins à vent ;
quoi ? dit l’autre, et pourquoi pas
Don Quichotte au volant d’une caisse
qui fait son rodéo contre les moulins ?
c’est une façon d’parler, dit l’un,
ces trucs-là fabriquent
l’électricité avec du vent ;
le courant passe dans l’ascenseur ;
t’appuies sur un bouton
et hop, t’es au 115e étage ;
les jours de calme plat, dit l’autre,
tu souffleras sur l’éolienne,
tu s’ras utile à quelque chose
plutôt que d’parler d’n’importe quoi
devant un verre

Jacqueline Held

Fourmillement de la ville. Rumeur, poids des rêves, voile d’une obscurité jamais totale. Feux croisés balayant la nuit. Premières lueurs du petit matin. Passants pressés plongés dans leurs songes. Voix d’enfants montant d’une école à l’heure de la récré. Quartiers bigarrés. Odeurs et couleurs du Marché Dejean. Somptueux poissons inconnus, moirés, irisés, ruisselant sur la glace.
Courges étranges rayées de vert et de jaune. Gosses sautant à cloche-pied. Mères avec leurs poussettes. Diversité des boubous, kipas, djellabas, saris… et costumes-tailleurs. Contrasté des vitrines. Miroir aux alouettes du « Décrochez-moi ça ». Fausses brocantes sur les trottoirs de la rue Ramey. Fraternité du petit troquet où tout un chacun raconte sa vie au comptoir, te prend à témoin comme si on t’avait toujours connue. Plaisanteries, lazzis, bousculades, disputes… bavardages dans plusieurs langues sous tes fenêtres rue de Clignancourt. Pas dans l’escalier du Bâtiment A. Rires. Toux. Bruit de billes qu’un enfant fait rouler. Bribes de conversation téléphonique à travers la cloison… te disent que tu n’es pas seule.
Fourmillement de la ville.

Jacques Fournier

Sur les quais, l’oiseau qui picore, scrute, gratte, picore, gratte, scrute de l’œil libre l’approche des aveugles voyageurs. L’oiseau qu’on ne sait plus oiseau, que l’on croit pigeon, seulement pigeon, donc transparent. Mais qui redevient oiseau quand l’aile se déploie, défroissement, et le dépose sur la poutre où jamais nous ne saurons nous posés.

Extrait de Sur les quais, inédit

Jean Foucault

Brave dynamic world

Une mère et 3 enfants (dont un en poussette) passent sur le trottoir.
Le dynamisme des deux fillettes est plaisir à voir.
Presque sonore malgré la distance.
La mère semble alerte.
Mais de l’enfant dans la poussette
Je me garderai bien de dire quoi que ce soit.
Trop loin !
Même si la vitalité de l’ensemble me ferait accroire qu’il y a là
Un tout petit de vive allure.

Vélo démantibulé à la station Chavant.

Qu’est-ce qui permet de le mettre en cet état ?
Un démantibulatoire ?

Qui en possède ?
Les gens des quartiers ?
Les gens de préfecture ?
Les gens du monde ou les gens de peu ?

N’empêche le vélo reste là, démesurément, crucifié devant tous.
Certains passent seulement. Certains s’arrêtent. Prennent un recul.
Pendant ce temps on peut supposer que les roues — qui ont disparu —, roulent quelque part.

Jean Foucault

Lydia Padellec

En descendant à la station Montparnasse de la ligne 6, à toute heure de la journée, on découvre, assise sur les marches des escaliers, une petite vieille, maigre et pâle, vêtue d’un T-shirt violet pailleté. Près d’elle parfois une orange ou une clémentine, une bouteille d’eau de 50 cl. Les gens passent sans la voir. Sauf les enfants qui la regardent, intrigués. On dirait une fée, une fée déchue de ses pouvoirs, invisible et silencieuse. Son visage semble chanter une mélodie triste et muette.  D’où vient-elle ? Quelle est son histoire ? Les gens passent sans la voir. Sera-t-elle encore là demain ?

Poème extrait d’un recueil inédit : Les Métropolitains

Danielle Allain-Guesdon

Traînent ses pieds
sa canne aussi
à petits pas

trois quatre
s’avance et
s’immobilise

pivote sur lui-même
regarde autour de lui
reconnaît-il quelqu’un

lui rappelle-t-il
un être
de sa jeunesse
perdue

et repart
à petits pas
trois quatre

pour un nouvel arrêt

Colette Andriot

La ville est folle d’automobiles
toutes ces bagnoles en tous sens
autour
dans
à travers
captives comme d’une monstrueuse toile d’araignée
ça bouge
ça grouille
ça court roule
on ne sait où
ni pourquoi
au sol on s’empile
où sont les humains
les arbres
le ciel
le temps
les bruits des pas des conversations au coin des rues

Pistes pédagogiques 

Catherine Leblanc. Page… Lire le poème à deux voix, l’une pour les jours de plume, l’autre pour les jours de plomb. Chercher également deux ambiances sonores différentes. Photos de ville à prendre et à classer en plomb ou bien en plume.
Qu’est ce qui est le plus lourd un kilo de plume ou un kilo de plomb ? Rebondir sur les mesures de poids et de contenance…

Alain Hélissen. Page… Choisir un de ses itinéraires habituels. Le suivre avec attention. Noter tout ce que l’on voit, sent, entend, touche, goute… A l’arrivée construire le texte de son voyage.

Michèle Levy. Page… Le ciel sur la ville : photographier des trouées, des échappées, des nuages sur la ville. Chercher aussi des chansons qui mêlent pluie et ville comme I’m singing in the rain…

Jacqueline Saint-Jean. Page… Imaginer qui est ce « il », puis lui inventer d’autres rencontres dans d’autres lieux (ex ruelles, foules, statues, nuits etc.)

Béatrice Machet. Page… L’acrostiche avec le nom de sa ville, de son quartier, de son école… ou bien la description avec comme ancrage le sans oublier présent dans son texte. Rebondir aussi sur de l’écoute de country (ex johny cash), lectures : lucky luke, Le voyage D’oregon… Etudier la carte géographique des Etats-Unis.

Guillaume Decourt. Page… Etudier les mobiles de Calder, en réaliser un.

Christophe Jubien. Page… Choisir une photo : un personnage dans son environnement. Rédiger le portrait. Et pour les crocs, effet pygmallion lecture du mythe et explication pour les plus grands. Etudier les expressions : Qui sème le vent récolte la tempête. Les chiens ne font pas des chats…Toucher un mot de l’atavisme.

Luce guilbaud. Page… Rédiger son itinéraire maison/école ou un autre. Se servir d’un plan de la ville. Inclure dans son itinéraire les noms de rue, des instants de visions furtives, sons fugitifs, odeurs…

Dan Bouchery. Page… Parler de sécurité routière, de l’attention du piéton… Des dangers de la rue.

Jean-Claude Touzeil. Page… Comme lui, créer un texte qui accompagne l’actualité. Parler des clochards. Voir le livre de Dan Bouchery : le Christ aux pieds nus, éditions de la Pointe Sarène.

Jean Foucault. Page… Observer. Autour de soi. Et comme un photographe, mais avec des mots, rendre compte. Imaginer. Ecrire. La vie des objets. Raconter ce que font les clefs qui ont disparu les assiettes dans le placards, les chaises de la maison quand nous ne sommes pas là (parallèle avec le fauteuil dans le grand vestiaire de Romain Gary..)

Lydia Padellec. Page… Idem.

Danielle Allain-Guesdon. Page… Les vieux de Jacques Brel, l’énigme du sphinx… Chercher des images de vieillards de tous pays, les installer en collage divers… comme autant d’arrêts.

Colette Andriot. Page… Penser à un collage d’autos découpées en revues, les installer dans une image de ville.

Pour la BCD/CDI

Titre : Trac
Auteur : Sophie Braganti
photos : Sophie Braganti
Editeur : Gros Textes
ISBN : 978-2-35082-178-8
Année de parution : 2012
Prix : 7€

Dans la lignée de Vrac, même auteur, même éditeur, on retrouve ici les petites proses nerveuses de Sophie Braganti. Une écriture d’un bloc. D’un souffle. Sans ponctuation. Pleine de rebonds. De clins d’œil malicieux et de saines colères. Un humour multicolore et décapant. Beaucoup d’humanité, celle qui tremble « dans les coulisses de vivre ».

Fumer tue boire tue manger tue faire l’amour tue travailler tue puisque vivre tue n’attendons pas

*
Titre : Le haïku en herbe
Auteur : isabel Asùnsolo
Editeur : L’iroli
ISBN : 978-2-916616-18-6
Année de parution : 2012
Prix : 15 €

Bien souvent les enseignants me demandent un atelier

d’écriture autour des haïkus. Ils me demandent également des informations théoriques et pratiques sur ce type d’écriture. Et bien voilà un livre qui non seulement répondra à toutes les interrogations aussi bien théoriques sur le haïku que pédagogiques et pratiques sur sa mise en œuvre dans la classe, mais en prime il accompagnera l’enseignant dans sa démarche. En effet, tout ce qui permet de réaliser un « bon » haïku est présent dans le livre. Et d’une manière simple, avec des exemples concrets de textes ou de situations pédagogiques.
Une réalisation limpide, à présenter à tous les enseignants curieux de poésie.

*
Titre : Réflexion(s)
Auteur : Philippe Dessauw
Illustrations : Hervé Gouzerh
Editeur : Donner à Voir
ISBN : 978-2-909640-72-3
Année de parution : 2011
Prix : 6.50 €

J’entre dans ce petit carré. Surprise. Dès les premiers mots je me retrouve à 5 ans dans la chambre des parents. Devant l’armoire à glace. A jouer avec l’immense miroir. A essayer de le surprendre. D’aller plus vite que le reflet.
Plus grand, l’ado qui s’interroge devant son image : qui suis-je ? Et toujours avec les années qui burinent et blanchissent…
Un livre plein d’interrogations… à mettre d’urgence dans les bcd et cdi, et autres bibliothèques idéales pour son humanité et sa simplicité.
Un livre que je verrai bien mis en voix et en scène par une classe aussi.

*
Titre : Remontants et ricochets
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Illustrations : Valentine Manceau
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912361-74_8
Année de parution : 2012
Prix : 12 €

Un feu d’artifices. Tant au niveau des poèmes que des images. Thèmes variés mais toujours juste et humain. Ecrire pour tous n’est pas offert à tout poète, Jean-Claude Touzeil en a reçu le don (et le travail qui accompagne). Du coup c’est une merveille qui comme toute merveille n’est pas aussi simple, pas aussi évidente qu’il n’y parait. C’est le génie du poème que d’ouvrir le cerveau et le cœur aux dimensions de l’univers.
On retrouve la même diversité réussie dans les images de Valentine Manceau, une artiste qu’on retrouvera dans d’autres livres sûrement.

A mettre dans toutes les bibliothèques et dès la maternelle jusqu’aux résidences de retraites.

*
Titre : Un chèque en blanc
Auteur : Eric Sénécal
Illustrations : Claude Ribouillot
Editeur : éditions Clarisse
ISBN : 978-2-912852-37-3
Année de parution : 2012
Prix : 15 €

Un livre consacré à Jean-Claude Touzeil. Un livre portrait. Et un portrait réussi : tout à fait à l’image de Jean-Claude. Un portrait simple. Sans fioriture. Tout en tendresse. On suit ainsi le parcours de Jean-Claude et Flora, de pays en pays. De rencontres en rencontres. Jusqu’aux printemps poétiques de Durcet. Village capitale de la poésie. Le choix des textes également suit les grandes veines d’écriture de Jean-Claude. Simplement.
On ressort de là comme on quitte le Baux : rasséréné, un peu plus humain. Un peu rêveur aussi.
Une réussite des éditions Clarisse.
www.editions-clarisse.net

*
Titre : Rapa Nui
Auteur : Chantal Couliou
Photos : Karine Djebari
Editeur : Raphaël de Surtis
ISBN : 978-2-84672-280-3
Année de parution : 2012
Prix : 15 €

Voilà un petit tirage à 200ex. qu’il faut se procurer car son thème également joue la rareté. Un ensemble de poèmes sur l’île de Pâques. Des textes qui accompagnent des photos, noir et blanc, de moai, ces grandes sculptures aux yeux scrutateurs typiques de cette île…
Un bel ensemble qui m’interpelle et laisse rêveur…

Les sites des uns et des autres
Le site animé par Alain Boudet, La toile de l’un : http://www.latoiledelun.c.la/
Dan Bouchery : http://www.danbouchery.tk/
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com
Alain Helissen : http://alainhelissen.over-blog.com
Catherine Leblanc : http://catherineleblanc.blogspot.com/
Jean Foucault : http://www.jean-foucault.fr/
Tristan Felix : http://lusineamuses.free.fr/
Catherine Leblanc : http://catherineleblanc.blogspot.com/
Claude Cailleau : http://clcailleau.unblog.fr
et bien sûr :
Patrick Joquel : www.patrick-joquel.com
La charte des auteurs et illustrateurs

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des Poètes

http://www.printempsdespoetes.com

Cairns est éditée par

les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn col de Gialorgues, Mercantour, août 2011. Photo : P. Joquel.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 7€
abonnement pour deux numéros : 12€
sites Internet :
www.patrick-joquel.com 
www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/

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cairns 10
Enfances

Rendez-vous du 5 au 18 mars 2012
14e Printemps des Poètes sur le thème : ENFANCES

L’intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue. Ce sera aussi l’occasion de mettre en lumière cette poésie qui tient l’enfant pour un interlocuteur sinon exclusif, du moins premier, une « poésie pour la jeunesse » qui, fuyant tout didactisme, s’est profondément renouvelée au cours des dernières décennies.

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique

Le poème est un objet complexe. Nécessaire et vital, inutile et dérisoire. Il se savoure. Il résiste. Il se garde précieusement. Il se collectionne. Il se jette aussi. Il se démonte. Il vit… Certains poèmes nous accompagnent toute notre vie, d’autres un moment seulement, ou bien jamais. Bref : le poème ne laisse que rarement indifférent.
Qu’est-ce qui fait que le poème exerce une telle fascination sur l’homme et depuis si longtemps ? Est-ce de l’ordre de la magie, comme si le poète était l’héritier des chamans ? Est-ce de l’ordre du mystère comme si le poète était l’héritier des alchimistes ? Est-ce de l’ordre de l’intime comme si le poète était l’héritier des secrets du monde ? Est-ce de l’ordre de la joie, comme si le poète était l’héritier des clowns (et de leur tristesse…) ? Complexes questions…
De cette complexité du poème naît la complexité de l’enseignement de la poésie. Car la poésie, comme tout autre champ de littérature, s’enseigne. Dans nos classes on enseigne bien à lire des albums et ce depuis belle lurette. Idem pour les romans. Pourquoi alors la poésie échapperait-elle à la pédagogie ?
A cause de sa pure beauté ? Le poème n’est pas forcément joli et le joli n’est pas une garantie de poésie. Et qu’en est-il alors du tableau ou de la musique, autres objets artistiques de pure beauté que la pédagogie a résolus ?
Pourquoi le poème serait-il un objet sacré, intouchable et devant lequel on ne pourrait que se prosterner ? taratata !
Alors comment agir ?
Puisque il existe des poèmes capables de surprendre le lecteur, enseignons donc la poésie de manière surprenante ! Puisque le poème est un objet vivant, enseignons la poésie d’une manière vivante ! Puisqu’il existe des poèmes joyeux, enseignons la poésie d’une manière ludique et heureuse ! Puisqu’il existe des poèmes capables de chuchoter nos secrets, enseignons la poésie d’une manière secrète. Puisqu’il existe des poèmes capables de résister au lecteur, enseignons donc la poésie avec sérieux…

Le poème est un cadeau
Le poème c’est un peu comme une lettre qu’un ami nous aurait écrite…C’est à dire que le poète écrit ; cela le regarde. Il décide de donner à lire son poème. Cela nous regarde. Au hasard du livre… Le lecteur reçoit le poème. Et parfois le poème le bouleverse, lui chuchote quelque chose qui lui fait dire «  c’est exactement ce que je ressens» ou bien « c’est ce que je voulais dire mais je n’ai pas le mot » ou encore « ça me laisse sans voix » en état de musement… « bouche bée »

un poème/jour
Tout le monde peut choisir les poèmes ! Les profs, les enfants… L’essentiel est que le poème soit un élément récurrent, structurant, quotidien dans la vie de la classe. Un poème par jour, c’est le début de toute culture poétique. Le prof lit, affiche sur son tableau, tous les jours un poème. Des poèmes de toutes sortes. Variés. Pour le plaisir d’entendre. De découvrir… Réfléchissons un tout petit peu : une année scolaire dure environ 37 semaines. A quatre jours de classe par semaine cela fait environ 150 poèmes entendus au minimum dans une année scolaire. C’est un peu plus que la moyenne du poème par mois… Cela ne demande pas un gros effort. Il suffit de chercher des poèmes. De lire. Il y a des livres dans l’école, il y en a dans la bibliothèque du quartier, il y en a sur Internet etc. et rien n’empêche de mutualiser dans une école les recherches de chacun. Mettre en commun, l’informatique c’est pratique pour cela, les poèmes quotidiens de chaque classe, cela permet les jours où on est en manque de puiser facilement dans le pot commun.
Ce poème/jour l’enfant en fait ce qu’il veut. Il ne garde, ou non… peu importe. La seule chose qui compte, c’est qu’il puisse en retrouver la trace, dans un panier, un cahier mémoire des poèmes entendus dans la classe… un fichier…

Patrick Joquel
Extrait de la conférence « Place du poème dans la classe et à l’école ».

Dan Bouchery

Qu’il est dur d’être l’enfant
Que personne ne soutient
Que nul ne console
Des rigueurs de la vie
Qu’il est dur de grandir
Sous les ordres et les choix
Qui ne sont pas les siens
Qu’il est dur d’être seul
Avec la peur du noir
Obligé de dormir
Quand le sommeil s’attarde
Qu’il est dur de n’être pas
L’enfant sage
Rêvé

Inédit

Guillaume Decourt

Chute

Mais d’où naît cette angoisse qui vient du dehors ? Jeux d’enfants. Traces de pieds sur la margelle et décentrement du regard. Parfois, tu tombes encore au fond du puits. Et contemples un morceau de ciel où les étoiles semblent respirer.

Chant

Cueillette des citrons par la fenêtre du jardin. Dehors, des hommes bariolés jonglent avec des cailloux. C’est ici qu’eut lieu ta naissance à retardement : bien plutôt qu’un conquérant tu t’aveuglais comme un enfant aux yeux crevasses ; bombais déjà le torse, et balbutiais l’appel à la prière en peignant ta nourrice lorsqu’elle enlevait son voile.

Luce Guilbaud

au pied de l’arbre les souvenirs et les regrets
et l’odeur de caramel quand meurent les feuilles
c’est l’arbre qui voit et guide
dans ses branches un enfant
et des sourires de chat
l’enfant donne ses yeux
aux oiseaux qui s’absentent
non ! les nuages ne bougent pas
c’est la terre
j’ai choisi l’arbre et l’enfant parmi les autres
il est tombé dans mes bras avec les sourires
et les chats revenus
sourire de l’arbre aussi.

Alain HELISSEN

L’enfance en nous

C’est jamais loin l’enfance
Même si l’âge avance
Elle se tient toujours
Quelque part tout autour
De là où on habite
Et tous les jours s’agite

C’est jamais loin l’enfance
J’en ai bien souvenance
Même si je ne suis
Plus tout jeune aujourd’hui
Se bouscule dans ma tête
Un film qui ne s’arrête

C’est jamais loin l’enfance
Et c’est toute notre chance
De la porter en nous
En vers et contre tout
Ce qui nous habitue
À des chemins obtus

C’est jamais loin l’enfance
Il suffit qu’on y pense
Pour faire le détour
Lui passer le bonjour
Et se sentir heureux
À peine un peu plus vieux

Jacqueline Saint-Jean

Fenêtre d’escampette
pour les filles de l’horizon
échappées de leur cage
leur sac de rêve en bandoulière

petite musique de cavale
en voyelles de sept lieues
dévalant mots et merveilles
vers un port ou un visage
qui l’attend au bout du monde

(extrait de  la page étrange, inédit)

*
Petite fiancée de l’espace
mets ton collier de cornaline
et ta tunique de soleil
enroule-toi dans les arômes
déroule ton bracelet de laine
de colline en colline
et cherche tes prénoms secrets
Lune d’orage ou Clair de terre

Efface la frontière
Ôte le caillou de ta langue

Tourne tes mains vers un autre visage

Extrait d’Atlas secret (épuisé)
Alain Boudet

Hier
tu suivais un reflet sur le mur
Tu recevais dans tes mains
la lumière tombée des arbres
Tu disputais aux mésanges
les graines du tournesol

Dans les pâquerettes de mars, tu aimes
–et tu le dis -
ce petit peu de rose
qui ourle les pétales
Tu en fais des potions magiques
pour sourire

Aujourd’hui
tu dis bonjour au train

Je te le dis
le train m’en est témoin
et tous ces gens qui courent
oui
oui
c’est bien toi qui as raison.

Florian Chantome

Présents

Nous sommes allés nous promener entre hommes, la main dans la main, le soleil était doux et tu voulais m’offrir un caillou pour me dire que tu m’aimais. Nous nous sommes arrêtés vingt fois sur le chemin pour choisir le plus beau, et tu en as gardé un pour toi.

Claude Held

en regardant des photographies de Robert Doisneau

un écolier à Aubervilliers

il a plu hier
des pneus sont passés
il suit les traces
il est Robinson
il parle
il parle avec la route, avec le talus, avec le vent
il parle de choses qui n’existent pas, qui n’ont jamais existé,
des choses pour rire;
les maisons penchent du même côté:
c’est la faute à la terre quand elle tourne;
derrière lui, un terrain vague, un hangar, un pavillon
il vient de là;
on devine les voies de triage au bout

chanson de l’écolier rencontré à Aubervilliers

à cause de l’herbe
à cause de la graine
à cause de la mauvaise
à cause de la sauvage et folle et jamais plus
à cause d’un déjeuner
à cause d’un déjeuner de soleil sur l’herbe
à cause d’un cri
à cause d’un cri de l’herbe
à cause d’un mur
à cause d’un papier peint sur le mur
à cause de l’herbe peinte sauvage et folle et jamais plus
à cause d’un crayon
à cause de la mine
à cause de la drôle de mine
j’ai fait un trait pour grandir

Jacqueline Held

Mélancoliques

1

Ton chat préféré repose sur l’étagère
en compagnie du Petit prince et des Histoires comme ça.
A tes pieds tes possessions d’enfant :
un mobilier pour poupée microscopique
- table et chaises aux pieds faits d’allumettes –
et le petit cheval en terre modelé par le voisin de palier
et cuit dans le four de sa cuisinière.

2

Le ciel a la tonalité d’antan et tu revois
la barque sur le Clain, les promenades
avec le monsieur et la dame qui t’aiment bien
et sont si tristes de ne pas avoir eu d’enfants,
et dont ta grand’mère se moque sans cesse
parce qu’ils s’appellent encore « trésor » et « chérie »
après plus de trente ans de mariage.

3

Tu essaies de te faire oublier.
Ta mère et ta grand’mère se disputent.
Toi, tu joues à quatre pattes sous la table
avec une bobine à fil dont tu as entaillé les roues.
Et un élastique. Ce qui fait un tank autochenille.
Parce que tu n’as pas d’autre jouet.
Et parce que c’est la guerre.

Mario Urbanet

destin précoce

voleur gendarme voleur gendarme voleur …
la main détaille ton bras en tranches fines
à l’épaule le verdict tombe et tranche
le sort t’a fait voleur tu deviens fugitif
de cache en cache sans trêve ni repos

comme des chiens à tes basques
ceux que le sort a fait gendarmes
ont des droits sur toi

l’esprit rempli de rancœur contre ceux là
au bras trop court ou trop long*
qui veulent te pendre
tu cours le plus vite que tu peux
dans l’œil d’Odile une lueur te dit 
mon cœur est tien indomptable fugitif
la fierté te colore en rouge pivoine

son sourire décuple ta force
te donne une rage de vainqueur
tu redoubles d’ardeur ils ne t’auront pas
ou tu vendras chèrement ta peau
la meute se rapproche
leur souffle est sur ta nuque
l’idée de la froide guillotine te glace les os
seul un miracle peut te sauver

le sifflet du maître met fin à ta souffrance
te voilà libre … d’aller voir en classe
si dix centilitres font toujours un décilitre
ou si comme en grammaire il y a des exceptions

le regard d’Odile t’éblouit encore
pourvu que la prochaine fois
ton bras soit toujours à la bonne taille
car tu n’as pas une vocation de gendarme

(inédit)

* le chef de jeu, déplaçait le tranchant de sa main le long du bras de chacun en disant gendarme, voleur … le mot dit en arrivant à l’épaule désignait le camp du joueur.

*

marelle

j’ai la peau réversible
je la porte noire chez les blancs
blanche chez les noirs
je suis un mutant permutant
au gré du regard des gens

je proviens d’assemblages bizarres
conclus au fil du temps
sorcière levantine démon oriental
fée nordique bédouin du désert

on m’a dit que mes ancêtres
se nourrissaient de racines
j’ai voulu découvrir mes origines
en sautillant à cloche-pied

je les recherche à la marelle
avec les gosses du quartier
Nathan Natacha Noémie
Nadal Fetnat Nasrédine

en creusant tous ensemble
sous l’asphalte on l’a vue
par bonheur il n’y en avait qu’une
nourrie d’une même terre commune
elle se joue des barrières
et des frontières

nos rêves sont des cerfs-volants
dans le même vaste ciel

venus par les ailes du vent
ou par le flux de la mer
nous avons compris
que nous sommes tous d’ici

( inédit )

Catherine Leblanc

L’orange

Tu manges
Je mange

Tu changes
les quartiers
de lune

Je te donne
ce fruit
Elle est bonne
cette vie

L’orange
a franchi la nuit
les océans
Des hommes l’ont cueillie
l’ont portée
ici

et je l’épluche
pour monter sa clarté
jusqu’à ta bouche

Je dérange
un poing fermé
J’ouvre un soleil
qui t’émerveille

Tu manges
un morceau de jour
un joli tambour

On partage
la saveur de l’été
une barque d’eau sucrée

Je mange
Tu manges
Il n’y a plus
d’orange !

*

La neige

Pour la première fois
Tu vois
La neige

Le jardin blanc
Un grand tapis
Volant

Dans le silence
Un oiseau danse
Très lent

Un sortilège
Efface l’herbe
D’avant

Tu veux marcher
Il n’y a plus
D’allée

Tu vas toucher
Cette douceur tombée
Du ciel

Et dans ta main
Tu prends de l’eau
Qui tient

Un peu de nuit
Très froide
Eclaire

Avec toi
Je vois
Pour la première fois

Umar Timol

Langage de l’amour

Le langage de l’amour, mon fils, c’est attendre aux portes de la nuit que s’ouvrent les étoiles et qu’elles déversent sur ton corps attendri de trop d’innocence une averse de poèmes, le langage de l’amour, mon fils, c’est s’assoupir, un après-midi tranquille, un brin de ciel entre tes dents, sous un flamboyant aux veines engorgées de soleils innombrables, le langage de l’amour, mon fils, c’est marcher sur la pointe des ailes des anges bleus vers les sanglots de l’océan, le langage de l’amour, mon fils, c’est l’euphorie cinglante de la musique aux obsèques de la douleur, le langage de l’amour, mon fils, c’est infuser dans le sable, avec les rutilances de tes yeux, le souvenir de beautés entrevues et sidérantes, le langage de l’amour, mon fils, c’est engranger les caresses d’un nuage frivole et la saveur d’une mangue épicée et sauvage qui martèle ta langue, le langage de l’amour, mon fils, ce sont tes mains qui se desserrent tel un vieux parchemin pour offrir au vent les semences de la miséricorde, le langage de l’amour, mon fils, c’est un cœur empli, évanoui par le roulis effréné et adorable de tes lèvres qui chantonnent mon nom – papa -, le langage de l’amour, mon fils, ce sont des lettres sans traces, des mots sans lettres, un langage sans mots, langage sans langage, langage qui dit le silence, langage qui est le silence.

David Dumortier

Le marin

Un petit homme était un marin. Il dormait souvent dans les vagues. Sa mère savait qu’il allait revenir quand elle entendait le clapotement de ses pas, contre les murs de sa maison. Car sa mère habitait une maison au bord de l’eau, pour être plus près de lui.

Le café

Les Français boivent beaucoup de café. Le café du matin, c’est sacré ! Disent certains. Comme s’ils prenaient une dernière gorgée de nuit avant de commencer la journée.

Fabrice Marzuolo

Quand l’enfance s’enfonce

Le temps de les écrire
et mes poèmes s’oublient
un verre vide
laissé sur un comptoir
mes poèmes
sont des mains
au fond des poches
jadis
ils étaient une brindille
entre mes dents
et maintenant
que j’ai grandi
je dépasse de mes poèmes
et leurs vers boiteux
béquillent sur mes chevilles

Quand je perdrai mes dents
les vers en auront plein la bouche
comme les poules
de ma plume
puis ils perdront pied
et ils me mangeront la peau même
les os
il restera de mes poèmes
de la rosée à zéro
du jardinier à la faux
Michel Lautru

J’ai retrouvé mon premier jour
Comme un secret de moi-même
Il était là
Dans son immobilité
Comme une neige tombée
Une neige qui refuserait de fondre
J’ai retrouvé mon premier jour
Mais je n’ai pas vu blanchir mes cheveux.

*

Petite

Autant que je le pourrai
Il y aura ce sourire
Nous essaierons ensemble
Le bonheur des choses
Et quand nous irons de par le monde
Nous laisserons nos cailloux dans nos poches
Petite
Il n’y aura pas de retour.

Daniel Leduc

Et la danse
ressemble à un
tam-tam, à une
guitare flamenca,
à un accordéon
qui ne se désaccorde
pas, aux tambours du Bronx,
à la trompette
aux vibratos
désarticulés, la
danse
ressemble aux mouvements
du vent
lorsqu’il crée
cette chorégraphie des nuages
qui transporte
nos pas.

L’eau du lac
reflète
la lune
et la nuit s’éclaire
dans tes yeux.
Tu as l’âge
des questions
réfléchissantes, l’âge
qui n’attend
pas.
Un brochet
se faufile entre deux eaux.
Ton reflet
se déforme,
et devient
un soleil.

Claude Burneau

Les rayons du soleil
Attention à ton nez !
Les taons, guêpes, frelons
Attention aux poignets !
Les orties et les ronces
Attention aux mollets !
Les cailloux, les ampoules
Attention à tes pieds !
Une envie de télé ?
Attention à tes rêves !

*

Y’a quoi sur ton sentier ?
Un air de liberté
Y’a quoi sur ton chemin ?
Les couleurs de demain
Y’a quoi dans ton bocage ?
La chanson des nuages
Y’a quoi dans ton ruisseau ?
Les secrets des oiseaux
Y’a quoi dans ton poème ?
Dans mon poème,
Y’a que des mots
De simples mots
Qui disent ce que j’aime.

Ne crains pas le silence
Il est plein du babil des grillons
D’un envol de pigeons
D’un mulot qui s’enfuit
De guêpes dans des fruits
D’un tracteur dans un champ
Des caprices du vent
D’un ruisseau qui s’entête
De mille vies discrètes.
Ne crains pas le silence.
Habite-le.*

* ce texte est sur le chemin de Durcet jusqu’à mars 2012

Daniel Biga

Yussu enfant

apparaître disparaître dans la lumière dans la nuit
ne rien dire tout ressentir sève suc et sang
allumer éteindre disjoncter étreindre
chair et esprit se taire devant les autres
fils et père se parlaient à voix basse magique
et chuchotaient
 » les rêves se racontent à l’oreille »
(le père est-il disparu parce que le fils n’a osé dire:
 » maman tais-toi! » ?)

Georges Cathalo

qu’as-tu donc à apprendre
à apprendre aux enfants
apprend-on à l’arbre à pousser
au vent à souffler
au temps à s’écouler
alors qu’il te reste tant et tant
justement à apprendre.

*

élève étourdi peut mieux faire
élève bavard doit se taire
élève timide doit parler
toujours des mots des mots des mots
des jugements qui paralysent
et qu’il faudrait vite oublier
pour que brille enfin libérée
la flamme bleue de l’avenir.

*

ce que tu ramasseras
sur le sable de septembre
ne contiendra pas dans ton seau
ce sont des rêves de bateaux
des bouts de bois des coquillages
des promesses et des projets
cela tient très peu de place
au fond de tes yeux fermés.

(poèmes inédits extraits des Quotidiennes)

Emmanuel Hiriart

Quelques feuilles à peine
Sur le sol
Émouvante maîtrise :
Le vieil arbre se prépare
A renaître

Jean-Luc Wauthier

LA RENCONTRE

Chaque soir lentement
le monde s’écroule.
La nuit venue, j’arpente les ruines
et les décombres, la gorge brûlante
clouée sur les cauchemars du matin.

Entre songe et veille, les yeux fermés,
je devine au bout d’un fantôme de rue
l’ombre d’un enfant
et n’entends pas ce qu’il veut
désespérément me dire
(Ce n’est pas moi qui m’approche de lui
ni mon ombre dont on sait
qu’elle ne me ressemble pas.)

Quand il vient plus près,
je reconnais son visage
et m’agenouille devant lui.
Il a cinq ans
comme jadis
j’ai eu cinq ans
et, dans la demi-lumière de l’aube,
d’un seul geste,
il reconstruit le monde.

Et si, un jour,
il ne revenait pas ?
Thierry Cazals

L’avion en papier
a atterri de l’autre côté
de ma tristesse

Romain Fustier

le marchand de sable est passé avec ses sacs de paupières lourdes ses tas de moutons qui sautent les barrières, ses bâillements à s’en décrocher la mâchoire, l’estomac plein de mon bébé dont je presse le petit corps contre mon torse, traversant l’enfilade des portes qui mènent à la plage de son lit où l’allonger, dans le sable chaud des draps que le marchand dépose avec ses sacs de moutons, ses tas de paupières qui tombent, sautent les barrières du sommeil, mon bébé allongé dans son lit, la poitrine soulevée de petites vagues, l’appétit rassasié, les lèvres entrouvertes comme sa chambre dans un courant d’air chaud
*
bientôt notre bébé sera trop grand pour être baigné dans sa baignoire en plastique, pour son petit lit, sa chambre qui paraît presque vide à cette heure, développant ses membres à mesure qu’il découvrira le monde, l’habitera de toute sa taille, du palier jusqu’à la rue, du sommet de la montagne jusqu’à la mer dont il fera sa baignoire, occupant des chambres sur la côte, le long des littoraux où il promènera sa silhouette, où il s’appropriera les paysages, le monde qu’il remplira de sa rétine, étirant ses membres jusqu’à l’horizon qui s’arrête encore au chauffe-eau, au placard, au plafond de la salle de bains dont l’ampoule est une grosse étoile
*
Il a découvert la neige ce matin, ses lourds flocons à la fenêtre derrière les rideaux du petit-déjeuner, subitement absorbé, les yeux fixés sur quel détail qui nous échappe, le grand froid qui nous assaille, avec ses poids lourds bloqués sur l’autoroute, le verglas qu’on nous avait promis & dont il ignore encore les effets, ce matin où il découvre la neige, sa course précipitée derrière la vitre, le voile d’un rideau relevé sur le jardin, à l’heure du café noir, le regard posé sur une branche du cerisier où il touche la neige, observe sa masse du bout des yeux, sa texture inédite dans le regard depuis la cuisine où il assiste à cette scène hivernale

Du bout des yeux
Editions la Porte

Jean-Claude Touzeil

Quand j’étais môme,
on attachait
un fil de laine
au cul des hannetons
pour en faire
des cerfs-volants
vivants.

*

Bonnet, baskets, écharpe et sac à dos en guise de cartable extra-plat. Sûrement un écolier. Il saute en sifflotant dans l’allée centrale et s’assoit tout au fond. Rejoint deux autres garçons qui ont le même uniforme. Au long du trajet, ils passent leur temps à faire des signes d’amitié – qui sont peut-être aussi des grimaces – aux passagers des voitures qui suivent l’autobus.

Gilles Lades

J’allais seul dans les rues
surprendre la nuit d’hiver
j’avais sur mon chemin
un daim une volière
un photographe facétieux
une grande halle de fer
l’on pensait à moi qui me mettais à courir
et les lumières des vitrines
comptaient moins que le secret des combes
là-bas

Sophie Braganti

Rien les chemins les sentiers les raccourcis à Nice plus rien de mes lieux d’errenfance n’a survécu à la voracité spéculative immobilière devenus voies privées tous mes escaliers boisés de collines maîtrisés par des barrières ils sont tristes droits dans leurs bottes macadam aux camélias les cheminschiens les sentiergenêts les raccourciseaux ils n’existent que de loin dans un sac à mots

Extrait de Trac, éditions Gros Textes. 2012.

Colette Andriot

J’ai oublié
dit la mer
j’ai oublié
mes vagues
au bord de la plage
je suis partie
dans les nuages
accrochée au cerf-volant
l’hippocampe m’a hélée
j’étais déjà pluie fine
sur les plumes des hirondelles
je filais vers le Sahara
qui m’attend depuis si longtemps.

Chantal Couliou

Inlassablement,
Tu observes le globe
Et d’un océan à l’autre
Tu navigues.
Ton père à Sydney
Ta mère à Brest
Et toi entre les deux
- tiraillé -
Tu tentes de te construire un parcours
Et sur tes cahiers d’écolier
Tu n’as de cesse de tracer des lignes
Tu voudrais créer un nouvel espace
Où l’Australie et la France se frôleraient du coude
Pour pouvoir t’endormir, le soir
Blotti entre père et mère.

Jean-Christophe Belleveaux

en orbite

souventes fois me suis envolé
souventes fois durant
mes enfances douloureuses
je me suis accroupi
pour jeter mon élan
vers le ciel au-delà
des grilles des barrières
vers le vide ouh la la

j’ai monté oh monté
j’ai plané j’ai viré
vu les petits carrés
des maisons des jardins
des prisons des cimetières
ouh la les petits points
ouh la les pointillés
des papas des mamans
des écritures dans les cahiers

souventes fois j’ai pleuré
sans larmes ni grimaces
quand je me réveillais

Roland Nadaus

NAISSANCE(S)

Le Temps nous oublie
à force d’enfances
répétées
–de force ou de gré–

Le Temps nous dévore
ogre des futurs
ogre du présent
–ogre de nos passés–

Est-ce que mourir n’est qu’apparence
Est-ce que naître n’est que naissance
Est-ce que parler c’est savoir
–se taire– ?

Qui se souvient vraiment
de ses primes enfances
Le disque dur en nous est rayé
–malgré toute souvenance proclamée–

Quand j’ai crié
au sortir d’un ventre éventré
c’était pour dire tout ce que déjà je savais
–la nue Vérité–

RAPIECER

Il y a trop de trous dans le Temps
tous les enfants le savent
c’est pourquoi ils les comblent
de rêves

Il y a trop d’oublis dans la Vie
tous les enfants en savent
quelque chose : c’est pourquoi
ils veulent vite grandir

Il y a trop de savoir dans l’Enfance
c’est pourquoi les adultes
en ont peur : les enfants savent tout
parce qu’ils devinent

que les grands ont des trous de Mémoire
des trous de Rêve et d’Innocence
et qu’ils ne les comblent
que de vide

Jean Foucault

L’enfant au chameau

J’ai vu à Nairobi
Un embouteillage monstre
Mais au milieu se dodelinait
Doucement
Un chameau sans éclairage
Et un enfant
Si minuscule !

Pourtant,
soudain,
je ne vis plus
Que l’enfant sur son chameau

Il faisait nuit.
Que fait dehors la nuit
Un enfant
Parti sur son chameau ?

Va enfant, va !
Pousse ton chameau
Dans le délire du monde

J’ai vu errer
Des chèvres au Caire
Des vaches à Cotonou
Des chiens à Bucarest

Mais jamais jamais
Dans une mégalopole
Je n’ai vu encore
Un enfant au chameau
A la nuit tombée
(ceux du Caire ne sont que des attrape touristes
au pied des Pyramides)

Va petit, va !
Poursuis ton étoile
Dans la nuit de Nairobi !

Patrick Joquel

Le canal te promène
En son rêve aquatique
Tes pensées
Jouent au chiot tout fou
Autour de tes pas
Ton regard intercepte un merle
Deux merles
Le plus petit suit le plus gros
Ils t’accompagnent
Le temps de quelques arbres
Encore un petit plaisir
Tendresse et beauté du jour
Leçon de vol
Pédagogie à plumes

*

Tu es là
Sur la terre
Et vivant
Comme hier
Pour demain
C’est moins sûr
Peu importe
Aujourd’hui
Tu es là
Et tu joues
Avec ton ombre

Quelques pistes pédagogiques

Dan Bouchery : page 7
Qu’est-ce que tu trouves dur dans la vie ? Tu peux construire un texte qui commencerait par qu’il est dur… ou bien je trouve que c’est difficile de…

Alain Boudet : page 13
écrire la recette des potions magiques pour sourire.

Claude Held : page 15
partir des photos de Doisneau, écrire. Partir d’autres photos de presse, écrire. Disposer les textes en corolle autour des photos car on devrait obtenir des textes très différents, question de regards. Bien sûr des consignes plus précises d’écriture pourront jaillir des premiers jets si on prend le temps de les analyser en classe tous ensemble. Ce sont les enfants qui orientent leurs pistes.

Jacqueline Held : page 17
tes possessions d’enfant. Ecrire un texte autour des objets que tu aimes le plus. Insérer à l’intérieur d’un texte des références littéraires : personnage, titre de livre.

Mario Urbanet : page 19
jeux de cours. Ecrire un texte sur un jeu de cour. La règle du jeu. Le point de vue d’un joueur. Le point de vue d’un spectateur…
Marelle : éducation civique. Arbre généalogique. Mes racines. Mes origines. Tracer sur un planisphère les cheminements par rapport aux lieux de naissance des grands parents, des parents et le sien. Education au respect de la différence. le bouquin 1 milliard de visage ou 5 milliards je sais plus enfin beaucoup de gens quoi.

Catherine Leblanc : page 22
les états de l’eau.
Pister les fruits et autres nourritures voir leurs itinéraires.

Umar Timol : page 25
à toi de trouver de nouvelles phrases qui commenceraient aussi par le langage de l’amour…

Claude Burneau : page 31
Se grouper par deux ou plus et chercher à mettre en voix le poème ensemble. Utiliser de petites percussions éventuellement. Si ces poèmes-là se prêtent bien à la mise en plusieurs voix, rien n’empêche de jouer ainsi avec n’importe quel poème.

Thierry Cazals : page 38
s’informer sur la technique du haïku et tenter d’en écrire. donne la technique histoire que ce soit clef en main moi par ex j’en sais rien

Romain Fustier : page 39
1/ Qu’est-ce que tu aimes faire dans la neige. Les châteaux, les batailles, les igloos, le ski, la luge, les bonhommes, boire un chocolat chaud…

2/Les rituels avant de dormir, l’histoire de maman, le bisou, la veilleuse, le bain, compter les moutons, regarder les étoiles…

Jean-Claude Touzeil : page 41
et si on écrivait nos bêtises… les vraies et celles dont on rêve…

Sophie Braganti : page 43
créer des mots valises. Les employer dans un texte. créer un répertoire de mots valise le dico quoi

Colette Andriot : page 44
Le cycle de l’eau, passer du poème au texte scientifique, compte rendu d’expérience, ou bien l’histoire d’une goutte d’eau racontée à la première personne.

Chantal Couliou : page 45
mettre sur un planisphère les lieux de naissance de la famille, frères sœurs parents grands parents et tirer des traits jusqu’à la ville de l’école. Ensuite imaginer, rêver, créer un texte qui prenne en compte ces cheminements, paysages etc.

Jean-Christophe Belleveaux : page 46
Et toi que ferais-tu si tu volais ? Raconte ton dernier vol ?…

Des livres pour la bcd

Du bout des yeux
Auteur : Romain Fustier
Editeur : La Porte
Année de parution : 2011
Prix : pni
Petit tirage (200ex. encore que en poésie passer la première centaine c’est déjà !). Petit format. Pour des textes en prose qui contemplent un bébé. Les méditations, réflexions, émerveillements d’un papa devant son fils. Le bouleversement. Les boule-versements. L’apprivoise-ment. L’observation de la conquête, de la découverte. L’éternelle histoire qui recommence et continue ; cette histoire singulière et unique. Romain Fustier nous permet de la partager. On peut se sentir proche et frère de son, de leur, histoire.

Nul amer ne brise la lumière
Auteur : Christian Bulting
Photographies : Yveline
Etienne
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-71-7
Année de parution : 2011
Prix : 12€
Ici, les textes naissent des photos. Des fragments. Des bribes. Quelques mots pour accompagner la lumière. Une grande sobriété qui ouvre l’imaginaire et l’émotion. Qui laisse aussi le regard du lecteur libre d’appréhender selon son histoire la photo. Ou bien le guide. Un livre vaste et lumineux !

Le chant des invisibles
Auteur : Jacqueline Held
Photos Jean Foucault
Editeur : Corps Puce
ISBN : 2-35281-036-1
Année de parution : 2009
Prix : 8 €
Ce livre s’inscrit dans la lignée des
Mots sauvages d’un temps sauvage
Mots sauvages pour les sans-voix
Tous deux aux éditions Gros Textes.
Dans ce livre donc Jacqueline Held poursuit de cette écriture incisive la traque des inhumanités de notre époque. Elle dénonce. S’insurge. Se révolte. Que peuvent quelques mots ? Changer le monde ? Et comme dirait Desnos « Pourquoi pas ». Si les mots ne devancent pas le réel, qui viendra se tenir en amont de l’homme ? Si les mots n’avaient pas rêvé d’aller sur la Lune y serions-nous allés ? Si les poètes, si les artistes, dans leur liberté insolente n’use et n’abuse pas de leur devoir d’humanité qui l’osera ?
Il est bon que les artistes tentent de réveiller la société. Il est urgent que nous les écoutions et qu’avec eux nous fassions un petit pas de plus vers un poil de plus d’humanité dans nos journées. Que nous inventions un peu de l’hors routine. Que nous ouvrions nos yeux pour offrir un minimum de trois sourires aux étrangers croisés sur les trottoirs de la Cité. Ces étrangers, nos frères.

Vrac
Auteur : Sophie Braganti
Photos : Sophie Braganti
Editeur : Gros Tezxtes
ISBN : 978-2-35082-…-.
Année de parution : 2010
Prix : 7 €
Un vrac donc. De textes en proses. Courts. On y retrouve l’humour et la dérision, l’exigence et la volonté de Sophie. Elle nous promène ainsi dans quelques souvenirs d’enfance… Flashes familiaux… Des rebondissements d’un mot à l’autre, d’une situation à une autre… on se retrouve mêlé sans s’en rendre compte de suite aux éternelles questions qui nous taraudent. Le tout avec pirouettes, éclats de rire et autres sourires…
De biens mystérieux amoureux jalonnent les pages, des photos de Sophie aussi.
Une fois de plus l’éditeur a réussi à nous donner un petit joyau de philosophie poétique et tout ça sans se prendre au sérieux !

De la terre et du ciel
Auteur : Gianni Rodari
Illustrateur :Silvia Bonani
Traducteurs : Jacqueline Held et Giulio Sforza
Editeur : Rue du monde
ISBN : 978-2-35504-127-3
Année de parution : 2010
Prix : 17 €
J’aime cette poésie. Ludique. Avec un air de pas sérieux du tout mais pourtant loin d’être innocente. Même sans cravate on peut être en prise avec le monde.
Mais on peut être bien engagé dans le monde et demeurer joyeux. Jongleur. Les collages qui accompagnent ces poèmes (comptines et fabulettes) sont bien en phase eux aussi. Bref encore un livre dont on sort en souriant et en se rappelant que les fourmis de dix-huit mètres… pourquoi pas

Merci à Jacqueline et à Giulio pour leur beau travail de passeurs !

ici rouge-gorge
Auteur : Luce Guilbaud
Illustrateur : Luce Guilbaud
Editeur : La renarde rouge
ISBN : 978-2-910861-79-1
Année de parution : 2009
Prix : 14 €
Une vie de rouge-gorge y avais-tu pensé ? En avais-tu rêvé ?
Voir la vie à hauteur de ce petit brin d’oiseau, petit brin de lumière… Prendre le temps de s’apprivoiser… De s’écouter… De partager…
Je connais un petit rouge-gorge qui parfois vient se poser sur mon balcon… Un frère lointain de celui que Luce Guilbaud a laissé entrer dans ce petit livre carré accompagné de monotypes rehaussés de… rouge !
Un livre à lire et à laisser résonner dans le silence de l’hiver.

Adam et Eve
Auteur : Jacqueline et Claude Held
Editeur : Gros Textes
ISBN : 978-2-35082-105-4
Année de parution : 2009
Prix : 8€
Un livre dédié à la vie. la création. Et à l’amour. Un livre à deux voix : un dialogue. Enjoué. Joueur. Plein d’humour et de bonne humeur. Plein de tendresse et de joie. Profond comme un jeu d’enfant.
On en sort heureux et souriant. Rien que ça !
C’est énorme !
Qui dira qu’un livre ne sert à rien ?

Chou radis pois et quoi ?
Auteur : Jacqueline et Claude Held
Illustrateur : Jacqueline Held
Editeur : Tarabuste
ISBN : 978-2-84587-167-0
Année de parution : 2008
Prix : 13 €
Parus une première fois en 1973 ces petits poèmes de légumes sont repris dans Chou radis pois et quoi ? chez Tarabuste. Si quelques poèmes ont un évolué entre ces deux éditions, ils restent actuels. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas vieilli d’une rime. C’est aussi à cela que l’on reconnaît un poème. A son intemporalité. A sa capacité de résistance au temps, aux modes, aux renouvellements des générations.
De courts poèmes à base de légumes. Prétextes à jouer avec les mots, les rimes, les sons, les sens. Un feu d’artifice. Ça pétille dans tous les vers. Ça frétille. Un ensemble qui s’inscrit dans la lignée du Desnos des Chantefables, dans le sillage des vers de mirliton de Norge. Est-on jamais plus sérieux que quand on joue ?
Quant aux illustrations, des collages. De légumes et de visages. « Je ne suis pas illustratrice, s’excuse Jacqueline, mais les collages, j’aime bien ». Et le résultat me plaît absolument.

Les jupes s’étourdissent
Michel Lautru
Illustrations Marlène Lebrun
Soc et foc 2005 ; 12€
ISBN 2-912360-32-3
Trente neuf poèmes. Qui vont de la petite fille qui danse sur le trottoir à la grand-mère qui arpente l’infini. En passant par la maman qui fait « de la joie Tout autour de toi ». Toute une vie est évoquée ainsi, féminine. Plusieurs vies tant les points de vue se croisent. Un livre, plusieurs livres… Ne sommes-nous pas, garçon ou fille ainsi ? Un et multiple ?
Un livre de grande tendresse. Délicat. Juste.
Des images très colorées, une marque de Soc et Foc ! Marlène Lebrun enrichit la lecture de ses perspectives, de ses couleurs, de ses idées.
Un très bel ensemble.

Mots sauvages d’un temps sauvage
Jacqueline Held
Editions Gros Textes
– 6€
ISBN 2-35082-016-5
Jacqueline Held est en colère ! L’actualité de notre monde la révolte ! Mais comment écrire sur tous les malheurs, toutes les détresses, la misère ? Laisser le cœur parler ne suffit pas : tout le métier de Jacqueline Held est là ! Tout son talent ! En peu de mots, elle réussit ce tour de force de toucher la cible en plein dans le mille. Presque l’air de rien…

Mots sauvages pour les sans voix
Jacqueline Held
Gros Textes 2004
6€
Des fables… Rien de vrai dans tous ces poèmes qui parlent d’un monde impossible à imaginer. Il faudrait y vivre pour y croire.
Justement. On y vit. C’est de notre monde qu’on parle ici. Et les poèmes font mouche. Une poésie engagée comme on dit, qui dénonce, qui donne à voir les réalités de nos quotidiens. Et pas forcément celui des autres bouts du monde, même si on en parle aussi un peu. Non, c’est du quotidien des français de ce début de millénaire dont les fables s’inspirent. Quelques titres :
Sécurité renforcée.
Identité.
Exclusion.
Querelles de clochers.

Voyage en préhistoire
Jacqueline et Claude Held
Pluie d’étoiles éditions 2004
5,50 €
On connaît le talent des deux Held pour écrire à partir de tableaux. Ici, ils partent de gravures et peintures rupestres. Ils donnent la parole, autant aux œuvres qu’à leurs créateurs. De multiples « je » s’entrecroi-sent ainsi entre les pages, comme si ces voix anciennes, en écho à ces œuvres, à) traversaient le temps pour surgir à nos oreilles, par surprise ; presque par effraction. N’est-ce pas une des particularités de la poésie que d’entrer chez nous ainsi ?

Des voix, le poème ici est oral ! Ces « je » qui s’expri-ment, il reste au lecteur à leur prêter sa voix, à imaginer une mise en voix à plusieurs, comme autour d’un feu…
La réussite de ce petit ouvrage est autant de nous ouvrir à l’imaginaire ancien, aux racines de notre peuple, qu’à nous guider dans les réalités de ces époques telles que la recherche archéologique la révèle. Une poésie en équilibre ainsi entre science et rêve, esprit et cœur. On ne cherche pas ici à alimenter le débat stérile sur qui de la science ou de la poésie devance l’autre, on se tient dans ce débat : voix en bandoulière et stylo en bouche ; le regard à l’affût de ce dont la trace qu’a laissé l’ancêtre sur la pierre porte encore…
A l’écoute !

Le petit cul tout blanc du lièvre
Thierry Cazals / Zaü
Editions Motus
2003
10€
Un recueil de haïkus. Ces petits poèmes à trois vers qui nous viennent du Japon et auxquels s’essaient nombre de nos poètes. Si parfois certains des haïkus que l’on découvre autour du lièvre paraissent un peu long, d’autres en ont la brièveté lumineuse. Tous ont ceci de merveilleux qu’ils ramassent le monde en quelques mots et nous ouvrent à ses infinis.
Le pinceau de Zaü donne tout en légerété quelques points d’appui au regard et nous permet d’échapper au vertige.
Une belle réussite ! A offrir dès qu’on sait lire : pour le haïku n’a pas de limite d’âge !

Qui a dit que nous étions dans les nuages
Claude Held
Matt Malhen
Donner à Voir
€ 5,50
La collection « Les Petits Carrés » de Donner à Voir invite au dialogue poète et plasticien ; dialogue direct, dialogue indirect, toujours complice et complémentaire. Les voix, les encres s’entremêlant pour créer au delà des mots et des images, une œuvre nouvelle. Unique. Entière. Le tirage limité des éditions Donner à Voir (365 exemplaires) ajoute à la magie de ces Petits Carrés.
Les sites des uns et des autres
Le site animé par Alain Boudet, La toile de l’un : http://www.latoiledelun.c.la/
On peut retrouver
Georges Cathlo sur le site de Michel Baglin : http://baglinmichel.over-blog.com/
Romain Fustier, sur le site de Contre allées : http://contreallees.blogspot.com/2011/09/romain-fustier.html
Umar Timol : http://umartimol.netfirms.com/
Dan Bouchery : http://www.danbouchery.tk/
Roland Nadaus : http://monsite.orange.fr/roland.nadaus-poete
Mario Urbanet : http://www.mario.urbanet.sitew.com/
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com
Alain Helissen : http://alainhelissen.over-blog.com
Catherine Leblanc : http://catherineleblanc.blogspot.com/
Thierry Cazals : http://www.thierrycazals.fr/bienvenue.html
Jean Foucault : http://www.jean-foucault.fr/
Emmanuel Hiriart : http://emmanuel.hiriart.pagesperso-orange.fr/
Claude Burneau : http://www.claudeburneau.fr

Sur wikipédia on peut retrouver Daniel Leduc, Jean-Luc Wauthier et d’autres…
et bien sûr :
Patrick Joquel : www.patrick-joquel.com
La charte des auteurs et illustrateurs

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des Poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

Cairns est éditée par

les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn crête de l’Agnelière, Mercantour, août 2011. Photo : P. Joquel.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :
www.patrick-joquel.com 
www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/

*

cairns 9

cairn_9_couv

En guise d’éditorial

Nous continuons notre présentation des éditeurs spécialisés dans la poésie avec les éditions Corps Puce. Un coup de projecteur sur nombre d’auteurs de ce catalogue varié.
Que dire de plus sinon répéter inlassablement que donner à lire ou à entendre un poème par jour à nos élèves, c’est le minimum culturel que l’on peut attendre de l’école. Répéter inlassablement aussi que remplir la bcd de poésie est plus que nécessaire : vital. Vital pour découvrir qu’apprendre à lire ce n’est pas seulement faire du bruit avec sa bouche, mais s’ouvrir des univers de sensations, des mondes imaginaires, des pistes parallèles au réel…
**
Depuis le dernier bulletin d’Alerte Orange la côte d’Azur n’est plus bleue. Je me dois de te le l’écrire. Les flocons de neige ont obéi, vois-tu. Ils ont recouvert la Promenade. La Croisette. Toutes les collines. Jusqu’aux îles. Tout ! Absolument tout est couleur d’agrume. Mille variations de tons certes. Mais agrume. Cette fantaisie dégivre le sourire et donne du grain à moudre aux marchands de socca du cours Saleya. Finalement : pour parler, la couleur importe peu 
*
Tu dois le savoir ! Le marchand de croissants de lune a été racheté par une multinationale dont les actionnaires sont adeptes de la Nuit Noire. C’est fini. Le rideau est tiré. Mailles de fer sur la vitrine. Plus aucune gourmandise à rêver sur les étalages. Le carillon de la porte est démonté. Il gît fracassé sur le trottoir. Plus rien ne clignote autour de la terre. Plus aucun éclat. Nous dormons depuis sous une couette à écran liquide. Zappant d’un sommeil sans rêve à un autre. Tout aussi abruti. Sous des flots d’informations stériles. L’esprit engourdi par le pilonnage médiatique. Hagards
Patrick Joquel
Ephémères du bouquetin, Corps Puce

Tristan Felix

la génisse d’Isidore
a été repérée
au nord d’Yport
elle traînerait à bout de cornes
quarante mètres de clôture barbelée

en août
elle eût gêné
les amateurs de bains

( Fait divers I )

Christophe Jubien
Coccinelle
sur un mur -

ce n’est plus
tout à fait

une journée
de travail.

Claude Held

on se cache sous la pluie
avec des idées d’enfants
ça tombe bien
ça tombe dans le sens du monde
ça tombe avec nous de travers

faire un plan du visage
alors que tu te tournes
vers cette petite fourche d’arbre
réduire la lumière peu à peu
à ça

un rameau vers toi
est la scène
la plus silencieuse
vue avec une rapidité folle
comme souffrir de rien

Jacqueline Held (inédit)

Éphémères boutiques de migrants

La rue tourne à angle droit
Dans l’air âpre du matin encore calme.
Large trottoir sous les arcades.
Petits emplacements délimités à la craie.
Carrés de toile à même le sol.
Bibelots, foulards, bijoux fantaisie.
Sacs de contrefaçon, Vuitton et compagnie.
Dansant d’un pied sur l’autre,
Soufflant sur leurs doigts
Dans un futile effort pour les réchauffer,
Attendant le client improbable,
Trois Africains là, debout derrière,
Étrangers sans visages.

Logement de clandestins

Spartiate, la pièce fait office
De cuisine et de salle à manger.
Comptoir couvert de lino.
Réchaud à gaz et bouteille
– incongrus, comme d’un autre temps.
Faitouts sur un plan de travail…
Une boîte vide, par terre,
Des sachets de thé, éparpillés :
Le chaos qui règne
Parle de fuite éperdue…
Être à l’écoute. Capter un bruit provenant
De l’appartement du premier.
Monter. Ouvrir une porte.
Trois Africains se tiennent là,
Silencieux comme des statues d’obsidienne.

Jacqueline Held (inédit)

Jean-Claude Touzeil

La terre
comme un jardin
pour tout le monde

La terre
comme une boule
enfin ronde
une véritable
boule d’amour

Est-ce que
ça peut
sphère ?

Jardins du bout du monde,
Editions Corps Puce

Anne-Lise Blanchard

Neige de printemps
sur les vignes et champs gris
amandiers en fleurs

Copeaux des saisons, Corps Puce

Isabel Asúnsolo

Les saules n’ont
ni raison ni tort quand ils secouent
leurs têtes
C’est une affaire de lumière
Et je vais sans crainte ni but
cheveux fous dans la plaine
dans l’espace exact
entre automne et hiver

Un corps en automne, Corps Puce 2011, à paraître

Philippe Quinta

Un court instant
Où l’une et l’autre
Marchande ta vie
Tu n’as pas le pouvoir
De choisir vraiment
Tu sais
Pour en faire chaque soir l’expérience
Que le sommeil gagne
Et qu’au petit jour
La veille triomphe
Depuis ton plus jeune âge
Cet instant malgré toi se répète
Où tu ne sais plus
A qui du jour ou de la nuit
Tu appartiens en somme
Là est le très intime
L’instant rarement prononcé
Désert confidentiel où le poème se retire
Le temps d’apprendre à lâcher
La proie pour l’ombre

Sur les flots turbulents
Ta barque
Plutôt confiante
Se laisse chaque soir emporter
Quand elle revient
Ce n’est jamais sans dommage
Les brisants du rêve
L’auront ébréchée

Philippe Quinta

Maria Desmée

Se contenir dans l’abîme suspendu
les herbes qui s’enflamment protègent
nos corps lévitent sur des terres inconnues
sans nom sans frontières et sans âge

Dans les fibres du désir l’univers s’emmêle
les oiseaux déconcertés nous emportent
l’arbre nous berce dans ses bras
l’astre solaire se déchire

Revenir du voyage comme on descend des étoiles
à petit pas nous flottons dans l’espace irréel
nos rêves s’inscrivent sur des bulles de savon
que le vent emporte sans regret ni mémoire

Dominique Saint-Dizier

22
Un droitier avec deux mains gauches est-il aussi handicapé qu’un gaucher avec deux pieds droits ?

39
Diriez-vous de quelqu’un qui mâche tout le temps ses mots qu’il doit avoir des paquets de chewing-gums dans la tête ?

>
82
Doit-on considérer comme handicapé  un crabe qui marche droit ?
Même question pour l’homme ?

>
259
Qui oserait frapper un vieil éléphant sans défense avec un boa sans queue ni tête? 
50
Combien de couples d’oiseaux font nid à part ?

274
A quelle époque de l’année un fruit mi-figue mi-raisin arrive-t-il à maturité ?

315
Constatant qu’il y a 40cm de rosée le matin en vous levant comment allez-vous vous habiller ?

Inédits (Nouvelles questions qui posent problème)

Claude Vercey

poème extrait de : Nous irons tous à l’Eden Circus
in Si ça se trouve – Éditions Corps Puce

Sous le chapiteau
arrivés trop tôt :

parmi les cintres et les
haubans épars pendent par
grappes les acrobates

si l’une se balançant
jambe dodue crochetée au trapèze
l’autre là à la corde lisse pâmée

(Passe un éclair de zèbre
en son pyjama à carreaux)

Les fauves crinière ébouriffée
les yeux bouffis s’étirent baillent
vigoureusement silencieux autour

du cher dompteur à poings fermés
ronflant la tête dans la gueule de Morphée la
favorite. Chut !

Ne distrais pas le lion qui dort !
Alain Helissen

Collage/Décollage
-à Jacques Prévert-

J’ai découpé
le mot « LIBERTÉ »
dans le journal

J’ai découpé
un oiseau
dans un livre d’enfant

J’ai collé
le mot « LIBERTÉ »
sur les ailes de l’oiseau

J’ai fait s’envoler
l’oiseau

Je l’ai perdu de vue

(inédit)

Pas vu pas pris

J’ai coupé.
Coupé son et image.
Pas envie de me coltiner une fiction de plus.
De gâcher deux heures
de ma trop rare liberté.

Pas envie de rester
les yeux fixés sur le rectangle
pour voir bouger des visages
sur une musique de fond
et des mots convenus

J’ai coupé

En appuyant sur la télécommande
je me suis senti soulagé.
Presque libre.
Comme si j’avais jeté mon cigare
avant même de l’allumer.

Comme si j’avais fermé
la porte capitonnée
laissant derrière elle
les bruits du tintamarre
se fracasser contre les murs

Comme si de goûter au silence
m’affranchissait de toute parole parasite
me libérait enfin du goulangue
ce camp des condamnés à la parole

Pas envie

Pas envie,
disais-je,
de me laisser embarquer
dans une histoire qui,
dès son commencement,
chercherait à mobiliser mes sens
jusqu’au générique de fin.

Une histoire dans laquelle
je m’identifierais
à quelques personnages
beaux et bons à la fois
les soutenant dans leurs actions
jusqu’à ce qu’ils aient enfin raison
de leurs démons et gagnent la partie

Car c’est cela
qu’ils veulent,
qu’on suive des yeux et des oreilles
des histoires qui nous transportent
loin de notre quotidien.
Et lui,
pendant ce temps,
il fait semblant
de somnoler sur la moquette

Mais il se réveille
sitôt l’écran éteint
et réclame son dû.
J’ai coupé

Ce soir j’ai tout coupé.
Je me suis réservé du temps
pour moi.
Rien que pour moi.

J’ai rétabli des connexions enfuies
Rétabli ma propre base de données
avec des mots peu à peu
réactivés.

Je me suis réservé du temps
rien que pour moi

J’en ai profité pour me mettre à écrire
une histoire.
de ma propre invention.

Je n’ai pas voulu
reproduire un scénario
comme celui d’un film.

Cela m’aurait entraîné
dans le monde de la fiction
alors que je désirais
surtout le quitter
pour me rapprocher du réel.

Alors

je me suis mis à écrire
l’histoire d’un téléspectateur
qui avait décidé,
un soir,
d’éteindre son poste.

Comme moi.

Alain Helissen
Publié sous forme de « livre-boîte d’allumettes »
dans la collection « matchboox » chez VOIX éditions.

Romambo
(chanson)
J’aurais écrit
Un roman beau
Mambo de peau
Sous chemise à carreaux

Un roman beau
Si manque de pot
J’étais frais et dispos
Bien d’légo sans accrocs
A l’aise sur les tréteaux
Dès le lever de rideau

J’aurais écrit
Un roman beau
Avec des étourneaux
Sur tous les poteaux

Un roman beau
Cadré de bas en haut
Sans un rot
Sans un mot
De trop

J’aurais écrit
Un roman beau
Avec des p’tits bobos
Rincés au lavabo

Un roman beau
Comme un tableau
Du Gréco ou de Picasso
Si manque de pot
J’avais le coup d’pinceau
À fleur de peau

J’aurais écrit
Un roman beau
Avec des trémolos
Comme un yo-yo

Un roman beau
De chapitreaux
Sentimentaux
Du sang tout chaud
Plein mon stylo

J’aurais écrit
Romambo Romambo Romambo

Alain Helissen Extrait de « On joue tout seul », éd.Corps Puce, 2010.

Gilbert Desmée

Vous aimez ? Non ? Ce n’est pas une raison pour détruire… D’abord… Vous êtes-vous arrêté ? Avez-vous regardé ? Regarder pas voir… Si vous me dîtes ce n’est pas beau ou même c’est beau cela ne me dira rien de ce que vous en vivez de ce que vous a dit ce que vous avez regardé Non ? Non ? Et non ? Rien de tout cela ne vous est arrivé ? Alors pourquoi faudrait-il l’enlever ? Ce qui est là est fait pour être regardé pour interpeller pour questionner mais vous me dites que cela est différent des autres façades que cela tranche que cela détonne n’est pas dans la norme oui c’est vrai ! C’est hors norme c’est pour cela que les gens viennent la regarder cette façade sinon ils ne feraient que passer sans rien regarder que leurs pieds pour savoir où ils mettent leurs pieds pour ne pas tomber pour ne pas se les tordre Allons mais non ce n’est pas une torture de regarder cette façade C’est un appel à s’arrêter.

*
Jacques Fournier
Ton âge
tient sur les doigts
d’une seule main

Ton sourire
dans la paume
d’une seule main

Mais ton chagrin
a besoin
de tout l’espace de mes bras

*

Marche le monde
sur les pieds
sur la tête
Marche le monde
à l’endroit
à l’envers
Marche le monde
qu’importe le sens
qu’importe le pas
Marche le monde
tu lui montreras la voie
Alain Boudet

Une pomme dans mon pommier

Une pomme acidulée
Je l’ai regardée
Je l’ai…
Je l’ai astiquée
je l’ai admirée
puis je l’ai croquée
savourée salivée dégustée

Il ne reste dans ma main
qu’un trognon et des pépins

Mais dans mon ventre
la joie du pommier.

Que dire ?

Les mots ont figé leur saison
dans le tourbillon d’un instant

Un cri posé derrière la porte
arrêté sur le seuil du monde
hésite à nous céder la place sur les lèvres de nos chagrins

Mais nos présences retenues
sont gardiennes de la douceur

Nous sommes là
nous tant fidèles
et nous si frêles
que nous pouvons forger nos mots
dans l’épaisseur d’un silence d’oiseau.

Hier
tu suivais un reflet sur le mur
Tu recevais dans tes mains
la lumière tombée des arbres
Tu disputais aux mésanges
les graines du tournesol

Dans les pâquerettes de mars, tu aimes
• et tu le dis -
ce petit peu de rose
qui ourle les pétales
Tu en fais des potions magiques
pour sourire

Aujourd’hui
tu dis bonjour au train

Je te le dis
le train m’en est témoin
et tous ces gens qui courent
oui
oui
c’est bien toi qui as raison.

Alain Boudet
02/03/2011

Philippe Blondeau

Salut à Dhôtel

Le monde entier est un grand dadais
qui dévale de colline en colline
sur une bicyclette vernie.

Les accents aigus de la pluie
tambourinent sur une prose mince
comme une feuille de zinc.

On peut marcher, on s’en fiche
les choses sont comme elles sont, discrètes
comme de petits animaux qu’on ne voit pas.

Nous dormirons sur le matelas épais des plaines
les ressorts des clochers nous rentrant dans l’épaule
nous écouterons à la porte des villages quelques contes approximatifs.

inédit

Jean Foucault

Certains,
Cela se voit
Sont sur leur petit nuage

Toute la journée

Ils nous saluent
Ils ne sont pas méchants
Bien au contraire

Quand on est bien installé
Juste comme il faut
Sur son petit nuage

C’est un vrai petit bonheur

Nés en l’air, Corps puce éditions

La belle au bois dormant

Cette belle semble avoir retenu l’attention de tous.

Et le bois de la belle ?

Vous imaginez une forêt dont tout l’effort
pendant cent ans
n’aurait pour but
que de cacher l’existence d’une belle
en son sein ?

J’hésiterais à traverser une telle forêt.

Pas vous ?

Qui dort,
La belle
Ou le bois ?

La bête peut-être.

Alors oublions la Belle.

Il fait bien froid tout soudain.
Henri Chevignard

Été

Saison brûlée
saison du participe passé
qui nourrit sa mélancolie de son nom

Temps du sable précipité
du calendrier retourné
au mur jauni de la cuisine
avec déjà Noël pour horizon

Chantal Couliou

Le mélèze

ce robuste montagnard
qui ne craint
ni les chutes de pierre
ni les coulées de neige
se sent pourtant bien seul
au cœur de l’hiver,
tout nu comme un ver.

L’épicéa
Ce géant des montagnes
se sent bien seul
après avoir connu
les joies de la fête.
Début janvier
le bel arbre de Noël
se meurt tout doucement
sur les trottoirs de nos villes,
oublié de tous.

Dan Bouchery

Croquis urbains

Est-ce le ciment ou
La couleur blanche
Qui les avait attirés ?
Je n’avais jamais vu autant
D’escargots
D’un seul coup sur
Un muret.
Mes enfants pensaient que
C’était une garderie
Pour bébé escargots.
Moi, je me demandais si
Ce n’était pas le clair de lune
Qu’ils étaient venus contempler.

Il avait plu toute la journée.

C’est ça la ville
Corps puce

Constantin Kaiteris

LA QUESTION AGRAIRE

Que peut faire
une pomme mal dans sa peau ?
Éplucher son passé ?
La vie en cageot
modifie-t-elle
sa vision du monde ?
- Mais où dans le cageot ? –
Questions qui limitent
la métaphore
comme la haie le verger
extraits de « Des pommes politiques »

Patrick Joquel

1X6+4X7+2X9

Un dragon d’Angleterre
voulait déclarer sa flamme
à une très belle femme
hélas il était à sec
du bout du dos jusqu’au bec
il n’avait pas de carte bancaire
alors il resta célibataire

1 517 pieds sur le papier, corps puce

Sur mon écran
chaque soir
je lis tes mots

Je peux aussi les entendre
entendre ta voix

Puis sur le clavier
mes doigts effleurent les tiens

Une simple pression de l’index
je te les envoie

Via les puces et les satellites
mes poèmes t’accompagnent dans ton tour du monde
ils te racontent mon tour des mots
en solitaire aussi

Les yeux rivés sur notre boussole intime
nous poursuivons chacun notre allure

Tu me parles de temps
de manœuvres
d’usure des voiles d’albatros

L’ombre du poème te raconte
les résistances du texte en train d’émerger sur la plage
ses blancs d’écume
son attente de la vague juste
et sa recherche des parallèles

L’un et l’autre
avançons ainsi vers ce but qui nous dépasse
mille après mille
mot après mot

En direct
de la table à cartes à l’écritoire
Patrick Joquel, Entre écritoire et table à cartes ; Corps Puce

Une invitée en écho aux infinis paysages du numéro 8 : Béatrice Machet

CE PAYSAGE DESORMAIS

Un pas et puis un autre comme on dirait
un jour après l’autre
un pied puis deux silencieux vers
demain son revers suspendu
je respire le pâle bleu de l’air j’aspire
l’horizon orangé que découpe
la montagne sombre son odeur d’ancêtres
je suis le chemin son allure de siècles
je marche dans les genêts au bout du jaune
sa danse ses frissons devenus miens

le surplomb la falaise
le vert que les yeux cherchent
que les oreilles percoivent comme
promesse tenue
mémoire éclaboussée
jaillie contre les rocs
elle s’en vient irriguer le monde

un simple torrent au fond du canyon
sa parole son débit ses bégaiements
tandis que très haut la première étoile plus un quartier de lune
suggèrent l’éternité sa patience
alors il me revient la voix
de ma mère disant

il était une fois
me racontant l’histoire de ma
naissance jaillie elle aussi
dont je ne garde
aucun souvenir

sinon ce paysage désormais .

Liska

Trésors de mes quatre ans :
Mousse de la forêt
Caillou du jardin
Galet de la plage
Epine de sapin
Fleur de lavande.
Et la terre toute entière
Dans ma poche trouée !

Petit rocher
Cent fois jeté
Cent fois cogné
Cent fois broyé
Sans fin lavé
Tu deviendras
Sable doré

Moinette et Moineau, éditions Corps Puce.

Beata Saboova

Manifeste contre les moulins du temps

je lutte contre les toiles
d’araignées je lutte
contre les dents du temps
l’impitoyable mâchoire
qui ronge ma mémoire
je ne me laisse pas
endormir par l’hypnotique
bruit de l’horloge
la musique anti-mélodique
du temps qui passe
me pousse à l’insomnie
je dois veiller sur mon coeur
ma mémoire finira
engloutie dans l’abîme
des décennies des siècles
mon corps redeviendra
matière pure poussière des étoiles
mais j’entends garder défendre
jusqu’au bout du souffle
et un peu au-delà
cette joie et cette tristesse
ces passions passagères
qui restent pourtant
gravées sur les deux côtés
de mon coeur d’oiseau

Bernard Moreau

Tambour sonnant dans la nuit
une charge terrible sur le toit
le lit est un faible abri contre
la pluie quand elle bat ; le drap
profond, l’obscur silence sont
un leurre ; et si le toit s’ouvrait
au ciel s’y engouffrant, l’eau
balaierait jusqu’à la cave le tas
de jouets, de livres que personne
ne sauvera : le danger est bien là,
Papa dort, tout peut disparaître.

Voix d’eau

Pistes d’écriture

Tristan Félix :
À ton tour, invente de petits faits divers imaginaires, plus ou moins farfelus. Tu peux utiliser des photos de magazines, ou en prendre également en observant ton environnement quotidien. Comme un journaliste, tu écris ton article, petite prose ou poème, avec la photo.

Christophe Jubien :
Essaye toi aussi de trouver dans ton quotidien des petits moments qui font que la vie est plus belle, le travail moins moche : le pain chaud en sortant de la boulangerie, l’oiseau qui vient picorer la boule de graisse sur le balcon, le papillon qui t’attaque, le chat qui fait sa toilette, le lézard qui se laisse griller…

Jacqueline Held :
Toujours avec des photos d’actualité. Tenter une description de la photo sans en oublier la part d’humanité, de l’émotion. Ajouter également des sensations pour rendre plus vivant le texte.

Philippe Quinta :
Un texte sur le sommeil, l’endormissement. Tu peux raconter tes rituels du soir. Un de tes rêves si tu t’en souviens.

Dominique Saint-Dizier :
Deux possibilités : soit on cherchera à répondre à une question ; soit on cherchera d’autres questions absurdes…

Alain Helissen :
La liberté… Qu’est-ce que tu peux en dire… quelles images…

Greco, Picasso… Etudier ces peintres, écrire à partir de leurs tableaux…
Chantal Couliou :

Choisis un arbre. Ecris-lui un poème, une carte postale… Ou bien raconte sa vie en puisant des informations documentaires.
Construction d’un herbier (avec photo, dessin, feuille et fruit de l’arbre plus un petit poème pour chaque page, chaque arbre)
Comment est-ce que tu peux définir l’été ? Si tu devais le décrire ? (écoute de Summertime de Janis Joplin et de Vivaldi 4 saisons…) ; les autres saisons…

Dan Bouchery :
Choisis un animal. Et suis les pistes proposées avec Chantal Couliou.

Quelques livres pour la bcd de l’école ou à lire et à relire…
Titre : Le vieux vélo de Jules
Auteur : Chantal Couliou
Illustrateur : Evelyne Bouvier
Editeur : La Renarde Rouge
ISBN : 978-2-910861-87-2
Année de parution : 2010
Prix : 14.50 €
Chantal Couliou toujours en quête de l’instant. Ce moment où le poème entre dans présent. Le rend continu. Le suspend. Le haïku comme une effraction dans le quotidien lancé à la vitesse des 24h du jour. Le haïku comme une respiration, un moment de flottement. De sourire. De réconciliation avec le monde et avec soi.
Un livre à offrir aux gens pressés…

Titre : Cela dit
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Editeur : Jacques Renou
Année de parution : 2010

Un tirage limité. Typographié dans la pure tradition. Caractères mobiles de plomb. Le poète aussi est mobile. Joueur. Ce petit livre rare présente plusieurs écritures de Touzeil. Un panorama quasi complet des voyages que sa poésie nous propose de livres en livres.
Un petit ouvrage précieux, plein de cette amitié que sait nouer Jean-Claude. Un petit livre qui ouvre à la joie. Simplement. C’est dit.

Titre : Le long des chemins, ces barbelés
Auteur : Isabelle Guigou
Photos : Isabelle Guigou
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-67-0
Année de parution : 2011
Prix : 12 €
Inclassable. Du neuf sur le territoire poétique. Du proche. Du presque quotidien… pour certains, pour d’autres le barbelé est plus rare ou comme pour moi dans les cols du Mercantour témoin rouillé d’un temps de guerre.
Passante le long des chemins, passante le long des barbelés, le texte ici arpente fil et vie. Noue. Déchire. Métaphore. File. Retient. Se déchire.
Impressionnant travail. Une très belle réussite. Tant texte, image, format, papier, tout cela tient en haleine et ma foi laisse sans voix.
. … Comme si à la fin, ne devait rester qu’un seul mot sur les lèvres tu cherches lequel amour peut-être un mot ou le silence
Compassionnel

Et au catalogue Corps Puce

Titre : Le chant des invisibles
Auteur : Jacqueline Held
Photos Jean Foucault
Editeur : Corps Puce
ISBN : 2-35281-036-1
Année de parution : 2009
Prix : 8 €
Ce livre s’inscrit dans la lignée des
Mots sauvages d’un temps sauvage et autre Mots sauvages pour les sans-voix
Tous deux aux éditions Gros Textes.
Dans ce livre donc Jacqueline Held poursuit de cette écriture incisive la traque des inhumanités de notre époque. Elle dénonce. S’insurge. Se révolte. Que peuvent quelques mots ? Changer le monde ? Et comme dirait Desnos « Pourquoi pas ». Si les mots ne devancent pas le réel, qui viendra se tenir en amont de l’homme ? Si les mots n’avaient pas rêvé d’aller sur la Lune y serions-nous allés ? Si les poètes, si les artistes, dans leur liberté insolente n’use et n’abuse pas de leur devoir d’humanité qui l’osera ?
Il est bon que les artistes tentent de réveiller la société. Il est urgent que nous les écoutions et qu’avec eux nous fassions un petit pas de plus vers un poil de plus d’humanité dans nos journées. Que nous inventions un peu de l’hors routine. Que nous ouvrions nos yeux pour offrir un minimum de trois sourires aux étrangers croisés sur les trottoirs de la Cité. Ces étrangers, nos frères.

Titre : Entre veille et sommeil
Auteur : Philippe Quinta
Photos : Didier Lemarchand
Editeur : éditions Corps Puce
ISBN : 2-35281-0450
Année de parution : 2010
Prix : 8 €
Une longue et douce méditation sur l’endormissement, le sommeil, le rêve avec en filigrane la mort…
On explore ici cet état d’abandon : ce moment où le conscient plonge dans le mystère. Ce moment où le corps se détend.
Un texte à lire doucement, à donner à lire aussi. Mettre des mots sur cette expérience commune et quotidienne est un pari réussi !
Un texte à lire dès l’enfance.
Titre : Haïti Haïcris
Auteur : Collectif Inter-national de Poètes
Editeur : Corps Puce
ISBN : 235281604669
Année de parution : 2010
Prix : 10 €
Il n’y a pas que les journalistes, les politiques et autres personnalités qui ont le droit et le devoir de s’exprimer face aux catastrophes, ici le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti. Les poètes et artistes aussi. C’est ce que trente trois membres du MUP, Ministère Universel des Poésiens, ont tenté ici. Accompagner de leurs petites voix diverses la tragédie. Une empathie. Un geste. Pas grand-chose. Les petites gouttes fabriquent des ruisseaux…
Une anthologie variée dont les bénéfices iront à Haïti, puisque quelques uns des poètes du MUP sont Haïtiens.
Une initiative à encourager et à faire connaître, en particulier dans les collèges et écoles : une poésie à hauteur d’actualité !

Pour en savoir plus sur le MUP

http://www.jean-foucault.fr/le-ministere-universel-des-poesiens-mup/

Titre : Pleine lune et bout de soie
Auteur : Alain Boudet
Photos Yves Barré
Editeur : Editions Corps Puce
ISBN : 2-35281-043-4
Année de parution : 2010
Prix : 8€
L’art d’être grand-père… Alain Boudet y invente une nouvelle veine d’écriture à moins que ce ne soit l’écriture qui invente un poète… Il suit avec les mots les jours de ses petits enfants. Il nous partage ainsi cette intimité. Pose des mots sur ce que nous vivons/vivrons à peu près tous un jour ou l’autre… Formule l’émotion. L’émerveillement. Le questionnement.
Des mots pour accompagner ainsi la toute petite, si grande, enfance.
Du même auteur et chez le meme éditeur Suite pour Nathan, livre qui inaugurait alors cette veine…
Un album chez Motus
Titre : Du sucre sur la tête
Auteur : Thomas Vinau
Illustrateur : Lisa Nanni
Editeur : Motus
ISBN : 978-2-36011-003-2
Année de parution : 2011
Prix : 11 €
Un livre tout plein de ce nonsense cher à Rodari ou à Lear. J’aime bien. On démarre sur une absurdité puis on déroule une à une différentes logiques de l’imaginaire. Absurde et léger ? Pas tant que ça, à lire entre les lignes, entre les traits de crayons aussi. Car un album réussit forme un tout ! Et Lisa Nanni apporte sa touche riche de silence aussi ! Thomas Vinau
un auteur à suivre

Les sites des uns et des autres
Jean Foucault : http://www.jean-foucault.fr/
Patrick Joquel : www.patrick-joquel.com
Roland Nadaus : http://monsite.orange.fr/rolandnadaus
Le blog de Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/Lle blog d’Henri Chevignard : http://surduvent.hautetfort.com/
le blog d’Alain Helissen : http://alainhelissen.over-blog.com
Anne-Lise Blanchard : http://www.anne-lise-blanchard.new.fr/
On peut suivre les Itinéraires de Délestages (ou les I.D) de Claude Vercey sur le site www.dechargelarevue.com
Le site animé par Alain Boudet, La toile de l’un :

http://www.latoiledelun.c.la/

La charte des auteurs et illustrateurs

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des Poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

Cairns est éditée par

les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn Mercantour, septembre 2 010 Photo : Patrick Joquel

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :
www.patrick-joquel.com 
www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/

**
cairns 8

Cairns 8
En guise d’éditorial

Le pas chante sur les pierres et la pierre écoute. Les cairns m’ouvrent le chemin. Le sentier semble naître à quelques pas. Juste en amont de ma présence.
Les cairns
guetteurs fragiles
me regardent

Mes pas
en écho de ceux qui m’ont précédé
je vais
simple nomade

Se saisir d’une pierre
et d’une autre
monter un cairn
écrire un sentier
tracer un cheminement
pour aller plus haut
dans la louange et la montagne
un seul geste pour se rapprocher du ciel

Patrick Joquel
Extraits de Les cairns m’ouvrent le chemin, inédit
13e Printemps des Poètes
du 7 au 21 mars 2011

sur le thème « d’infinis paysages »
Exprimer les liens profonds qui unissent l’homme à la nature, les célébrer ou les interroger est un des traits les plus constants de la poésie universelle. Mers et montagnes, îles et rivages forêts et rivières, ciels, vents, soleils, déserts et collines, la plupart des poèmes porte comme un arrière-pays la mémoire des paysages vécus et traversés.
Se reconnaître ainsi tributaire des infinis visages du monde, c’est sans doute, comme le voulait Hölderlin, habiter en poète sur la terre.

Jean-Pierre Siméon
Directeur artistique

Chantal Danjou

La nature – une ligne de crêtes ; un arbre… – et des éléments rapportés – béton coulé sur un chemin ; avion… – produisent en se rencontrant des traits et des formes géométriques « artificiels ». C’est ainsi que le sillage blanc, parfaitement tracé d’un avion au-dessus de la corniche, croise la verticale d’un corbeau. Comment se rejoignent-ils ou s’esquivent-ils ? Leur rencontre est-elle due au seul hasard d’une destination ? Et quelle est l’implication du regard, celui du marcheur qui lève les yeux vers le ciel, voyageur presque lilliputien, ou les baisse du haut de sa taille devenue soudain gigantesque en comparaison aux minuscules stries du chemin ?

Formes, proses poétiques. Inédit.

Catherine Leblanc

Ce rouge

Pourquoi se presser
de cueillir les cerises
de les emporter ?

Ce rouge
est un royaume

Ce rouge
uni et silencieux
Ce rouge de fleur perdue
qui vibrait là
blanche

Fleur accomplie et fleur offerte
fleur disparue à peine ouverte
elle est finie
Et maintenant ce rouge
Pépie 

Tous ces cuivres qui brillent
avant le concert !
Ces colibris qui s’éparpillent
dans une clairière 
tous ces lampions
allumés pour ma fête 
ces pompons, ces confettis
envolés sur ma tête !

Ce rouge
traverse les feuillages
plonge dans mon verre et m’éclabousse
Ce rouge
se multiplie
balles de jongleur, de troubadours
un rouge de petits tambours
battant la mesure

Ce rouge

qu’on veut saisir
et qui s’anéantit dès qu’on le touche
coulant, s’écrasant et fondant
laissant les mains et la bouche
cramoisis

Ce rouge
qui luit
rayonne doucement
même sous la pluie

Ce rouge à minuit
qui veille
tapi dans les feuilles noires

Ce rouge
assorti à tes oreilles
Ce rouge
qui rebondit longtemps
dans mon sommeil

Ce rouge ancien
Ce rouge nouveau
Ce velours, ce violon, ce miel rouge
Un peu plus lourd que le miel blond

Ce jour suffit
si l’on se repose
dans le rouge

Pourquoi se presser ?

Ce rouge lent
Ce rouge balancé
Ce rouge touché par le soleil

Ce rouge béni
pour les moineaux
Ce rouge volé
par les pies

Ce rouge énorme
pour les fourmis
Et si petit
pour les hirondelles

Ce rouge bref
entre les feuilles
Ce rouge qui rend jaloux
les écureuils

Ce rouge brûlant
Ce rouge
que veulent éteindre
les impatiences

Rouge pour les abeilles
qu’il attise
Des brindilles s’allument dans l’air
et s’électrisent
Étincelles rousses
Ivresse
Chaleur de brousse

Rouge vermeil
quand les cerises
sont toutes éprises

Rouge à crédit
Richesse du rouge
Paresse qui bouge
L’été
Chantal Couliou

1-
Battue par les flots
au beau milieu du Pacifique
une île mystère
- l’île de Pâques

Qui se cache derrière ces regards luminescents?

Il y a des centaines et des centaines
de statues de pierres posées sur leur Ahu
au large du Chili
- une énigme -
et des chevaux sauvages qui n’en finissent pas
de leur raconter des histoires de vent,
de cavalcades et de massacres.

8-
La silhouette massive des Moaï emplit la nuit
de ses regards blancs.

Le Moaï solitaire
attend le lever du jour
- seuls ses yeux brillent.

Le regard impassible de ce Moaï solitaire m’intrigue.
Que voit-il?

16-
Dialogue sauvage
entre ce grand Moaï solitaire échoué
sur cette pointe de terre
abreuvée d’air salin
et ce cheval aux sabots de vent
qui court d’une rive à l’autre
sur ce petit morceau de terre
aux confins du Pacifique.

Extraits de Rapa Nui (Ile de Pâques), inédit.
Jean-Claude Tardif

De Saâle à Climont je marche,
il pleut sur les Vosges.
Reflets roses dans les flaques,
myrtilles, fraises et framboises sauvages.
Le grès dort, liquide
dans les ornières du chemin forestier,
je marche entre Saâle et Climont.
M’arrête aussi, mes mains fouillent le buisson
et s’effraient d’un bruit de cuivre,
l’affolement d’une grive
surprise à faire ses confitures.
Battements d’ailes, coups de bec
sur le soleil couchant ;
écho de vie sur le bois mort.
Je marche entre Saâle et Climont
et beaucoup m’accompagnent.
Paul Bergèse

Aux confins des collines,
labeur d’abeille
ou souffle d’écureuil,
dès les premiers frimas,
les bouleaux et les trembles
les hêtres et les charmes
nous offrent des soleils
que les feuilles complices
retenaient en secret.

Jacques Ferlay

La nuit d’autoroute
projette ses graffitis rouges
à la Georges Mathieu
mouchetés de bavures oranges
sur la toile tendue de sombre désir.
Pudeur inavouée, angoisse en projet
le flux onduleusement s’écarte
pour l’urgence bleue de la mort hallucinée.
Chien au regard tournoyant de gourmandise
il passe sur nous la langue froide
du gyrophare.
Irons-nous assez vite frapper
heurtoir de bronze opulent
aux portes de la mort patiente ?
Le destin change de file brûle, insouciant, l’énergie des forêts millénaires,
assaille le temps qui va reculer
peut-être
encercler l’avant-garde imprudente…

Qui humera dans le rose laiteux de l’aurore
la lenteur amoureuse des croissants chauds
dans l’évidence du vrai matin
gardien d’un paysage sans hâte
qui nous voudrait vivants.

Anne Poiré

Éphémère

hyper focale
mode infini paysage

clac

le panorama soudain s’ébroue
au loin sonne une cloche

j’éclate de rire

l’ombre disparaît
dans le silex du jour

Tourbillon

sous un globe de verre
lutins
flocons sur les sapins

joyeux zigzag le chant du ruisseau
immaculés reflets effilochés
sur la neige en cristaux
le ressac l’ubac et l’adret
les chemins les cols les sables et les grès
en ritournelle
les tours Eiffel les immeubles les forêts

l’immensité

j’ouvre la fenêtre
inépuisable contemplation

trait ouaté
la mer sa transparence
l’onyx
velours de l’aube dans la chair du matin

le ciel est prometteur
Yann Sénécal

Vers d’autres horizons

A l’école tu as appris à te taire
Copie cinquante fois ce que tu n’as pas appris
Arrête de parler à ton voisin
Alors on t’a mis au fond de la classe pour te sortir plus facilement
Si tu penses
Si tu réfléchis par toi même
Garde-le pour toi
Ne fais aucun bruit
Aucune vague
Plonge dans le silence
Il ne faut surtout déranger personne
« Taisez vous, les enfants…Taisez-vous… »
Tu n’as plus envie à présent d’y retourner
Apprendre par cœur
Faire comme les autres
Mais pourquoi faire
« Silence, je vous dis…Silence …»

Alors tu vis dans ton coin au fond de la classe
Il y a une plaine immense un fossé
entre tes camarades les profs et toi
La sonnerie retentit maintenant
Tu as appris à faire semblant
Tu aurais pourtant aimé que l’on fasse attention à toi
Qu’on te demande ce qui ne va pas
Mais on t’a fait comprendre que trop de mauvaises graines
poussaient sur ton terrain
Que tu ne servais à rien
Maintenant le bruit
La foule
T’ont rendu plus fort
Dehors
Les commentaires vont bon train sur les bulletins
Qu’espérez-vous ?
Qui peut écrire
Dire
Des choses pareilles
De nos jours
Il est difficile de suivre les sentiers quand les autres
prennent des routes goudronnées

Qu’as-tu fait de cet enfant
Son esprit est-il parti vers d’autres horizons
En attendant les jouets ont disparu
Où sont passés le bateau pirate
Les grandes marées
Qu’as-tu fait de ces montagnes de legos
Il suffira peut-être d’un paysage pour te retrouver enfin
Reconstruis-toi
Nous ne sommes plus à un immeuble près
Les jardins sont de plus en plus rares
Les secrets eux
par contre fleurissent
L’atmosphère te semble de plus en plus lourde
Les saisons n’existent plus à présent
Le ciel est noir recouvert de chantilly
Saupoudré d’usines concentrées
Comment faire alors si nos repères ne sont plus les bons
Serions-nous capables de nous relever si nos sens
n’avaient plus la même perception du bonheur
Les années nous ont-elles changés
Derrière cette pluie d’interrogations
Une chose est sûre
Il te faudra de grands espaces
pour oublier ces murs d’incompréhension
Il te faudra de grands espaces
pour oublier ta propre lâcheté
Au contact de la terre peut-être
Tes mains redeviendront calmes
Au fil du temps et de l’eau
Tes idées s’éclairciront peut-être
Alors désaltère-toi
Avant de perdre la santé
À trop parler
Sans jamais agir
Désaltère-toi
et protège ce que tu vois

Jacqueline Held

3 poèmes inédits :

1
Le car klaxonne
près du pont,
puis monte.

Il y a une ligne d’ombre
qui traverse tout.

Il y a les feuillages
de l’an dernier
dans la montagne.

Il y a le raidillon
après le lavoir gris
mal éclairé.

Il y a la marque tranquille
des pas dans la pierraille.

Et la lumière fait mal.

2

Sur les pavés inégaux
entre volées de marches
et chats errants
la rue serpente.
Tu contournes
une maison au bord du vide,
quelques murs d’un château,
l’église sur son banc de brume
dans l’air du ciel.

Sur la route, un jour de gel,
ce qui doit arriver arrive,
chaque être à son heure,
en un ballet de libellules…
amer peut-être.

3

Un oiseau très pâle
au vol incertain
se pose près de toi
dans une odeur de résine.
Un repli de colline te cache
quelques vieux pans de mur crépi,
les oliviers, les maisons hautes,
l’ombre des genévriers en fines rayures,
les sarments entrelacés de la treille
où tu es venue peut-être en rêve.
Tu rassembles tes souvenirs,
les jaunes, les gris d’un paysage
entremêlé de jardins fous
où l’on aimerait dîner un soir.
Claude Held

3 poèmes extraits de Littoral continu (Ed. Paul Mari, 1979) 

les dunes effacent
le haut, le bas,
l’épaisseur d’œil.

toutes les formes d’eau glissent,
s’élèvent de nous.

puis cela s’envase.
la mer se retire.

————

une pierre plate.
les algues la couvrent, la découvrent
à nouveau.

je vois
un certain nombre de vivants.
je suis dehors, je marche.

l’eau creuse l’eau.
odeur de vieilles planches
disjointes.

un clou rouillé
s’effrite dans la main.

————

ai oublié de compter
le nombre de pas exacts.
monte quelques marches,
écoute.

une poussière d’insectes
flotte entre les herbes
et la terre nous entoure
un soir d’été.

avancer en soi,
parmi les objets
éparpillés d’enfance.

oui, presque.

Michel Piquemal

les eaux du gange

Au coeur des eaux du Gange
j’ai laissé s’en aller
ma petite lumière
sur un blanc nénuphar
une bougie sur l’eau
qui semble comme un phare
et porte mes espoirs
au bout de la nuit noire
sur les ailes d’un ange
au coeur des eaux du Gange

(ce texte est paru dans Je suis un enfant de partout, Rue du Monde,)
Copyright Michel Piquemal et Rue du monde

Loin
Sentiment de loin
D’être un peu perdu
Comme une fleur qui se serait éloignée de son pot…
Un pays étranger,
Une langue qui ne résonne pas dans ma tête…
Même si souvent des sourires…
mais cela n’écarte pas ce sentiment de loin
D’envie de retour
Je songe à ce que doivent vivre les exilés
Ceux qui ne pourront jamais retourner…
Chez eux, ce sentiment de loin doit être immense
Parfois terrifiant et porteur d’un grand vide
Quand quelques jours seulement loin de mes marques
Suffisent à le faire naître en moi.

Thomas Vinau

Je vous écris de l’aube
Fin août. Je vous écris de l’aube. Le pays où la lumière marche sur les murs. J’habite les matins. Ils sont plus frais en ce moment. Plus sévères. Pointus. Ils attrapent par les jambes. Par les yeux. La nuque. Ils sont des cimetières de papillon de nuit. Du ciment. Du silence. Ils disent : La disparition est une saison. Ils disent :  Le temps est un taureau qui est parti devant. Ils disent : Danse carcasse !
 
Le jour est né ici
Je monte la petite route sinueuse dans la brume. Je pousse la poussette. Je pousse jusqu’à la lumière. Limace orange. Rosée au bout des barbelés. En haut de la colline, le matin. C’est là que tu t’endors. Dans l’orange qui monte. Le coton qui s’effiloche. L’haleine chaude des arbres. J’ai chaud. Je pousse. Je continue. Dans son jardin, le vieux penché sur ses patates me voit à peine. Il me fait un signe de tête. Un peu plus loin, deux oies blanches ébouriffées de brouillard, pataugent dans leurs boues. Le virage. La pente. Une araignée tigrée dans le fossé. Les gouttes sur sa toile. Je lui fais un signe de tête. Il commence à faire bon. Un vieux cheval hennit devant les poteaux tordus de son enclos. Vigne. Champs de maïs. Odeur chaude du pollen. Je m’assoie dans le champ en haut de la vallée. Tu ronronnes à côté. Les abeilles bourdonnent. Je finis par m’étendre. Yeux fermés, je ne pense rien. Le jour est né ici. Dans nos petites respirations qui se mélangent aux ronces, au ciel, à la boue.

l’amour traverse la rue

Le matin
dans l’indifférence
générale
l’amour traverse la rue
Passe devant le pressing
la boulangerie
le parc
l’école
Hésite entre trottoir sec
ou trottoir mouillé
Jette un oeil aux affiches déchirées
et au vieux chat qui traîne
derrière les poubelles
Lève la tête et dit Tiens regarde,
un mouton broute le ciel

Au devant

Il cherche un passage
entre deux matins de glace
une route de fourmi
un sentier de lièvre
derrière la forêt
derrière la montagne
derrière l’horizon
derrière le ciel
derrière le jour
Il se laisse
là où il se trouve
Il part
à sa poursuite
au devant

Alain Freixe

Un jour, la neige

Trois jours sous grande neige
Chute continue
Silence enveloppant
Blanc partout jusqu’en dedans

Me fait peur ce laps
Cette absence de poussée
Quand plus rien ne force mes portes
Que mes mots font volée de bois sec
Au dehors

Quand tout va dans le sommeil
Le monde semble s’évanouir

Solution sans problème
Comme un oubli sur la vie

Peur et fascination
Pour un grand rien final
Un vide
Et dans les flocons qui tombent
Un calme
Comme une éclaircie

(Pour la collection des livres Pauvres de Daniel Leuwers, avec une intervention de Robert Lobet, septembre 2010 )

Claude Ber

Découpe 4
Sous les semelles un troupeau de flocons. C’est l’ombre d’un piqueté de nuages en transhumance des pas. Je vais aux alpages. A l’herbe de la prairie. Aux edelweiss. A l’humide d’une menace d’orage sous les mélèzes. La coupure du vent sur la joue emporte des années exhumées de leur préhistoire par le sabot et la corne des boucs. Une suspension de l’air au voile du palais. Les moutons de nuages sous mes pieds. Dodus et bouclés. Dansant, dansant les nuages

Découpe 48
La crique avance en proue vers le large. Inversant son habituel arrondi de morsure. La mer sent le sel et le sureau. La lumière l’attaque par bonds d’escrimeuse. A fleuret moucheté. En semis de fléchettes. En nébuleuses. Par masses de regroupements magnétiques. Je somnole vaguement. Maritimement. Le tam-tam d’un ballon. Sa cornée d’ombre circulaire martelant le mur à la chaux. Les percussions rythmiques de la mer. Contre rien. Dans tout. Il fusionne une houle originelle. Le magma de l’ante et post cosmos dans une carte postale. Son pigeonnier à particules. Son dépli. Sa mathématique fractale. Le tsim tsum rétractile de l’univers.

La Mort n’est jamais comme, (prix international Yvan Goll)
Ed. de l’Amandier 2009
Jean-Claude Touzeil

CADRAGES

En plan général
une carte postale
vue sur les tropiques
au soleil levant
avec la forêt derrière
et devant la rizière

En plan moyen
sur le côté droit
un petit soldat de plomb
marchant à la baguette
(il a un béret rouge)

Tout juste
un homme-tronc
en plan américain

Et pour en finir
la marque arrachée
d’une fillette de blanc
en très gros plan

(Itinerrances bis, 3- Vietnam
– éditions Gros Textes)
Georges Cathalo

qui peut voir encore un paysage
qui peut encore ouvrir les yeux
on attend des poètes lucides
qui verraient l’invisible
entendraient l’inaudible
et qui crieraient si fort encore et encore
qu’ils en deviendraient muets.

*
en apnée dans le siècle
nous ne demandons rien
le chemin s’ouvre de lui-même
à travers plaines et collines
tout en sachant par avance
la force et la fragilité
de cette marche aveugle.

*
ah ! n’être qu’un brin d’herbe
qui se balance au gré des vents
entre deux rives et deux talus
entre deux sources dérisoires
minces filets qui disparaissent
s’abandonner et se confondre
avec la douceur des choses
simple brin d’herbe.

(extraits inédits des Quotidiennes)

Philippe Mathy

Promenade derrière la maison. Ces champs, ces chemins, je les ai parcourus plus de cent fois. Souvent je m’arrête. Quand j’aurais la possibilité de tout décrire, du relief moiré de ces mottes à ce nuage qui glisse en s’étirant, rien, je n’aurais rien dit. Une description, une de plus. Ce paysage, je m’exerce pourtant à le balayer des yeux, minutieusement, afin qu’aucun détail ne m’échappe. Je le lis, le couche dans le creuset de mon regard, tente de le mémoriser. Quelque chose m’échappe. Jamais je ne m’en serais aperçu si je n’avais expérimenté la lecture. Je reviens, muni cette fois du matériel pour écrire. Comme les amis peintres, je vais au paysage. Une description, une de plus, pour essayer, en dressant l’inventaire, en le communiquant, de formuler ce qui m’échappe et que j’ai pourtant vu. Je ne suis guère doué. Je maudis celui qui m’a conseillé cet exercice. Pourquoi m’a-t-il appris qu’il suffisait d’ouvrir les yeux pour deviner l’invisible ? Savait-il que je serais là, aujourd’hui encore, m’exerçant presque malgré moi, toujours plus conscient de mon impuissance, embourbé dans ces chemins de mots ?

Béatrice Bonhomme

Paysage marin

la femme vient de la mer

l’amour de la mer
et crée l’odeur des
embruns

la grande marine
aux marées basses
dans la chevelure des
varechs

la chevelure de la femme
déposée sur le sable des plages

la mer est semblable à l’amour
au goût de sel sur ton corps
blondeurs lourdes des châtaigniers
écartelées en tes varechs

la houle est celle de tes bras
et pénètre le corps des mers
dansante au bord de tes rivages
courante, respiration coupée
dans le couteau aigu d’une lame bleue

l’amour est semblable à la mer
par l’odeur aiguë éternelle du sel blondi dans tes cheveux

la mer coulante, cueillie dans ta coupe,
arrosée de ta bouche,
salée d’un corps à prendre,
inanimée, noyée sur la chevelure pâle
effrangée des embruns

la mer est pleine, bleue d’odeurs
amour acidulé de cerise et de pêche

la mer est un potager bleui de pourpiers
goût d’amour, de coquillages,
de citron et de chair mouvante
aux lisières rétractées
où frappe le pouls de la houle

Liska

Girafe des villes

Girafe des villes
Dans la savane
Des antennes télé
Tour Eiffel de chantier
Brouteuse de béton
Grand mât levé
Sur l’océan de toits
Jeu de construction
Grandeur réelle
Echelle
Pour le paradis
Aux portes du ciel
La grue bâtit
Nid après nid
Nos maisons de vie

In : « Moinette et Moineau »,
éditions Corps Puce,
collection Le Poémier (volume 16). 2009.

La page est bleue

La page est bleue
Et l’encre blanche,
Les lignes droites
Tracées au kérosène
Se croisent
À angle de voyages :
Le ciel écrit ses mémoires !

In : « Les yeux du ciel »,
éditions La Renarde Rouge. 2010.
Luce Guilbaud

Il y aura des siècles que ce fleuve court
écartant la terre emportant les ciels
l’eau la terre le ciel
le paysage passe devant
ses signes ébauchés
oiseaux buissons rives
ce n’est pas une image
c’est un mouvement
le transparent voyage
l’opaque demeure
et transforme le paysage.

Jacqueline Saint-Jean

L’oiseau noir vole
vers Tara la déserte
royaume ras

là où le vent réveille
harpes et rhapsodies
plaintes d’otages fuites d’amants
fêtes et famines

Il va vers l’infini de l’Ouest
avec les routes le roux des tourbières
où les momies dorment
dans leur lit de sphaignes

Très loin il s’efface
aux îles du passage

extrait de Bru na Boinne, Irlande, ©Encres Vives

Danseurs rupestres

A travers ce désert
de blocs erratiques
roulés des volcans
A travers le temps
répercutant l’écho
un homme lointain
percute la pierre
fait vibrer le silence
et les contours des corps
creusés dans les roches
Ils dansent sans clé
râpés de sable
dans l’oubli millénaire
pour qui pour quoi
Transe immobile
du mystère

(Toro muerto, Pérou)

Roland Nadaus

SEMEURS D’INFINI

Morceaux de mort
Morceaux de vie
Hibernent les pierres et les grains

Dans le cercueil de la terre
pourtant certains proclament
le germe enfoui

Morceaux de mort
Morceaux de vie
Hibernent les pierres et les grains

Oui j’ai connu des silencieux
qui parlaient bien plus fort
que tous ces vendeurs de belles paroles !

Morceaux de mort
Morceaux de vie
Hibernent les pierres et les grains

Leur cœur était comme cette graine qui meurt
en terre pour renaître Leur cœur parlait plus haut
que leur mort apparente

Morceaux de mort
Morceaux de vie
–Graines de pierre et cœurs de chair–
Marie-Florence Ehret

Les chemins du paradis

A la vachette noire qui mourut d’un coup de sang ou d’un arrêt du coeur le 2 juillet dans l’arène de Vauvert

Comme de l’eau dans l’eau
ainsi animal dans le monde
je suis mais
un jeu léger
jeu de langue
jeu d’esprit
me décolle de moi
je est un autre
qui me regarde être
et dans le jeu de ce regard
s’inventent enfer et paradis
Fleurs fruits rivières
animaux et montagnes
arc en ciel
tout est là
prêt à me dévorer
ou à me nourrir
tout est là
je n’ai pas choisi mon jeu
je suis ici maintenant

face au monde que je découvre
que je subis que j’invente
que je provoque que j’interroge
et que j’aime
femme aujourd’hui ici
dans l’extrême labilité d’ici
feu follet exilée arrachée enracinée
dans la terre de ma planète
collée aux trottoirs de mes villes
à mes écrans
attachée à mes sans fil
enracinée dans ma langue
face aux cyprès noirs
à l’abri du soleil
dans le parfum rose des lauriers
et le piaillement incessant des oiseaux
ici aujourd’hui j’écris

contre les bêlements des églises
j’écris mon credo

Oui je crois à l’enfer et au paradis sur terre
je crois à dieu, au diable et au père noël
qui n’ont que nos mains
et nos pieds et nos poings
pour cogner, et soigner, et donner
Je crois que la beauté du monde est dans nos yeux
que je n’est rien sans nous

Je crois en toi
mon semblable mon frère
qui d’un coup de lance
me tue ou d’une goutte d’eau
me sauve
je crois en toi
mon semblable mon frère
qui d’un regard me rend la vie
et que pour un regard
je pourrais tuer.

je crois en toi mon autre
mon être ange
mon étrangère
mon homme d’ailleurs
mon inconnu
qui m’agrandit

Je crois à la sainteté de l’esprit
et à la bénédiction
du fruit de nos entrailles

Je ne me demande pas qui je serais
si j’étais née avant après ailleurs
je suis
ta semblable ta sœur
femme d’ailleurs ou d’hier

Je n’attends pas la résurrection des morts
ni la vie du monde à venir
je les porte en moi
comme une femme son enfant

Je cherche les chemins
intérieurs et politiques
du paradis
Jean-Christophe Belleveaux

Tanger

les ruelles d’abord, en pente plutôt dans le souvenir, la mer à proximité connue, l’aujourd’hui à tout instant, dans la douceur de l’instant
dans la douceur et dans l’instant du café pris en terrasse sur l’avenue, la vie est chaude dans le verre – mazagran – au fond duquel on laisse reposer le marc
la vie se dénoue, cinéma merveilleux, dans la trame claire de l’aujourd’hui au passage plein de bruit des lents camions
les attouchements des mots dessinent des fêlures discrètes dans le bois brut du réel, la maladresse prend consistance
d’abord c’est l’enchevêtrement du soleil, du pain rond et des olives, la parfaite insouciance

(in dans l’espace étroit du monde, ©éditions Wigwam, 1999 ; épuisé)

Lydia Padellec

Devant moi la mouette
Le bleu infiniment bleu
Chacun son voyage

Philippe Quinta

fête au château -
le soleil couchant n’embrase
qu’un seul tronc d’arbre

Sophie Braganti

double salto l’enfant veut des crêpes il saute il faut y aller presto sans se retourner s’accorder se réaccorder avec les oeufs le lait la farine et la fleur d’oranger c’est le bouquet

je froisse les herbes derrière moi les arbres on dirait qu’ils chuchotent les sapins une langue les mélèzes une autre concerto pour le pas se pose tellement haché que l’on se mettrait à compter à battre la musique avec les mains qui dit que la poésie n’est pas dans le vent qui ose dans la forêt entre les branches tressées le dos courbé marcher sans chercher à redresser la tête à puiser la lumière que les nombreuses cimes épuisent sine sole sileo pas de soleil je me tais

dans l’album du bleu le blanc est un nuage qui balance avec le blues

le ciel rassemble ses moutons l’oeil faible du soleil paupières baissées attendre une bête explorer son territoire pour faire connaissance et la surprendre traces à quatre pattes doigts poils duvet ou plumes ou poing

je ne vous chasse pas je m’éloigne

ancolie oui mélancolie non

Inédit. Extrait de Ce que le bleu soulève. 2001
Daniel Biga

La Ligne à haute tension court d’un pylône l’autre reliant les collines.
Ses câbles forment la portée immense pour une musique aérienne.
À moi d’y placer les notes de mon chant.
*
Avant l’histoire avant la peau de bête avant le silex avant la moisson (donc avant toute semailles) avant la main positive avant la main négative sur les parois de Santander ou Lascaux avant la gravure du Grand Sorcier à la Vallée des Merveilles dans le Mercantour avant la cérémonie avant le briquet avant l’allumette avant le feu avant la foi même…

Avec la peur au ventre vide avec le froid sur le corps nu avec tant de monstres si peu de paroles avec si peu de force sans munitions de bouche ni de chasse ni de guerre avec tant de fauves et si peu d’armes

Comment osèrent-ils s’imaginer de pouvoir vivre survivre poursuivre les hommes ?
sors sous les étoiles lève ta tête les yeux
vers la Voie Lactée le regard plonge et se baigne
ça paraît si riche si incroyable et moi si peu moi
l’éperdu dans la munificence du Monde

Extraits d’Alimentation générale (inédit)

Jean Foucault

Excusez du peu

Un arbre soudain s’impose
En silhouette dans la campagne.

Il passera sa journée ici,
Et sans doute la nuit.
Il attendra notre retour.

A ce moment-là
Il aura encore un regard sur nous.
Et nous,
Le verrons-nous passer ?

L’instinct de l’arbre
N’est pas le nôtre.

Mais s’il se fonde en nous
Naît alors, du paysage,
Le sentiment de l’immense
Indéracinable.

Amandine Marembert

la lumière
qui se déverse
sur l’eau du fleuve
reste encore
si froide
comme si le monde
à l’entour de moi
s’était figé
en demi-teinte

(extrait de Neige tremblée, inédit)

Geneviève Briot

Vercors

Le vent accourt de la mer
traverse les feuilles
en dialogue avec les eaux
Paroles d’arbre
glissent sur la peau nue
pénètrent le sang
Quel est ce parfum
qui m’enracine
dans la montagne 
avec l’infini
au bout des doigts ?

Marie-Josée Christien

Baie

Au peintre et poète Paul Quéré (1931-1993),

Un bleu inachevé
proche de l’infini
trace le sens
de ses limites mouvantes

Quand le ciel prend
cette lueur d’exil
au bord des yeux
un précaire émoi
recourbe
l’instant des soupirs.

Extrait de « Temps composés », Cahiers Blanc Silex 1997 (tirage épuisé)

Patrick Joquel

Les deux grands Bessons et le petit troisième… Cachés. Gelés. Dans leur conque rose et lovés dans leur silence… altitude 2500

A deux heures trente de marche de l’été du bord de mer les trois lacs gelés me propulsent en Arctique
ils couvent leur silence
et je m’y repose
au soleil
j’écoute le chant de l’eau dans le déversoir
libre
coulée continue
variations infimes
variations intimes
plus le soleil monte
plus le chant se renforce
eau vitale
et toute en intense vitalité

à chaque seconde
un son nouveau pérennise son instabilité
la vie traverse
éphémère
ce monde et ce corps

Vivre est perpétuelle naissance

J’ouvre tout
les yeux
les oreilles
tous mes sens
et je me laisse
traverser

extrait de les cairns m’ouvrent le chemin, inédit

Quelques pistes pédagogiques

Chantal Danjou
Devenir observateur, guetteur, chercheur… Se mettre à l’affût.
Chercher les lignes qui tracent notre environnement proche. Les photographier. Ou les peindre. Sur ces lignes, écrire des mots. Des mots : phrases, poèmes, fragments… des mots qui résonnent avec le lieu de ces lignes ou non… qui s’inscrivent sur ces lignes…

Catherine Leblanc
Changer de couleur. Choisir ou tirer au sort une couleur et tenter un texte en s’inspirant de celui-ci (sans le copier, sans être aussi long). Chercher comme elle ce qui vibre, accompagne, tient cette couleur… Chercher un objet coloré, le décliner…

Jean-Claude Tardif
Choisis un de tes itinéraires piéton quotidien, par exemple celui qui te mène à l’école… ou ailleurs…A ton tour pendant la marche tu notes via la grille de tes sens ce que tu entends, sens, touche, voit, goûte… et ensuite de retour chez toi ou en classe, tu écris ton texte. Comme un carnet de voyage.

Yann Sénécal
Et si toi aussi tu écrivais un texte sur l’école. Comment tu t’y sens. Ce que tu aimes et ce que tu n’aimes pas. Ce que tu y vis…

Michel Piquemal et Luce Guilbaud
Ecrire sur une rivière (fleuve, torrent). Parler d’elle… Lui donner la parole…
Thomas Vinau, Claude Ber
L’amour traverse la vie. Choisir un autre sentiment. La joie. La tristesse etc. Mettre en scène et en mots. Penser à Prévert le désespoir est assis sur un banc.
Choisir une photo. S’imaginer dedans. En voyage. Ecrire comme une carte postale. Présenter le tout comme une carte postale.

Jean-Claude Touzeil
S’interroger sur les droits de l’enfant, les droits de l’homme. Voir par exemple chez Grandir des livres comme Thithem, l’enfant soldat etc. Travailler avec le matériel pédagogique de l’Unicef.

Philippe Mathy
S’exercer à la description. Ce que je vois par la fenêtre par exemple…

Liska
Ecrire sur la ville. Si la grue est une girafe, quels autres animaux inventer pour d’autres objets citadins ?

Jacqueline Saint-Jean et Daniel Biga
Travail d’écriture à partir de reproductions de gravures (vallée des merveilles…), de peintures rupestres. Penser à Jacqueline et Claude Held dans Voyage en préhistoire chez Pluie d’étoiles.

Marie-Florence Ehret
Et toi en quoi crois-tu aujourd’hui ?

Jean-Christophe Belleveaux
Parle de ta ville, ton quartier, ton village comme Belleveaux. Penser à d’autres descriptions de lieux (les noces de Camus par ex.)

Un élève de 4e nous a confié qu’il écrivait chaque jour, voici un exemple de son travail.

Sébastien Bracco

Murmures d’une rivière

Je suis la rivière claire et limpide
Qui taille et qui façonne
La roche dure et stupide
Et puis je lui donne
Cette beauté qui m’entoure
La belle végétation qui me borde
Et les paysages alentours.
Si jamais je déborde,
Ce sont des marais,
Et si je me taris,
Des déserts asséchés.
Mais parfois nul ne sait ce qui m’arrive,
Car d’une vague je dévaste
Les plaines et les villages
Les collines et les gorges,
Et, dans ma rage,
Ce sont des nouveaux paysages que je forge.
J’ai vu le pin sur son rocher,
La plaine silencieuse,
Les falaises escarpées,
Les ronces épineuses,
La lave fumante,
La calme forêt,
L’eau stagnante
Et la nature apaisée.
notes de lectures de Patrick Joquel

Titre : De la terre et du ciel
Auteur : Gianni Rodari
Illustrateur :Silvia Bonani
Traducteurs : Jacqueline Held et Giulio Sforza
Editeur : Rue du monde
ISBN : 978-2-35504-127-3
Année de parution : 2010
Prix : 17 €
J’aime cette poésie. Ludi-que. Avec un air de pas sérieux du tout mais pourtant loin d’être innocen-te. Même sans cravate on peut être en prise avec le monde.
Mais on peut être bien engagé dans le monde et demeurer joyeux. Jongleur. Les collages qui accompa-gnent ces poèmes (compti-nes et fabulettes) sont bien en phase eux aussi. Bref encore un livre dont on sort en souriant et en se rappelant que les fourmis de dix-huit mètres… pourquoi pas
Merci à Jacqueline et à Giulio pour leur beau travail de passeurs !
*
Titre : Poète, tes papiers
Auteur : Emmanuel Flory
Editeur : Les écrits du Nord/Editions Henry
ISBN : 978-2-917698-62-4
Année de parution : 2010
Prix : 8 €
Ce recueil a reçu le prix des Trouvères des lycéens. Une initiative qui permet de confronter les jeunes au poème et d’en affiner leur perception. Je rêve que ce type d’initiative se multiplie…
Qu’est-ce qu’un poète ? A cette question, Emmanuel Flory propose une série de courts poèmes qui tentent de dresser comme un portrait (autoportrait ?) d’un poète… Quelqu’un proche de la Terre, sans passeport mais avec une langue. Un magicien jardinier. Porteur de rêves clandestins. Quelqu’un qui propose une autre vie, qui vit sur d’autres chemins que ceux que nos sociétés érigent en modèles. Je comprends que ces textes aient su chuchoter aux jeunes que la vraie vie est dans un ailleurs, un autre-ment quotidien.
*
Titre : Câline école
Auteur : Anne Poiré et Patrick Guallino
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-61-8
Année de parution : 2010
Prix : 12 €
Un festival de couleurs. De la joie comme un petit matin au soleil d’été, juste au démarrage des cigales. Des objets de Guallino envahissent l’école. Les enfants s’étonnent, obser-vent, discutent, apprivoi-sent, jouent finalement avec ces drôles de compagnons colorés. Tout ceci est photographié avec tendres-se. Les mots d’Anne Poiré accompagnent ces bonheurs. Un livre bien vivant, à la fois témoignage et lanceur d’idées… Un livre à offrir à tous ceux qui vivent ou aiment l’école quand elle pétille d’intelligence grâce aux artistes et à leurs oeuvres.
*
Titre : Les yeux du ciel
Auteur : Liska
Illustrations : Calixte
Editeur : La Renarde Rouge
ISBN : 978-2-910861-83-X
Année de parution : 2010
Prix : 14 €
Un petit carré. Pour y inclure le ciel ? Encore une facétie souriante de Liska et de Calixte… De courts poèmes aux couleurs du ciel. Du temps qu’il fait. Et de la joie… De l’humour… On a envie de gambader dans ce livre qu’on n’hésitera pas à mettre dans les classes même de maternelle. Les images donnent à parler, à voir et lire aux enfants est essentiel. Le poème est ce qui accompagne le quotidien et le quotidien est aussi rempli de ces coups d’œil que nous jetons au ciel… N’oublions pas non plus les merveilleux nuages de Baudelaire et d’autres poètes…

Les sites des uns et des autres

Béatrice Bonhomme : revue-nue.org
Geneviève Briot : http://briot-cohenaknin.hautefort.com
Marie-Josée Christien http://mariejoseechristien@monsite-orange.fr
Catherine Leblanc : http://catherineleblanc.blogspot.com/
Marie-Florence Ehret :http://mf.ehret.free.fr
Jean Foucault : http://www.jean-foucault.fr/
Alain Freixe : http://lapoesieetsesentours.blogspirit.com/
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Roland Nadaus : http://monsite.orange.fr/rolandnadaus
Lydia Padellec : http://surlatraceduvent.blogspot.com/
Anne Poiré : http://annepoire.free.fr
Yann Sénécal : http://www.editions-clarisse.net/
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Thomas Vinau : http://etc-iste.blogspot.com/

Le site animé par Alain Boudet, La toile de l’un :

http://www.latoiledelun.c.la/

la charte des auteurs et illustrateurs

http://www.la-charte.fr/

le Printemps des Poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

Cairns est éditée par

les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn sur les pentes au-dessus de Douans, vallée de la Tinée (06) automne 2 009 Photo : Patrick Joquel

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/

*
Cairns 7
Ce numéro sept va dans les traces des éditions Donner à Voir. Une très belle aventure d’amitié autant que d’éditions. On y découvrira la plupart des auteurs de son catalogue. Comme une invitation à poursuivre la découverte en se plongeant ensuite dans les livres des auteurs que chacun aura apprécié plus particulièrement.
Le numéro de janvier 2011 accompagnera le thème du Printemps des Poètes « D’infinis paysages ». Pour toute information concernant cette manifestation dont le point d’orgue se tiendra du 7 au 21 mars, contacter

http://www.printempsdespoetes.com

Rien ne nous empêche de plonger dans ces infinis paysages, dès ce numéro, dans les paysages que donnent à voir les poèmes qui suivent autant que dans les paysages qui nous accompagnent chaque jour. Rien n’empêche de donner à cette année scolaire le paysage comme un fil conducteur, un fil rouge ou d’une autre couleur.
Proposons aux enfants d’ouvrir les yeux sur le monde. Prenons le temps d’observer, de balader. Des poèmes, des fragments de poèmes sont cachés tout autour de nous. Devenons des chercheurs, des dénicheurs de poèmes, de mots.
Il y a les paysages de la classe : où se cache le poème entre ses quatre murs et ses fenêtres ? à hauteur de trousse ? d’affiche ?…
Il y a le paysage de l’école… Une cour d’école, il lui suffit d’un arbre pour se connecter au grand jeu de la rotation de la Terre autour du soleil… Qu’est-ce qui fait poème dans notre école ?
Il y a les paysages du quotidien. Quelle est ma route citadine ou campagnarde ? Et sur cette route quelles sensations entrent dans le jeu et me permettent de me rendre un peu plus vivant, un peu plus joyeux ou mélancolique ?…
Il y a les paysages microscopiques, les tout petits voyages, à vitesse d’escargot… Les toutes petites choses heureuses de la vie, un coquelicot, une feuille, un caillou, la flaque de trottoir… Tous sont porteurs possibles de poèmes… Associons prise de vues et notes d’écriture…
Il y a les immenses paysages… Ceux de nos vacances par exemple… Imaginons : proposons aux enfants de tenir comme un carnet de voyages durant leur prochaine escapade et de le partager à leur retour, comme un cadeau de mots, d’images, de photos, de dessins, de collages…
Il y a les paysages que nous découvrons sur les photos, les paysages lointains… qui ouvrent au rêve…
Proposons aux enfants de mettre des mots sur leurs jours. De prendre ainsi conscience et de la langue et de son pouvoir de dire. De révéler. Proposons leur d’entrer en conscience du monde et de grandir avec lui, de se mettre en jeu avec lui, de vibrer, de résonner, de découvrir et de se découvrir acteur de ce monde, dans et avec lui.

Donner à Voir

Donner à Voir, DàV. pour les intimes (un membre de DàV. est un « daviste »), est une association éditrice (loi 1901) dont les adhérents sont tous bénévoles, qui publie de la poésie à compte d’éditeur et participe à des animations autour de la poésie : expositions avec des plasticiens, lectures publiques, spectacles avec des comédiens ou des musiciens, interventions en bibliothèques, en milieu scolaire…

Qui ?
Fondée en Sarthe en 1984 par Alain Boudet, responsable éditorial, l’association est présidée depuis novembre 1999 par Michèle Lévy. Jean-Claude Touzeil est vice-président, Michel Lautru secrétaire et le trésorier, c’est Jean-François Franchet.

Pour entrer dans la confrérie des davistes, toute personne (qu’elle soit poète -dans la majorité des cas-, ou plasticien(ne) ou simple lecteur/lectrice de poésie, ou tout à la fois, doit être parrainée par deux davistes.
Le « noyau dur »  des davistes habite Le Mans ou la Sarthe, mais il existe une « diaspora » (dont fait partie notre ami Patrick Joquel) qui vit aux quatre coins de France, sous des cieux qui nous font parfois rêver…

Où ?
Les davistes se réunissent tous les deux mois, le plus souvent au Mans, dans une structure municipale qui héberge les associations, le Pôle Coluche, où ils ont leur bureau et leur entrepôt de livres. Mais aussi, selon l’inspiration et la belle saison, ils migrent au printemps à Durcet dans l’Orne (randonnée poétique et Salon du Livre de poésie organisés par Jean-Claude Touzeil), à l’automne à Ballon, dans le nord Sarthe, à l’occasion du prix Joël Sadeler, ou ailleurs, comme cet été dans le sud Sarthe, chez Paule Brindeau… Même si l’on y travaille sérieusement, les réunions ne sont pas tristes!

Au gré de leur désir et de leurs possibilités, les davistes se retrouvent également dans les Salons du Livre et Marchés de la Poésie, aux quatre coins de l’hexagone, quand ce n’est pas dans des librairies, médiathèques, centres culturels …  « Envolons-nous » …

Pourquoi ?
Le nom Donner à Voir, emprunté à Paul Eluard, résume la ligne éditoriale de l’association : permettre au plus grand nombre de lecteurs possible de connaître des poètes d’aujourd’hui, et de se reconnaître dans leur voix.

Comment ?
Donner à voir donne à lire, à entendre et à voir la poésie, par des expositions, des lectures, des animations, des rencontres, et depuis 1993, l’édition de livres. Cette petite structure, exigeante et conviviale, s’est forgée une image spécifique, de qualité, dans le paysage éditorial. Les manuscrits reçus sont lus et appréciés par un comité de lecture. Chaque auteur reçoit une synthèse des avis émis. Tous les manuscrits retenus sont édités pour le compte de Donner à Voir.

Combien ?
Chaque titre publié, accompagné d’un signet, est imprimé soigneusement sur des papiers recyclés et colorés, en autant d’exemplaires que l’année compte de jours, sans oublier les années bissextiles !

A raison de trois à cinq titres nouveaux par an, Donner à Voir développe aujourd’hui cinq collections :
Voix Singulières : chaque livre, au format 13x20cm, donne à entendre la voix d’un poète contemporain. En accompagnement graphique, photographes, peintres, calligraphes contribuent à « donner à voir » cette parole d’aujourd’hui.
Les Petits Carrés : fruit de la collaboration d’un poète et d’un plasticien, chaque Petit Carré est un petit livre original, au format 14x14cm , imprimé sur des papiers dits « rustiques » et colorés, qu’on peut glisser dans une enveloppe de même format et qui propose des textes poétiques souvent brefs.
Zipoé est une collection illustrée conçue pour le jeune public.
Singulier/ Pluriel : cette collection au format 13x20cm, propose des anthologies thématiques : vingt à trente poètes invités y prennent la parole, avec la complicité de photographes et dessinateurs. La première page de couverture est ornée d’une découpe.
Tango : c’est la collection dernière-née, qui fait danser en deux couleurs les mots et les dessins, et se déploie en accordéon, sur des papiers recyclés rustiques.
Donner à Voir, qui propose aussi des cartes-poèmes au format 10,5x15cm, inscrit à son catalogue 52 titres (dont certains, recommandés par l’Education Nationale, connaissent de multiples rééditions), sans compter 10 titres épuisés.

Quelle diffusion ?
Donner à Voir, qui participe à de nombreux salons du livre, s’appuie sur des réseaux de libraires, bibliothécaires, documentalistes qui apprécient son travail. Ses publications peuvent être commandées à partir de son site internet. L’association est soutenue par la ville du Mans, le Conseil général de la Sarthe et la Région des Pays de la Loire ( Salon du Livre jeunesse de Montreuil, Salon du Livre de Paris…), ainsi que par la DRAC.

Récemment un Centre de Ressources du Livre des Pays de la Loire a été créé et implanté au Mans, rapprochant ainsi les structures régionales des écrivains, illustrateurs et poètes.

Quel rayonnement ?
Donner à Voir dont les publications sont disponibles dans les médiathèques et librairies du Mans, possède un fonds à la Médiathèque du Mans, alimenté par son bulletin de liaison trimestriel EQUISOL et par les livres des davistes: c’est un lieu de ressources pour les chercheurs. Une thèse soutenue à l’Université du Maine par Michèle Tillard, sur la Poésie contemporaine dans la Sarthe, fait une large place à Donner à Voir. En décembre 2007, quatre rues du Mans ont reçu le nom de quatre davistes disparus (Serge Brindeau, Dagadès, Moreau du Mans, Joël Sadeler).Par ailleurs, chaque daviste a bien conscience que par son dynamisme et ses propres activités poétiques (il peut y avoir une vie en dehors de DàV!), il contribue au rayonnement de Donner à Voir.
Pour bien …voir, je conseille d’aller faire un tour sur le site de Donner à Voir :
www.donner-a-voir.com
Bonne lecture !
Michèle Lévy

Alain Boudet

Il avait dans sa boîte à lèvres
des mots pour chaque heure du jour

Des mots levés très tôt
en quête d’une voix
à réchauffer

Il avait des paroles
où glisser une main

Il avait des baisers
il avait des sourires
à déposer doucement sur les seuils

Il avait une boîte à lèvres
toujours ouverte à la douceur

Une boîte à être
ensemble.

(inédit)

Tu vis dans le creuset du poème

Tu en éprouves l’inquiétude
le lent cheminement
les mots
qui tâtonnent
quelque part
entre le ciel et l’épi
le vent et le sable
les mots qui roulent dans la gorge des lieux
où tu passes
les mots surgis dans la forge des yeux
où tu te perds

Et soudain
il est là tout entier
qui t’étonne
et te comble
dans l’instant.

(inédit)

Tu as mis quelques mots
sur un papier à lettres

Quelques mots gris
quelques mots rouges

Une tristesse à partager

Et pour qu’ils vibrent
et pour qu’ils tremblent
tu mets le timbre de ta voix.

(inédit)

Jean-Claude Touzeil

PUZZLE

Chaque homme
chaque femme
chaque enfant
devrait être considéré
comme un spécimen
un spécimen unique
de l’espèce
une petite parcelle
indivisible
de la planète
une pièce
du grand puzzle
indispensable

Chaque homme
chaque femme
chaque enfant
devrait être considéré
comme un arbre
un arbre remarquable
classé répertorié
inscrit au patrimoine
intouchable

Chaque homme
chaque femme
chaque enfant
pas question
de le blesser
de le mutiler
encore moins
de l’abattre

Total
respect

(Peuples d’arbres, éditions Donner à Voir)

FRISE

Oiseaux
ciseaux du ciel

Vous découpez
les nuages
en ribambelles
de petits bonshommes
qui dansent
autour du monde
en se donnant
la main

Oiseaux
ciseaux du ciel

(Un tour de plus, à paraître, éditions Donner à Voir)

Serge Brindeau

Au cœur des mots
Toujours les mêmes fleurs

Vous me parlez d’abeilles
De rameaux
De sève de cigales
Et du matin que vous avez dans l’âme
Et vous fermez les yeux
Sur mes secrets de pleine ivresse

L’hiver
Vous le savez
Blanchit le soleil même

Essayez donc
De renverser le ciel sur votre table

Soleil/soleil(s)
Donner à Voir

Michèle Levy

Envolons-nous 
pour Anne-Lise Blanchard

Un souffle
Creuse
Le poème

S’il voyage
C’est vers le gris du ciel

Les mots
Cherchent la lumière,
Trouvent l’oiseau

Ses couleurs vibrent,
Rythment
Le vide

En nous aussi,
Certains jours

Toutes les lignes du monde
Convergent
Vers le chant.

CHAT

Chat
Rêveur
Qui fixe

En souriant
L’émeraude
D’un rêve

L’œil ouvert
Sur
La saveur

D’une souris verte.

Dan Bouchery

En Pays d’Auge,
Une église.
J’aime les vitraux.
Quand la lumière
Joue
À se laisser
Prendre.
Je pousse une porte.
À mes pieds,
Une chauve-souris,
Éblouie.
Je la prends.
Elle me mord.
Dans un coin
Sombre
Je la dépose.
Un confessionnal
Peut
Bien
Faire l’affaire
Pour la coupable.

De la bête
Ou
Du sacré
Qui
Avouera
Ses péchés ?

*

L’AUTRE MOI

J’ai un nom, un corps, une tête,
Un visage que j’interroge tous les matins,
Dans le miroir,
C’est bien moi ? Vraiment MOI ?
Je ne sais pas. Je n’ai pas d’identité.
J’emprunte celle qu’on m’a donnée.
Mon identité ? Je la cherche.
Je me cherche quand je crée quand j’écris.
J’existe dans l’amour ou plutôt je m’y perds et
Je touche à l’Autre monde d’où je viens.
Au passage, je remarque que « viens » commence par vie.
Je souris.
Ce Moi, étrange familier, je l’approche, le désire,
Mais
Ne le contiens
Jamais !
Harassante, incessante
Quête :
J’ai besoin de ce Moi,
Dont je suis amputée,
De le sentir vibrer,
De savoir
Qu’il existe
Sans jamais
L’apprivoiser.

Danielle Georges

Passé simple animalier

Je chimpanzai
Tu impalas
Il chouca
Nous hippopotâmes
Vous mainâtes
Ils phacochèrent

Liska

Dans le ventre d’une année
Les mois gargouillent
Les saisons chatouillent
Les jours patouillent
Les semaines farfouillent,
Dans le ventre d’une année
Il y a à boire et à manger !

*

J’ai mis quatre saisons
À leurs points cardinaux
L’hiver au nord
L’été au sud
Printemps à l’est
À l’ouest l’automne
Ma cinquième saison
S’appelle le bonheur

 
Marilyse Leroux

La nuit te frôle
sans pouvoir te parler
 
Tu écoutes ses bruits qui bougent
dans le lointain ou tout près
 
Si seulement elle s’ouvrait
au partage de tes mains
ta solitude aurait un nom.
 
 
(inédit)

 
 

 

 
Le ciel est en toi
comme un arc
infiniment tendu
 
Il vibre du poids
des silences retenus
 
Un corps d’oiseau
dans la trouée de l’air
lui renvoie
son appel perdu.
 
 
(inédit)
 
 
 
 

 
Peut-être parviendras-tu
à dire ce que tu aimes
 
Cette vibration de l’air
dans la saison qui s’annonce
en avance sur son heure
 
Ce désir de vivre la pleine lumière
encore une fois
 
La solitude à tes pieds
comme un vieux vêtement d’hiver.
 
 
 

Claude Cailleau

Chiennes de vie

Photo…
Assise, elle regarde en elle,
philosophe à son habitude.
Pourquoi le Maître est-il parti ?
Sous le feuillage le jour meurt
d’un bloc de soleil tombé
là-bas entre deux averses.
Elle attend, le regard lointain,
patiente mais fébrile au-dedans.
Mon Maître, quand reviendras-tu ?

bestiaire/bestiaire(s), Donner à Voir

Claude Cailleau

Connivence…

Je la regarde. Elle se glisse,
pierre fondue dans le sentier.
Elle a blanchi comme un vieillard
que le temps peu à peu pétrifie.
Une énigme traversée de silence.
Je te survivrai, semble-t-elle dire,
et je serai dernière dans ta vie,
dans notre automne de bois sec,
avec la mort au loin dans le brouillard.

Quelque part au Port-Louis, dans la crique d’automne ouverte au large, aux colères de la mer, j’ai ramassé un vieux galet apporté là par la marée.
Chantera-t-il encore, ce caillou de misère, granit roulé, frotté, usé dans le délire des tempêtes, changera-t-il encore si je le sollicite un soir de neige, dans mon village perdu quelque part, dans la campagne et les années ?
J’ai ramassé ce vieux galet, doux à mes doigts comme une peau de fille, comme une peine qui s’épuise à vieillir, et voilà maintenant qu’au creux de ma main c’est la Bretagne qui s’attarde et me retient, paisible dans le soir, au clapot de sa vague.

Marine/Marines dav

Anne-Lise Blanchard
 
Avril
mine de rien l’été
arrive aérien
à la manière du
funambule sur
son fil
 
inédit

Jacques Fournier

Sur les quais, des sacs oubliés, il y en a. Et nous ne savons ni par qui ni pour qui. Mais ils sont là. Attendant la main qui les emportera, l’œil qui les scrutera, le geste qui les videra. Mais ils sont là. Posés. Patients. De la patience des pierres sur le bord du chemin qui n’espèrent plus le bout de la chaussure qui les poussera plus loin. Ils sont là, les sacs sur les quais. Et nous n’osons nous en approcher.

***

Sur les quais encore, devenues rares, les larmes qui roulent.

***

Sur les quais, l’oiseau qui picore, scrute, gratte, picore, gratte, scrute de l’œil libre l’approche des aveugles voyageurs. L’oiseau qu’on ne sait plus oiseau, que l’on croit pigeon, seulement pigeon, donc transparent. Mais qui redevient oiseau quand l’aile se déploie, défroissement, et le dépose sur la poutre où jamais nous ne saurons nous poser.

Michel Lautru

Les enfants des bidonvilles
Regardent ceux qui les regardent
Fouette cocher
Un tour de calèche
Et l’on voit des biquettes qui lèchent
Quelques sacs de supermarché
Apportés par le vent des touristes
Les enfants des bidonvilles
Grands yeux hagards
Au milieu des regards.

*

De loin
La succession des jours et des nuits
Me fait penser
Au flash ininterrompu
Du reporter
Mort à la guerre
Mort sans avoir pu saisir
La petite seconde d’éternité
Dans l’œil des signataires des conflits.

La mer Noire
La mer Rouge
La mer Blanche
Les mers ont de jolies couleurs
Deuil
Sang
Naissance
Elles souffrent comme les humains.

Claude Held

Trois poèmes
extraits de
qui a dit que nous étions dans les nuages ?
(Donner à voir, 2002)

écoute
ne coupe pas
j’ai eu ton message

c’est toi
c’est bien toi
c’est bien de toi

la nuit est blanche
la nuit passe

**
tu veux quoi?
des faits
des scènes
des actes
la raison des nuages
la vérité des nuages?

les yeux s’égarent
les yeux sont défaits
***
personne ne descend
à l’arrêt du bus

la saison est morte
le sable ratissé
comme des hommes
après la tempête

Claudia Adrover

8 novembre 1942.

Une terrasse
blanche
ventée.
Une lessive qui s’agite
en un geste de bienvenue
à la mer au loin
où s’étire la ligne sombre
de la flotte alliée…

Image simple et volatile
D’une journée d’enfance.

Les vagues houleuses du ciel
entre les pins dansent.
Retour au pays du vent
porteur de jeunesse et de rires.

Le regard embué de brumes
s’aiguise aux lames des cyprès,
aux arêtes du soleil de midi.

Retour au pays d’or et de sang

Patrice Cosnuau

Que me caches-tu donc, ô belle nuit profonde ?

Je ne suis qu’un miroir et je suis tout un monde…

Que voulais-tu me dire, ô belle nuit rêveuse ?

Vos prières mêlées me sont une berceuse…

A quoi joues-tu le jour, ô belle nuit secrète ?

J’illumine le bal, je décore la fête…

Joël Picard

Jupilles

Les autobus ont de drôles de manières…
Surtout celui de la Saint-Gengoult…
Je monte Prends un ticket
Il ne m’a pas reconnu La distance est trop grande
Direction le village Quatre kilomètres de route
On démarre
Grand sourire de l’autobus en passant près du café
C’est une habitude
-Il faut soigner les habitudes-
Son sérieux en attaquant la côte
On sent qu’il ira jusqu’au bout
Même si c’est dur
C’est son métier Il le fait depuis toujours
Soupir de soulagement en haut
Il est arrivé Il est content
Ronron sur le plat
Le ciel est bleu- ardennais
Ca roule bien par cette couleur
Et voilà qu’il me tire
-je ne m’y attendais pas-
Qu’il me tire vers le passé
Avec un bond de trente ans en arrière
Je suis coincé
Combien de temps me faudra- t-il
pour revenir

Nicole Olivier

Lombron – Propriétés
 
La colline
j’aimais qu’elle soit là
au sortir de l’école.
Ah ! se cogner à la colline
grimper aux souches
sillonner les chemins (première bicyclette)
courir dans le ruisseau Crocieux
renverser le ciel dans la mare
pour attraper la lune avec un grand panier
pinger * dans le marais
tourner virer sauter
danser
plonger
tomber
recommencer.
L’ espace
l’espace
à l ‘endroit et
à la renverse
l’espace
 
*Mouiller ses chaussures

Georges Friedenkraft

Métissage, Pour mes enfants

Ils m’ont dit que tes mains seraient
moitié sapin moitié rizière
aussi pâles que les bouleaux
aussi dorées que les volcans

Ils m’ont dit que tes dents seraient
moitié tigre moitié panthère
blanches et serrées comme un roc
dures et bleues comme un couteau

Ils m’ont dit que tes yeux seraient
moitié iris moitié jachère
les bourgeons d’un saule amoureux
la ride fleurie d’un ruisseau

Ils m’ont dit tout cela ma douce
moitié plaisants moitié sévères
ceux qui vouaient figer de mots
le caprice ailé de tes jeux

Mais n’en déplaise aux médecins
aux savants et aux infirmières
bébé tu es tout à la fois
tigre et mouton, iris et chêne

Un petit peu du riz d’orient
mais aussi le blé millénaire
un petit peu de sapin blond
mais aussi le bois noir des îles

Il n’est rien de plus chatoyant
et je le sais comme ta mère
que deux races deux horizons
deux peaux deux sangs qui se mélangent

Enfant tu es tout à la fois
ce qu’ils ont dit et le contraire

*

Le matin s’étire
entre les cris des oiseaux
et les magnolias

Si la pluie le pousse
l’escargot grimpe à son pas
la fourche du buis

Loin sur la jetée
le vent se roule en bourrasques
se drape d’embruns

Patrick Joquel

Dehors
Avec la nuit
Le ciel s’absente

A l’intérieur
Contre les braises
Les mots
Un à un
S’apaisent
Et
se taisent

Silence
Libre espace
Où s’évade
Le regard


Songe
Songeur
Un songe

Le silence
Souffle ébloui
Façonne
Et l’espace
Et le temps

Le silence
Seul me libère

Seul
Un silence
M’espère

Et m’attend

17 vues du mont Silence, DAV
 

Notre Invité du Cameroun :
Alain Serge Dzotap

Quête du visage

Oasis la fragilité de ce peu de lumière
Qui survit dans le corps vide de ton visage premier
Où tu ne possèdes plus rien
Si ce n’est vétilles çà et là
La douleur l’a cambriolé
Et a tout emporté
Les pierres rares de ton sourire
La musique de ton rire
Plus belle que musique de kora,
Puis étranglé les oiseaux de la bonne nouvelle
Qui habitaient dans les buissons de tes cils
Leur sang est larme sur la nuit de tes joues
Et tu portes encore leurs tombes dans tes yeux.

Ho ! désert ce lieu où je peux te rencontrer chaque jour
Après mille efforts
Dans la violence de ta langue
Dans la gifle de tes yeux
Dans la morsure de tes mains
Armures fragiles qui dénoncent ta fatigue
Tes rares mots se sont habillés de la forme et du grain
Des pierres des Sahara
Et tu te vêts de silence
Pour te protéger des mots de ta mémoire
Qui te rappellent la splendeur de ton royaume plus beau que béryl
Où tu n’habites plus
Tu traînes ses ruines jusques dans tes sommeils
Ta nuit construit tes peurs
Arme tes mains de gestes fous
Et assassine les phalènes dans les mots
Que tu portes encore sur ta langue
(Les phalènes meurent aussi
De l’absence de lumière)
D’épuisement, tu arraches ton armure
Et tu cherches enfin le récit de ta mémoire
Qui raconte ton éclat que tu as quitté
Qui raconte ton visage premier où tu ne vis plus
Qui tisse ton voyage jusqu’ici
Au cœur du désastre.
Tu remontes tes pas éparpillés derrière toi
Derrière ce visage que tu portes comme une plaie qui tourne en plein visage
Et tu trouves un bout d’émeraude
Bout de ton royaume perdu
Que tu as emporté dans les ruines
de ton antique cité que tu traînes jusque dans tes sommeils.
Oasis ce petit bout de pierre
Où tu peux t’habiller à nouveau de splendeur
Tu peux habiter dans le corps de ses reflets
Ou plus loin encore au cœur de la pierre
Que tu portes maintenant en relique
Tu marches tu marches pour te vêtir à nouveau du corps de ton visage premier.
Demain
Les phalènes survivantes reviendront
Et se déshabilleront de leur nuit aux baisers de ton éblouissement.

Tu vis loin de ton visage

Les phalènes n’habitent ta langue trop obscure
Parties s’étourdir de lumière
La trace de leur fuite s’estompe encore dans tes mots.
Chacun de tes pas n’épaissit que la nuit
Le jour est mort sur ta face
Et sa chair y tourne.
Tu vis loin de ton corps
Quelque part hors de la planète
Pour ne plus voir sa carcasse que la vie ne visite plus
Dans ta mémoire, les reflets que le jour a gravés
Ont consumé leur corps
Et tu n’oses le retour
Les racines de ce visage que tu traînes sont profondes.
Tu parles tu parles
Tes mots ne sont que silence décoré de bruits
Puisqu’ils ne disent rien que l’absence de la parole
Attendue désespérément par les captifs du désir

Tu parles tu parles
Ta bouche n’est que l’absence de la lumière.
Terrienne, je porte les pierres dans mon baluchon de voyage
Et je te suis, érigeant des cairns au bord de tes traces
Pour que demain, lorsque tu chercheras ton visage premier
Tu retrouves tes pas le long des pierres
Ou des grains de sable
Puisque des pierres le temps tire le sable.

Notre temps

Notre temps s’appauvrit
Cambriolé par le doute
Les mots ne nous habillent plus de vertige
Nos gestes n’inventent plus
Le feu dans nos corps
Nous marchons nous marchons
Une étoile survit chaque jour dans nos traces
L’âge de nos baisers
De nos gestes
De notre parole
N’a pas assagi nos pas
La mémoire n’avait gardé d’eux
Qu’un peu de sable sec
Qui s’échappe par nos mille trous de mémoire.
Nous marchons nous marchons
Collecteurs de grains de nos souvenirs
Pour calfeutrer le rempart fragile
Qui nous reste pour lutter
Contre la mort totale
De la tendresse.

Viatique

Un instant de toi,
Ivresse
Pour le reste du voyage.
Me voici
Livre ouvert
Par les mots
Qui désirent
L’œuf bleu de l’horizon.

Pistes d’écriture

Alain Boudet : dans sa boîte à lèvres : des boites à… et qu’est ce qu’on peut y trouver… Une écriture libre où tout est à inventer…
Le creuset du poème : et toi tu vis où ?
un lieu réel… dans la montagne… ou bien un lieu imaginaire…
et dans tous les cas, qu’est ce que tu vis, qu’est ce que tu sens… qu’est ce qui te fait vibrer ?…
une écriture libre (poétique ou prose, horizontale ou verticale)…

on peut aussi utiliser le je, je vis dans… et construire son texte comme une petite prose façon carte postale… et créer l’image qui l’accompagne (photo, collages, gouaches, encres…)

Anne-Lise Blanchard : à ton tour de tenter un poème sur le mois en cours… Pense à son atmosphère, aux sensations qu’il te donne…

Jacques Fournier : Dans la cour de l’école…
Qu’est-ce qu’il y a… et qu’est-ce qu’on peut en dire, en écrire…

Création de courts textes en prose (définir la longueur en nombre de phrases en fonction du niveau de la classe)… éventuellement accompagner les textes de photos numériques…

Michel Lautru : Choisis des photos de journaux, des photos d’actualité. Ensuite tu les accompagnes d’un court texte à ta convenance. Il y a aussi moyen de lancer une série d’exposé sur les enfants du monde : Indes, Soudan, Sahel, Somalie, Favella, Ghetto, Chinois… Et écrire éventuellement en plus un petit poème pour chaque endroit.

Nicole Olivier : à la sortie de l’école qu’est-ce que tu aimes faire ?
raconte avec un texte au choix, vertical ou horizontal…

Patrice Cosnuau : Pose à ton tour des questions…
Place les dans un grand choipeau et que chacun tire ensuite au sort pour répondre à la question…

Jean-Claude Touzeil : si les oiseaux du ciel découpent les nuages… que font les autres animaux… ? Ceux de nos quotidiens (pensons aux insectes…)et ceux de nos imaginaires (panthère des neiges et autres diplodocus…).

Portrait chinois avec l’arbre, les légumes les animaux… Si j’étais un arbre je serai…

Dan Bouchery : En arts visuel partir sur les vitraux. Présenter le poème sur vitrail ; par exemple partir sur un petit diaporama de vitraux et enfin en fabriquer, soit des vrais soit avec des feutres vitrail. Par extension aborder l’architecture des églises.

Claudia Adrover : Une journée. Quelques mots sur une belle journée (à l’école ou ailleurs). Soit sous forme de poèmes : un ver ou groupe de deux ou trois vers = un zoom sur un moment… Soit sous forme de petit récit (phrases courtes : un verbe/phrase)… Soit sous forme de carte postale…

Claude Cailleau : Pour chiennes de vie, Choisir une photo (personnage, objet ou animal). Lui donner la parole. Le texte utilisera le Je.
Pour le texte du vieux galet, Souvenir de vacances… soit donner la parole à l’objet… soit un texte plus méditatif genre je me souviens…

Michèle Levy : chat ; Choisis une photo d’animal. Prends le temps de l’observer puis en gardant un œil sur le poème de Michèle Lévy, à ton tour, tente un texte qui commence par le nom de cet animal…

Les notes de lecture : incontournables de l’année 2 009 en poésie

Café vert tzigane
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Illustrateur : Math Mahlen
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
Un livre à quatre mains, six si on ajoute celles de l’éditeur (sans ces deux mains-là le livre n’existerait pas…). Construit ensemble. Dans un aller retour de textes, d’images, de discussions jusqu’à ce que l’équilibre ou le déséquilibre soient parfaits. Textes et images main dans la main pour cet improbable cheminement qu’est la lecture d’un livre de poèmes illustrés, d’images accompagnées de poèmes…
[…on aimerait encore être un enfant pour aller voir de l’autre côté du miroir]
c’est de ces mystères là dont s’empare le livre. Deux grands enfants qui ensemble cherchent cet autre côté. Parmi les caresses de la Kora. Dans une liberté d’herbes folles. Folles d’amour. Sans autre attache que le fil de la vie.

Les escargots sont des héros / La pieuvre qui faisait bouger la mer
Auteur : Roland Nadaus
Illustrateur : Sophie Clotilde
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-55-7
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Une réussite ! J’en reste saisi, muet, en flottement, musement… Deux livres en un : celui des escargots et celui de la pieuvre. Tête-bêche. Celui de la pieuvre est une plongée dans un monde flottant, liquide… On perd pied. On suit le courant. Il nous entraîne dans un état proche de l’émerveillement. On est bien dans ce monde… Celui des escargot est plus terre à terre. Questions de vie, de mort, de survie et d’amour sont au programme. Du dense. Mais toujours avec douceur.
On ressort de ce double ouvrage plutôt bousculé. Et on y retourne vite tant il est riche et prenant. Les illustrations sont de petites statues qu’une fée de passage pourrait bien rendre vivante…
Chapeau !

Mon kdi n’est pas un kdo
Auteur : Michel Besnier
Illustrateur : Henri Galeron
Editeur : éditions Motus
ISBN : 978-2-907354-91-2
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
Un nouveau titre dans la collection Pommes Pirates Papillons. Le tandem Besnier/Galeron à l’œuvre. Cette fois-ci, le poème se promène en caddie, dans une de ces grandes surfaces que nous fréquentons si régulièrement sans penser que là aussi se tient à l’affût la poésie. Suffit d’ouvrir les yeux, de laisser les mots s’emparer du lieu, des situations, des objets. Suffit de jouer. J’aime cette veine d’écriture plutôt moqueuse et pleine de sourires. Elle permet sans en avoir l’air de dire quelques petites choses importantes. De remettre certaines pendules à l’heure. L’heure de l’imaginaire. L’heure de l’humour. L’heure du réel. On n’a qu’une vie et rien ne nous empêche de la jouer à toute heure et en décalage.

Ici
Auteur : Jean-Pierre Siméon
Illustrateur : Martine Mellinette
Editeur : Cheyne
ISBN : 978-2-84116-143-0
Année de parution : 2009
Prix : 14 €
Des poèmes à hauteur d’homme. Justes. Simples. Altruistes et aimants. On est bien dans ce livre par ce qu’il appelle en nous de plus haut, de plus beau. Il nous pousse, mais dans la douceur, à être un peu plus humain. Simplement humain. Sans autre fioriture que la tendresse.
Les images en papier journal ouvrent discrètement d’autres pistes de lectures. Des croisements entre les textes suscitent la réflexion, un sourire ou les deux. Un livre sincère.
A donner à lire dès le plus jeune âge !

Peuples d’arbres
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Editeur : Donner à Voir
ISBN : 978-2-909640-13-6
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Une réédition. Le cas est assez rare en poésie pour le souligner amplement. Ceci dit ce n’est pas surprenant vu la qualité des poèmes de Jean-Claude Touzeil. Cet amateur d’arbres a réussi à les intégrer au papier. Ce n’est pas un livre mais un jardin. Avec des pages drôles, poignantes, humaines.
Un livre que toute bibliothèque se doit de mettre à disposition de ses lecteurs. Et pour tous les âges.
Quand on réussit ainsi un bel et bon livre, quoi de plus naturel que de le suivre. Et pour ceux qui auraient déjà la première édition, sachez que de nouveaux textes font ici leur apparition !

Je ne m’adresse plus la parole
Auteur : Yann Sénécal
Editeur : éditions Clarisse
ISBN : 978-2-912852-25-0
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
Le poète est un être humain. Un être très quotidien qui parfois se manque
[certains soirs/tu te manques]… Un être complexe, en proie au doute. Quelqu’un qui tente de résister au lavage organisé des cerveaux. Un chercheur de vie là où la vie est aseptisée. Un tentateur de pensée là où fumer et penser en public est interdit…
Un livre qui résonne avec notre temps. Notre société d’un début de siècle désenchanté, déboussolé d’humanité.
Ecrire est une résistance. Ce livre est à faire circuler pour ce qu’il témoigne de cet état intérieur de l’homme occidental et pour ce désir qu’il porte de mettre du sens à sa vie.
ici rouge-gorge
Auteur : Luce Guilbaud
Illustrateur : Luce Guilbaud
Editeur : La renarde rouge
ISBN : 978-2-910861-79-1
Année de parution : 2009
Prix : 14 €
Une vie de rouge-gorge y avais-tu pensé ? En avais-tu rêvé ?
Voir la vie à hauteur de ce petit brin d’oiseau, petit brin de lumière… Prendre le temps de s’apprivoiser… De s’écouter… De partager…
Je connais un petit rouge-gorge qui parfois vient se poser sur mon balcon… Un frère lointain de celui que Luce Guilbaud a laissé entrer dans ce petit livre carré accompagné de monotypes rehaussés de… rouge !
Un livre à lire et à laisser résonner dans le silence de l’hiver.

À cloche pied
Auteur : Chantal Couliou
Photos : Magali lambert
Editeur : Tertium éditions
ISBN : 978-2-916132-23-5
Année de parution : 2009
Prix : 12.50 €
Un livre où photos et textes s’accompagnent en douceur vers de plus vastes horizons. Un livre qui emmène. Vers l’enfance. Son enfance… et vers le large… Ces horizons que l’enfant construit et que nous poursuivons sans cesse. Des poèmes qui jouent sur la plage, sur l’eau : océan, pluie… des poèmes qui vont à l’école. Tout lieu porte en soi des poèmes, le poète les entend, les écris… les offre… comme l’enfant ses dessins… « tiens, c’est pour toi ». Offrir un poème, un livre de poèmes c’est un peu cela : offrir un passeport pour le mystère, pour l’horizon… et même à cloche pied, on peut atteindre le ciel !

Et toujours parmi les incontournables une Prose Inclassable :
Adam et Eve
Auteur : Jacqueline et Claude Held
Editeur : Gros Textes
ISBN : 978-2-35082-105-4
Année de parution : 2009
Prix : 8€
Un livre dédié à la vie. la création. Et à l’amour. Un livre à deux voix : un dialogue. Enjoué. Joueur. Plein d’humour et de bonne humeur. Plein de tendresse et de joie. Profond comme un jeu d’enfant.
On en sort heureux et souriant. Rien que ça !
C’est énorme !
Qui dira qu’un livre ne sert à rien ?
Deux albums poétiques

Litli
Auteur : Sèverine Thevenet
Illustrateur : Catherine Leblanc
Editeur : éditions où sont les enfants
ISBN : 978-2-915970-15-9
Année de parution : 2008
Prix : 24 €
C’est l’histoire d’une petite marionnette qui s’en va explorer le monde au raz des pâquerettes et qui du coup entreprend un long et lent voyage au pays de la soliquiétude. Ce pays de quiétude et de solitude, celui où chacun porte son visage intemporel (comme le définit Annie Duperey fort justement), on est proche de la saudade mais c’est encore une autre tendresse qui émane de ce bel objet dont les textes laconiques de Catherine Leblanc accompagnent les photos de Sèverine Thevenet, l’instigatrice de ce voyage.
Superbe ! Parfait pour les rêveurs comme moi.

Oh ! les Amoureux !
Auteur : François David
Illustrateur : Isabelle Simon
Editeur : Sarbacane 3
ISBN : 978-2-84865-088-
Année de parution : 2009
Prix : 15.00 €
Une merveille. Des images fortes. Petites sculptures mises en scène !! Et des poèmes qui les accompagnent. Parler d’amour est simple finalement. Des poèmes, des fragments de bonheurs partagés… Des dialogues… intimes… Un livre d’une grande profondeur et d’une immense humilité. Un grand bouquin !!
Je reste en état de musement devant les pages, bouche bée. Une émotion appelée poésie…

Et en BD
Rouge, livre 2
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka éditions
ISBN : 978-2-94-517371-1
Année de parution : 2010
Prix : 8 €
La suite des aventures de Rouge. Petite princesse de bandes dessinées. Une nouvelle série qui débute donc et d’autres sont en projets… Toujours aussi frais. Aussi décalé. Aussi inventif. Les images et le scénario se rêvent à voix haute, à vie haute également car pour toucher à ce niveau de simplicité, de limpidité il faut vivre aussi haut que possible.
Bref un tout petit objet, et beaucoup de plaisirs à entrer dans cet univers joyeux et coloré.
Un petit livre à faire entrer dans toutes les classes et bibliothèques !

Petit rappel
Rouge
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka éditions
ISBN : 978-2-917371-06-0
Année de parution : 2009
Prix : €
Voici une petite bande dessinée pleine de tendresse. Et encore, réduire ce beau petit objet carré à ces deux mots : bande dessinée, me paraît réducteur tant l’univers original qui s’y déploie caresse autant le conte que la poésie et le dessin.
Rouge, c’est le nom d’une petite fille, une princesse bien sûr. Mais une princesse qui s’échappe. Et tout le livre s’échappe avec elle hors des sentiers battus par les convenances et des attendus. Johan tient ainsi sa promenade juste à côté. Juste un peu décalé. Dans le récit, qui frôle le conte et l’aventure… Dans la conception concrète de la bande dessinée : cases ouvertes par exemple. Ce décalage rêveur donne à la lecture un tempo songeur. Un tempo sourire. On est emporté ailleurs. Dans un univers d’artiste tout simplement.

Les sites des uns et des autres 

Le site animé par Alain Boudet, La toile de l’un :

http://www.boudully.perso.cegetel.net/

le site de Jean-Claude Touzeil, le blog du biloba :

http://biloba.over-blog.com

Maison de la Poésie de St Quentin en Yvelines 
www.maisondelapoesie.agglo-sqy.fr
la charte des auteurs et illustrateurs
le Printemps des Poètes

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn au sommet du Cayre Gros (06) printemps 2 009 Photo : Patrick Joquel

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

www.grostextes.com

http://grostextes.over-blog.com/Cairns

$$**
6

Pour la deuxième année consécutive, Cairns consacre son numéro d’hiver au Printemps des Poètes. Couleur Femme, cette année. Notre démarche est simple. Nous avons contacté 52 poètes, 28 femmes et 24 hommes. Une presque parité. Histoire de croiser les regards, les écritures. 22 femmes et 11 hommes ont répondu à notre appel. Signalons aussi deux envois spontanés, deux poètes qui ont découvert le projet de ce Cairns 6 via le site du Printemps des Poètes.

Un à un les poèmes sont entrés ainsi dans ce numéro. Chacun apportant son éclairage particulier, sa tonalité, ses mots et ses silences autour des deux mots : Couleur Femme.

Cairns, depuis son premier numéro, a choisi de référencer les sites de ses auteurs. Une invitation à découvrir leurs univers, leurs livres et leurs activités. Ceux qui n’ont pas de site sont en général référencés sur des sites collectifs : celui du Printemps des Poètes, celui de la Maison des Ecrivains et de la Littérature ou celui de la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse. En fait nous rêvons du réflexe site. Lorsqu’on étudie en classe un livre, un poème, qu’est-ce qui nous empêche d’aller voir sur le répertoire de la Charte si l’auteur et l’illustrateur y sont présentés ? De rebondir sur leur propre site ? De prendre des informations… Et lorsqu’on étudie un poète contemporain, qu’est-ce qui nous interdirait d’aller voir si ce poète est référencé au Printemps des Poètes et d’aller ensuite sur son site personnel ?

Qu’est-ce qui nous empêche de chercher des informations sur ces poètes qui croisent la vie de nos classes ? De montrer à nos élèves leurs photos, les couvertures de leurs livres ? Qu’est-ce qui nous empêche d’acheter un, voire plusieurs, de leurs livres ? et de les mettre à disposition, en lecture libre… Qu’est-ce qui nous empêche de les contacter pour leur partager un bon moment de la vie de la classe autour d’un de leurs poèmes ? Qu’est-ce qui empêche nos écoles de vivre davantage au contact des artistes ?… D’être curieux de l’autre…

Que ce Printemps des Poètes Couleur Femme soit celui de la curiosité et de l’élan vers l’autre !

Patrick Joquel

« Couleur Femme » c’est attirer l’attention sur une part du répertoire souvent mésestimée, souvent méconnue : la poésie écrite par les femmes. Non pour signaler une particularité mais pour objecter à un oubli courant tributaire, comme d’autres, de la domination masculine dans la création littéraire.

C’est l’occasion de reconnaître les grandes voix d’hier et d’aujourd’hui et de découvrir cette nouvelle donne : dans la génération des 30/40 ans les œuvres des femmes sont plus présentes que jamais.
« Couleur femme » c’est aussi proposer d’explorer les représentations du féminin dans la poésie, « au-delà des stéréotypes de la célébration amoureuse », de la femme muse ou consolatrice.
Et c’est sans doute en lisant la poésie des femmes qu’on peut échapper à ces stéréotypes.

Jean-Pierre Siméon

Raphaël Monticelli

Le tamis de l’ange
Pour Oscari Nivese

Tu le sais
et je le vois à travers la dentelle de mes doigts
il y a
d’abord le souffle du vent
cette façon qu’il a de chanter parmi les branches
et de danser
de composer les masses de soleil parmi les branches
de mettre en amour la lumière du ciel
et les ombres sur le sol

je le sais
tu le regarderais des heures
surprise
de l’harmonie qui s’y joue avec cette fraîcheur qui coule sur ta peau

Au fond de tous les bruits du monde il y a
non les couvrant mais leur donnant cette tension
cette
insupportable tension
leur coloration leur tremblement leur déchirement
ce bourdonnement sourd qui jamais ne cesse
la rumeur continue de toutes les douleurs du monde

Il y a
ces corps d’enfants
aux souffles tièdes et apaisés
leur peau tendue
leurs yeux qui se ferment comme on les ouvrirait
émerveillés

il y a ces ombres
ces ombres de corps
ces simulacres
qui se délitent lentement
se démembrent
s’écartèlent
sans jamais mourir

ce bourdonnement sourd qui jamais ne cesse
la rumeur continue de toutes les douleurs du monde
et nous en vibrons nous en sommes assourdis et gourds et tremblants et déchirés

il y a
ce bourdonnement sourd
la rumeur continue de toutes les douleurs

Il y a le corps des femmes
nous savons combien il est tendre trop tendre
comme un rappel de nos naissances en nous
nous le savons
ouvert aux ondes de la terre et du ciel
il porte dans ses ombres toute la vérité toute la sainteté du monde

et ces pleurs en pluie qui te glacent
te
déchirent

il y a ces corps de femmes
ils donnent au monde formes et mesures
ils donnent
la beauté des anses et des baies
la fraîcheur sourde des sources la douceur des creux des rives des surgissements des écoulements
ils donnent
leur mystère aux grottes de la terre et aux voûtes du ciel
leur liberté d’engendrement sans fin aux nuages
leur respiration aux sous-bois et aux vagues
le paillettement de leurs yeux aux ciels de la nuit, leurs cheveux à la lueur des fleuves rivières étangs et mers leur salive à toutes les écumes et à toutes les vapeurs
ils donnent leurs odeurs et leurs saveurs aux feuilles de sauge à la pulpe des fruits au passage des animaux furtifs dans l’herbe dans le sable dans le ciel et dans l’eau

Et il y a
ce gémissement infini des femmes brisées
douloureuses du monde brisé
ce gémissement millénaire qui brise

Il y a
le vol des bombardiers les
bombes
les bombes en pluie
la douleur des mères la souffrance des
justes
ces pleurs noyés de sanglots tu
t’étouffes dans la souffrance en silence
sous le piétinement des exodes
dans le sifflement des balles
et le gémissement retenu de toutes les voix brisées
ce bourdonnement la rumeur continue des douleurs

Neige à peine posée sur le rebord du monde
tu trembles continûment de toute la douleur du monde
prête à t’effacer
dans la fraîcheur d’une aube sous la clarté pâle de la lune

Et tu demeures là
où il y a encore
ce rêve ce désir
douloureux
de joie
cette soif du monde dans l’absence
cette approximation timide du bonheur

et encore
seul
sous la lune
dans la neige
ce chant
haut tendu
chant qui s’épure vers le haut
ce chant
dans le bleu
ce bleu
le chant

Raphaël Monticelli

Dan Bouchery

Choisir
Entre
La terre
Et
Le feu
Qui le peut
Je préfère
Les deux
Mes cendres
Dans un
Nain de
Jardin
Voilà
Qui me
Conviendrait
bien

Béatrice Machet

Une pie perplexe, provocante comme souvent, devant une pousse de pin de tout juste trente centimètres :  »Es-tu si pressé de brûler que déjà tu te hisses et t’étires comme une flamme ?

- Tu railles à ton aise mais à mon tour de me moquer : tu as beau criailler à qui mieux mieux, jamais tu n’arriveras à chanter aussi bien que les cigales que j’hébergerai un jour, quand je serai plus grand. »

*

Journée calme en montagne :

« J’admire, je rêve de ton envergure » dit le cèdre à l’aigle.
 « Ne voudrais-tu pas m’habiter ? »
-   Je vois, répond celui-ci avec majesté. « Le problème est que tu ne vis pas suffisamment en altitude pour moi. Peut-être pour s’adapter au rêve comme à la réalité, pourrais-tu inviter à nicher sur ta cime , la buse ma cousine ? »

L’oiseau
que je vois
brindille après miette
se satisfaire de sa vie

Le prunier
que je vois
pétale après feuille
se satisfaire de sa vie

L’humaine
que je suis
ruisseau après rocher
grimpe s’installer
au milieu des nuages

Serai-je un jour d’éternité
parfaitement satisfaite….

Béatrice Machet

Thomas Vinau

Superman est une femme

Au matin

Le nuage atomique
de tes cheveux

Le lit en bataille

Et la formule secrète de la paix intergalactique
qui parfume ton oreiller

*

Fleur fanée

Elle lui a dit
Il n’a pas répondu
Et les trois petits mots
sont tombés sur le sol
au milieu des akènes
des herbes sèches
et des ailes d’insectes arrachées

Collection de sombreros

Chère Madame l’aubergine,
Votre matricule commence par 12 23… mais je n’ai pas encore eu l’occasion de l’apercevoir en entier. J’espère que cette occasion viendra.
Si tout se passe bien, vous devriez trouver cette lettre sur le pare-brise de la Punto verte que vous honorez chaque matin d’un nouveau procès verbal aux alentour de 10h30. Je vous remarque souvent pendant vos tournées dans notre beau quartier résidentiel de Besace-en-Gelé et c’est toujours avec admiration et envie que je constate l’application minutieuse avec laquelle vous vous efforcez de faire votre travail. Chère Madame l’aubergine, j’aime la discrétion soignée avec laquelle vous dégagez la queue de cheval prise dans le col de votre uniforme. Je sais que vous êtes pleine de ressources. Vous avez des gestes intelligents. J’imagine que dans le civil vous pourriez me surprendre en cultivant le goût de la collection de sombreros ou de tout autre loisir secret que la couture serrée de votre uniforme m’empêche de préjuger. Toujours est-il que je rêve parfois un peu de vous. Je pensais qu’il valait mieux que vous le sachiez.
Bien à vous,
le monsieur du Magasin Phildar

(Extrait de Collection de sombreros, le zaporogue édition)
Thomas Vinau

Liska

À ma mère, à ma fille

Le jour où je serai grande ton tour viendra :
Tu rapetisseras. Je farderai mes joues
Ma bouche avec du rouge et tu m’obéiras.
Je t’achèterai des poupées pour que tu joues.

Alors dis-moi quand tu redeviendras enfant
Comment te souvenir qu’il fut un temps avant,
Connais-tu l’avenir, ce recommencement ?
Qui suis-je donc vraiment : ta fille ou ta maman ?

Chantal Danjou

1
Une yeuse, dans le vallon planté de grands chênes blancs, capte la lumière. Petit, il n’y a plus néanmoins que cet arbre pris dans un scintillement qui va jusqu’à la fascination.
Je le vois du chemin : il vole et il est immobile.

2
Il est ce plumage venu du bleu et du bois. L’œil dessiné des paons s’y élargit et s’aveugle. Je n’ose pas faire un pas de plus, saisie par l’apparition.
Il est en fleurs !

5
Qu’est-ce que le temps ?
Je vais aussi loin que possible dans cette jouissance illusoire. Les pas, les traces, les ombres, les traits, les langues, les brumes, les papillons, les bruits, les papiers flottent.

9
Les breloques se sont éteintes une à une. Arrivé à la dernière, l’arbre, d’un coup, a retrouvé ses feuilles. Mais comme tout processus de création, l’arbre ou le texte, selon, est fragile. Les petites chenilles de l’étoilée rongent l’un et l’autre avant d’être éparpillées par le vent.

12
Le chemin longe les pins.
Hauts, clairs, légers, ils descendent comme des toiles peintes de la ligne de crête. Ils sont immuables. Autour d’eux, la brume, la lumière, l’horizon dansent.
D’autres chenilles nommées feuilles mortes dansent aussi.

Poètes, chenilles, les chênes sont rongés, Editions Tipaza, 2008.
Merci aux éditions Tipaza pour leur autorisation de publication !

Gilles Lades

Haut par les toits
nuage et neige à la hâte

Les feuilles amassées sont hivers à rebours
dans la cour à mémoire
où plonge l’oiseau d’éclaircie

Toi ma longue lumière dans le froid
ton rire entre deux sommations de l’autan

Ce coin de ville au bout d’une coursive
gardée de lampes rondes et de filets

Ta robe noire en vigie
sur le coffre aux comptines

Alain Freixe

À la fiancée du vent

Et ce n’était rien la pluie.
Sinon la touche du vent, la cillée des nuages, les mains aux nœuds défaits, légères à pétrir le ciel de leurs doigts de fontaine.

Rien sinon ce qui échappe. Et s’abandonne à l’air.

Rien sinon ma danseuse d’automne.
Suspendue. Flottante.
En devenir dans le tourbillon de son âme déchirée.

Rien sinon votre chair qu’aucun mot n’habille. Votre feu qu’aucun regard n’éteint. Votre sang et vos larmes qu’aucune bouche jamais ne parviendra à sécher.

Ma danseuse, tout feu, tout flamme.
Cœur au ciel et pieds légers, c’est toute la terre qui s’élève dans le chant rauque du bois. Dans les fibres qui se dénouent. Et tournent.

Dans la nuit, j’irai voler les derniers muscats noirs. Je presserai leur chagrin.
Et longtemps après m’enivrerai de leur vin de lune.
Ce sera pour vous rejoindre, ma fiancée du vent.
Et, ange, oublier ce qui blanchit mes nuits.
Sophie Braganti

La vaisselle
 
à la main
pyramide incertaine dans l’évier
un peu dans l’assiette reste
le pain du matin la salade de midi et le soir
tout traîne déshydraté
trop de mousse le verre échappe
en roue libre on pense à rien
on insiste sur les reliefs
main de fer
main de paille
les mains machinales en solo comme détachées
du corps courbé
les petites marionnettes ainsi font
mains propres dans le citron artificiel
ramollies et douces
 
entre chaud et froid l’eau hésite
rincer ça va vite
quand on essuie c’est fini
on le croit

Extrait de K.Otidiennes
Inédit

Paul Bergèse

Et, l’enfant sur son corps délivré,
monte cette grande bouffée
de rouge bonheur
mêlée au blanc glacial
qui envahit son être.
Et là, juste à la commissure
de ses paupières fatiguées,
cette humide joie rose
et ce léger parfum bleu tendre
de l’amour partagé.

Luce Guilbaud

Elle y avait cru mais le noir gagne
Ariane meurt sans connaître la couleur de son sang
rochers dressés les voix rapaces l’attente au bord
le cri tendu les bras sa plainte
il ne reviendra pas de ses fuites
à la voile le noir hissé haut
ganse d’amante c’est le nœud qui oublie
aveux serments
même si le vent retrousse les nuages
le sang a caillé en écume
sans bras sans consolation
le poids de l’eau le poids du cœur
séparée de tant de tempêtes
elle y croyait encore mais le noir a gagné.

Marie-Florence Ehret

Elles d’Erlangen
Pour Catherine, Rachel et Marie-Christine

Elle
ce sont les chats qui
les animaux, tous
Près de l’abattoir
elle ne peut plus passer

Elle m’offre
la nuit bleue
sur la place du château

la chaleur de l’automne
Est-ce que l’année dernière
à la même époque
il ne neigeait pas ?

les maisons huguenotes
ont des combles
et le ciel au-dessus

à la terrasse
du café
il fait bon boire la bière
trouble du tonneau

avec elle

Rachel
est belle
comme un loup
comme une rose
comme la nuit
comme le soleil
Elle est belle comme tout

Elle est transparente
comme un cristal
au milieu de son corps
brûle la lumière de la vie

elle a deux pieds
et deux pays
deux yeux
et des cœurs à revendre
des cœurs à donner
plus d’idées que de mains
et des bras de déesse indienne

Elle vient de l’autre côté de la frontière
sa langue en garde une couleur
Elle tient
le cheval de la vie par la crinière
elle est roseau vent lumière et rire
elle est rosée fruit mûr et fleur

Elle est passage elle est passante
elle est oiseau
au ras des flots

elle est passeuse
elle est bateau
capitaine et matelot

elle est plus forte que le vent

Marie-Florence Ehret

Claude Held

fugue

une couleur joue
sur le mur
à être le jour

je peux rêver
que je parle et
tu comprends

femme
est mon nom
vers toi

les volets font
un bruit de vagues
regardées ensemble

les saisons changent
les saisons ne sont plus
ce qu’elles étaient

j’écoute
ta respiration
de l’aigu au grave

(inédit)
Jacqueline Held

Femme, qui te déprendra des clichés ?
Femme qui suspends ton linge aux nuages
Et plante solidement tes pieds dans le sol.
Femme à la cuisine. Femme au vaisselier.
Femme à l’aiguille. Femme à la lampe.
Femme à l’usine. Femme au laboratoire…
La couleur sied à la femme.
TOUTE couleur sied à la femme. Electre ou pas.
Tu tournes les pages d’un livre.
Les couleurs sont posées devant toi.
Comme ça. Un peu partout.
Tu laisses errer ton regard :
Femme-oiseau de Miró.
Petite fille devant la mer.
Aïeule devant la mer. Femme aux bijoux.
Femme angora. Femme des sables.
Biche chantant La Tosca.
La captive. L’invitée du dimanche.
Bethsabée. Une femme et son petit mari.
De Miró tu passes à Matisse :
Serveuse bretonne. Liseuse en robe violette.
Jeune femme à l’ombrelle. Femme devant la fenêtre…
Tu rêves. Le soir tombe. Tu fermes le livre.

( inédit )

Catherine Leblanc

Viens, que l’on attrape les branches, que l’on détache les pommes. L’herbe reste vive, le ciel clair, viens, que l’on partage les fruits. Tout ce temps sans se quitter. Toute cette vie chaque fois reprise. Tant de saisons n’en font qu’une.

Viens, les jeunes mésanges se lancent dans l’air libre. Elles déploient leurs ailes avant le froid. Des animaux secrets passent dans les haies, partout des froissements, des fuites, des piétinements. Dans l’humus, les graines s’ouvrent et germent les arbres de demain. Viens marcher entre les prés, dans cette odeur de terre et de rivière. Nos pas s’inscrivent dans le limon. L’océan n’est pas loin, on aspire les embruns. Les collines font des vagues.

Le soleil roule, plus bas sur l’horizon. Les rayons s’allongent, répandent un miel d’automne sur les champs, viens, la route est chaude. Dans les bosquets, des châtaigniers se rassemblent, des aulnes, des platanes, des érables jaunes, orange, roux. Sur l’air, se dépose une feuille, comme une flamme. Elle vient s’éteindre dans un fossé.

Un arbre couleur de blé, un arbre couleur de mer. Encore des feuilles qui dansent, blondes avant de se ternir, encore un jour qui se consume.

Au-dessus de tes épaules, un arbre prolonge ses lueurs vertes un autre s’embrase, répand le rouge. Avance avec eux, ton sourire m’emporte. Un arbre fauve, un arbre pourpre, un autre couleur de cidre et un, couleur de sangria.

Viens, viens boire avec moi. Tous les reflets du vin dans les feuillages, tous les bouquets lancés pour les mariés, viens valser, retiens-moi avant que je tombe.

On n’a pas fini tous les deux. On ne s’est pas tout dit. En essuyant la poussière, on voit encore le cristal de nos cœurs.

Des sentiers inconnus s’écartent des villages. Dans les parcelles où rien n’est cultivé, le sol nu attend. La terre est d’une douceur irrémédiable.

Viens, j’entends la voix qui frémit sur les mousses, le rythme qui bat sous les écorces. Le lierre retient les arbres quand ils appellent le vent. Sous la terre, la sève avance toute la nuit. Les racines descendent les années. Nous marchons seulement à la surface du temps.

Viens, je veux rencontrer dans ta bouche la forêt, sentir sous ta peau le battement des rochers. Écouter ton souffle, entendre l’océan. Reconnaître ton corps, unique au milieu du monde, et me laisser emporter.

Viens, l’hiver attendra. Le soleil tourne en nous. Éparpille cette paille dorée. Contre le mur, des roses s’ouvrent encore. L’été se brise très doucement, viens, mon amour. Il y a un espace entre naître et mourir, un fragment de bleu que tu peux descendre du ciel.

Catherine Leblanc
Extrait de Fragments de bleu. Éditions Oslo 2008
Merci aux éditions Oslo pour leur autorisation de publication !

Chantal Couliou

Après une saison
d’encre et d’insomnie
ses mains se dénouent,
et fil à fil,
elle tricote
une écharpe de petits riens
qui l’aide
à passer le gué du désespoir.
Ses mains tirent à nouveau
sur les ficelles du cerf –volant
brodé de bonheur.

Marie-Josée Christien

Regarde la nuit

La nuit rayonne
relie l’immensité
au bruissement des feuilles

je me referme
comme les fleurs

de nuit en nuit
le jour s’éclaire
traverse le feu

plus il fait nuit
plus je vois

je m’éclaire de ce que je sens.

Franck Cottet

Une femme. Seule. Blonde. Debout dans le métro. Elle se tient à la barre métallique. Elle a les yeux bleus et aucun âge vraiment. Elle tient un sac en cuir vert dans sa main droite. Un sac à main autour de son épaule. Son visage, fatigué, mais un sourire y naît quand même, y reste. Un long moment. Après, elle le garde pour elle, tourne le visage de trois quart. Il n’y a plus que la lumière dessus. C’est l’été. Elle rentre chez elle. Elle rentre chez elle, sans doute, mais ça ne se voit pas.
Vienne, Grinzing, U-Bahn, linie U.4, Heiligenstadt/Hütteldorf, début août.

Une femme. Elle est assise avec ses cheveux blancs, ses rides sur les bras sur le visage. Elle n’a plus d’âge, plus depuis longtemps. Elle est assise à un arrêt d’autobus. Elle attend. Ses yeux en disent long, de la longueur d’une vie. Elle attend. Sûr d’elle, de ce qui va venir.
Vienne, Hütteldorf Bahnhof, 19h50, début août.

Olympia Alberti
                       

Le bleu rouge d’aimer
 
Je viens de t’entendre, comme le ciel est bleu
Quarante six minutes de bonheur, ta voix
Dans mon cou, dans mon sang, je ne sais plus
Tout ce rouge feu d’où il vient
Si je t’entends avec ma bouche
Ou avec mes mains, je ne suis plus
Que l’oreille de mon âme, de mon cœur
Qui galope à perdre le souffle,
Et je prie que tu aies un peu de temps,
Pour accueillir cette saison d’aimer.
A peine raccroché je pleure de ta solitude
Face aux tombes, au rosier, au visage
Passé de ton fils, ô soleil qui meurtris
Même ceux qui partent, tous ces bleus
sur ton cœur, et cette nostalgie qu’on t’ait oubliée
que tu n’es pas fêtée, elle m’étreint me blesse
je pleure ce temps de bonheur que tu n’as pas eu,
prends ton temps mon amour, prends le mien,
prends bien tout ce que ma vie d’amour de toi te donne,
prends comme si j’étais un fruit dans une corbeille, là
pour tes mains, comme si j’étais un peu du vert de l’arbre
où reposer tes yeux quand ils sont fatigués du monde,
prends ce que Dieu te donne en me donnant à toi,
et ce cœur de jasmin pour tes lèvres,
accepte de recevoir un peu de présence, elle nous sera comptée,
un peu de douceur, tant de silence d’amour,
ô mon Dieu, donne-moi de savoir l’aimer, de savoir lui donner
la joie, la ferveur et d’éloigner
de sa bouche l’amertume, la fausse vie et tout ce manque
qui fait que vivre n’est plus qu’exister.
 

Geneviève Briot

Couleur tendresse

Quand elle s’éloigne

j’entends son pas qui danse en tons pastels

Quand elle fredonne des chants venus d’ailleurs

c’est une pomme d’api qui craque sous mes dents

ou bien une orange juteuse entre mes lèvres

Quand une ombre glisse sur son visage

je vois la vague effacer mon château de sable.

Mon rire la prend dans un rets de soleil

Elle tend ses bras de lait où je m’engloutis.

L’azur de ses yeux m’emporte en voyage sur la mer

Femme dans l’univers
modelée avec les paysages
tant le rayonnement des prairies
que l’ombre des forêts
le sursaut des torrents aussi

Je suis le patchwork des champs
la broderie des fleurs
la vague des céréales
Je m’habille
de la clameur de la ville
du chatoiement des marchés
J’épouse
les craquelures de la terre
le vernis vieilli des toits
l’éclat des terrasses

Je suis
le tendre et le violent
le sombre et le vif
les coquelicots d’amour et de sang
les lavandes et leurs abeilles
je suis la forêt canadienne
les ciels étoilés du Sahara
la crête des montagnes
la neige qui saisit l’espace

Je suis femme
et j’entre dans le chant de l’univers

Geneviève Briot
Jean-Claude Touzeil

La fulani
 
Elle a du soleil dans les yeux
et des siècles dans les reins
Sont-ce des gouttes de rosée
ou la sueur ou les larmes
qui coulent sur sa joue
 
Elle a le monde sur la tête
du bois du lait des fruits
un enfant dort
dedans son ventre
tandis qu’un autre tète
tout en marchant
 
Elle a l’éternité pour elle
peut-être même est-elle immortelle
et sa plainte muette
déchire l’infini
des maigres savanes
 
Elle a des cheveux noirs
et des chapelets de bracelets
sa peau claire
on dirait du pain
cuit au soleil
 
Elle a des sourires de nuage
et des dents de neige
sa calebasse de lait
prolonge son corps
de cariatide
 
Elle a du soleil dans les yeux
et des siècles dans les reins
Sont-ce des gouttes de rosée
ou la sueur ou les larmes
qui coulent sur ma joue

 (Itinerrances bis éditions Gros Textes)
 
 
Dany Vinet

FLAMME

Dans le froid de sa solitude
Elle avait allumé un brasier
Jeté
Son corps, son âme,
Et fait jaillir son cœur.
Il s’était approché
Avait tendu les mains
Réchauffé son corps
Contemplé les formes pétillantes.
Nourri de son ardeur
Il avait tenté de
Transformer sa vie
En un foyer ardent
Mais avait oublié
D’alimenter sa flamme.
Elle s’était consumée…
Son corps, son âme, son cœur,
En cendres
Oubliées sur la terre
Avaient blanchi l’espoir
De renaître
Aux feux de l’Amour.

Dany VINET
Philippe Mathy

D’un feu de joie.

Tu es ce bruissement de feuillages quand septembre refoule les frontières de l’été. Tu es la bouche obscure d’un matin d’hiver, étonné de découvrir la neige. Tu es dans les crocus, dans l’étincelle des jonquilles, la présence inaltérable d’un printemps. Tu es juillet qui me brûle à résumer le temps dans la douceur de l’ombre. Pour me les offrir plus vives, tu effaces les saisons

D’une étoile penchée.

Dans cette nuit très douce où l’été se lasse d’être été, où monte un chant d’oiseau, comme un regain du lieu, une voix qui ne serait plus elle dans son chant, dans cet automne qui nous détache de nos rives, je veux pour toi des gestes de printemps, afin que mémoire soit plus forte que fièvre, pour affronter l’hiver qui nous consumera.

Philippe Mathy

Patricia Cottron-Daubigné

Cet endroit de ton front
où le monde se renverse
transparent
j’inventerai quoi
pour que la gorge se serre
comme à voir trop loin
et la complicité de tout
ce qui aurait dû être simple
quelle lumière
rien
je laisserai un espace
vide
nu
entre vierge et détruit
les larmes monteront à vos yeux
vous saurez mon amour
cette absence de ce qui jamais n’appartient.

In « Tesselles des jours et des nuits, In grande mosaïque dite de l’orant », ed. L’épi de seigle, 1998.
Merci aux éditions de l’épi de seigle pour leur autorisation de reproduction.

Claude Ber

Le Gobe-lune

Sa capture n’est pas une affaire. Il suffit de se poster, le soir, entre deux saules, au bord d’un lac. Puis attendre, patiemment, la venue de la lune, la provoquer si nécessaire. Quand elle émerge enfin, ronde et pleine, frissonnant au contact de l’eau, faire silence, beaucoup de silence. Bientôt, d’entre les joncs, monte le sifflement aigu du Gobe-lune qui approche. Il vient pour aspirer le reflet de la lune et s’en repartira si lourd et si repu dans la nuit devenue noire que son pelage luisant en fera une proie facile à repérer. Saisissez-le d’un seul coup sans hésiter ni vous laisser attendrir par sa voix mélodieuse ; ne desserrez pas l’étreinte avant de l’avoir ramené chez vous. Là, avec beaucoup de patience et toutes les qualités requises, on peut très bien l’apprivoiser et même le caresser sans danger, ou du moins sans danger immédiat.

Sinon la Transparence Ed. de l’Amandier 2008

Le Balec

Au prime abord on le prendrait pour un chameau, mais les vrais connaisseurs ne s’y trompent pas. S’il lui emprunte son flegme et sa moue renfrognée, ce ne sont là que ressemblances fallacieuses. Son secret, le Balec le cache sous sa lippe : il descend de l’antique race de ceux qui broutèrent les champs du désert, nivelant à coup de langue râpeuse le ventre des dunes. Aujourd’hui que ce haut dessein est accompli, le Balec se contente d’essaimer çà et là trois ou quatre mirages. Retournez ses babines et vous y verrez l’écume du dernier, dont il va porter ailleurs la semence. Il est le Balec, essaimeur de mirages. Ce sont eux qu’il emmagasine dans ses bosses, en réserve pour les temps futurs et non l’eau de ces chameaux vulgaires avec lesquels il serait sacrilège de le confondre.

Sinon la Transparence Ed. de l’Amandier 2008
Merci aux éditions de l’Amandier pour son autorisation de publication.

Isabelle Guigou

La femme…
Devra-t-elle porter une à une les pierres du travail du jour
Les épaules meurtries
A bout de bras, à bout
Avant de pouvoir reposer sur le bloc ultime
Regarder cet instant où s’achève la montagne où s’achèvent les cieux
Où le souffle commence ?

extrait de Blocs-chaos-granit, inédit

Lydia Padellec

Sur la photo
Une belle jeune femme
Ma grand-mère

*

Le papillon sur la rose –
A quoi pense-t-elle
La femme voilée ?

*

Heures de pointe
Des amoureux s’embrassent
Elle baisse les yeux

*

Portant le sari
Mère et petite fille
Invitent au voyage

*

Bus en plein soleil –
Avec son tee-shirt pailleté
Elle joue aux lucioles
Patrick Joquel

Couleurs

Si légères

Saupoudrées de brise

Le désir de vivre encore
Et toujours plus haut
Brasse vos gènes d’un pinceau rêveur

Caresses colorées
Palettes jaillissantes

Vol fragile
Et tellement magique

Si peu de poudre
Et tant de joie vivante
Virevolte

Si peu de foudre

Autant de silence

Pour un livre objet de Youl 2006
2 ex.
Amandine Marembert

les lèvres remuent des mots pas prononcés
recouverts par le bruissement des feuillages sur la tonnelle
quoi faire des peaux rapprochées par les tissus
décalquant un moment leurs nervures
comment emmagasiner la chaleur confondue des corps
la rendre à une parole
que lire dans les lignes noires des yeux qui s’ancrent trop
souligner le regard de la bordure des cils n’arrange rien au mystère qui suit les volutes de fumée
le vert du jardin dans l’odeur du tabac
les bras touchés un peu selon la courbe d’allées herbues
quoi dire de ces contacts silencieux hormis les penser en prolongements des conversations
rester avec eux dans le noir des heures avancées
un obscur trouble qui s’obstine longtemps après

(chantier en cours)

Romain Fustier

des baisers brunis & salés
qu’elle te donnait alors
là où passaient les heures

tu à cet instant sans

qu’on s’en aperçoive
te souviens du soleil &
des promenades de fin août
à présent que les jours

se ressemblent qu’un vent

à décorner les buffles souffle
fait se ployer le lin
dans le parterre brûle tout
comme une eau de vie
qui coule dans l’œsophage

Tania Pividori

Le vent fécond me berce d’histoires
me fait frémir en souvenance.
Mémoire des mots, mémoire des sons,
mémoire du souffle parfumé.
Autour de moi volètent des fleurs de mimosa
et leur pistil si volatile
soulevé par une brise
venant de la mer,
part tel un migrant
égriser les forêts troubles et pâlissantes,
les sertir d’or.
Quelle quiétude sans limite.
J’aime les voir passer.
Une saccade, un rêve ancien,
l’autel de mes esquisses perméables,
les cerises cueillies au jardin de mon enfance,
l’odeur salée des murs arrondis par la chaux,
la marée de mon désir m’enrobent.
Le jour se lasse.
Sur la mer opale,
mes yeux se noient dans mes images bleues.

Jeanine Baude

Si les mots du poème ruissellent
tu déferles

Si la fièvre te gagne
tu ris

de ce rire océan venu de plus loin
que la peur

de plus loin qu’un cimetière
enterré sous les blés

visible, les yeux ouverts, sur le bord du monde

un jour, un soir, un matin
à chaque trait de néant

à chaque trait d’encre

sur la peau de la page

(inédit)

Les sites et blogs de nos auteurs

Thomas Vinau : etc-iste.blogspot.com
Alain Freixe : http://lapoesieetsesentours.blogspirit.com/
Catherine Leblanc : http://catherineleblanc.blogspot.com/
Marie-Florence Ehret : http://mf.ehret.free.fr
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Claude Ber : www.claude-ber.org
Raphaël Monticelli : http://www.bribes-en-ligne.fr/
Marie-Florence Ehret : http://mf.ehret.free.fr/
Tania Pividori : http://www.myspace.com/taniapividori
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr

Et bien sûr les sites de référence :
La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

La maison des écrivains et de la littérature

http://www.m-e-l.fr/

Quelques pistes d’écriture et de recherches pédagogiques…

*Raphaël Monticelli : 3 pistes. Celle de l’enrichissement lexical bien sur, mais aussi l’inventaire et la retranscription de tous les lieux cités par l’auteur, de tous les paysages.
La réalisation de la description de ces lieux par l’écrit, le dessin ou la photographie, prendre des photographies de lieux et les calquer avec le poème (fleuves grottes, sous bois).
On peut aussi recenser dans la presse via des titres et des photos les douleurs du monde et bien sûr en contre point les bonheurs du monde. cette mise en panneau peut ensuite donner lieu à des créations de textes

*Béatrice Machet : Le parallèle avec Jean de La Fontaine est obligatoire.

* Thomas Vinau : Ecrire une lettre à un personnage inconnu. Choisir par exemple une photo dans un magazine, construire la lettre en suivant les traces de Thomas Vinau, en s’appuyant sur les mots suivants vous trouverez cette lettre (lieu), j’aime… je sais… j’imagine…

*Liska : Le temps qui passe, les cycles de vie.

* Gilles Lades : Un travail en arts visuels sur les couleurs de l’hiver et de l’automne.

* Sophie Braganti : Outre l’éducation civique et le partage des tâches ménagères et l’importance de l’hygiène en découverte du monde, il sera intéressant d’écrire un texte qui parle d’une autre tâche ménagère : aspirateur, serpillière, poussière, linge, rangement de la chambre, passer le balai…

* Paul Bergèse : arts visuels : construire une image (abstraite ou pas) en utilisant uniquement les couleurs présentes dans le poème.

* Luce Guilbaud : Parler des mythes et légendes semble bien intéressant, le fil d’Ariane, le Minotaure, Thésée. Cela peut constituer le point de départ d’un travail sur la mythologie grecque ou autre…

* Catherine Leblanc : Travail sur les saisons. Que trouve t-on au cours de chaque saison. Quels ont les mots qui illustrent l’une ou l’autre des saisons. Travailler le champs lexical en quelque sorte.

* Marie-Josée Christien : La nuit, que fait on la nuit ? Les rêves, le sommeil, les animaux nocturnes, les peurs, les monstres, la lumière, le noir, les travailleurs de la nuit…

* Franck Cottet : description. Choisir une photo de personnage. Après avoir observé les textes partir à son tour dans un court texte descriptif puis l’insérer dans le même format que la photo choisie, voire via informatique scanner l’image puis insérer le texte dedans.

* Geneviève Briot : construire un texte qui s’appuierait sur les verbes je suis… je m’habille… j’épouse… je suis… et créer ainsi un personnage jouant avec les images

* Jean-Claude Touzeil : Dessiner le portrait. Réaliser le portrait par collage.

*Claude Ber : Travail sur les animaux chimériques/fantastiques.
par exemple : Présentation d’animaux chimériques en poster plus recherche dans le dictionnaire (licorne, dragon…). Réalisation de l’animal en art plastiques : découper des photos d’animaux dans les magazines et mélanger (tête de girafe avec corps de requin et ailes d’oiseaux). Inventer un petit texte ; le nom de l’animal peut devenir un mot valise.
On peut aussi oublier les animaux réels et inventer des animaux en associant un verbe et un nom(mot-valise) ; puis inventer la forme de l’animal et le mettre en scène dans un texte.
Avec des Cycles 2 analogie possible avec le sylabozoo (éditions du Ricochet).

*Lydia Padellec : trouver le point commun entre tous les poèmes ; s’essayer plus tard à l’écriture de haïku.
Nos lectures depuis cairns 5…

Titre : Café vert tzigane
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Illustrateur : Math Mahlen
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
Un livre à quatre mains, six si on ajoute celles de l’éditeur (sans ces deux mains-là le livre n’existerait pas…). Construit ensemble. Dans un aller retour de textes, d’images, de discussions jusqu’à ce que l’équilibre ou le déséquilibre soient parfaits. Textes et images main dans la main pour cet improbable cheminement qu’est la lecture d’un livre de poèmes illustrés, d’images accompagnées de poèmes…
[…on aimerait encore être un enfant pour aller voir de l’autre côté du miroir]
c’est de ces mystères là dont s’empare le livre. Deux grands enfants qui ensemble cherchent cet autre côté. Parmi les caresses de la Kora. Dans une liberté d’herbes folles. Folles d’amour. Sans autre attache que le fil de la vie.
Une belle publication.
*
Titre : Les escargots sont des héros / La pieuvre qui faisait bouger la mer
Auteur : Roland Nadaus
Illustrateur : Sophie Clotilde
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-55-7
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Une réussite ! J’en reste saisi, muet, en flottement, musement… Deux livres en un : celui des escargots et celui de la pieuvre. Tête-bêche. Celui de la pieuvre est une plongée dans un monde flottant, liquide… On perd pied. On suit le courant. Il nous entraîne dans un état proche de l’émerveillement. On est bien dans ce monde… Celui des escargot est plus terre à terre. Questions de vie, de mort, de survie et d’amour sont au programme. Du dense. Mais toujours avec douceur.
On ressort de ce double ouvrage plutôt bousculé. Et on y retourne vite tant il est riche et prenant. Les illustrations sont de petites statues qu’une fée de passage pourrait bien rendre vivante…
Chapeau !
*
Titre : mon kdi n’est pas un kdo
Auteur : Michel Besnier
Illustrateur : Henri Galeron
Editeur : éditions Motus
ISBN : 978-2-907354-91-2
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
Un nouveau titre dans la collection Pommes Pirates Papillons. Le tandem Besnier/Galeron à l’œuvre. Cette fois-ci, le poème se promène en caddie, dans une de ces grandes surfaces que nous fréquentons si régulièrement sans penser que là aussi se tient à l’affût la poésie. Suffit d’ouvrir les yeux, de laisser les mots s’emparer du lieu, des situations, des objets. Suffit de jouer. J’aime cette veine d’écriture plutôt moqueuse et pleine de sourires. Elle permet sans en avoir l’air de dire quelques petites choses importantes. De remettre certaines pendules à l’heure. L’heure de l’imaginaire. L’heure de l’humour. L’heure du réel. On n’a qu’une vie et rien ne nous empêche de la jouer à toute heure et en décalage.

*
Titre : Le sang du vitrier
Auteur : James Noël
Editeur : Vents d’ailleurs
ISBN : 978-2-91142-61-3
Année de parution : 2009
Prix : 9 €
Un poète. Haïtien. Dans la filiation de René Depestre tant pour la sensualité de son écriture que pour son engagement auprès de l’homme. Des poèmes qui dérangent. Secouent. Réveil-lent. Chacun se saisit de la langue à sa manière, on le sait bien, mais là, il y a un petit plus : celui d’un autre territoire. A chaque territoire sa langue, à chaque poète sa ou ses veines d’écriture. La poésie est multiple, colorée, incessante et saisissante. Se laisser saisir par une écriture et emporter, puis revenir à soi, à son quotidien, un peu plus humain. Que demander de plus à un livre ?

*
Titre : marine/marine(s)
Auteur : anthologie
Illustrateur : Mekhali/Moreau/Picard
Photographies : Clérembaux
Editeur : Donner à Voir
ISBN : 978-2-909640-60-0
Année de parution : 2009
Prix : 11 €
Une anthologie thématique, c’est une invitation au voyage. Aux regards. Ils se croisent ici en mer ou sur le rivage. Mer de mots, rivages de sons, peaux humaines ou terrestres. Autant de poèmes que de reflets de lumière. De voix que de rumeurs d’écumes. Chacun choisira sa vague, surfeur lecteur, son poème. Sa couleur. Ici elle est plutôt bleue, forcément. Confier l’accompa-gnement graphique à plusieurs artistes permet d’intensifier les croisements. C’est heureux. Décidément la mer fascine et on n’a pas fini de s’y plonger. De s’y perdre. On finira bien par dénicher un continent nouveau.

*
Titre : Toboggans des maisons
Auteur : Amandine Marembert
Illustrateur : Audrey Calleja
Editeur : l’idée bleue/cadex
ISBN : 978-2-84031-252-9
Année de parution : 2009
Prix : 9 €
Pas besoin forcément d’aller très loin. De voyager. D’explorer des ailleurs. Le poème est aussi bien présent dans le tout proche. Dans le tout près. Dans le quotidien. La question est simplement de se lever avec l’œil, les perceptions neuves. D’aborder le lieu et le jour comme un territoire nouveau. A explorer. A ressentir. A nommer. Ainsi la maison, le jardin, l’armoire ou le fil à linge deviennent porteurs de mots, d’émotions, de sens. La poète ici partage cela. Attire alors notre attention sur l’environnement quotidien de nos jours, cette merveille !
Ouvrons-nous à la surprise de ces poèmes, autant que de nos vies.
*
Titre : Mon cœur coupé au sécateur
Auteur : Amandine Marembert
Editeur : éditions Henry
ISBN : 978-2-917698-29-7
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
C’est un jury de lycéens, Prix des Trouvères des lycéens (Le Touquet) qui parmi plusieurs manuscrits a choisi celui-ci.
Voilà une démarche plus qu’intéressante…
On retrouve ici le regard silencieux du poète. Cette attention au monde alentour. Au tout proche. Et sa voix. Si riche en métaphores. Les mots imagent, bondissent d’un sens à l’autre. Avec légèreté. Gravité aussi. Vie et mort se donnent la main sur le fil des jours, les pinces à linge en témoignent. Et le désir de vivre plus haut y signe le vent.
Des poèmes comme ces lucioles de juillet.
*
Titre : les éphémères
Auteur : Dan Bouchery
Illustrateur : Anne Lamali
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-59-5
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Ephémères comme ces instants saisis au vol du regard. Ces lumières. Ces sensations. Ces ombres. Ces objets. Ce quotidien discret de la beauté. De la bonté. Le poème comme un arrêt sur image et une ouverture du réel vers l’intérieur de soi-même, vers un imaginaire. Histoire de recréer un monde plus visible. Plus vivable. La plupart de ces moments de grâce, Dan Bouchery les a cueillis sur la plage. Ces longues et immenses plages de sable normande… Ils font un joli contrepoids aux textes des pages de droite. Des textes plus douloureux. Intimes. Lignes de failles sur lesquelles le poète a construit son regard et son désir de partage. Son choix de vie et de création s’enracine dans ces failles là.
Les couleurs et les personnages d’Anne Lamali semblent s’étonner d’accompagner un tel parcours. Forcément compren-dre que la joie et le désir de créer résultent d’un choix personnel peut surprendre aujourd’hui où tout semble dû…
Un superbe ensemble donc, plein de silences et qui ouvre en grand les yeux.
*
Titre : Moinette et Moineau
Auteur : Liska
Photos : Jean Foucault
Editeur : Corps Puce
ISBN : 2-35281-023-x
Année de parution : 2009
Prix : 8 €
Il est assez rare que le poème se frotte à la ville. On associe trop souvent encore la poésie avec la nature bucolique et toutes ces sortes de choses. C’est oublier que le poète vit bien souvent en ville et que son regard s’exerce au quotidien. Dans ce livre Liska déniche ainsi des instants où parmi goudrons et immeubles, affleure le poème. Simple et joyeux. Une ouverture vers une meilleure respiration. Une petite quête de joie quotidienne. Un exercice salutaire et partagé.
Comme une invitation à lever un peu les yeux de nos écrans, à libérer nos oreilles de nos téléphones et nos narines des écharpes…
Vivre peut devenir un sourire. A l’image de celui du poète.
*
Titre : A l’envers des nuages
Auteur : Georges Cathalo
Editeur : Encres Vives 367
ISBN : 2-85550
Année de parution : 2009
Prix : 6.10 €
Les yeux en l’air on plonge dans le ciel. Jusqu’à s’y fondre. Vivre ainsi n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire. D’ailleurs combien de temps passons-nous à pelleter les nuages ? Bien trop peu, n’est-ce pas ?
Et n’allons pas croire que ce privilège est réservé aux enfants, aux poètes, ou aux paresseux… Les uns comme les autres ont leurs jeux, leurs travaux ou leurs paupières pour oublier de voir. Quoi ? Peut-être ce que l’homme a cru voir… Un nuage… Les beaux nuages…
Qu’est-ce qu’un poème ? Serait-il aussi mystérieux qu’un nuage ? Et pourquoi pas…
Qu’est-ce qui nous retient ? Qu’est-ce qui nous empêche de lever les yeux ? De tenter une vie à l’échelle des nuages… Une vie qui passe en couleurs variables, et que le vent traverse et entraîne… Un peu plus loin… Un peu plus haut…
*
Titre : Ver en vers
Auteur : Paul Bergèse
Illustrateur : Paul Bergèse
Editeur : éditions mémoires et cultures
ISBN : 978-2-917185-83-4
Année de parution : 2009
Prix : 10 €
De tous petits poèmes pour cette jolie collection « petits poèmes por papoter autour du pot ». Courts poèmes donc, mais riches de jeu sur les mots. Ça pirouette bien là-dedans et ça s’amuse beaucoup. Jeux sur les sonorités, sur les sens, sur la particularité des animaux convoqués ici. En particulier des insectes (et c’est rare donc je le souligne). Les illustrations à base d’un petit ver jouent à la bande dessinée. Cette piste défrichée par Johan Troïanowski et moi-même semble donc susciter d’autres créations. Je m’en réjouis. Car cela donne au livre de nouveaux espaces et degrés de lecture.
*
Titre : Ici
Auteur : Jean-Pierre Siméon
Illustrateur : Martine Mellinette
Editeur : Cheyne
ISBN : 978-2-84116-143-0
Année de parution : 2009
Prix : 14 €
Des poèmes à hauteur d’homme. Justes. Simples. Altruistes et aimants. On est bien dans ce livre par ce qu’il appelle en nous de plus haut, de plus beau. Il nous pousse, mais dans la douceur, à être un peu plus humain. Simplement humain. Sans autre fioriture que la tendresse.
Les images en papier journal ouvrent discrètement d’autres pistes de lectures. Des croisements entre les textes suscitent la réflexion, un sourire ou les deux. Un livre sincère.
A donner à lire dès le plus jeune âge !
*
Titre : si ça se trouve
Auteur : Claude Vercey
photos : Magali Lambert
Editeur : Corps Puce
ISBN : 2-35281-018-3
Année de parution : 2008
Prix : 8 €
Un recueil qui interroge. Qu’est-ce qu’un poème ? qu’est-ce qui fait que tel texte devienne poème ? à quoi ça se reconnaît un poème ? Qui le nomme ainsi ? le poète ? le lecteur ? les deux ? ensemble ? tour à tour ?
Un recueil qui décape donc le lecteur. Qui dépoussière l’identité du poème. Un recueil subversif donc. Comme le poème sait ou peut l’être ! Dans une époque où l’identitaire a le vent en poupe, et où chacun doit bien rester dans le rang et marcher au pas bien siglé sous son uniforme estampillé, rappeler ainsi avec force que
[un poème c’est différent
toujours c’est différent]
et bien je trouve cela essentiel ! Le droit à la différence ! et au respect. C’est différent de l’étiquetage actuel…
Donner à lire un poème, c’est donner de la liberté !
*
Titre : poètes, chenilles, les chênes sont rongés
Auteur : Chantal Danjou
Illustrateur : Françoise Rohmer
Editeur : Tipaza
ISBN :
Année de parution : 2008
Prix : 15 €
Un texte court et dense. Comme une promenade au jardin. Un jardin qui plonge dans l’infini. [L’impact de l’infini est douloureux]. Cependant et avec cette douleur jaillit un flot de paix. Comme dans un jardin japonais. Une recherche d’équilibre entre les éléments. Entre l’arbre, le ciel, les larves. Dans ces miroitements de lumière qui nous étonnent, nous suspendent. Un texte tout en vibration.

Un mot sur l’objet. Cette nouvelle collection chez Tipaza se présente sous la forme d’un carré dont on déplie les pages une à une. Une découpe originale pour un livre qui offre ainsi une rareté. Une collection qui associe artiste et poète. Une superbe idée ! D’ailleurs m’ont dit les éditeurs, le public réagit bien à cette collection. Et il a raison !
*
Titre : La lune ne m’a jamais déçu à part ça…
Auteur : Jean-Louis Troïanowski
Illustrateur : Christian Pieroni
Editeur : Pluie d’étoiles
ISBN : 978-2-913056-30-5
Année de parution : 2009
Prix : 4 €
Deuxième ouvrage de la collection semis d’étoiles, ce livre de poésie raisonnablement interactif est à la hauteur de nos attentes. Rappelons que le premier L’arbre mime le vent pour plaire à ses feuilles a été sélectionné par le Ministère de l’Education Nationale dans sa dernière liste d’ouvrages que l’on peut donner à lire dans les classes.
Ce deuxième ouvrage offre un texte lunaire. Des mots de rêveur. D’une de ces personnes qui vivent le nez un peu en l’air et qui s’occupent des choses réputées peu sérieuses. Comme la lune… Et ce texte, méditation très silencieuse sur le rapport que chacun peut tisser entre lui, sa vie et les éléments du monde, son environnement, incite à entrer dans la contemplation. Une contemplation active. Centrée sur le réel. Mais prête à s’ouvrir à tous les imaginaires que le réel impulse, histoire de coller au plus près des réalités.
Les tableaux de Pieroni participent à cette contemplation colorée du monde. Deux univers s’entremêlent ainsi dans les pages et incitent le lecteur à les rejoindre. Des espaces sont réservés à la création du lecteur.
L’idée est pertinente. Le texte et l’image nous tient à hauteur d’homme. C’est l’essentiel pour avancer un pas plus loin.
*
Titre : Un automne au creux des bras
Auteur : Philippe Mathy
Illustrateur : André Ruelle
Editeur : L’herbe qui tremble
ISBN : 978-2-918220-00-8
Année de parution : 2009
Prix : €12
Voici un recueil d’un homme enraciné. Sur sa terre. De nombreux poèmes sont des instants de contemplation, de communion avec la nature. Enraciné dans l’humanité, que ce soit par la présence de la femme ou celles d’autres personnes, en particulier, les absentes (un ensemble de portraits bouleversants !). Enraciné dans l’écriture et l’encre. Inlassablement Philippe Mathy s’interroge,interroge le poème. Qu’est-ce qu’écrire ? qu’est-ce que ça sauve ? qu’est-ce que ça fait au monde ?
Questions que nous partageons tous chacun avec notre écriture… Le partage c’est aussi cela, entendre le point de vue de l’autre.
Un recueil en quatre parties qui alternent les formes d’écriture, verticale ou horizontale. Qui déclinent les thèmes et les entrelacent. Un ensemble élaboré, équilibré. Une voix sereine et tendre vient résonner,vibrer à nos oreilles, chuchoter à notre âme.
*
Titre : Coma
Auteur : Romain Fustier
Editeur : La porte
Année de parution : 2009
Prix : 18€ pour un abonnement à 6 numéros
Petit objet. Texte court. Cette collection est une belle aventure. Romain Fustier ici accompagne de ces textes le passage du coma à la nouvelle vie. des textes au plus près de la réalité du drame, de son accompagnement, de sa traversée. Beaucoup de silence et de justesse.
*
Titre : Aux passeurs de poèmes
Auteur : Collectif
Editeur : Scéren
ISBN : 978-2-240-02699-6
Année de parution : 2008
Prix : 14.90€
Le Printemps des Poètes publie ici tout un « lot » de conférences qu’il a donné. Autant d’auteurs que de communications, et de thèmes. Une somme de travail. Un croisé des regards. Des enjeux. Voilà de quoi nourrir la réflexion, les réflexions de tous les acteurs du monde socio-économico-poétique. Tant il apparaît que la poésie est non seulement primordiale pour l’être humain mais qu’elle pourrait, si « on » lui ouvrait un peu plus la porte (ce qui pourrait mettre « on » en danger, jouer un rôle économique.
Il reste à enrichir ce premier ouvrage par de nouvelles contributions. Continuer ainsi à croiser regards, expérimentations et expériences. Car rien n’est figé dans le monde des mots. Ça tremble toujours. Le Printemps des Poètes accompagne, suscite et témoigne de ce tremblement.
*
Titre : Usages du poème
Auteur : Jean-Pierre Siméon
Editeur : La passe du vent
ISBN : 978-2-84562-138-1
Année de parution : 2008
Prix : 13 €
Yann Nicol parle avec Jean-Pierre Siméon. L’écoute surtout. Et le poète évoque son histoire personnelle. Son rapport à la poésie autant comme homme que comme poète. Comme pédagogue que comme militant. On retrouve ainsi le parcours de l’écrivain dans ses multiples recherches : poésie, roman, théâtre… le parcours du militant avec la semaine de la poésie de Clermont-Ferrand, le Printemps des Poètes…
Une vie. Une cohérence. Un engagement. Et tellement de chaleur humaine. Un livre à mettre dans toutes les mains de poètes, de bibliothécaires, de lecteurs et d’enseignants !
*
Une bd presque inclassable :
Titre : Rouge
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka éditions
ISBN : 978-2-917371-06-0
Année de parution : 2009
Prix : €
Voici une petite bande dessinée pleine de tendresse. Et encore, réduire ce beau petit objet carré à ces deux mots : bande dessinée, me paraît réducteur tant l’univers original qui s’y déploie caresse autant le conte que la poésie et le dessin.
Rouge, c’est le nom d’une petite fille, une princesse bien sûr. Mais une princesse qui s’échappe. Et tout le livre s’échappe avec elle hors des sentiers battus par les convenances et des attendus. Johan tient ainsi sa promenade juste à côté. Juste un peu décalé. Dans le récit, qui frôle le conte et l’aventure… Dans la conception concrète de la bande dessinée : cases ouvertes par exemple. Ce décalage rêveur donne à la lecture un tempo songeur. Un tempo sourire. On est emporté ailleurs. Dans un univers d’artiste tout simplement.
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Un album quatre étoiles :
Titre : Litli
Auteur : Sèverine Thevenet
Illustrateur : Catherine Leblanc
Editeur : éditions où sont les enfants
ISBN : 978-2-915970-15-9
Année de parution : 2008
Prix : 24 €
C’est l’histoire d’une petite marionnette qui s’en va explorer le monde au raz des pâquerettes et qui du coup entreprend un long et lent voyage au pays de la soliquiétude. Ce pays de quiétude et de solitude, celui où chacun porte son visage intemporel (comme le définit Annie Duperey fort justement), on est proche de la saudade mais c’est encore une autre tendresse qui émane de ce bel objet dont les textes laconiques de Catherine Leblanc accompagnent les photos de Sèverine Thevenet, l’instigatrice de ce voyage.
Superbe ! Parfait pour les rêveurs comme moi.

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn vers la cime de la Lombarde, Mercantour (06) novembre 2008 Photo : Bernard pallez

Carrés : Sofie Vinet
Sofie Vinet vit en Loire Atlantique et travaille là où le vent la mène. Artiste , elle se nomme plasticienne écriveuse. Fille de la terre, femme d’aujourd’hui , elle interroge nos résistances, les cycles de vie,la filiation, la transmission et la place de chacun en fouillant dans la mémoire intime et collective. L’écriveuse brode au fil rouge les dits et non-dits, les maux et les mots du quotidien. Ses chantiers artistiques se nourrissent de la rencontre avec les gens, ils mettent en scène la parole de l’ordinaire. Créatrice et accompagnatrice vers une démarche artistique auprès de la population, elle propose des lectures, anime des ateliers parole-écriture-couturage de tous les jours, et expose ses installations artistiques : les petites affaires de Marie Louise (éditions Soc et Foc), la jeune fille et la robe, je brode, ruban brodée au féminin, une robe pour la passerelle inventaire.
contact : sophie.vinet @free.fr

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

www.grostextes.com

*
Cairns
5

Septembre 2009

Éditeur invité : les éditions Soc et Foc

Cairns numéro cinq, une troisième année pour cette revue biannuelle dont l’objectif demeure de permettre aux enseignants et à leurs élèves de découvrir la création poétique contemporaine.
Ce numéro va dans les traces des éditions Soc et Foc. On y découvrira la plupart des auteurs de son catalogue. Comme une invitation à poursuivre la découverte en se plongeant ensuite dans les livres des auteurs que chacun aura apprécié plus particulièrement.
Le numéro de janvier 2010 accompagnera le thème du Printemps des Poètes Couleur femme.
Pour toute information concernant cette manifestation dont le point d’orgue se tiendra du 8 au 21 mars, contacter

http://www.printempsdespoetes.com

Cependant on ne saurait réduire une éducation à la poésie à une seule quinzaine. C’est toute l’année, chaque jour de classe que l’enfant et le poème dialoguent, se heurtent, s’accompagnent, rient ensemble ou au contraire s’indiffèrent. Le Printemps des Poètes présentent de multiples initiatives en la matière, il offre une liste d’actions possibles et faciles à réaliser. Rien ne nous empêche de nous en inspirer.

La plus simple consiste à donner à entendre un poème par jour. C’est pour cela que Cairns propose dans ses deux livraisons environ une centaine de poèmes en tout. De quoi tenir presque une année scolaire (il faut bien laisser à chacun un peu de recherche personnelle).

Correspondre avec un poète non plus n’est pas très compliqué. Le Printemps des Poètes le propose. Et si le poète n’est pas répertorié ici, on le trouvera sans doute sur le site de la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse ou à la maison des écrivains. Correspondre en collectif bien sûr sinon c’est ingérable pour le poète. Par la poste ou par courriel… Tout est à inventer…

Rien n’empêche non plus d’organiser une lecture en appartement (l’appartement peut être l’école…) et de demander au Printemps des Poètes les coordonnées d’un poète proche…

Bref, pour que le mois de mars devienne la partie émergée de l’iceberg poétique d’une année scolaire, il faut s’y mettre dès la rentrée de septembre… Avec ce cairns numéro cinq spécial Soc et Foc… Par exemple…

En effet il existe autre chose que la bouillie pré mâchée que vendent les acteurs économiques, politiques et parfois soi-disant culturels. Il est nécessaire de permettre aux enfants de se confronter à des créateurs, à leurs œuvres, à leur humanité. C’est aujourd’hui une question de survie ! Eduquer au savoir être, via l’Art et la réflexion qu’il induit, parait essentiel.

On retrouvera toutes ces thématiques chères au Printemps des Poètes comme à nous-mêmes dans le livre suivant : Aux passeurs de poèmes* dans lequel le Printemps des Poètes publie tout un « lot » de conférences qu’il a donné. Autant d’auteurs que de communications, et de thèmes. Une somme de travail. Un croisé des regards. Des enjeux. Voilà de quoi nourrir la réflexion, les réflexions de tous les acteurs du monde socio-économico-poétique. La poésie est non seulement primordiale pour l’être humain mais elle pourrait, si « on » lui ouvrait un peu plus la porte (ce qui pourrait mettre « on » en danger peut-être…), jouer un rôle économique et social.

Il reste à enrichir ce premier ouvrage par de nouvelles contributions. Continuer ainsi à croiser regards, expérimentations et expériences. Car rien n’est figé dans le monde des mots. Ça tremble toujours. Le Printemps des Poètes accompagne, suscite et témoigne de ce tremblement.

Et si cette année nos classes tremblaient de cette émotion appelée poésie…

Cairns reste résolument partenaire de toutes ces aventures au poème près ! N’hésitez pas via le site des éditions de la Pointe Sarène à nous faire part de vos aventures autour du poème. Nous nous en ferons le relais.

Patrick Joquel

* Titre : Aux passeurs de poèmes
Auteur : Collectif
Editeur : Scéren
ISBN : 978-2-240-02699-6
Année de parution : 2008
Prix : 14.90 €
Les éditions Soc et Foc

L’association SOC & FOC a été créée en 1979 dans le bocage vendéen. Elle fête donc en 2009 son 30e anniversaire !
Son objet est « d’encourager la création des œuvres de l’esprit par leur édition, leur diffusion, leur exposition et tout autre moyen propre à les porter à la connaissance du public » (art. 1 des statuts).
Elle a été initiée par 5 personnes et a commencé ses activités dès 1979 en publiant une première série d’opuscules ronéotés et agrafés constitués de textes poétiques ou de nouvelles dont les auteurs étaient les membres fondateurs.
Rapidement, ceux-ci se sont pris au jeu et ont décidé de publier d’autres auteurs.
Aujourd’hui, SOC & FOC publie 5 à 6 livres par an, à compte d’éditeur. A l’automne 2009 paraîtra le 105e ouvrage.
Le tirage varie entre 400 et 1 500 exemplaires, et les livres sont disponibles jusqu’à épuisement complet du stock : jamais de pilon chez SOC & FOC !
Malgré les faibles tirages et l’utilisation très fréquente de la quadrichromie, les tarifs restent accessibles puisque les livres sont vendus entre 12 et 18 euros.
SOC & FOC n’a pas de collection : chaque livre est conçu comme un objet particulier (format, papier…) en fonction des textes et des illustrations, l’originalité étant d’associer systématiquement un auteur à un illustrateur. Les illustrateurs sont parfois de jeunes graphistes (Fanny Millard, Sophie Clothilde, Alexandra Campe pour ne citer que les collaborations les plus récentes), parfois des peintres ou plasticiens reconnus (Patrick Guallino, Sofie Vinet, Patrick Sanitas, Nelly Buret, Jean-Claude Luez, Jacques Trichet, Anne Lamali, Louttre.B, Nathalie de Lauradour…). Quant aux auteurs, ils ont dépassé le cadre régional et proviennent maintenant de la France entière, du Nord (Paul Bergèse) au Sud (Patrick Joquel ou Philippe Quinta), de l’ouest (la Brestoise Chantal Couliou) à l’est (Florian Chantôme ou Isabelle Guigou).
Une série d’une douzaine de titres est davantage accessible aux jeunes lecteurs, sans que la démarcation soit vraiment nette : un bon livre-jeunesse est aussi un bon livre pour les plus grands !
SOC & FOC a fait œuvre patrimoniale en rééditant en 8 tomes, entre 1998 et 2006, les Œuvres poétiques complètes de l’auteur vendéen Pierre Menanteau, en collaboration avec l’association des Amis de Pierre Menanteau.
Plusieurs titres ont été distingués : Portrait pour ma mémoire, textes de Patricia Cottron-Daubigné illustrés par Delphine Berjon, a reçu le Prix de la Région Pays de la Loire en 1997, Du sel sur la langue de Luce Guilbaud illustré par Claudine Gabin a obtenu le Prix de la Ville de Guérande en 2004. Enfin, SOC & FOC a obtenu 2 fois le Prix des Lecteurs Lire et Faire lire en collaboration avec le Printemps des Poètes, en 2007 avec Les Jupes s’étourdissent (Michel Lautru / Marlène Lebrun) et en 2009 avec Les poches pleines de mots (Paul et Titi Bergèse).
SOC & FOC est distribué en bibliothèque par Collines (Orange). Les libraires et les lecteurs peuvent passer commande directement à l’association. Le catalogue des œuvres disponibles est consultables sur le site http://www.soc-et-foc.com, site sur lequel il est aussi possible de commander des ouvrages.
Actuellement, l’association est constituée de 6 membres, dont 3 membres fondateurs qui forment le comité de lecture, participent à la conception du recueil et assurent la diffusion sur les salons du livre.

Le contact :
Editions SOC & FOC – 3 rue des Vignes – La Bujaudière – 85700 La Meilleraie-Tillay
Tél. – fax 02 51 65 81 00
– postmaster@soc-et-foc.com
- http://www.soc-et-foc.com

Paul Bergèse

En cette fin de jour,
les battements s’apaisent.
Et le chaud et le vent,
le rire des oiseaux,
le travail des abeilles.
En bordure des blés,
sous les coquelicots,
timide et solitaire,
le grillon vespéral
astique son violon.

De feu ou de lavande,
dans la poussière
des chemins creux,
les ailes du criquet
rythment encore
mes jeux d’enfance
quand, vers dix ans,
le pas en suspend,
j’espérais deviner
la couleur que cachait
l’élytre de l’insecte.

Paul Bergèse

Dan Bouchery

Ailleurs

Lire les
Poètes
Ça me fait
Une belle tête
Ça me fait
Des bulles dans
La cervule
Ça me fait
Des mots
Dans mon cerveau
Là ?
Dans le
Cervelas ?
Oui !
Aussi !
Lire les poètes
Ça m’fait des bulles
Ça m’fait des poux
Ça m’gratte partout
Ma tête de mots
Ma tête de veau
Elle me démange
Je l’assaisonne
À toutes les sauces
En toutes saisons

J’évite
La tête de cochon !

Inédit Octobre 2004

Hasard

Prendre un papier
Une feuille
Un journal
Pourquoi pas
Au hasard imprimé
Prendre des ciseaux
Sans bouts ronds
Des ciseaux
Aiguisés et
Coupants
Pointus
Bien pointus
Découper la
Forme d’un
Homme
Couper
Couper
À coups de ciseaux
Que les coups
Pleuvent de
Tous les côtés
Attention
Il n’a plus de pieds
Ça fera un
Handicapé
Il en faut
Bien
L’humanité a besoin de
Diversité
Les malheurs font du bien
À ceux
Qui n’en ont
Pas
Couper
Couper
Les coups comme s’il
En pleuvait
Crever les yeux
Deux trous suffisent
Pour voir
L’état du monde
Mieux vaut la cécité
Crever sitôt né
Avant que de comprendre
Pas de bouche
Si
Un trou
Un autre
Une grande bouche
C’est mieux pour
Avaler
Les couleuvres par cargos
Entiers
Ne parler pas la
Bouche
Pleine
Combler cette bouche
Avide
Bourrage de gueule
Bourrage de crâne
C’est pareil
Ne laisser aucun
Espace
Vide
La liberté
Pourrait
S’y engouffrer
Il est ridicule
Votre homme

Il est mort
Il ne tient pas debout
Peu importe
Dans le lot
Serré contre les
Autres
Il tiendra
Forcément
Il tiendra
Dan Bouchery inédit Janvier 2008

Gilles Brulet

Le cerveau de la pierre
Que tu fais rouler du pied
Combien de temps lui faudra-t-il
Pour retrouver la direction des étoiles ?

Une chaise de fer blanche
Au beau milieu du champ
-Oubliée là par un poète ?-

Un nuage s’assied

Gilles Brulet inédit

Florian Chantôme

Regarder la poussière

La fonte me chauffe les cuisses
et un peu plus.

Fenêtre grande ouverte
je défie l’espace,
roquet cosmique
comme un zest de sublime.

Lorsque le froid m’enveloppera de son manteau d’extériorité,
alors j’oublierai,
délibérément,
et je refermerai les battants,
attendant l’heure d’être happé,
par le sidéral.

Déshéritage

Dans une veine positive,
mon grand-père militait naturellement
pour la machinerie du progrès.
Et, lorsque j’étais enfant,
je demandais à l’opératrice « le 1 à Mandre », son pays,
son garage noir des graisses minérales
et sa légende d’aviateur
aux marges de la ruralité d’hier.

Mon père,
repus de trente années glorieusement appareillées,
la pointeuse vigile pour caution,
misait sur la relève des misères
comme on s’engage dans une artère promise,
les ongles clairs.

Quant à moi, désappointé et le dos rond,
je profite de la dégriffe des grands succès,
laissant se patiner la fragile jeunesse
de mes ancêtres.

Mes enfants devront tramer des fils d’espérance
à la chaîne de leur impossible innocence.

Florian Chantôme

Franck Cottet

Fragments du jour et de la nuit (extraits)
Ensemble inédit

Tes mains bien à plat sur la table puis tes mains autour de la tasse de café. La lumière sur la toile cirée usée. Tu la prends avec les yeux. Tu souris. Tu ne pensais à rien, maintenant tu penses à la lumière déposée sur la toile cirée. Tu fermes les yeux pour la fixer dans la mémoire. Parce qu’après le café, y aller.

Tu déchires les rêves de la nuit passée les mets sur la table avec les miettes te démènes avec ce qui vient du jour la tache simple de dénouer la lumière.

Un silence épais, lourd, tombe de l’ampoule de la cuisine attend venir son heure. Tu regardes ta veste accrochée au portemanteau, vieille peau abandonnée hier. Tu es prêt.

La fêlure sur la vitre
de la fenêtre
sur le monde

Les gestes dans ta vie, bien rangés, à leur place. A bien y regarder, pas un en trop, tiennent debout ta tête tes pas. Quand il arrive que tu les regardes de loin, ça te fait un peu peur, ne sais pas si ça devrait en éteignant la radio tu ne sais pas, si tu en décalais un ou deux, même à peine. Tu mets ton bol dans l’évier. Tu ne sais pas…
Dans le silence cousu des lèvres dans la lumière d’hiver de la cuisine tu penses aux mots du poème qui vient et s’ils ne venaient plus en faisant la sauce de salade ?

L’ennui c’est enfant derrière une fenêtre où l’envie se consume comme oiseau sur la pluie qui tombe dehors la voix-prison d’une mère.

En cherchant bien avec du temps, tu pourrais peut-être trouver une autre vie à vivre, une qui se déplierait un peu au hasard, comme la mauvaise herbe, te laisserait des surprises.

Le sang qui coule dans ta voix tu pourrais croire qu’il déplacerait des montagnes tu te le dis quand tu parles tout seul au fond du jardin que tu ressors le bric à brac de la journée que tu penses qu’après tout ça vaut peut-être la peine…

Et quand la nuit te serre la gorge te tord le cou la peau et toute sa place tu as beau allumer la lampe de chevet, l’ampoule n’éclaire rien.

Franck Cottet

 

Patricia Cottron-Daubigné

Fatigues poisseuses
et lourdes
trouez
de vos visages bouffis
le paysage
ah ! la clameur des corps
dans leurs jardins de sérénité.
 
 

Portez haut votre cou
et vaste votre chevelure
Votre regard ? intense
Assourdissez encore votre voix
profonde suave
maîtrisez bien l’ampleur du geste
soyez l’image exacte de la parfaite générosité
 
image-écran
 

Patricia Cottron-Daubigné
 
 

Chantal Couliou

Sur le bord de l’étagère
l’équateur voudrait bien se libérer
de sa fonction d ‘équité
et puis les tropiques en ont assez
d’être frères jumeaux
Ils rêvent d’indépendance
et le globe
avec tout ça
est dans tous ses états.

*

Dans le coin de la classe
une araignée gymnaste
s’étourdit au milieu des additions et des divisions
osera-t-elle se glisser entre les pages de mon cahier de maths
pour ingérer ces potions imbuvables
que sont les pourcentages et les fractions ?

Jean Foucault
Poème spontané du 23 mai 2005

— ollllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllllll

Ce poème a surgi du fond du coude, alors que je procédais à une autre activité et n’avais pas pris suffisamment attention à la maîtrise de chaque partie de mon corps.
Il exprimera toujours ce monde chaotique qui nous entoure, un chaos, comme on peut le remarquer, qui ne demande qu’à se structurer pour mieux tromper son monde.
J’aimerais que quelqu’un puisse dire ce poème avec toute la passion qu’il mérite.

Nombril et nombrelle

Au matin j’ai remarqué
Posé sur mon épaule gauche

Un beau papillon bleu
Un bleu de Prusse.

Je me demande
Si cette apparition
N’est pas la suite
Du papillon blanc
Venu me heurter
Hier après-midi
Au milieu du jardin public.

Mais ce n’est pas tout
Je n’en ai pas fini
Avec ce papillon.

Je l’observe,
J’en compte les battements.

Est-ce papillon
Ou papillonne ?

Qu’importe si ces battements
Sont nombre-il
Ou nombre-elle.

Ils m’apparpillonnent
Et mon fait découvrir
La beauté du nombre-il,
La puissance du nombre-elle.

(Jean Foucault, 2007-2009)

Isabelle Guigou
(les deux premiers sont extraits de Instants des bas champs, publié chez Soc et Foc, le troisième est un inédit)

Au-delà de la digue, tu empruntes la colère de la mer
Craches des embruns à la face des blockhaus

Puis tu t’éloignes
parler de la lumière en ces champs qui flottent sur la mer te semble une voix possible pour marcher vers la vie.

Les vaches  qui paissent là n’ont jamais vu la mer
Elles la connaissent par ouï-dire,
Par les rumeurs colportées par le vent,
Les récits criards des mouettes ;
Elles la rêvent, s’émeuvent de la savoir agitée, d’humeur sombre, déplorent les déchets qui la souillent, l’aiment mais lorsqu’elles écrivent, couchées sur la terre,
C’est à l’herbe, revenue en leur bouche que vont leurs mots.

A Mélie
 
Petite pomme toi aussi que je découvre dans cet hôpital trop silencieux
On fait connaissance autour de quelques textes, de mot en mot ton corps plus maigre, jusqu’à ce tube planté dans ta face
Je voudrais écraser d’un coup de main rageur ces pommes pourries, t’offrir dans un éclat de rire une brassée de fleurs
Petite pomme
Apprends à aimer les aventures de la vie
On s’embarque, tu es Sinbad le marin, vogue, vogue, petite pomme
Le vent gonfle les voiles ! Respire le parfum de la mer !
Ne tremble pas devant le bourgeonnement féminin de ton corps
Devant cette enfance que tu crois à jamais perdue
Si tu savais combien de gosses jouent encore aux billes derrière leurs barbes ou sur leurs hauts talons, combien d’adolescents aux cheveux blancs tremblent face au visage aimé, comme pour un premier baiser
Petite pomme
Laisse,
Laisse faire la vie, déchire
Déchire les images idéales et fausses
Petite pomme
Trouve, dans ces mots que tu traces, une forme réconciliée
Trouve toi.

Isabelle Guigou

Luce Guilbaud

Pensées flottantes flou sur image
les bottes pleines de nuages
sac à dos poids plume
plein de rêves endormis

vieux bonhomme sans but
il fume du gris dans sa pipe
les yeux au bord des larmes
il brouille un peu le paysage
avec ses mains de pluie
le temps d’effacer les fenêtres
il dort dans les vallées
la tête sous les ponts

c’est le porteur de brouillard
qui traverse le soir
dans le rire jaune des phares.

Je marche
à travers le vocabulaire tendre des matins
à la limite des formes mouvantes de ma mémoire
j’avance sur mes traces
je cherche un pays d’herbe et d’eau
de nuages et de vent
un pays de pages blanches
d’où je suivrai avec le doigt
le mode d’emploi des abeilles et des salicaires

plus loin c’est là où les arbres parlent
avec les noms qui te connaissent.

Luce Guilbaud

Celui qui cherche encore son voyage
Celle qui mise à jour peut se tromper
Celui qui fantômes habitués les traduit de mémoire
Celle qui caracole caravelle et cavale de baisers
Celui qui bleu de poitrine large ouverte
Celle qui s’encielle libellule et aile
Celui qui cellules multiples de rouges diffus
Celle qui de braise fluide à leurs rives est vivante
Ceux-là ont verts et vents de forêts
Graines et pollens prairies sous l’eau
Feuille muette et menthe sur page blanche.

Luce Guilbaud

Mer roulée de galets sonores
de cris de fureur de peurs
sous les vagues la mer
de peurs de fureur de cris
sur les rochers les vagues
d’écume poignardée de bave
de murmures de menaces de mer
roches broyées coquilles éclatées
de fureur de menaces de cris
galets roulés de mer sonore
vagues emportées marées
rochers contre rochers
seiches décapitées étoiles dépecées
grandes marées de bouches noyées
la mer la peur le cri…

Luce Guilbaud

Gaston Herbreteau

Le yo-yo

Le yo-yo monte
en mangeant la ficelle
le yo-yo descend
en la libérant.

Le yo-yo monte
à la tour de Babel
le yo-yo descend
dans la tête de l’enfant.

Le yo-yo monte
plus haut que le rêve
le yo-yo descend
plus bas tristement.

L’araignée

L’araignée a régné
dans le grenier
la reine a piégé
ses invités
dans l’arène
qu’elle a tissée
que de perfidie
dit le père Fidy
aux insectes
elle veut vous
exterminer
le soir espoir
araignée noctambule
déambule déambule
du grenier au vestibule
le matin chagrin
que de perfifie
dit le père Fidy
qui se nourrit de rien
peut-on manger les siens ?

Gaston Herbreteau

Patrick Joquel

Deux poèmes extraits de Comme un chuintement d’air
A paraître en 2010 aux éditions Soc et Foc avec des images de Nathalie de Lauradour

Dans ces couloirs privés de soleil
tes mâchoires se serrent

Respirer oppresse

Sur ton épaule
un ange
murmure
ses ailes

Le long des nuits cernées de projecteurs
quand un bref éclat d’obscurité
lui permet d’apercevoir
glissant sur sa lointaine orbite
un satellite de communication
il te sourit

Dehors
le lièvre et le crapaud
les pâquerettes
la buse et le chant des chênes
tous ces petits bonheurs
en liberté

Libres
comme flocons de mars

Flocons légers
qui fondent sur le sol de la prison
mouillent le goudron
puis
suivent
tranquillement
les canalisations d’évacuation des eaux

Tu rêves d’être soluble

Patrick Joquel

Michel Lautru

Mélangés

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Un pied romain
L’autre ostrogoth
La face burgonde
Le torse normand
Un peu de 732 dans les veines
Et de 1515 dans les artères

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Et nos télés
Nos voitures, nos frigos
Sont aussi mélangés
Fabriqués par Aziz
Par Abdel, par Tonio

Mélangés
Nous sommes tous mélangés
Et nos cimetières de France
Sont de curieux mélanges
De peaux noires, de peaux blanches,
De peaux et d’os mélangés
D’humus étrangement mélangé
Pour faire pousser les ailes de la liberté.

Mamie rapetissait
Se recroquevillait à vue d’œil
Toute petite sur le seuil
Une chatte amie
Une mouche, une fourmi…
Mamie rapetissait
Mamie disparaissait
Plus petite qu’un moustique
Vraiment microscopique
Mais encore très coquette
Entre deux brins de moquette.

Michel Lautru

Les doigts de pied.

Il faut être sévère
Avec ses doigts de pied
Avec ses doigts de pied
Pas toujours bien rangés

Il faut être sévère
Le tout petit surtout
Quand il a des ratés

Il faut être sévère
Et ne pas hésiter
Couper au ras du pied
Du genou, du bassin
Couper au ras du cou

Il faut être sévère
Et même couper plus haut
Couper à perdre la raison
Au ras des yeux
Au ras du front

Il faut être sévère
Et surtout bien savoir
Que la sévérité
Ne peut pas faire plier
Des doigts de pied mal rangés.

Michel Lautru

Liska

Toi la souris

Toi la souris
Tu grandiras
Tu grossiras
Tu forciras
Toi la souris
Tu seras rat

J’ai planté hier

J’ai planté hier
Ma joncisse à l’envers,
J’ai cueilli ce matin
Une narquille à pleine main !

Liska

Roland Nadaus

UNE GROSSE BISE

L’escargot rentre dans
sa coquille
• mais as-tu vu un escargot ? –

L‘escargot sort de sa coquille
et tout son corps n’est qu’un grand pied
• mais l’as-tu vu baver ? –

Car il a aussi une tête
avec des cornes deux fois deux
qui n’en sont pas des cornes mais
des yeux sur antennes
• imagines-tu ce que voit l’escargot ? –

Il avance sur terre
comme un sous-marin dans la mer
et avec ses yeux périscopes
il lit le monde à l’envers
comme toi tu lis les étoiles
• mais sais-tu lire dans une salade ? –

Car l’escargot (comme les limaces sans coquille)
aime beaucoup les laitues –le sais-tu ? –
Il aime aussi les jeunes pousses
et les fleurs fanées
et l’herbe tendre des fossés
qu’il mange en les embrassant
• Et toi comment embrasses-tu? –
CINQ SENS INSENSÉS

Tes yeux dorment debout
• tu as trop regardé d’étoiles –

Ton nez s’enrhume et coule
– quand il respire l’odeur des autres –

Mais tes oreilles font antennes
• pour capter la Parole du monde –

Et ta langue papille
– les sucs savoureux de la Vie –

Ta peau frémit ou se hérisse
• quand on la caresse ou la griffe –
Tu as
–et tu es –

Cinq sens
– insensés –

Et c’est pourquoi on t’aime
– tu nous ressembles sans nous singer –

Roland Nadaus

Philippe Quinta

Deux poèmes extraits de jeux de doigts aux éditions Soc et Foc

Les chanceux

Nous qui possédons nos deux mains
Pensons à ceux qui n’en ont point

Faisons ensemble l’inventaire
De ce que nos mains savent faire

Car elles tirent, cueillent, nouent
Écrivent, poussent, prient ou jouent
Saisissent, caressent, déchirent
Sèment, saluent, peuvent s’ouvrir

S’offrir comme deux simples fleurs
À ceux qui sont dans le malheur

Bâtir

Un doigt
Deux doigts
Trois doigts
Quatre doigts
Cinq doigts
Dix doigts

Dis-toi
Que tu as un toit
Un toit

Pour toi et moi

Philippe Quinta

Jacques Thomassaint

RAPière ou RAPierre ?

A l’âge de pierre
on ne connaissait
ni le fer
ni le rap
ni le hip
ni le hop
ni les bugs
ni les bus
ni Nini
ni Mimi
Ho la la !
Pauvre Pierre !
Il est déjà si vieux ?

DéRAPage

Mon stylo
jette l’encre
en mots vagues
prend la page
pour la plage
prend le large
et s’étale
coule et se noie
orage
ô désespoir
ô tache noire
indélébile
c’est l’histoire
d’un stylo
qui s’en va
à vau l’eau !

Jacques Thomassaint

Jean-Claude Touzeil

ALERTE

La girafe allume
son gyrophare
L’hippopotame remue
le popotin
L’éléphant fait chauffer
son diesel
Le gorille tripote
les warnings
Et le rhino urine
tout partout

Insensiblement
le paresseux accélère
le mouvement

La gazelle tricote
des gambettes
Le phacochère phagocyte
les enchères
Le jaguar enclenche
le turbo
Le serpent fait crisser
ses viscères
Et le lion déjà loin
prend les devants

On annonce
un feu de brousse
sur radio-savane…

SIGNES

Dans la maison tristou
Au menu de l’hiver
Coulis de courants d’air

Je chauffe le café
Le vent frappe au carreau
Et c’est signe de givre

Quand j’attrape mon bol
Le vent est au placard
On aura de la neige

Un sucre une cuillère
Le vent est au tiroir
Et c’est signe de glace

Je beurre mes biscottes
Le vent crie sous la porte
Peut-être du verglas

Confiture de fraises
Le vent est sous la table
Et c’est signe de gel

J’avale mon petit-déj’
Le vent est dans le bol
Aïe ! bonjour les congères

Les signes s’additionnent
Je vais faire du feu
Dans la maison tristou

Jean-Claude Touzeil

Sofie Vinet

Extraits du texte trans mission
publié dans la revue SENS DESSOUS La transmission N°2 juillet 2007, édité par l ‘association PAROLES

Les chats ne viennent plus miauler sous la fenêtre de la vieille dame.
Les géraniums ont séchés.
Cédée à l’héritier la maison a été vendue, transformée, vidée de son âme.
Bientôt on lira à louer.
Pourtant la petite fille continue de grandir avec
pour héritage le souvenir, l’ odeur de la maison, les petites affaires
le sourire de la grand mère,
les moments passés ensemble sur le canapé, Marie Louise lui prenait la main,
elles étaient en paix.
En apparence, rien n’a vraiment changé dans sa vie dans son être
si ce n’est, cette sensation chaque jour un peu plus forte
d’appartenir au flux incessant de la vie.

Il n’y a plus de chats dans le village.
Devant la fenêtre de la vieille dame
plusieurs voitures avec, collé sur le par brise arrière, un grand A.
A travers les carreaux, des silhouettes.
Elles ne connaissent pas la vie de Marie louise.
Les murs de la maison ne transpirent plus son histoire, elle est partie .
Pourtant les pierres et la terre savent , elles.
Elles portent le souvenir et l’espoir que ces nouveaux locataires, de passage certes, sauront donner un nouveau souffle à ces lieux.
Sans le savoir, ces jeunes gens attraperont le fil de l’histoire de la vieille dame.
Juste avant son départ, elle avait semé des œillets rouges, là
au coin de la maison.

Sofie Vinet

Pistes d’ateliers d’écriture :

• Paul Bergèse : En cette fin de jour… Et chez toi comment se passe la fin du jour ?

• Chantal Couliou : avec elle, jeter un nouveau regard sur la classe et l’école ! Chercher ainsi la vie secrète des objets, du vivant dans l’école et leur donner la parole dans de petits textes, mettre en mot puis en photo (exposition) toute cette vie…

• Luce Guilbaud : Pensées flottantes… choisir une image avec un personnage, puis écrire le poème du personnage… Présenter les deux ensemble sur un papier cartonné.

• Luce Guilbaud : Mer… changer de lieux, recenser tous les mots qui résonnent avec ce lieu puis les installer dans un texte en s’inspirant de ce poème.

• Michel Lautru : Les doigts de pieds… Il faut être sévère… choisissons un autre objet de notre sévérité ! Une partie du corps ? Quelque chose d’autre ? Par exemple les cactus… Pourquoi pas…

• Michel Lautru : Mélangés… Et si nous regardions d’où viennent nos produits quotidiens… les Made in… Une fois listés essayons de fabriquer un texte avec eux…

• Liska : J’ai planté… Choisissons deux mots, mélangeons leurs syllabes et jouons à créer un texte qui utilisera la rime. Un quatrain serait bien.

• Roland Nadaus : Une grosse bise… Change d’animal et laisse-toi imaginer… imagine aussi une autre fin… à la place de la bise…

• Jean-Claude Touzeil, choisissons des animaux, jouons avec les rimes, les situations, les lieux…

• Sofie Vinet : souvenirs souvenirs… des textes qui parlent de nos souvenirs… bons ou mauvais…
Pistes de Lectures

Un hiver comme un autre
Franck Cottet
Illustrateur : Evelyne-Winocq Debeire
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-52-6
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
Un jour le poète vit. Du verbe vivre autant que du verbe voir. Ce qu’il vit s’écrit. Des mots fixent le fugitif. Ce quotidien dont on aimerait tant qu’il nous exalte… juste une question de regard : chacun vit une vie unique et extraordinaire ! Sommes-nous prêts à nous laisser exalter par nos instants de vie ?
Ce livre d’heures toutes simples et simplement denses danse à la lecture avec le quotidien du lecteur. Nos vies se ressemblent tellement. Nous ressemblent tant. Nous rassemblent. Tant à partager. Et tant d’échanges refusés…
Le livre vibre entre les doigts. Entre les paupières. Les pages s’accordent aux battements de cœur. On est en proximité.
Ça vibre aussi et si discrètement qu’on pourrait les oublier presque, dans les encres de l’artiste. Un accompagne-ment d’une élégance et d’une sobriété que pour ma part j’apprécie énormément.
Un livre au ton juste.

*
Les escargots sont des héros / La pieuvre qui faisait bouger la mer
Roland Nadaus
Illustrateur : Sophie Clotilde
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-55-7
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Une réussite ! J’en reste saisi, muet, en flottement, musement… Deux livres en un : celui des escargots et celui de la pieuvre. Tête-bêche. Celui de la pieuvre est une plongée dans un monde flottant, liquide… On perd pied. On suit le courant. Il nous entraîne dans un état proche de l’émerveillement. On est bien dans ce monde… Celui des escargots est plus terre à terre. Questions de vie, de mort, de survie et d’amour sont au programme. Du dense. Mais toujours avec douceur.
On ressort de ce double ouvrage plutôt bousculé. Et on y retourne vite tant il est riche et prenant. Les illustrations sont de petites statues qu’une fée de passage pourrait bien rendre vivante…
Chapeau !

*
jeux de doigts jeux de rois
Philippe Quinta
Illustrateur :Fanny Millard
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-51-9
Année de parution : 2008
Prix : 12€
Inventer de nouvelles comptines et autres jeux de doigts pour les petits du 21e siècle (et les grands aussi faut pas les oublier), fallait oser. Philippe Quinta l’a osé. Et de belle manière ! Car l’exercice est difficile. La réussite ici est à chaque page et même si l’une ou l’autre me laisse vraiment pantois, toutes, je les imagine bien volontiers dans les classes de petits et de moyens de maternelle avec les yeux pétillants et les mains rieuses !
L’air de rien ces poèmes ne se contentent pas de jouer aux doigts… ils parlent de toit… ça ne vous évoque rien ? de copains… de la vie et des tortures qui parfois… de chagrins et de joies… bref rien de vraiment anodin, rien de vraiment simple. Le poème a cela de magique, sous un mot se cachent des pans entiers de l’univers… Vibrer ainsi avec de petites voix chapeau !
Quant aux images, elles ont un petit air d’enfance et de légèreté qui va bien avec les mots. Un livre dans lequel je me sens bien en harmonie avec les autres, le monde et mon enfance…

*
Une manière d’aile
Patricia Cottron-Daubigné
Peintures : Patrick Sanitas
Editeur : soc et Foc
Isbn 978-2-912360-50-2
Année de parution : 2008
Prix : 18 €
Un livre splendide. Un peintre Patrick Sanitas et une poète Patricia Cottron-Daubigné croisent leurs talents. Leurs émotions. Leurs images. Leurs couleurs. Leurs mots. Crayons, pinceaux s’entremêlent sur le papier pour former un livre atypique. Totalement imbriqué. C’est plein de sensualité. Cela a comme un désir d’Italie. Ou un songe… Peintures et mots dressent ensemble un paysage résolument sud. Chaud. Chaleureux. Dans lequel on a envie d’entrer. De déambuler. Au soleil ou à la fraîche. Seul ou à deux…
Une fois de plus avec ce livre je me trouve confronté à cette équation bizarre dont j’avais parlé à la Sapienza de Rome : dans un livre où le poète et l’artiste travaillent vraiment ensemble : un plus un égalent au moins trois !

*
Des grains d’alors
Florian Chantôme
Images : Cyrille Laurent
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-54-0
Année de parution : 2009
Prix : 12 €
Un livre élégant. Des haïkus. Des images. L’œil glisse des uns à l’autre et réciproquement. Sobrement. Et ça soulève comme des échos en soi. Des réminiscences. Des accords. Beaucoup de vibrations dans ce livre, comme entre lui et le lecteur. Le tout c’est d’accepter d’entrer dans la solitude et le silence que crée ce livre. Un livre dans lequel on se promène alors librement. En avant. En arrière. On prend les itinéraires comme on les sent, comme ils viennent. Il y a trois parties, trois cheminements bien distincts dans l’organisation des haïkus, cependant on peut les emprunter dans le désordre. J’aime assez cette multiplication des entrées.
Un livre ouvert !

*
Mot je te vois
Gaston Herbreteau
Illustrateur : Alexandra Campe
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-53-3
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
Après Mot, y-es-tu ? en 1999 et Mot, que fais-tu ? en 2003, tous deux chez Soc et Foc également, Gaston Herbreteau poursuit son interrogation et sa recherche entre les mots à lire et les mots à voir. Entre le sens du texte et l’image qu’il crée. Image tout autant mentale que plastique. On retrouve ici des acrostiches, un poème taupe, des calligrammes. C’est simple et pertinent. Réussi. Les collages d’Alexandra Campe sont à observer finement : beaucoup de délicatesse, de nuances et de vie. La rencontre de ces deux artistes crée un livre joyeux, lumineux et dans lequel on se sent bien. Un livre qui incite à la création également. Un livre moteur !

*
les jours mes nuits
Lise Lundi-Cassin
Editeur : Soc et Foc
Photos : Claude Burneau
ISBN : 978-2-912360-49-6
Année de parution : 2008
Prix : 12 €

Un livre à deux voix. Celle du jour : des croquis pris sur le vif du quotidien. Celle des nuits : journal nocturne d’un marin solitaire à bord de son catamaran sous couette. De petits textes. Chacun avec son émotion. Chacun semble interroger le lecteur : qu’est-ce qu’une vie ? est-ce que c’est une vie ? ces petits riens qui agacent, qui sourient… qu’on ne voit même pas, même plus… et pourtant…
Ça invite à la tolérance ce livre là. A l’ouverture : la seule qui compte celle qui nous ouvre à l’autre, à sa réalité ; à son humanité. Au respect.
Oui tout ceci ça fait beaucoup de vie. faudrait demeurer à cette hauteur là : vivre à hauteur de vie !

Les photographies en noir et blanc fondent le texte. Tout ceci tient bien en page. Et ce n’est pas la moindre des réussites du livre que de marier ainsi aux jours et aux nuits, des fragments d’images du quotidien.

*
Les loups donnent de la voix
Gilles Brulet et Jean-Claude Touzeil
Illustré par Patrick Guallino
ISBN 2-912360-28-5
Editions Soc et Foc 2004
12€
Un livre à six mains, et je ne compte pas celles de Soc et Foc (2 ? 4 ? …). Jean-Claude Touzeil et Gilles Brulet entrelacent leurs écritures en de courts poèmes qui se répondent parfois, se contrastent, s’accompagnent ou s’ignorent sans que l’on sache vraiment qui a écrit quoi, à moins de bien connaître les deux compères…
C’est une dynamique qui dynamite chaque écriture, créant ainsi un nouveau poète mi-réel, mi-virtuel…
Patrick Guallino colorie tout cela de ses lumières et de ses légèretés !
Cela fait un livre ensoleillé pour partir loin des pensées uniques ambiantes, des grisailles quotidiennes… Un livre qui respire son lecteur à pleines couleurs !
Il ne faut pas hésiter à se faire du bien !

*
Mon chat est un drôle de zèbre
Jacques Thomassaint
Illustré par Johanne de Monès
ISBN ISBN 2-912360-27-7
Editions Soc et Foc 2004
Ce livre très coloré, très joyeux, est un livre qui joue. Les mots s’amusent. Les formes leur répondent. Tout cela sourit, pirouette et surprend. Le jeu n’est pas gratuit. Rien n’est plus sérieux que le jeu. C’est lui qui nous pousse en avant tout au long de nos années, qui nous motive. Quand on ne joue plus vient l’ennui.
Ce livre n’est donc pas pour les grands qui s’ennuient. Pas pour les grands dont les mots font de belles phrases, en langue de bois. Non ! Ici, c’est la langue des fleurs des champs. Des papillons. Ça vole dans tous les sens, ça ose les mélanges. Ça invente « un vélo à passer le café ». Le monde est à celui qui l’invente aurait pu dire Dieu ; sans se prendre pour The Créator, les auteurs inventent le leur, de monde, délicieusement décalé, sérieusement joueur !
J’aime beaucoup cette légèreté et ces bonheurs !

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Les jupes s’étourdissent
Michel Lautru
Illustrations Marlène Lebrun
ISBN 2-912360-32-3
Soc et foc 2005 ; 12€
Prix des lecteurs Lire et Faire Lire 2007, en collaboration avec le Printemps des Poètes.
Trente neuf poèmes. Qui vont de la petite fille qui danse sur le trottoir à la grand-mère qui arpente l’infini. En passant par la maman qui fait « de la joie Tout autour de toi ». Toute une vie est évoquée ainsi, féminine. Plusieurs vies tant les points de vue se croisent. Un livre, plusieurs livres… Ne sommes-nous pas, garçon ou fille ainsi ? Un et multiple ?
Un livre de grande tendresse. Délicat. Juste.
Des images très colorées, une marque de Soc et Foc ! Marlène Lebrun enrichit la lecture de ses perspectives, de ses couleurs, de ses idées.
Un très bel ensemble

*
à fleur de silence
Chantal Couliou
Illustrations : Nelly Buret
Editeur : soc et foc
ISBN : 978-2-912360-48-9
Année de parution : 2007
Prix : 12 €
De livre en livre Chantal Couliou construit une œuvre attentive au monde. J’aime cette présence discrète. Cette attention. Cette densité d’attention et de présence. Les haïkus de ce livre sont ainsi. Tournés vers la mer. Vers les eaux du bas autant que celles du haut. Et malgré les vents, les nuages, les gris, les bleus ou l’écume, l’auteur saisit les beautés de l’instant fragile pour les déposer le temps d’une lecture et de ses songes sur le papier. Trois vers. Quelques mots. Et tout le reste silence autour et dans le lecteur. Les images de Nelly Buret offrent régulièrement un espace où perdre le regard. C’est dans ces espaces de musement que naît la poésie. Quand on se laisse gagner par le musement. Et que résonne en soi l’émotion des mots, des images et que l’on se tient tout entier suspendu au livre.

*
Instants des bas-champs
Isabelle Guigou
Illustrateur : Jacques Trichet
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-45-8
Année de parution : 2007
Prix : 15 €
[Le vent se presse dans tes oreilles
Trop de mots se bousculent
Sifflent cette peur devant la seule certitude d’une vie :
Tu vas mourir au monde
S’allonger au pied de la digue pour rattraper le silence n’efface rien]

Voilà. On est là. On marche. Dans un paysage d’altitude zéro. Un fond plat. On ne sait pas trop où commence l’humide, où finit le sec. entre deux. Entre mer et terre. Entre ciel et eau. Entre vie et mort. On marche. Le regard à l’affût.
[Tu as vu briller des confettis d’amour amoncelés par les siècles
Comme si de rien
Pouvait naître
Le beau]
Les poèmes ici seraient de l’ordre du fragment. De très courts textes. Des mots qui naissent de la marche. Du silence. De la contemplation. De la fonte. Car ici le poète semble bien se fondre dans le paysage. Devenir transparente. Translucide. On la suit ainsi le long de sa déambulation. De flaques de mots en flaques de silences. Vers la vie !
[La vie est un pas plus loin]
Les peintures qui accompagnent ces mots ruisselants participent à cette immersion dans le paysage. Ici le peintre ne garde de la vision que la couleur, la forme. On ne voit rien et pourtant tout y est. Remarquable. Et lumineux !
L’ensemble forme un livre de grande harmonie.

*
Quand la mère se retire
Jean Foucault
Photographies de Christian Berjon
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-46-5
Année de parution : 2007
Prix : 15 €
Mystère de la mort. Le poète vient à la rencontre de sa maman mourante. Une première partie du livre se tient sur la route. Il conduit. Il va vers. L’ultime rencontre. La seconde partie c’est celle du veilleur. Beaucoup de silence dans ces pages. Beaucoup de douceur aussi. Que sait-on de la vie ?
Je crois que chacun pourra se reconnaître dans ces pages parce que sur les essentiels de nos vies et la mort des parents en est, nous nous retrouvons sans doute à égalité. Ou presque .

*
Les poches pleines de mots
Paul Bergèse
Illustrateur : Titi Bergèse
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 2-912360-38-2
Année de parution : 2006
Prix : 12€
Prix des Lecteurs Lire et faire lire 2009, en collaboration avec le Printemps des poètes.
Ce recueil fait partie de la liste de référence des ouvrages de littérature jeunesse pour le cycle II, 2007, Ministère de l’Éducation Nationale.

Le père et la fille. Un joli duo. La légèreté et la gravité des illustrations, ligne noire, papiers déchirés, accompagnent l’humour et l’attention au monde des poèmes. L’attention aux petits, aux petites choses, aux profondes émotions… Il y a dans ce recueil un soleil, une tendresse. Un recueil printanier, s’il existe des saisons en poésie ?…
Un livre bleu tendre.

*
Les petites affaires de Marie-Louise
Sofie Vinet
Editeur : Soc et Foc
ISBN 2-912360-37-4
Année de parution : 2006
Prix : 12€

Un petit livre bleu. Comme un carnet. De souvenirs… Un petit bijou de mélancolie. De nostalgie. Sans jamais tomber dans la tristesse. Non, ici la tristesse n’a pas droit de cité. Juste la douceur de se souvenir avec émotion des jours heureux. Des moments de rien, ces petits rien qu’on voit à peine passer et qui longtemps après laissent en bouche le goût du bonheur… Un livre plein de profondeur. De sérénité. D’émotion. De pureté.
Sofie Vinet s’est plongée dans les petits objets de Marie-Louise, sa grand-mère, et accompagne chacun d’eux (présents dans le livre sous forme de photo) d’un petit texte. Et la magie opère. On entre dans cet univers qui nous est inconnu. On y entre et on s’y sent chez soi. Parce que c’est juste. Parce que nos vies ont des similitudes… Parce qu’on est tous exilés de son enfance…Et que le bonheur, ça nous travaille tous.

*
Maisons Bleues
Patrick Joquel
Illustratrice : Nathalie de Lauradour
ISBN 978-2-912360-47-2
Editions Soc et Foc2007
12€
Ouvrage magnifique tant par l’écriture que par la présentation et l’iconographie. Avec Patrick Joquel, les maisons sont rendues vivantes, nous touchons ainsi à la poésie fantastique à travers des poèmes en prose qui commencent par « Je connais des maisons » sauf le dernier «je connais une maison. La dernière ? ». C’est beau et envoûtant. Allez je ne résiste pas à vous en livrer un au hasard: « Je connais des maisons dont les rêves coiffent leurs cheminées. Ils sont posés là. Entrecroisés. Solides et vastes. Ils attendent…
Quelques plumes de feu… claquement de bec : « embarquement immédiat à destination de là-bas-c’est-si-bon, nid numéro dix­-sept…»Il suffit de si peu de chair pour donner forme et vie à un rêve. Des fragments éparpillés de coquilles bleues en témoignent sur le trottoir… ». On trouve également une ponctuation sous forme d’haïku : « Du jour à la nuit /Les méridiens se balancent / Terre est un berceau ».
Yves Artufel – Liqueur 44 – N° 776 Hiver 2007

*
la chair des jours
Annie Briet
Illustrateur : Louttre.B
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-57-1
Année de parution : 2008
Prix : 12 €
D’abord il y a les tableaux. L’exposition. Le silence des visiteurs. Leur émerveillement. Ensuite il y a la poète. La rencontre avec les toiles. Et ce frémissement qui précède la mise à l’écriture. Brusquement quelqu’un entend le murmure des couleurs et des formes. Le restitue en mot. En images. En émotion. Le poème se lit et donne à relire le tableau. L’un et l’autre se répondent, s’accompagnent dans une vibration complémentaire. L’un et l’autre font ce qui s’appelle une œuvre. Commune. Et qui dépasse le travail personnel de chacun. Une œuvre pleine de silence. D’équilibre. Une œuvre qui ouvre au monde.

Adresses

Les éditions Soc et Foc

http://www.soc-et-foc.com/

Les auteurs

Paul Bergèse : bergese.paul@orange.fr
Dan bouchery : touch.d.auge@wanadoo.fr
Florian Chantone : jeanphilippe.testefort@laposte.net
Franck Cottet : franckcott@aol.com
Isabelle Guigou : guigouisabelle@aol.com
Luce Guilbaud : luce.guilbaud@wanadoo.fr>
Gaston Herbreteau : gaston.herbreteau@wanadoo.fr
Philippe Quinta : nadiaphil@wanadoo.fr
Michel Lautru : mjlautru@yahoo.fr

Sites

Gilles Brulet : http://monsite.orange.fr/gillesbrulet
Jean foucault : http://jean-foucault.fr
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Roland Nadaus : http://monsite.orange.fr/rolandnadaus 
Philippe Quinta : http://philquinta.canalblog.com/
Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Franck Cottet est aussi éditeur à l’enseigne du Chat qui tousse
www.lechatquitousse.sup.fr

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

http://www.la-charte.fr/

Le Printemps des poètes

http://www.printempsdespoetes.com/

La maison des écrivains et de la littérature

http://www.m-e-l.fr/

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.
Photo de couverture : Cairn sommital du Malinvern (06). Eté 2008. Photo P.Joquel.
ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
sites Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

www.grostextes.com
*
le cairns numéro quatre
Pour ce numéro quatre de Cairns, nous ne sommes pas partis sur les traces d’un éditeur comme précédemment. Nous avons décidé d’accompagner un joli projet proposé par la Charte des Auteurs et Illustrateurs pour la Jeunesse. Une association d’auteurs et d’artistes dont le point commun est d’être publié en secteur éditorial jeunesse. La Charte a voulu suivre le Printemps des Poètes et a demandé à ses adhérents un texte, une illustration sur le thème de ce printemps 2009 « En rires ». Si toutes les contributions sont en ligne sur le site de la Charte, Cairns en publie une bonne partie ici.
L’humour est une des pistes de la poésie. Une que j’aime particulièrement. L’humour permet de dire tant et sans en avoir l’air. Quelques poètes en particulier ont réussi des merveilles : Desnos bien sûr, Norge qui aurait eu 110 ans en 2008 et que je vous invite à découvrir absolument, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Joël Sadeler, Gianni Rodari, Edward Lear, Jacqueline et Claude Held, Jean-Claude Touzeil, Paul Bergèse, Michel Monnereau, Jean-Hughes Malineau et j’en oublie.. Qu’on me pardonne.
Dans ce numéro quatre nous trouvons donc des auteurs qui ne sont pas forcément publiés habituellement par des éditeurs de poésie, mais que l’on connaît en albums, romans ou autre. La poésie n’appartient pas uniquement aux poètes. Elle appartient à tous ! Y compris aux enfants de nos écoles quand leur enseignant les invite à écrire un poème ou un texte qui serait comme un poème…
Je rêve que ce numéro quatre crée aussi chez les enseignants le réflexe site « Charte » http://www.la-charte.fr/ ; et site « Printemps des Poètes » http://www.printempsdespoetes.com/. Je m’explique. Lorsqu’on étudie en classe un livre, qu’est-ce qui nous empêche d’aller voir sur le répertoire de la Charte si l’auteur et l’illustrateur y sont présentés ? De rebondir sur leur propre site ? Et lorsqu’on étudie un poète contemporain, qu’est-ce qui nous interdirait d’aller voir si ce poète est référencé au Printemps des Poètes et d’aller ensuite sur son site personnel ?
La littérature est affaire de vivants ! Montrons aux élèves que ces drôles de vivants dont les livres, les images, les poèmes nous émeuvent, nous dérangent, nous ennuient parfois, nous bouleversent, sont accessibles. Qu’on peut les rencontrer sur site mais qu’on peut aussi les contacter, leur écrire, voire à l’occasion d’une manifestation poétique, d’un salon du livre, les rencontrer…

Le mot de Marie Sellier Présidente de la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse.

A la Charte*, il y a des passeurs d’histoires en mots, en phrases, en images, des bâtisseurs, des rêveurs, des funambules. Et des poètes, naturellement. Marie-Florence Ehret le sait bien, qui en est une, et pas seulement à ses heures. Cette Charte, dont elle fait partie depuis de nombreuses années, elle a souhaité l’entraîner en poésie et en rires, sur le thème du prochain Printemps des Poètes. Ainsi sont nés les poèmes de ce recueil, avec la complicité de Patrick Joquel qui a bien voulu leur consacrer un numéro spécial de sa jolie revue Cairns. Il y en avait bien d’autres mais la place manquait et c’est sur le site de la Charte (www.la-charte.fr) qu’on peut les lire pour le plaisir.
La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse regroupe environ 800 créateurs, auteurs et illustrateurs confondus, et unis par leur même passion du livre jeunesse. Comme le dit Marie Despleschin, « la Charte n’est pas une école, pas une chapelle, pas un club un peu select pour auteurs vénérables. La Charte, c’est l’idée du métier, du compagnonnage ». Un lieu où chacun est à égalité, un lieu très vivant où l’on se retrouve pour échanger, parler de création et de nos problèmes d’auteurs, un lieu sans frontières, sans barrières où l’on peut faire le tour de ce drôle de métier qui n’en est pas tout à fait un. Forum où se brassent idées, expériences et conseils, la Charte est aussi un point de repère dans l’édition jeunesse, un point d’ancrage pour ses membres et une référence pour tous ceux qui gravitent autour du livre jeunesse. La Charte est remuante, bonne vivante et joyeuse. Si vous en doutiez, lisez les pages qui suivent.

* La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, Hôtel de Massa, 38 rue du Faubourg-Saint-Jacques, 75014 Paris / Téléphone : 01 42 81 19 93 / ecrire@la-charte.fr / www.la-charte.com

 

SECU F D

Déborah a mal à l’index
elle se rend chez l’Indexologue.

Déborah a mal au menton
elle court chez le Mentonopathe.
 
Déborah ressent des complexes
Elle consulte un Complexologue.
 
Son nombril est son obsession
c’est l’affaire du Nombrilopathe.
 
Elle remplit des pleins caddies
de pilules à la pharmacie.
 
Se soigner lui prend tant de temps
qu’elle a besoin d’un Tempologue.
 
Quand certains jours elle n’en peut plus
elle file chez le Peuplutopathe.
 
Pour obtenir des remontants
elle supplie le Remontologue.

Mais trop tard, sa vie est fichue,
constate le Fichutopathe.
 
Et la sécu, pendant ce temps,
creuse son trou implacablement.

Corinne Albaut
Je me gondole
Tu te poiles
Elle s’esclaffe
Nous nous marrons
Vous vous bidonnez
Elles se fendent la poire

Marc Baron

Fourberie

A la mi mai
à Miami
une fourmi amie,
a mis la mie
du pain d’une amie
dans l’amidon ;
Donc, c’est raide !

La poésie porte ses fruits
mais ces fruits
ne rapportent pas.

Paul Bergèse

Toute sa vie
il avait cultivé les soucis
À soixante printemps
il découvrait
que la généalogie a ses arbres
et les mots leurs racines
Il comprenait enfin
que la raison d’être d’une pépinière
ce n’est pas de produire des pépins…

Alain Boudet

S’assourdir
Pour duper les oreilles dans son ventre enfin essayer
Oh et puis zut ! Vite la prophétie
« La culotte a parlé ! La culotte a parlé ! »
Qu’a-t-elle dit ?
« Elle a haussé les épaules »

Maïa Brami

Le chat a son mystère
le ciel son infini
l’oiseau a ses voyages
la terre ses murmures
et l’enfant a son rire

Enfant
tes graines de rire
éclaboussent le réveil
Ce soleil entre tes mains

Geneviève Briot

Les spaghettis

Manger de bons spaghettis
Tous les jeudis,
C’est pas comme manger
Du mauvais riz
Les vendredis.
Mais si l’on rit les lundis,
En mangeant de mauvais spaghettis,
On peut se faire des amis,
C’est ce qu’on dit en Ossétie.

Alain Chiche

Insérer image aude poirot ici

Dans RIRE
j’aime lire l’IRE
L’R premier
qu’on se donne
pour la forme
les grands éclats sonores
me touchent moins
J’aime mieux le sourire
ou bien le rire si doux
si fou
si éloquent
des yeux

François David

Rouge perroquet
Vert édredon
Jaune girafe
Gris éléphant

Abricot soleil
Fraise de saison
Rayure abeille
Vert gazon

Emmanuelle Delafraye
EcRire

Un éclat de nuage
Cristallisé de rires
Disperse la tristesse

Un soleil feuilleté
Butiné de sourires
Éclabousse les regards

Les paravents se déplient
Comme des soufflets
Aux couleurs acidulées

Il n’est jamais trop tard

Anouk Durey (8/07/2008)

Prenez en un prenez en deux
Prenez en trois prenez en quatre
Prenez du riz des mots des pas
Prenez un fou prenez un loup

A bras le cœur
A cœur perdu
Prenez la vie du bon côté
Mais surtout ne prenez pas tout

Comptez les mots comptez les pas
Rêvez tout haut parlez tout bas
Prenez le train prenez des coups
Prenez vos jambes à votre cou
Et pendez vos bras à son cou
Prenez la poudre d’escampette
Et saupoudrez là où ça gratte
Prenez votre temps et celui du voisin
Prenez un vers ou deux ou trois
Buvez les chauds buvez les froids
Mangez les mots les crus les gros
Et vous aurez du cœur au ventre !

Marie-Florence Ehret

Manou dit : c’est le pommier qui fait pousser les pommes,
le soleil les dore, la bouche les mord.

Maminou dit : c’est le poirier qui fait pousser les poires,
dans le vert, dans le gris, dans le noir de la nuit, le vers de la poire verte
vit.

Et moi qui dis quoi, qui dis qui ?
C’est dans les cocotiers que les coqs l’y poussent,
c’est dans les poulaillers que les poules l’y gloussent,
c’est dans mon petit cœur
qui dit quoi ?
qui dit qui ?
Bah ! la vie pousse…

Françoise Guillaumond

Le régime

J’ai entamé hier matin
Un régime draconien
Pour rentrer dans mon maillot
Faut que j’perde quelques kilos !
J’ai supprimé illico
Les bonbons et les gâteaux
Les frites et le chocolat
Qui font prendre tant de poids
Je me suis mise aux grillades
Légumes vapeur et salades
Dans mon pauvre frigidaire
C’est devenu le désert
D’accord, je suis bien en chair
Mais pas d’quoi m’en faire un ulcère !
Sans desserts et sucreries
J’ai le blues et dépéris.
J’ai tout tenté je vous assure
Pour maigrir j’ai fait toutes les cures
Seule la chirurgie esthétique
N’a pas touché à ma plastique
Quand je dois me mettre à la diète
Je pleure devant mon assiette
Et moi, au moindre coup de cafard,
Je me jette sur le caviar.
Au diable tous ces magazines
Où s’étalent des filles androgynes
Ce ne sont pas ces quelques grammes
Qui de ma vie feront un drame
Des régimes j’en ai ma dose
Puisque c’est toujours la même chose
Je vais donc jeter aux ordures
Mes poudres cachets et mixtures
Et rejoindre allègrement
Mes copines au restaurant

Yaël Hassan
27/08/09

Conte

Un jour, au Pays des Ziaux, un jeune homme rencontra un veau.
L’un avait un cyclomoteur, l’autre n’en avait pas.
Le veau pensa: “c’est inévitable”.
Ce qui, en langue de veau, se dit “meuh mah”. Et encore. Tous les linguistes ne s’accordent pas sur ce point. Certains soutiennent que “meuh mah” signifie “enfoiré, j’ai la priorité”, d’autres “va te faire mettre”, d’autres encore “va dans ta fermette”, d’autres enfin ne se prononcent pas.
Dans le doute le jeune homme préféra s’abstenir de penser.
Il entra dans une haie comme d’autres entrent dans la carrière quand nous n’y serons plus.
Mettez-vous à la place du veau.
Il songea: “il s’est farci la haie”. Texte impossible à traduire.
C’est depuis ce temps-là qu’on mange de la tête de veau à la Saint Raymond.

Claude Held

Trois pieds de nez
Aux nuages

- Dis-moi comment se portent l’eau,
La lune au ciel et les nuages ?
- La lune a parfois mal aux dents.
Les nuages ?
J’en vois un le soir.
Il est revêche et mal luné :
Il s’est levé du mauvais pied.

- Comment vont, dites-moi,
Les grands oiseaux du ciel ?
Ont-ils toujours de la poussière d’étoile
éparse dans leurs plumes?
Parlent-ils ? Chantent-ils ?
- Ils rêvent, ils rêvent
Et sont peu bavards cette année.

- Comment vont les mots, ce matin ?
Et les syllabes ? Et les virgules ?
Les points restent-ils sur les i ?
- Tous les mots sont la tête en bas.
Les points sous les i batifolent.
Les syllabes ont un peu trop bu :
C’était la nuit de la Saint-Jean…

Jacqueline Held
LES VA-NU-PIEDS

Y’a des sandales
pour les cigales
Et des sabots
Pour les corbeaux,

Y’a des pantoufles
Pour les mammouths
Et des tennis
pour les génisses,

Y’a des godasses
Pour les rapaces,
des godillots
Pour cabillauds,

Y’a des babouches
Pour oiseau-mouche
Et des chaussons
Pour les poissons,

Y’a mêm’ des bottes
pour les marmottes
Et des baskets
Pour les biquettes,

Des espadrilles
Pour les gorilles,
Des mocassins
Pour marcassins,

Y’a des bottines
Pour les sardines,
Des escarpins
pour les lapins.

Il y a des chaussures
pour tout’s les créatures,
Mais il n’y a rien d’prévu,
Ni mule, ni savate,
Pour les pauvres mill’-pattes
forcés d’aller pieds-nus.

Jean-Paul Hébert

Insérez une image « sans titre » de Gaëtan Dorémus
Au pays des pieds joyeux
Il pleut des souliers
S’ils tombaient par paire
Ce serait pratique
Hélas il y a un hic
Il ne tombe que des droits
Les gauches n’ont pas le droit
Rien n’est tout à fait parfait

Patrick Joquel
Illustration à insérer le lion blanc de Géraldine Alibeu
Le lion

Quand je gronde
Tout le monde
À la ronde
S’aperçoit
Que c’est moi
Le roi 

Sauf un petit pinson
Qu’a les oreillons
Et tous les poissons
Qu’ont jamais eu le son

Catherine Leblanc

Gratin de pluie

Gratin de pluie
Sauce Éole
Tranche de grain complet
Espoir en carafe. 
Mais au dessert
Cerise sur le gâteau :
L’île flottante du soleil
En nage sur la crème du ciel !

Liska

Le dromadaire

J’aurais pas dû
disait l’dromadaire
casser la soupière
mordre mon p’tit frère
manger son dessert
faire un’ fugue au Caire
lécher la mouquère
et fair’ du gruyère
de la chambre à air
du vélo d’grand père..

j’aurais bien mieux fait
disait l’dromadaire
d’embrasser grand mère
d’ranger mes affaires
de prom’ner l’cocker
et mieux fait d’me taire
au cours de grammaire
car depuis hier
me voilà misère
privé de désert!

Jean-Hugues Malineau

En rire
pourquoi pas

de la mort
qui dévore

en rires et en chansons
lui boucler le klaxon

d’ailleurs faut-il encore
le dire

ceux qui se laissent aller
à mourir

manquent cruellement
de savoir-vivre !
 

Anne Poiré

Les beaux rires
font rouler l’air

l’r qui rayonne l’air ravi
l’r qui régale revigore
l’r en rafale l’r rebelle

Les beaux rires à la ronde
aèrent le monde

Jacqueline Saint-Jean

Insertion d’une image de Sarah Emmanuelle Burg Riez,

Riez !

Rire caverneux des hommes des tavernes,
Rire d’épices blondes, grelots dans la gorge des petits enfants,
Rires étranglés, avalés, couinement de souris apeurée,
Rire gras de l’oiseau kukubura,
Riez, riez comme vous voulez.

Rire grosse caisse, rire qui pète,
Rire translucide, bulle de savon au vent,
Rire jaune, rire blanc, rare rire rose,
Rire mauvais, flèche acérée qui me transperce,
Riez, riez quand vous voulez

Rire de soie, rire de fer, petit rire gris,
Rire spirale qui s’enroule autour du cou,
Rire empanaché, feu follet, torche étincelante,
Rire de plâtre ou de coton,
Riez, riez où vous voulez.

Rire filasse, rire filou, petit rire par en dessous,
Rire bien franc qui montre les dents,
Rire étouffé qui ne dit pas son nom,
Rire à la cave, rire à l’étage, rires sur tous les tons,
Riez, riez, c’est bon pour la santé.

Marie Sellier

Le bonhomme de neige
 
Manche, branche,
neige blanche,
gel et givre, regarde tomber les flocons !
 
Molle, moule,
la neige en boule
roule et forme un bonhomme tout rond.
 
L’œil brillant,
maintenant,
il se prend pour savant…
Lui, boules de neige et bouts de charbon !

Béatrice Tanaka

LES MOTS

Le pire pour un mot c’est d’être un mot d’ordre
car les mots savez-vous,
s’ils ne sont pas tous mots doux ou mots d’amour,
aiment assez la pagaille.
Ils s’engouffrent en désordre dans le silence,
petits mots, gros mots,
mots pour le dire,
mots dits pour maudire,
mots tendres,
mots qui tuent, qui sont presque toujours les mots de la fin,
mots lourds de sens ou mots d’esprit,
mots propres, mots sales,
bons mots, fin mot,
mots pour rire,
bas mot, mot de passe,
mot à mot qui sont jumeaux,
demi-mot, mots à rallonges,
mots couverts, pour l’hiver
et tous les autres qui se déguisent pour ne pas être reconnus :

Parmi eux il y a le mot resque, tout en arabesque
Et le mot tard, qui fonce dans la nuit pour rattraper le temps.
Il y a le mot lusque, mou comme une méduse,
Il y a le dégoûtant mot lard.
Il y a le mot bile qui s’agite et s’en fait toujours
Et le mot bilette qui passe dans les rues le soir en réveillant tout le monde.
Il y a le mot cassin, silencieux, qui danse la danse de la pluie,
Le mot déré, toujours très calme,
Le mot tivé plein d’enthousiasme,
Le mot d’erne qui se croit toujours plus malin que les anciens
Et le mot d’este qui se tait.
Le mot dit fié à qui je vous conseille de ne pas faire confiance
Et le mot lasson qui n’a aucune énergie.
Le mot lécule est minuscule, mais il a son importance
Le mot laid a le mollet mollet, il ne marche pas assez.
Le mot losse est terrifiant,
Le mot ment est vite passé.
Le mot mie est sec comme une vieille baguette, entouré de bandelettes.
Le mot narchiste retarde complètement,
Le mot niteur dit toujours : allez, on va faire une marche, ça vous calmera !
Le mot nogame n’a qu’une femme,
Le mot noï vient de Tahiti,
Le mot nologue parle tout seul
Et le mot notone nous endort tous.
Le mot numental est énorme
Et le mot queur contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas très gentil.
Le mot rceau est tout coupé,
Et le Mot tif est mal coiffé.
le mot rdu a peur des chiens,
le mot rfondu est tout dilué dans ses larmes.
Le mot ribond ne dit plus rien,
Le mot rose voit tout en gris,
Le mot saïque est en mille miettes,
Le mot sade nous fait beaucoup de mal
Et le mot ral n’est pas toujours au beau fixe.
Le mot zarella vient d’Italie,
Le mot vais, il faut s’en méfier comme de la peste.
Peut-être en avez-vous rencontré d’autres ? Inscrivez-les ici, s’il vous plaît.

Janine Teisson

Insérer le gratin aux nouilles images de Sarah Emmanuelle Burg
Le gratin aux nouilles

Le jeu du gratin aux nouilles
C’est mon jeu du soir préféré
Mon père, c’est le cuisinier
Avec sa cuillère à touille
Il court pour nous attraper
Il nous saisit par les pieds
On glisse enrobés de beurre
Les nouilles déguerpissent ailleurs
On refuse de se faire bouillir
Papa nous met dans la casserole
Nous on s’évade en pieuvres molles
Il nous rattrape, ouilleouilleouilleouille !
On se tortille il nous chatouille
On crie pitié tellement on rit
Et ça finit toujours au lit

Claire Ubac

Pistes d’ateliers d’écriture

• Avec Corinne Albaut : inventer de nouveaux mots, trouver leur définition.
• Avec Paul Bergèse : jouer comme lui sur les sonorités, les allitérations. Chercher une liste de mots autour d’un phonème voire plus (avec ou sans dictionnaire) et tenter d’écrire un court texte avec eux.
• Avec Alain Chiche : choisir un aliment. Et en s’appuyant sur la structure du texte, jouer avec les rimes pour construire un texte qui fonctionnerai sur le « nonsense ».
• Avec Claude Held : choisir un fait divers aussi simple et surprenant que cette rencontre entre un veau et un homme. Demander à chacun de devenir journaliste et de rédiger l’article.
• Avec Jean-Paul Hébert : continuer à passer en revue le placard aux vêtements, et donner à chaque habit sa rime…
• Avec Catherine Leblanc, en s’appuyant sur la structure du poème, affirmer à la manière du lion quelque chose, et ensuite travailler sur le sauf ! l’exception qui confirme la règle…
• Avec Jean-Hughes Malineau : sur cette structure j’aurais pas dû/j’aurais mieux fait… prendre un autre animal et garder la rime.
• Avec Janine Teisson, choisir un autre mot et le décliner ainsi, le mot père par exemple avec ses permis, percolateur, etc. Et bien sûr, rien n’empêche de répondre à l’invitation de l’auteur à continuer sa liste.

En arts plastiques, travailler aussi en noir et blanc. Le vide, le plein… Prendre le temps de s’interroger sur le rapport texte/image… Illustrer ça veut dire quoi ? Et comment le faire ?

Pour ce numéro quatre nous ouvrons une nouvelle rubrique : « notes de lecture ». Voici quelques mots sur des livres que j’ai particulièrement aimés cette année et que toute bcd ou cdi devraient proposer à ses lecteurs !
Auteur : Philippe Quinta
Illustrateur :Fanny Millard
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 978-2-912360-51-9
Année de parution : 2008
Prix : 12€
Inventer de nouvelles comptines et autres jeux de doigts pour les petits du 21e siècle (et les grands aussi faut pas les oublier), fallait oser. Philippe Quinta l’a osé. Et de belle manière ! Car l’exercice est difficile. La réussite ici est à chaque page et même si l’une ou l’autre me laisse vraiment pantois, toutes, je les imagine bien volontiers dans les classes de petits et de moyens de maternelle avec les yeux pétillants et les mains rieuses !
L’air de rien ces poèmes ne se contentent pas de jouer aux doigts… ils parlent de toit… ça ne vous évoque rien ? de copains… de la vie et des tortures qui parfois… de chagrins et de joies… bref rien de vraiment anodin, rien de vraiment simple. Le poème a cela de magique, sous un mot se cachent des pans entiers de l’univers… Vibrer ainsi avec de petites voix chapeau !
Quant aux images, elles ont un petit air d’enfance et de légèreté qui va bien avec les mots. Un livre dans lequel je me sens bien en harmonie avec les autres, le monde et mon enfance…
*

Une nouvelle collection aux éditions du Jasmin : en poésie « pays d’enfance » : elle démarre avec six titres plus un livre Poésie contemporaine : pistes pédagogiques ( rédigé par Patrick Joquel) pour accompagner les enseignants de la maternelle au lycée dans la lecture des six livres en classe.

Titre : Chantebêtes
Auteur : Jacqueline Held
Editeur : Editions du Jasmin
Illustrateur : Maïté Laboudigue
ISBN : 978-2-912080-58-5
Année de parution : 2008
Prix : 9.90 €

Dans un courrier de début janv.-08, voici ce que m’écrit Jacqueline Held :
«  J’ai choisi pour titre Chantebêtes, en hommage à Robert Desnos et à ses Chantefleurs et Chantefables, et j’ai aussi, ma foi, une bonne petite équipe d’animaux préhistoriques. Certains lettres de l’alphabet ne sont pas évidentes, mais j’aime assez les défis et la corde raide ! J’ai eu plaisir aussi à parler de la hyène que l’on déteste tant d’habitude. »

« D’où vient l’inspiration ? Qu’est-ce qui vous fait écrire ? Où trouvez-vous vos idées ? » demandent souvent les enfants quand un poète vient les rencontrer dans leur classe. Jacqueline Held donne ici quelques embryons de réponses…

Les poèmes s’interpellent de livres en livres, les recueils bavardent entre eux sur les rayonnages des bibliothèques… En classe, mettre des livres en réseau, toutes sortes de livres, c’est donner une chance aux enfants de comprendre comment tout s’imbrique, tout se tient, tout entre en résonance…

Et dans cette mise en réseau, il importe de mélanger les genres, un recueil de poème vibrera autour d’un album, ou d’un documentaire, ou d’un roman et inversement…

Un poème n’est jamais aussi innocent qu’il n’en a l’air, ni aussi simple qu’un bonjour…

* Ce qui fait écrire aussi c’est le défi ! La corde raide ! Ecrire est aussi simple qu’un problème de mathématiques à résoudre. Voici la question :
- Est-ce que tu peux mettre en poème la hyène ? se demande le poète. Voyons voir… Mettons-nous au travail…

Et de brouillon en essai, le poème chemine, et vient au monde. Ou bien se retrouve en papier froissé dans la poubelle : on ne réussit pas toujours…
Un atelier d’écriture en classe peut relever de cette sorte de défi. L’enseignant définit les règles du jeu, donne l’énoncé du problème, et les élèves tentent de le résoudre… Cette écriture-défi souvent fonctionne bien dans nos écoles. Les enfants se prennent au jeu.

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Titre : Jean qui rit Jean qui pleure
Auteur : François David
Illustrateur :Dominique Maes
Editeur : éditions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-57-8
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
Voici un recueil qui est construit autour de deux verbes : rire / pleurer. Chaque poème tourne autour de l’un d’entre eux, soit les combine et les mélange tant il est vrai que du rire aux larmes et des larmes aux rires il n’y a parfois qu’un hoquet.

Vingt-cinq poèmes. Plutôt courts. Sans rime. Faut-il le rappeler encore et toujours la rime ne fait pas le poème ! Elle n’est pas indispensable à la poésie ! Pour les enfants qui associent généralement spontanément rime et poésie il sera important de le rappeler !

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Titre : Comme une pivoine
Auteur : Christian Poslaniec
Illustrateur : Anne Buguet
Editeur : éditions du Jasmin
ISBN : 978-2-912080-60-8
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
Qu’est-ce qui fait écrire ? Le langage ! semble répondre ici Christian Poslaniec. Le langage lui-même génère de l’écriture, du texte, de la parole. De la langue. Le langage comme lieu d’expérimentation du monde. Le langage comme fait social. Le langage qui fait mémoire de l’expérience humaine. Qui rassemble un groupe d’humains autour de ses mots. Dans le dictionnaire au mot proverbe on peut lire : formule figée exprimant une vérité d’expérience, un conseil, et connue de tout un groupe social.

Les 22 poèmes de ce recueil ont chacun pour titre un demi proverbe. Le poème qui suit ce titre développe sur le mode humoristique le proverbe en question. Comme un jeu de langue. Comme une illustration. Un petit théâtre.

A la lecture de ces poèmes le lecteur entre de plein pied dans la langue française. Tous ces proverbes ne seront pas forcément connus des enfants. Ce sera donc un premier chemin de lecture.

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Titre : Main dans la main avec ma maison
Auteur : Michel Cosem
Illustrateur : Jennifer Dalrymple
Editeur : éditions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-59-2
Année de parution : 2008
Prix : 9.90€
C’est le livre d’un voyageur qui observe l’immobile. L’errant face au sédentaire… 26 poèmes. Autant de maisons… De haltes possibles. Peu importe que le poète ait séjourné dans ces maisons ou qu’il les ait juste croquées en quelques mots, ce qui compte ici ce sont les images, les émotions qui naissent des mots posés sur le papier.

Quelques mots chaque fois, comme une photo rapide et un peu floue ou plutôt comme un rapide coup de crayon. Si le poème semble couler naturellement et sans effort, sa rédaction n’est pas forcément aussi simple… Mais là aussi peu importe au lecteur le travail d’élaboration du texte, ce travail-là il pourra l’expérimenter dans les ateliers d’écriture, ce qui importe ici c’est la limpidité de lecture, le chuchotement émerveillé, légendaire, que le poème installe.

Le poète ici est un contemplatif. Un observateur. Il marche sur la terre. Il regarde. Il ressent. Il se tient tout entier dans ses sensations. Ce qu’il essaie de dire avec les mots, ce sont quelques fragments de la vie intime et cachée du monde. quelques secrets. Quelques uns des chuchotis de ce monde. Il tente de mettre en mots sa vibration personnelle avec lui. Sa relation au monde. Son être au monde n’est pas forcément différent de notre manière d’être au monde, non, ce qui change, ce qui fait la particularité du poète, c’est qu’il tente de formuler cela, de dire le monde autant que de se dire au monde. Avec des mots, sa langue. Dire le monde, se dire au monde, et le partager. Le lecteur s’y retrouve ou pas, entre en résonance ou pas. Peu importe, l’œuvre d’art, le poème parle à certains et moins à d’autres, touche à certains moments et pas à d’autres. Ce qui compte c’est, lorsqu’un poème fait mouche, de prendre le temps de muser, de s’arrêter. D’entrer dans son silence et son mystère.

Lire des livres de poèmes à l’école c’est aussi cela. Permettre aux enfants d’expérimenter cette rencontre possible, ce choc avec le poème. Une expérimentation de son intimité. C’est cela qui se tient à l’affût derrière nos fiches de préparation, nos projets de création, nos parcours de lecture et autres observations, démontages de poèmes. Et c’est cela le plus important : ce savoir être.

**
Titre : Une tasse de temps qui passe
Auteur : Martine Delerm
Illustrateur : Martine Delerm
Editeur : editions du jasmin
ISBN : 978-2-912080-56-1
Année de parution : 2008
Prix : 9.90 €
Un livre en marge. C’est l’auteur qui l’écrit page 22 «  j’écris des mots comme ça dans la marge »… des poèmes très courts. Des instants. Des images. De petites choses. Dans cet au-delà étroit et un peu interdit que représente la marge. Derrière la frontière…
Que l’on fixe sur le papier parce qu’on en a besoin, parce qu’on en a envie. La poésie c’est aussi cela, ces petits riens de tous les jours et qui nous touchent, nous sourient, nous émeuvent, qui se déroulent juste à côté, juste derrière le trait rouge du quotidien… et nous ramènent à notre humanité… et qui deviennent poème parce que quelqu’un les partage par l’écriture. Un livre qui nous rend attentif à notre quotidien. Après tout n’est-ce pas là, dans cette suite de jours que chacun vit son aventure singulière ?
*
Et dans cette collection en 2008 Patrick Joquel a publié quant au guépard je t’en parlerai plus tard, illustré par Michel Boucher.
*

Titre : Chou radis pois et quoi ?
Auteur : Jacqueline et Claude Held
Illustrateur : Jacqueline Held
Editeur : Tarabuste
ISBN : 978-2-84587-167-0
Année de parution : 2008
Prix : 13 €
Parus une première fois en 1973 ces petits poèmes de légumes sont repris dans Chou radis pois et quoi ? chez Tarabuste. Si quelques poèmes ont un évolué entre ces deux éditions, ils restent actuels. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas vieilli d’une rime. C’est aussi à cela que l’on reconnaît un poème. A son intemporalité. A sa capacité de résistance au temps, aux modes, aux renouvellement des générations.
De courts poèmes à base de légumes. Prétextes à jouer avec les mots, les rimes, les sons, les sens. Un feu d’artifice. Ça pétille dans tous les vers. Ça frétille. Un ensemble qui s’inscrit dans la lignée du Desnos des Chantefables, dans le sillage des vers de mirliton de Norge. Est-on jamais plus sérieux que quand on joue ?
Quant aux illustrations, des collages. De légumes et de visages. « Je ne suis pas illustratrice, s’excuse Jacqueline, mais les collages, j’aime bien ». Et le résultat me plaît absolument.

C’est un livre que je vais mettre d’urgence dans toutes les mains que je croise.
*

Titre : Tant de neige sur mon pays
Auteur : Marc Baron
Illustrateur : Michel Boucher
Editeur : Pluie d’étoiles
ISBN : 978-2-913056-28-2
Année de parution : 2008
Prix : 5.50 €

Un livre bleu et blanc. Un livre d’hiver. Pour se lover dans la beauté. Dans le silence. Tous les poèmes sont plein de neige. Et la neige à tout âge demeure magique. Il fallait oser : un livre qui risque de fondre. Dans les yeux de ses lecteurs. Pour les abreuver de ce mystère hivernal.
Un livre à lire en chuchotant. Pour ne pas effaroucher les flocons. Un livre tout de légèreté.
Marc Baron a osé, et il a réussi !
*
Chez Pluie d’étoiles aussi en 2008 Patrick Joquel vient de publier Croquer l’orange illustré par Johan Troïanowski
*
Titre : Comptines pour petits dégourdis
Auteur : Anne-Lise Blanchard
Illustrateur : Agnès de Boyer
Editeur : Cosmogone
ISBN : 2-35127-001-0
Année de parution : 2005
Prix : 16.80€

On se demande souvent comment aborder la langue écrite et la poésie avec de tous petits élèves, non lecteurs. On sait qu’en maternelle beaucoup passe par le jeu… Cosmogone réussit là à marier les deux. Douze comptines illustrées, présentées sur carton. Les cartes s’assemblent comme un jeu de construction. A partir de là reste à inventer des règles pour jouer, construire… Il y a du nombre aussi, pour compter. Du vocabulaire. Bref, c’est bien construit, bien conçu et la langue est heureuse.
A mettre en urgence dans les mains de nos petits !

Dans la même collection on trouvera d’autres thèmes comme le cirque…
C’est ludique et littéraire !
*
Auteur : Luce Guilbaud
Illustrateur : Fanny Millard
Editeur : L’idée bleue
ISBN : 978-2-84031-233-8
Année de parution : 2008
Prix : 9 €

Un livre plein d’émotions. Le livre d’une femme accueillante et qui en devient mère [L’enfant d’un autre sang qui me fait mère quand je le nomme fils.]
L’adoption est un thème rarement traité en poésie. Pas de grand discours. Juste des poèmes. Courts. Des instants glanés comme avec tout enfant mais avec en toile de fond les questions. Questions d’enfant bien sûr, questions fondamentales. Existentielles. Avec ici cette question et ce vide immense « D’où je viens ? ». Tout cela donné par de petites touches impressionnistes. Beaucoup de tendresse. Des cœurs qui battent. Des poèmes humanité tout simplement.
Les illustrations de Fanny Millard apportent leur sérénité et leurs cheminements perplexes. Une belle résonance s’installe entre textes et images.
Pour un des derniers livres de Louis Dubost, c’est réussi ! En effet Louis Dubost a annoncé son départ de l’Idée bleue… Qui lui succèdera ? Qui recueillera cet enfant-là ?
*
Titre : ça saute aux yeux
Auteur : Philippe de Boissy
Editeur : éditions du Jasmin
ISBN : 978-2-912080-63-9
Année de parution : 2006
Prix : 14 €
Ce livre est terrifiant. Tout simplement terrifiant. De la poésie terrifiante… Incroyable. Où sont les roses, les étoiles ?
Rassurez-vous on en trouve quelques unes… Mais celles-ci ne me rassurent pas. Ce livre est, comment dire, un manuel de savoir survivre au pays des pensées uniques. Oui c’est un peu ça. Pas uniquement. Mais un peu ça :
Des poèmes qui décortiquent notre mode de vie, qui résonnent sur les vingt heures de nos journaux, qui vibrent sur les mots que nous entendons jour après jour, que nous répétons, perroquets bien dressés, inconscients, ça réveille ! C’est salutaire ! Terrifiant ! Je me dis que quand même je ne suis pas comme ça…. Ni comme ci…. Et puis vient le tremblement…. Le réveil ! Je ferme le livre, je me sens plus vivant !
Et c’est ainsi que la Poésie est grande ! D’autant plus grande que tout est dit si simplement que le livre, malgré son épaisseur, est lisible par les plus jeunes lecteurs ! comme par les plus anciens et expérimentés ! ça tient avec beaucoup d’humour, un humour un peu British ; cet humour qui sans tomber dans le cynisme sombre, remet simplement et sans avoir l’air d’y toucher, la pendule à l’heure de Greenwich. Ce temps universel de l’humain…
Du bien beau boulot d’écriture !

Retrouvez les auteurs sur le site de la Charte, dans le répertoire
la Charte des Auteurs et Illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
et d’autres poètes dans la poéthèque du Printemps des Poètes : http://www.printempsdespoetes.com/

le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.

Rappel à tous nos abonnés : c’est le dernier numéro de cette année scolaire. Vous pouvez d’ores et déjà vous réabonner pour la prochaine.

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les Alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème ; et pour ce numéro quatre, quatre chartistes nous ont accompagnés : Marie-Florence Ehret, Géraldine Alibeu, Sarah Emmanuelle Burg et Marie Sellier.
Photo de couverture : Cairn hivernal sur la cime de Fremamorte (06). Photo Renée Bataillou.
Illustrations : Catherine Chardonnay page 12, Aude Poirot page 16, Gaëtan Dorémus page 28, Géraldine Alibeu page 30, Sarah Emmanuelle Burg page 36, Sarah Emmanuelle Burg page 42.
ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€
site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

4e de couv 

Le kangourou
 
Le kangourou
n’a pas ses yeux dans sa poche
 
du reste
le kangourou
n’a pas froid aux yeux
 
alors
pourquoi
les mettrait-il dans sa poche
ses yeux ?

d’Andrée Clair
( « Kangourourimes » , L’Ecole des Loisirs, 1974)
En hommage à Andrée Clair
Merci à  Béatrice Tanaka qui nous a transmis ces quelques vers, en « dette d’eau » à Andrée Clair ; Andrée Clair est une de celles et ceux qui ont ouvert la voie aux chartistes d’aujourd’hui.
*le cairns numéro trois, consacré aux éditions Pluie d’étoiles

Editorial

Et voilà une nouvelle année scolaire qui commence… Sous le signe du poème ! Des poèmes… Une petite moisson récoltée parmi les poètes du catalogue des éditions Pluie d’étoiles. Un éditeur de Toulon qui a une double particularité : d’abord le prix des livres 5.50 € ! C’est tout à fait à la portée des budgets classe ou école et ensuite en fin de chaque ouvrage un petit mot du poète à l’attention de ses lecteurs ainsi que quelques pistes d’écriture pour que la lecture du poème rebondisse dans la création « pédagogique ». Cette double particularité est assez rare pour qu’on la souligne ici !

Le quatrième numéro sortira en janvier 2009. Il suivra le thème du printemps des poètes : « en rire » et publiera des poèmes d’auteurs de la Charte des Auteurs/Illustrateurs jeunesse. Des poètes bien sûr mais aussi des auteurs de romans, d’albums… comme quoi rien n’est vraiment étanche…

C’est la deuxième année de Cairns. Nous comptons sur nos lecteurs pour parler de cette revue autour d’eux. En effet nous aimerions que la revue devienne via son site un lieu d’échange et de partage autour de la poésie telle qu’elle se vit dans les classes. Pour cela, il est souhaitable que non seulement chacun prenne le temps de faire remonter simplement quelques mots à partager… et de susciter d’autres abonnements… Nous nous interrogeons si l’ambition de Cairns répond à une attente, un besoin des écoles ou pas.

Enfin en cette rentrée scolaire où les nouvelles Instructions Officielles ne parlent plus de poésie mais de récitation, il me semble que permettre aux élèves de fréquenter beaucoup de poèmes, un par jour, devient un acte de résistance. Tout art, et toute éducation artistique, relèvent de cette résistance. De ce désir d’ailleurs, d’autre chose. Ne perdons pas le pétillement d’émotions et d’intelligences que suscite la fréquentation des œuvres d’art, des poèmes ! Gardons le contact avec les artistes, les poètes ! N’hésitez pas à les contacter via leurs sites (voir en fin de numéro).

Nous vous laissons avec les poètes !

Cairns remercie les éditions Pluie d’étoiles pour leur autorisation de reproduction des poèmes déjà publiés chez eux !

Le mot de pluie d’étoiles

Pluie d’étoiles est une association créée en 1998.
Elle est née est née de rencontres riches, poétiques et amicales dans le but de promouvoir la poésie contemporaine auprès des enfants.
Elle est fière de ses parrains Held Joubert Cosem et riche de leurs conseils.
Elle a pour objectif de favoriser et développer la lecture et l’écriture de poèmes et publie et diffuse des ouvrages de poésie sous la dénomination de « Pluie d’étoiles éditions ».
Elle édite des recueils de poèmes d’auteurs contemporains en format poche pour la jeunesse, a également publié un album de peinture et poésie et, plus récemment, en mai 2006, un livre « raisonnablement » interactif : L’arbre mime le vent pour plaire à ses feuilles.
Le rythme des publications est variable.
Pluie d’étoiles participe à des activités autour du livre, de la poésie et de l’enfant, aide à la réalisation de recueils de poésie d’enfants en milieu scolaire, bibliothèques, lieux de vie et publie une fois par an une affiche de poèmes d’enfants. Rendre l’enfant sensible au monde poétique, lui permettre de penser le monde et l’aider à exprimer et mettre en valeur ses sentiments restent les priorités de Pluie d’étoiles.

http://www.pluiedetoiles.com/

Sur les sentiers de Jacqueline HELD

PAROLE / SILENCE

Entendre le silence
Dans le feuillage
Immobile d’un saule

La barque et l’arche
S’éloignent
Dans la pâle prière du silence

L’envers de la vie
Quelque part
T’empêche de parler

Dans ton regard
Sur l’eau paisible
Des rameurs muets

Le ciel était bleu
Tu parlais
Pour ne rien dire

Dériver, déparler
Dans le creux
Du langage

Ecoute sans parole
Se creuser en toi
La lumière

Aveuglant
Entre toi et toi
Un dialogue de sourds

Hésiter se taire
Etre gauche
Dans la vacuité de la langue

(inédit)

LE MONSIEUR SERIEUX

« Nous n’avons pas
Rêvé »
Dit le monsieur
Sérieux.
Nous n’avons pas joué de la guitare,
Nous n’avons pas joué à chat perché,
Joué avec les mots,
Joué avec le feu…

Non, non,
Mais nous avons
Joué des coudes, joué des jambes,
Joué serré,
Joué au plus fin,
Joué de la mâchoire.
Non, non,
Mais nous avons
Calculé, caressé, supputé,
Regardé, compté, recalculé… »

MORALITE

L’or est comme le poisson:
Si tu l’entasses, il pue.

(Fables à lire et à pâlir
Éd. Pluie d’étoiles)

FABLE DE L’HOMME INVISIBLE

C’était un homme… un homme…
Peu contrariant, aimable
Et surtout
Infiniment adaptable.
Prêt à tout
Pour n’avoir pas d’ennuis.
Un caméléon fait homme,
En somme.
Vert sur l’herbe et bleu sur le ciel,
Changer lui était habituel…
Une pancarte sur son chemin.
AVIS A TOUS LES HUMAINS:
« Interdit aux hommes de toutes couleurs
Même blancs ».
Il poussa, força, se ratatina
S’efforçant tant
Qu’il devint transparent…
S’évapora tout simplement
Et disparut dans le néant.

MORALITE :

Sois ce que tu es,
Graine d’ombre
Ou poisson de l’aube,
Sois ce que tu es.

(inédit)

L’ombre, la nuit proche.
Une arabesque de lucioles, un soir.
Le bleu de la nuit soudain.
Dire le bruit de gens qui ne sont pas là,
Marchent, tu ne sais pas où,
Dans une guerre peut-être
A l’autre bout du monde.
Ce que tu entends, ce que tu écoutes.
Sans pouvoir y faire… Rien.
Ceux des souterrains humides,
Ceux qui chargent des wagons,
Sûrs de rien, sauf de leur mort,
De leurs mains nues pour tout bien en ce monde.
Le ciel est bleu comme la souffrance.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Tes doigts tissent et trament
Des mots éphémères.
Solitaire tu comptes les jours
Avec une poignée de cailloux blancs
Sur la route de sable sombre
Où tu marches vers un rêve.
Le désespoir est contagieux parfois.
Docile, voué à la résignation, au silence,
Tel homme ressemble à un palmier.
Un ancien professeur de littérature
Poinçonne des billets sans bruit.
Des noms de villes et de pays bourdonnent.
Parmi des gens sans visages,
Hommes faibles, fragiles et fous
Tu éprouves le temps qui passe,
Le poids qui nous lie à la terre.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Vivre en sursis. Identités d’emprunt.
Plage de Gibraltar, ville sainte des migrants.
Sable mouillé, pont invisible
Menant au paradis.
Etrange légèreté sur le bateau.
Fredonnement. Danse lente, retenue.
Saut dans le vide en apesanteur. Tu dis :
« Je donne mon sourire
A tous ceux que je croise.
Mais personne ne me voit.
Mais personne ne s’arrête ».

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

L’air est limpide.
Tu lis en ce matin doux
Le message d’un paysan palestinien.
« Nous avons lutté non par amour de la guerre
Mais pour protéger nos vies, nos enfants, nos fermes.
Nous sommes de simples gens ».
Jaune déjà un parfum de précoce automne
T’imprègne. Une feuille de tilleul
Est tombée sur ta main.

Tant de nuits blanches et de petits matins
Où te furent enseignés
Le partage et le respect de la folie:
Fragile, sur le sentier sinueux de la vie,
Fais-tu partie, affamée, fourbue,
De ces nuées de veilleurs guettant l’aurore ?

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Itinérants, chômeurs, précaires,
Vous étiez oiseaux, insectes,
Fléau parasitaire, énième plaie d’Egypte,
Vous abattant sur la première ville venue,
Réclamant en vain du travail,
Chapardant, traînant, mendiant,
Ne laissant plus ni brin d’herbe
Ni miette après votre départ…

Habituée à l’indifférence, abritée
Derrière le feuillage doux des arbres,
Les vois-tu encore,
Ces hommes et femmes sans qualité ?
Dans l’éphémère qui nous entoure, nous habite,
Nous constitue, dans l’infinie fragilité de toute vie,
Dans la ville mouvante, les vois-tu encore,
Dans les métros, sur les trottoirs,
Les abîmés, les expulsés,
Les endettés, les déclassés,
Les éloignés, les maltraités,
Les sans ceci, les sans cela,
Les invisibles, notre part d’ombre,
Doutant ou attendant d’improbables aurores ?

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Au fond du limon, prise dans la tourbe,
Quel radeau te recueille,
Au Centre des Egarés, toi hors les murs,
Seule, abandonnée au silence ?
La fenêtre haute ne laisse passer
Qu’une faible lueur.
Nuit autour de toi. Nuit en toi peut-être ?
Nuit devant le mal,
Devant la trop grande douleur,
Nuit, nuit, nuit…
Et lumière derrière l’apparente nuit.
Tu suis du regard, très loin,
Mille ombres faméliques
Traversant l’Afrique à pied,
Travaillant au noir dans les arrière-cour…
Tu suis des traces.
Passeurs et passeuses de lumière
Ici t’ont précédée
Sur l’herbe foulée de la sente.
Enfant de Job, tu chemines,
Fille de la foi nocturne
Et des questions sans réponse.

(inédit)
(extrait de « Chant des Invisibles »)

Marc Baron

COURIR D’AIMER

1
Aimer
verbe du premier groupe
et du premier amour

Il est petit le groupe
toi et moi

Rien que nous deux
ça fait bien peu

Mais rien que toi
c’est déjà tout

2
Courir
verbe de mouvement

Verbe du souffle
et du grand air

Du cœur dans les mollets
je cours puisque je t’aime

Courir
verbe d’amour

Courir vers toi
des jambes dans la tête

Je pense donc je cours
tu m’aimes donc j’y crois

Sur les sentiers de Paul Bergèse

On dit la girafe muette.
Qui me dira pourquoi ?
• Elle broute trop de nuages !
Le vent a refroidi son cou !
Elle s’abreuve de secrets !
Elle se nourrit de silence
et ne rumine que des mystères !
• Pas du tout !
La girafe aux yeux doux,
tête près de la lune,
la girafe aux yeux doux
ne parle qu’aux étoiles

Ecoute.
En cette fin de jour les battements s’apaisent.
Et le chaud et le vent,
le rire des oiseaux,
le travail des abeilles.
En bordure des blés,
sous les coquelicots,
timide et solitaire,
le grillon vespéral
astique son violon.

Paul Bergèse

Qui t’a piqué ?
Est-ce l’aoûtat ou la tique ?
Est-ce la tique ou l’aoûtat ?
Ta peau cloque
Et ta peau tique.
Ta tactique
c’est la claque
qui tue la tique
et l’aoûtat itou !

Paul Bergèse

Au seuil des racines
s’éveillent des mots de terre.
Dans la tiédeur de l’aubier
s’allume le poème à vivre.
Au galbe de la branche,
le terme du voyage
de trois syllabes vertes.

Paul Bergèse

Ne le dis à personne.

Cette nuit, vers minuit,
j’ai attrapé la lune
et je l’ai cachée
sous mon oreiller.
Mais la souris, gris souris,
celle qui vient
pour mes quenottes,
en a fait son festin
et ce matin je n’ai plus rien.

Plus rien que des miettes de lune
sur une plume d’oreiller.

Paul Bergèse
Le rhinocéros amoureux
Pluie d’étoiles

Sur les sentiers d’Alain Boudet

S’éveiller cascade et torrent

Être ce qui emporte
et porte jusqu’à loin
jusqu’à là-bas
jusqu’à ce qui advient
et demeure

S’ancrer dans le flot des autres
flamme et fleuve
comme un sourire qui se dessine
à la commissure des rives.

Koblenz, février 2008

Écrire
avec l’ombre et la cendre
avec les mots fragiles que la pluie nous donne

Écrire dans l’attente d’un jour bleu
du matin ténu d’un sourire qui tremble

Écrire pour aviver les couleurs
dans l’ajour des paupières
et graver l’éclat des rencontres
dans les paumes du ciel.

Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

Enfance embarquée
dans un silence de neige

Il ne reste
aucune feuille sur le pont du vent

Mais à hauteur des yeux
le gel grave son livre
d’écorce blanche

Légende légère.

Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

Dans tout voyage
rail
route
ou rêve
j’aime que nos regards accueillent
la mousse des villages
comme une supplique à la lumière
et qu’un sapin – de passage –
s’étonne de ce que peuvent dire
les mots du poème.

Dans le train, Düsseldorf, février 2008

Alain Boudet

à Maël, 2 ans

Tu marches au hasard
dans le plaisir de tes pas
un peu à gauche
un peu à droite
dans l’ignorance des boussoles

Ce qui te guide assurément
c’est un petit rêve de plein jour

Tu déambules à l’intérieur.

Locmaria, mai 2008

Alain Boudet, inédits

Gilles Brulet

Pomme avec des yeux-
Le petit enfant s’étonne
De me voir passer.

***

Nuage de mai
On dirait bien un moustique
Le petit avion.

Sur les sentiers de Michel Cosem

Attente de l’instant, oui attente
avec des mots qui tremblent
des souvenirs qui brûlent
attente de ce retour sur la pierre du seuil
en même temps qu’une respiration
et l’ultime odeur de l’hiver
C’est le printemps, c’est le retour
et j’attends le premier grincement du volet
l’éclat d’une flamme dans la cheminée
la lampe au cœur de la pièce
qui caresse la nappe aux carreaux rouges
 
Et tout rapidement s’enchaîne
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le goût de l’oiseau
le soleil puis la pluie qui pique
le tonnerre qui roule
 
Attendre aussi le goût de l’herbe autour du cœur
le vent qui siffle
et le pin qui tout seul chante
 
Attendre la trace dans la rosée
à travers le pré ouvert
comme un livre frais, un livre vert
pour toutes les germinations
 
Attendre toutes ces secondes
brillantes comme des sèves
urgentes comme des battements
 
et le pain rond, noir
sur la table
avec le vin de Haute Serre
dans la lumière heureuse
qui filtre à travers les feuilles de vigne
la saveur du premier repas
 
 

Michel Cosem

 
Ces instants dévorés
savourés
retenus par l’herbe vigoureuse
qui s’étale partout
peau piquetée de fleurs
toute entière à son écoute, silencieuse
avec de petites orchidées ondulantes
et les grands éclats de la beauté
 
 
Michel Cosem 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Se réhabituer à l’ombre à la clarté qu’il faut à chaque instant traverser, ces espaces à habiter, ces recoins où les araignées ont tissé leur nid, franchir les barrières de givre et de gel
 
Se réhabituer à l’ombre, à la clarté, à la frontière des deux que l’on franchit allègrement
au chant de l’oiseau
et à son ramage
à faire son nid au fond du cœur
 
Il y a le dedans et le dehors mais où aller
selon le désir ?
 
Michel Cosem 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le pollen va et vient lui aussi
pareil à un papillon
se loge au plus secret
s’éloigne sans regret vers l’orée
et embrasse au passage une fleur, une araignée
va plus loin comme certain de sa destination
Le pin
lui aussi au moindre souffle de vent
se répand au hasard dans la prairie
 
Michel Cosem, inédits 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sur les sentiers de

Jacqueline et Claude Held

le danseur de Järrestad

Ceci est un homme qui danse.

Il danse la danse de l’oiseau dans le pays de Scanie, en Suède.

Il porte les plumes de l’oiseau, le masque de l’oiseau.

Il porte aussi le chant de l’oiseau avec beaucoup de précautions rituelles. Car le chant de l’oiseau est fragile. Comme la neige.

Ceci est un homme qui chante.

Il chante le chant de l’oiseau dans le pays de Scanie, en Suède.

Il appelle le soleil par ses trois noms secrets.

Il raconte au soleil l’histoire de l’oiseau qui danse la danse de l’homme et chante le chant de l’homme au pays de Scanie, en Suède.

Il dit:

Je suis l’oiseau de Järrestad.

Je suis l’oiseau qui appelle le soleil par ses trois noms secrets.

Je suis l’homme-oiseau de Järrestad qui danse pour le feu et qui chante pour la lumière.

Je suis l’homme-oiseau de Järrestad qui parle à l’oiseau-soleil au froid pays de neige, au pays de Scanie, en Suède.

(extrait de « Voyage en Préhistoire », éd. Pluie d’étoiles, 2004)
art de Mésopotamie : Suze ; 3000-2900 av. J.-C.

Fleuve entre les arbres

Un jour il fut un poisson.
Puis il fut un autre poisson.
Puis un autre et un autre poisson.
Et les poissons dessinaient la rivière.
Les arrêtes des poissons dessinaient la rivière.
Les écailles des poissons dessinaient la rivière.
Puis il fut un arbre.
Puis il fut un autre arbre.
Les troncs d’arbre dessinaient le bord de la rivière.
Les feuilles d’arbre dessinaient le bord de la rivière.
Et les arbres poussèrent.
Et la rivière coula.
Coula, coula encore.
Et parvint jusqu’à toi.

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

en regardant Arcimboldo

L’été

Dans l’ombre du verger,
À visage masqué,
Voici l’été.

L’été, ce temps,
Porte artichaut,
Au débotté,
Tout dru planté,
L’artichaut à sa boutonnière,
L’air entêté, la mine fière,
Collier d’épis, ceinture de feuilles,
Ses joues-pommes et son menton-poire
Font sa gloire.

Ami lecteur,
Toi qui passes
De l’ombre à la lumière,
Vois-tu ce qui reste à manger
Dans les cheveux fous de l’été ?

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

en regardant Miró

Paysage (le lièvre)

Le paysage est un miroir
À songes.
Faut-il dormir ou bien
Rêver ?
Mirons-nous dans le paysage
Dans ses méandres
Mi-obscurs, mi-ronds,
Dans la lumière vagabonde
Admirons,
Sage ou sauvage,
La course du lièvre
À travers champs.

Jacqueline et Claude Held
(inédit)

Sur les sentiers de Patrick Joquel

À bord de ton croissant
tu as croqué l’orange

Un lent soleil couchant

Tu es doux comme un ange

Tu as dix doigts plumes

Tu caresses les nuages
les comètes
les orages

Tout ce qui s’allume
quand s’obscurcit la planète

Avec sa pelle en plastique
elle prend du sable
et le lance
loin dans la mer

Très loin

Un peu plus tard
elle remplit le seau d’eau
puis le vide
sur la plage

Tu le sais
tu en as fait autant
si loin que tu ne t’en souviens plus

Une autre vie

Aujourd’hui
tu n’as plus ni seau ni pelle
mais tu regardes encore la mer

Patrick Joquel

Tu vis
sur un filin d’écume

Funambule
aux muscles salés
tu déambules

Ton corps sablé
croque à tous les bleus

Patrick Joquel

Piscine et maison poule
grain de langue
Salon d’hiver
grain de mimosa
Chambre de printemps
grain de moineau
Cuisine d’été
grain de rosé
Véranda d’automne
grain de raisin
Pelouse au peigne fin
grain d’escargot
Machine à glaçons
grain de frissons

A des milliers d’exemplaires
grain de miroir
Variations infimes
grain d’alouette

Tout va bien
grain de requin

Tu te crois
dans une photo magazine
grain du sud

Avec la cigale obligatoire
grain de rien
tu joues au mannequin

Tout va bien

Croquer l’orange
Patrick Joquel, illustrations de Johan Troïanowski ; éditions Pluie d’étoiles 08

Sur les sentiers de Michel Piquemal

Une machine à écrire
Voulait être poêle à frire
Et cuire des omelettes
Plutôt que taper des lettres.
aussi quand on frappait « titre »
La machine écrivait « frite »
Et au lieu de « cher ami »
Elle écrivait « salami ».
Ah ! Quel sale caractère
Disait son maître sévère
Et il lui tapait dessus
Mais elle ne l’écoutait plus…
« Veuillez agréer, cher monsieur,
Du jambon avec des œufs ! »

Mon papa est très grand,
Plus haut que le buffet,
Mais dans pas très longtemps
Je le dépasserai.
Quand je vais arroser
Les choux du potager
Je m’asperge en secret
Le bout de mes souliers.

Michel Piquemal

Pruniers en fleur
Miel aux narines
Printemps au cœur
Pruniers de Chine.

Michel Piquemal

Je fais des bulles
Des belles bulles
Des belles bulles de savon…
Des bleues, des blanches
Qui se balancent
Au bout de mon petit bâton.
Mes bulles dansent
Puis, hop, s’élancent…
Bonjour, le ciel, nous arrivons !

Michel Piquemal

LA PATATE

Petite patate
Pâle et pelée
Sera poêlée
Et cuite en frite.
Qui cuisine ?
C’est Tantine.
Qui la mange ?
C’est Solange !

Michel Piquemal

Marcel Migozzi

J’y reviens car il neige, parole,
c’est la première fois qu’il neige dans la cour.

Où sont les acacias élevés à la dure
et à la sèche et à la grille ?

Et où l’herbe traitée de jaune
par la feuille survivante ?

J’y reviens la goûter, la préfère à la mie
même fourrée de chocolat.

Ça recommencera ce jour de fête, dites,
cette absence de punition terrestre ?

Marcel Migozzi
(neige première)

Jacqueline Saint-Jean

Fenêtre d’escampette
pour les filles de l’horizon
échappées de leur cage
leur sac de rêve en bandoulière

petite musique de cavale
en voyelles de sept lieues
dévalant mots et merveilles
vers un port ou un visage
qui l’attend au bout du monde

Penché sur la malle
des mappemondes
l’écolier du large
plonge dans la page
décrypte les cartes
Pêcheur de reflets
il plonge les mains
dans les eaux profondes
multiplie les longues-vues
Il y aura toujours une île
au fond de l’œil

Jacqueline Saint-Jean

Extraits de « La page étrange » (inédit)

Jean-Louis Troïanowski

C’est un visage
ce soir
qui fleurit
à ma fenêtre

d’un rire
il m’envahit
s’insinue
s’enracine

pétale
je le sais
fragile
les années
pourtant
l’ont à peine
froissé

le parfum
encore frais
au cœur
de ma main
me transperce
comme
un cristal
si j’en abuse
il se régale
d’une larme

c’est un jardin
secret
ce soir
qui se presse
à ma porte

Jean louis Troïanowski
Un instant trop doux – 2003

Il est bleu ton pays
là-haut dans les nuages
je te retrouve parfois
en plein cœur de la nuit
quand l’air est plus léger
la montée plus docile
et je m’endors ainsi au bord de la rivière
pour bavarder encore
du monde qui sera
effeuiller quelques roses
chevaucher deux licornes
récolter mille graines et
les offrir au vent
Puis nous rentrons heureux
à grands coups d’ailes d’ange

Jean louis Troïanowski
Un instant trop doux – 2003

Sites de nos poètes :
Paul Bergèse voir site de la Charte
Alain Boudet : http://boudully.perso.cegetel.net/
Gilles Brulet :http://monsite.orange.fr/gillesbrulet
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Michel Piquemal : http://www.michelpiquemal.com/

Adresses virtuelles de nos poètes
Marc Baron : Poemes@aol.com
Jacqueline et Claude Held : held.claude@orange.fr
Jacqueline Saint-Jean : saint-jean.jacqueline@orange.fr
Jean-louis Troïanowski : http://www.pluiedetoiles.com/

Et d’autres sites importants :
le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les alpes.

Rédaction : Patrick Joquel et Raphaël Thélème.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€

Ateliers et pistes d’écriture etc.

Sur les sentiers de Jacqueline Held

Parole/silence : se monter une collection d’infinitifs. Piocher. Partir du verbe et écrire des tercets…

La presse : Jacqueline se tient informée du monde, de son actualité. Bien souvent, cette actualité, photos de presse, articles, lui donnent la nécessité d’écrire. Pourquoi ne pas se tenir à l’affût de cette presse et de sélectionner des articles, photos comme déclencheurs de texte ?

Marc Baron.
Là aussi on pourrait piocher un verbe et tenter de lui mettre des mots à la façon de Marc Baron. Comme une « explication » du mot… de ses effets… de ses actions…

Alain Boudet voyage et au lieu de prendre des photos souvenirs, il écrit des textes souvenirs… Voyage scolaire, ou voyage de vacances, écrire comme un carnet de voyage…

Michel Cosem observe autour de lui la nature et en particulier ce qui est petit, insaisissable, fragile. Il donne à ces petites beautés des poèmes. Dans nos quotidiens aussi de multiples petites merveilles attendent nos regards, nos émotions, nos mots !…

Jacqueline et Claude Held ici travaillent à partir de photos d’art. Des reproductions des travaux des hommes dans les cavernes de la préhistoire… Des images de peintres… Rien ne nous empêche d’utiliser à notre tour des images similaires pour déclencher l’écriture. On peut utiliser aussi les propres œuvres de la classe…

Patrick Joquel propose des pistes dans le recueil Croquer l’orange, chez Pluie d’étoiles. En voici deux :
avec sa pelle en plastique

Les gens, autour de toi, vivent. Observe-les. Ils font des gestes, comme ici cette petite fille avec sa pelle et le sable… Choisis un de ces gestes, une de ces activités et tente de l’écrire. Dans un petit texte. Il s’agit de décrire cette activité au plus juste. Ensuite, pour continuer le texte, interroge-toi sur la portée, le sens de ce geste… Dis ce que cela t’évoque… Ce à quoi cela te fait penser…

Piscine et maison poule

Dans un magazine choisis une photo. Imagine-toi dans cette photo. Comme si tu avais été photographié dedans. Imagine ta vie dans cette photo. Dans la réalité ou bien dans l’imaginaire…

Jacqueline Saint-Jean aura toujours une île au fond de l’œil…
Et toi… qu’auras-tu au fond des yeux ?

Enseignants, vous retrouverez sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles à caractère pédagogique que je me suis amusé à imaginer autour de ces poèmes ; elles ne reflètent que mon regard sur les poèmes et la façon dont en classe j’en sortirai pour explorer autrement la langue et jouer avec les mots… Rien de plus.
N’hésitez pas à partager vos aventures poétiques avec les autres. Si vous avez eu de bons moments avec un des poèmes de ce cairns 3, envoyez un courriel, donnez à lire vos réussites etc.
A l’école on est parfois tellement seul que chacun invente l’eau tiède de son côté… Que cette petite revue soit aussi l’occasion de mettre en commun, réussites, découvertes etc.

site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.*Cairns 2

Un deuxième cairn. Celui-ci s’étoffe. Plus de pages. Plus de poèmes. C’est aussi simple que cela. L’éditeur invité : l’Amourier. Ce bel éditeur de Coaraze dans le pays Niçois. Un fervent du livre. Comme souvent dans ce petit monde souterrain et aérien de la poésie. Visitez le site des éditions de l’Amourier pour découvrir la vitalité, la diversité des publications. Il ne sert à rien ou presque d’en dire plus : ce qui compte c’est la rencontre individuelle, personnelle.

Le chemin continue. En compagnie des auteurs de l’Amourier. Avec quelques sentiers, ceux de Jacques Ferlay, Alain Freixe, Claude Held et Michel Cosem. Les chemins de traverse aussi accueillent de nombreux auteurs du catalogue, pas tous : malgré son épaississement, ce numéro n’est pas assez vaste. Autant de poèmes, autant de cairns, autant de haltes possibles…

Sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles pédagogiques vous attendent si le cœur vous en dit. A ce propos, nous aimerions que les pages cairns du site deviennent un lieu d’échange, de mutualisation comme on dit maintenant entre les enseignants. N’hésitez pas à me faire remonter via un courriel la manière dont vous et vos classes vous emparez de ces cairns. Les réactions, les questionnements, les découvertes, les ateliers mis en place tant en écriture qu’en art plastique etc. Tout sera lu et autant que possible mis en ligne pour être partagé.

Le troisième numéro verra le jour en septembre 2008. Il sera lui aussi consacré à un éditeur de poésie de la région Paca. Le tour de France de Cairns commence par là. C’est ainsi. Il faut bien commencer quelque part… Si vous ne voulez pas le manquer, vous pouvez vous abonner dès à présent pour les numéros trois et quatre de l’année 08-09…

Notre seule ambition est de permettre une rencontre entre le monde de l’édition poétique et celui de l’Education Nationale.

Patrick Joquel

Cairns remercie les éditions de l’Amourier pour leur autorisation de reproduction des poèmes déjà publiés chez eux !

Les éditions de l’Amourier

Contrairement à ce qui saute aux yeux, le nom de l’Amourier ne doit rien à Cupidon. C’est tout simplement le nom du quartier où se situe la maison d’édition ; ce lieu était jadis complanté de mûriers – amourier en occitan – arbres dont les feuilles sont utilisées pour l’élevage des vers à soie. On est ici dans le tissage, dans la patience et l’obstination, le textile ; dans l’amour des textes en somme.

Après plusieurs années d’activités intenses dans divers domaines, l’année 1994 fut pour moi quasi sabbatique et me permit de reprendre avec plaisir l’écriture et le dessin, modes d’expression privilégiés de ma jeunesse. C’est ensuite dans un mouvement naturel que j’ai souhaité rassembler, mêler, juxtaposer ces deux langages sur un même support et ainsi été conduit à faire des livres. Je passais donc cette année-là à monter un atelier, acquérir une presse, choisir des casses de caractères, trier du plomb… Le premier ouvrage, paru en mars 1995 s’intitule “ l’Enfant du Paillon ” et propose un texte d’Alan Pelhon en écho à une sculpture publique de Derez A. Derez. Livre “ enfant ” aussi puisque constitué de douze pages dont quatre de dessins. C’est également à Derez que je dois le logo de L’Amourier éditions.
À partir de là, au fil de rencontres, à force de humer les manuscrits, s’est bâti patiemment un catalogue où j’ai voulu privilégier la diversité, laquelle est confirmée par la contribution de chacune des six personnes qui constituent le comité de lecture. Hormis les critères de qualité autour desquels nous nous rassemblons, il est évident qu’autant de sensibilités différentes ne sauraient aboutir à une ligne éditoriale stricte, étroite, ni même bien définie. Notre choix est de privilégier des écritures originales ; poésies et textes en relation avec des œuvres plastiques, proses atypiques et formes narratives courtes.

L’Amourier c’est aussi un style, un aspect graphique qui s’affine au fil des livres grâce à la touche apportée depuis quelques temps par Bernadette Griot. La participation de plasticiens, souvent au-delà de la simple illustration, engage d’ailleurs la maison d’édition, comme nous l’avons vu, dès le premier livre, et ne cesse de se poursuivre depuis avec l’influence de Raphaël Monticelli et le concours de nombreux artistes.

Au-delà de ces quelques mots destinés à vous ouvrir les portes de la maison, je vous laisse découvrir notre site et le catalogue des éditions…

http://amourier.com

Sur les sentiers de Jacques Ferlay

Printemps

Un banc d’anémones
accompagne vers l’école
des rires d’enfants

Entre tout j’hésite
toi, bourgeon, tu t’épanouis
Où l’as-tu appris ?

Au pas de l’enfant
de l’âne et du temps
va le sage

Eté

Lasso dans le ciel
d’un vol bouclé de faucon
Terreur dans les blés

Au bord du berceau
mains jointes d’un papillon
L’enfant lui sourit

L’orge crie sa soif
Un peu honteux de ma gourde
je la bois d’un trait

Automne

Une feuille chue
courant après la rivière
aussi vite qu’elle

Entre deux regards
reinette à monture d’or
essuie ses lunettes

La rose coupée
au col de femme studieuse
Abrégé d’amour

Hiver

Ce banc du jardin
gercé d’usure et d’hivers
Mon coeur où t’asseoir

A l’aube des mondes
aux vitres des regards neufs
un givre illisible

Elle a carte blanche
la neige où pourrait s’écrire
le pas d’un ami

Jacques Ferlay Équinoxes et Solstices (éd.L’Amourier)

Haïkus Inédits

Cygne blanc sur l’eau
son ombre cendre d’image
amorce l’oubli

Pour quel vol de nuit
feux de piste des lucioles ?
Trois chauves-souris

La jeune tulipe
rit à gorge déployée
pollen sur sa glotte

Le figuier accroupi
offre aux oiseaux ses mamelles
Entr’aide des pauvres

Soupirs de marée
dans la hotte aux crabes verts
Remords du pêcheur

Qui courberait l’herbe
dans un paso-doble fou
si ce n’est le vent ?

Châtaignes grillées
souvenir de mes printemps
dans mes rues d’hiver

Le rocher moisi
ensemencera la brume
Lait caillé d’automne

Il frappe Il frappe
Aurait-il perdu ses clefs
le pic-vert anxieux ?

Nuit de Noël
le cèdre nappé de lune
plein de vraies étoiles

Vu dans la vitrine
la douceur d’une peluche
dans ma main d’enfant

Hublot givré
le ciel en chute libre
domino à points d’or

Jacques Ferlay

La moucherelle

Elle saute, saute
la moucherelle
plutôt les repas
que les classes
Elle est fille de famille
la moucherelle
mais n’en parle pas
Enfant recomposée
de papa mouche volage
et maman sauterelle,
encore verte pour son âge
Fière, libre et jalouse
un jour elle prit la mouche
et quitta papa maman
sans trier les gênes
dont la querelle
en elle
continua

Jacques Ferlay
(Inédit)

Un agneau

Quand l’agneau vint à l’école
on lui dit qu’il était beau
et le voilà qui bêle
On le traite de petit nouveau
et voilà qu’il nous révèle
qu’il est l’aîné
Quand Jean-Loup lui dit
“c’est où que tu crêches?”
voilà qu’il béguaie :
à Bê… à Beth…
Mais c’est bête, les M
Il n’arrive plus à les dire
depuis deux mille ans

Jacques Ferlay
(Inédit)

Tendresse

La chèvre douce aux yeux d’olive
est songeuse à la traite
Elle, nourrice ici, son chevreau est là-bas
Au chant du lait dans la cloche du seau
elle sait qu’elle amasse un tout petit pécule
pour qu’un jour à l’école des boucs
son petit devienne grand et même docteur
ou, barbiche au vent, peut-être prédicateur.
Et, la trayant, j’ai honte, moi qui sais
qu’il y a vingt fromages que son petit
fut mangé sans pitié
par des humains amateurs de tendresse
mais juste amateurs, pas pratiquants.

Jacques Ferlay
(Inédit)

J’y va? J’y va pas?

Est-ce à manger tant de son
que tu gagnes tant d’oreille
demande au lapin
l’escargot
levant haut les yeux
faute de pavillons

Nous les laissons monter au ciel
en rongeant pieusement
chapelets et prières
Sache-le, animal rampant,
quand la prochaine pluie
aura trahi ta trace d’argent
j’aurai déjà atteint
le Paradis de civet
Car nos anciens l’enseignent
par nos oreilles velues
les agents de Dieu au temps venu
saisissent les élus

Les uns enseignent
d’autres en saignent
se dit l’escargot
à qui son château minuscule
donne du recul.

Jacques Ferlay (Inédit)

Etre jeune ou vieux est peut-être un choix, au moins par moment. J’en parlais souvent avec les canards de ma rivière familière.
Les canetons dociles (ou dissipés) me montraient, en changeant de taille ou de plumes, que sur eux le temps glissait comme l’eau en les faisant grandir.
Grandir… J’aimais, le long de ma rivière amie, voir grandir le jour.
…..
Le jour grandit courageusement au cours de toute nuit. L’optimisme du jour ressemble à celui des canards de ma rivière.
Grandir fut pour moi une longue entreprise. Maintenant je dégrandis depuis quelques temps. Un jour même je mourus, juste quelques heures.
Un docteur relança le balancier de mon coeur et le tic-tac se remit à battre dans les ruelles de mon sang. En échange de son tour de magie, le docteur ordonna que chaque jour où ça battrait en moi, je marche au grand air, quoi que dise la météo.
J’ai tenu parole, et bien m’en prit.
Le grand air est plein de choses à voir et à entendre.
…..
Maintenant je quittai volontiers mon lit pour longer le sien

Saisir la trace du temps sans en ralentir l’écoulement, c’est une des tentatives du haïku, si j’ai bien compris les suggestions des maîtres du genre.
…..
Chaque saison que dit le haïku est ici en filigrane. Même le jour a ses saisons.
…..
Pour le marcheur, de quelle feuille chue dater l’automne?
Au roux d’une vigne égarée sur la rive propice?
À quelle sonorité du sol reconnaître un gel que l’eau, dans son élan, feint d’ignorer? Quand faire débuter l’hiver…
…..
Confident involontaire de cette cosmogonie riveraine, je transcris, par le sable des mots, ce rêve de circumnavigation palmipède d’aventureux canetons. Marco-Polo ailés, ils apprendront que l’Univers peut se résumer en une rivière heureuse, comme l’ode
homérique en un haïku de trois lignes.
…..
L’humilité du haïku va plus haut que la Cordillère.
Infime et bavard, il se fait l’ADN d’un monde sans témoin où rien ne bouge parce que tout y bouge dans une invisible harmonie.
…..
Si mon témoignage parvient aux hommes qui n’ont pas de rivière amie, j’espère qu’il les aidera à en écouter une.
Faute de rivière, tout ce qui est hors de soi-même est chance
d’une amitié.

Grêle de grenouille
un pas d’homme a réveillé
la peur millénaire

Navire amiral
maman cane ouvre aux petits
la mer océane

Jacques Ferlay Sablier palmipède (éditions de l’Amourier)

Chemins de traverse

Jean-Marie Barnaud

La mer en joie m’attend
la mer au souffle court

Bleu de lait ce métal flambe
Au soleil

Lames urgentes et brèves
l’une à l’autre remise
pour ma ferveur taciturne

Je ne suis oui que la beauté qui passe
sous toi
et qui s’absente

(inédit)

Daniel Biga

 » l’exil de Derzou Ouzala »
 
Certains matins j’aboie dans la rue
certains soirs je brame dans l’immeuble
plus tard je vais rentrer les bêtes sur le balcon
et là je hurle vers la lune
ici je ne m’y ferai jamais !
vallée montagne arbres
rivière prairie terre
 
je m’y crois encore
je m’y crois à nouveau
je m’y crois toujours

extrait de  » Mammifères » ( l’Amourier éd.)

Jean-Michel Bongiraud

Quelle allure ! Quelle majesté !
L’hippocampe se joue du manège marin.
Saute par-dessus les obstacles.
Il respire l’allégresse, la liberté.
On est emprisonné dans notre univers.
A cocher des cases. Remplir des formulaires.
Avaler des algues fumantes, du plancton nocif.
On n’a pas le port altier de l’hippocampe.
On glisse vers les abysses,
il remonte vers la clarté.

*

Entre nous et la méduse, la transparence
n’est pas le point commun.
Son corps s’efface dans les remous de l’eau.
Elle épouse l’écume.
Immobile sur le flot elle roule dans le creux de la vague.
Nos sentiments et nos pensées restent obscurs.
L’opacité de notre être masque toute vérité.
L’immanence est le désir du poète.
Il se brûle à toucher la réalité
cachée sous son corps.

Extraits de « Le cou de la girafe » (l’Amourier éd.).
Béatrice Bonhomme

Dans les silences du passeur,

La pluie réveille les veines de la terre, et de nouveau le sang afflue au coeur dans l’odeur chaude et mouillée du lichen.

On sent le coeur de la terre battre sa folie de limon. Les ciels rincent leur pinceau de bleu et entremêlent les gris. Dans la toile marouflée, une pointe de lumière aiguise son pastel.

L’oiseau pose sa tête menue contre le vitrail et il s’incruste dans la couleur. D’un côté puis de l’autre de la fenêtre, ses ailes flottent une ombre de velours et volètent plus loin, cherchant à pénétrer vers la lumière.

Sur la tombe, on s’est assis dans la caresse familière de cette pierre où tu silences. La croix compose une marqueterie de lichen comme les majoliques de Naples et on pense à la berceuse de ta voix lorsque tu fredonnais l’enfance.

Tu étais le passeur des deux rives et dans tes mains de feuilles les toiles tissaient la dentelle d’un doux berceau de voilage.

Tu avais dans tes mains le monde et tu nous l’offrais en présent comme un pigment bleu sur la fresque. Les petites feuilles rouges sur l’avancée de ta fenêtre abritaient le gâteau nidifié d’une hirondelle.

Désormais tu fais silence au creux des pierres. Le feuilleté du temps semble t’avoir emmuré malgré la fluidité de ta lumière.

Mais ton coeur demeure le coeur battant du paysage et ton regard de sureau poursuit à travers le temps la nuance nécessaire de la lumière.

Jérôme Bonnetto,

Ma tête s’en va

Je me pastiche et je me dis que ma tête s’en va.
Je pastiche ma race, mon rut, ma rate. Je me parle comme un oiseau rapide, comme un courrier de lecteurs, comme une flaque de javel sous le vent.
Je pastiche. J’écris que j’ai un sourire de taliban, que ma nuque sent l’aisselle ! Y a qu’à regarder, j’ai une tronche de vieux polaroïd jauni.
Je pastiche ma vie. J’en fais un télégramme pour les aveugles, les unijambistes et les fous.
Je pastiche, je pastiche trop, faut que j’arrête de jouer des valses tristes à l’accordéon, faut que j’arrête de bazarder des chats par la fenêtre. Faut que j’arrête tout.
Mais comment qu’on se calme quand on marche sur son pantalon trop court, qu’on tombe à côté de soi et qu’on entend, l’oreille plaquée contre le bitume, des voix d’enfants battus.
Je me pastiche et j’entends des voix.
Je me pastiche et je me dis que ma tête revient. C’est pire.
Je mets ma capuche à réaction et je pastiche ma couenne sur les carreaux de la salle de bains, je pulvérise mes yeux au pochoir, je fais la manche sur le canapé. Pastiche, pastiche, pastiche encore.
La nuit, j’entends le voisin ronfler et là je pastiche, je pastiche à fond.
Je me dis que ma tête est montée sur bilboquet, que quelqu’un joue avec, et que c’est pas possible, même dans mon sommeil je bois du lait écrémé. Y a pas pastiche là ?
Le matin, j’écris : « le jour se lève sur ma hernie, j’ai mis ma vie dans le toaster et j’attends que ça crame. » Ça sonne bien mais ça pastiche trop.
Je pastiche, je pastiche de plus en plus. J’écris des titres pour les magazines féminins : «tu pues des yeux mon amour mais mon horoscope me dit que je t’aime.»
Je pastiche mes textes, j’écris de plus en plus mal. Je te fais des modes d’emploi avec du Gombrowicz, ça sonne publicité pour lessive. Ça commence à se voir. Ça sent le pastiche à plein naze. Faut que je me rende, faut que je me rende putain.
Je me pastiche pour la police. Je prends ma main, je me la mets dans la gueule et je porte plainte. Ça va mal finir. Je pastiche. Je pastiche à mort.

Sophie Braganti

La sauce tomate

c’est en passant le penché des balcons
l’émietté des ruelles obscures
l’effrité des moulures
que filtrent à travers les persiennes
l’oignon émincé revenu de l’huile d’olive
et le bouquet garni sur son île lyrique
vision fugace de qui l’a cueilli
ficelé dans le fil à coudre blanc
on hume des tomates l’odeur à l’écart des raies
la chaleur libère

on entend les bulles qui lâchent les images
les tagliatelle les gnocchis
les raviolis et toutes pâtes en i
salivent dans l’eau
s’attardent sur nos lèvres
on voudrait repousser les clichés
mais sans effort on les inaugure encore
comme ce qui veloute sous le rouge
parvenu enfin dans le creux
d’une assiette
d’un estomac
le parmesan prêt à sabler
 
K.Otidiennes  
Poèmes (2005-2006) inédit

Daniel de Bruycker

POEME EN COULEURS

Le poème est rouge comme…
rouge comme une belle pomme
au plus roux de l’automne ;
il veut être croqué, cela se voit,
c’est sa façon de dire : Croque-moi…

Mais comme tout doucement tu le cueilles
apparaissent, tout autour, les feuilles :
et le poème est vert, très vert
et dans l’été plein de lumière
l’arbre semble te faire
un coin d’ombre au soleil de midi,
l’air de te dire : Viens ici…

Mais le vent soudain agite ses ailes
et dévoile, entre les feuilles, le ciel :
et le poème est bleu radieux,
c’est le printemps, les amoureux
se regardent dans les yeux
et à la couleur du poème on voit
qu’il veut te dire : Regarde-moi…

Mais à peine as-tu levé les yeux
que le fond cède et s’écoule le bleu :
et le poème est blanc, très clair
comme au plus beau jour de l’hiver,
très simple pour te plaire
car c’est ainsi que fait le poème,
c’est sa façon de te dire : Je t’aime…

inédit

Michel Butor

Les pions du monde

Les dieux inférieurs chargés de la fabrication de notre planète ont dû jouer aux dés la figure de nos continents dans leurs cavernes de pirates stellaires. Chaque jet nouveau faisait changer l’ensemble. C’était parfois assez heureux ; le plus souvent l’assemblée s’esclaffait. Certains cherchaient le plus habitable, d’autres le plus drôle, biscornu possible. Bientôt ils se sont organisés en deux camps, les uns pour, les autres contre les terriens futurs que nous sommes. Les océans montaient et descendaient selon que les calottes glaciaires fondaient ou se reconstituaient. Un peu plus de dérive par-ci, une déchirure par-là. Plissements et volcans, quelques météores bien ajustés. Trafiquant l’or des nébuleuses en trinquant le saké de l’espace, ivres morts ils ont abandonné la partie nous laissant avec ces rivages.

Extrait de « Géographie parallèle » (l’Amourier éd.)

Sur les sentiers de Michel Cosem
 

Ecrite en mauve sur une joue, comme une légende, la brume fait virevolter au matin la plaine banale et aimer la ville ouverte si avide, ses trottoirs plats avec de la rosée dans les fleurs aux alentours de la mairie.
Le sol parle lui aussi infiniment du monde, des oiseaux de la rivière proche, des près qui viennent d’être fauchés, des arbres aux carrefours, de ces solitudes de plus en plus noires
et de cette semence mouillée qui déjà fertilise le ciel.
Simplement les mots de la rêverie sur ces chemins d’argile entre les ciels nus et les eaux
les grands espaces que le vent bouleverse avec ses yeux de chat, ses silences d’oiseaux
 

Michel Cosem « l’ombre de l’oiseau de proie » (L’amourier)

Tout un pays s’endort
dans l’air du soir
Les prés sont glacés
Une odeur de fumée rôde
comme le ventre pelé d’un loup
Un hibou hulule à la fenêtre ouverte
La maison infidèle s’entoure de paille
un chien gris aboie
et, à côté du vieil arbre penché
le vent rassemble les ossements
L’eau de la rivière
glisse simplement
Tout un pays s’endort

Michel Cosem «L’ombre de l’oiseau de proie» (L’amourier)

Je quitte ce pays comme on quitte une source
Je laisse de grandes fougères tant aimées
des recoins roux pour le rêve
la lisière verte pour mieux goûter à la liqueur
à l’espace
à la tombée du jour
à la pluie et au vent
Je quitte ce pays à odeur de buis et de mousse
à la fumée de bois et aux élégantes coulemelles
J’emporte un morceau de bois
lourd et veiné
qui traversera à sa manière le continent.

Michel Cosem «L’ombre de l’oiseau de proie» (L’amourier)

Il pleut
et tout un pays tient dans le craquement d’une braise
Il fait doux près du cœur
les quatre murs sont tièdes
les rideaux blancs ne bougent que sur les rêves

Le chemin s’en va droit comme un rayon
vers les forêts aux franges noires

Un nuage grelotte
Un oiseau attendri affine l’infinitude

Et la respiration
se fait de plus en plus profonde

Michel Cosem « Images au cœur roux » (l’Amourier)

J’ai marché sur l’écriture
La nuit était blanche taillée dans la lune d’hiver
Une mélodie suivait un chemin de givre
et nous étions ceux qui parlaient

Sur une première marche
une ville cherchait son reflet
Sur une autre se perdait une histoire
Sur une autre encore palpitait une vie
sur une autre enfin s’affirmait la beauté

J’ai marché sur les écritures
Je n’avais plus envie de raturer

Michel Cosem «Images au cœur roux » (l’Amourier)

Chemins de traverse

Gilles Lades

Le chêne vert divise l’argent du ciel
du fond de sa puissance calme

il se referme sur l’hiver
qui envoie une lampe sur le tronc

s’il grandit
la mémoire ne le mesure pas

les pierres à son pied
il les abrite virginales
pour mieux montrer tout le noir qu’il dissout
et renvoie vers le vent triste de la fatalité

il prolonge à l’infini son noir de hutte

il offrira sa lumière impénétrable
au trésor des fatigues
aux larmes aiguisées

(inédit)

Werner Lambersy

« Loin du monde,
sous un ciel de nénuphar »

« Pluie battante,
ciel étoilé, jamais le même »

« L’eau prend l’espace,
moi, le temps »

« Le ciel,
toujours à ma seule fenêtre »

« Comme tout
est lourd hors de l’eau »

« L’eau n’a aucun sens
de l’équilibre »

« Nager est sans doute
le plus vieux geste du monde »

extraits de « Ēcrits sur une écaille de carpe » (l’Amourier ed.)

Sur les sentiers d’Alain freixe

J’avance, et le jour monte.
J’avance, encore.
La chaleur gagne. Dilate les routes. Dalle le ciel de bleu. Parfume l’air de quelques nuages.
Derrière, comme retenu, le vent attend.
De moi, des pierres, du ciel, qui bouge quand tout tremble ?
C’est comme la lavande. Quand elle se noie dans l’eau calme des vieilles armoires. Elle ne pèse pas plus que ce nuage qui s’effiloche dans le bleu familier que découpe Mascarda, ma fidèle aux feux de sous la terre.
Tout ce qui m’entoure est tout ce qui s’en va. J’en deviens l’ombre. Contre l’argile du chemin, cette tache. Ce peu de sombre.

Extraits de « Comme des pas qui s’éloignent », collection Grammages, 1999, Prix Louis Guillaume 2000, (L’Amourier éd.)

Pourtant. Quand plus rien ne tire en arrière. Que tu jettes tes pas dans la pluie. Froide et qui se fige et tremble dans la lumière sale du réverbère. Qu’une douleur infime et sans cause mais continue tend les cordes de tes yeux. Il se peut que depuis le fond de l’eau qui croupit dans le caniveau, remonte comme une étoile filante.
Son feu nous revient par delà le temps. Et passe sans s’effacer. Ce feu est vent. C’est lui qui attise la cendre de nos songes. Au chaud de son terrier, dans le défaut de toute adresse, nos cœurs reprennent corps.
Devant. S’élargissent les routes.

Alain Freixe
Extrait de « Comme des pas qui s’éloignent », collection Grammages, 1999, Prix Louis Guillaume 2000, (l’Amourier éd.)

Les couteaux d’été

1.
Derrière la bouche, ce qui compte est sans voix.
Et sans sommeil, dans la nuit du sang. Ce murmure.

Comme il fait froid !
C’est comme si les cartes sous nos doigts avaient gelé. Par où passer, si nos chemins n’ont plus de pays, si pour nos paroles il n’est plus aucun temps ?
Comment quand l’aube même hésite à basculer dans le jour sortir sous les bandes des nuages ?

2.
Comme on se sent perdus !
Quand s’éboulent les cairns et que s’efface le sourire de ta voix, toutes les pierres se ressemblent. Reste le ciel. Dans le vent extravagant. Sa poudre. Son explosion. Ces hoquets de bleu dans tout ce gris qui flotte, s’égoutte et sans éclat passe. Longe les bords. Avant de filer vers les bas.

Alain Freixe
Extraits de « Avant la nuit », collection Grammages, 2003 (l’Amourier éd.)

C’est cela qu’il voit. Tomber des couleurs. Vives. Mousseuses jusque dans les bulles légères où se prennent les yeux. Calmes jusque dans les taches plus lourdes où se pressent les doigts.

Notre tristesse est rouge sur fond noir.

Alain Freixe
Extraits de « Avant la nuit », collection Grammages, (l’Amourier éd., 2003)

Lumière d’après la neige

Il neige.
L’air est blanc. La vitre est aux buées. Et j’ai le front embrouillé de noir et de rouge .
Je regarde tomber la neige.
De calmes voitures noires filent dans la nuit. A la frontière. Là où la mort fait sentinelle.
C’est dans mes yeux, ces échardes. Ces images. Ce lit de pierres dans la montagne. Cette valise éventrée. Et ces papiers. Ces cahiers comme un feu froid dont les cendres glissent sur la nuit. Ce ciel raccourci sous le fouet de la lune.

*

Je pense aux pierres. À leur absence de forme sous la neige. Malgré le vent.

Je pense à ce cri perdu répercuté dans le vide de la combe. À tous ces cris suspendus aux épines des villes. Laines de misère sans oiseaux.
Je pense à cette chance : avoir en soi un déchirement possible. Pour que s’y amasse la neige qui tombe. Et qu’on puisse y entendre le cri des pierres, des mélèzes et du froid. Celui des hommes. Si près, finalement. Et qui agonisent sous tous les pals du monde.

Je pense aux ombres dont les habillent les sans-regard. À leur façon de prendre pied dans la mémoire. À cette violence du silence quand il leur sert de mur. Et de poteau.

*

Je pense aux mots des poètes. À leurs écrits traversiers. Impair, passe et manque. Passereaux de tous les étés.

Je pense à demain. Quand ça claquera dans la montagne comme en nous sous les coups du dégel. Et que couleront toujours jeunes les eaux vives du jour.

Alain Freixe
Extraits de « Dans les ramas », collection Grammages, (l’Amourier éd. 2007)

Madame, c’est toujours à côté qu’elle se tient. Sur la margelle. Où l’ardoise est usée. L’eau déroutée. Et l’herbe drue. Elle regarde farouchement le fond où s’égouttent comme des graines de soleil.
Alain Freixe

Que dire des secrets de Madame ? Je les dirai. En son for intérieur tournent poussières sèches et brins de pailles, rouille de feuilles, odeur des saisons près de l’hiver, humidité terreuse du petit matin, cires et cendres froides, toute la gamme des bois aux saveurs sucrées, sueurs, fragrances des peaux et des replis de la peau, tourbillons chevauchés sans cesse. Je les dirai.

Raphaël Monticelli
Extrait de « Pas une semaine sans Madame », (l’Amourier éd. 2002)

Sur les sentiers de Claude Held

jeux d’enfants
traversant une rivière
en équilibre sur une poutre

un moment drôle
un moment égaré
“essaie”
“essaie encore”
ton imitation de l’aile
ton imitation de la maladresse

le monde tient à toi
le monde tient
à une tige
une herbe
tu tombes
dans le vertige de l’oiseau

(inédit)

Qu’est-ce qu’une image?
Une scène, une surface.

Qu’est-ce qu’une photographie?
Un déclic entre pause et pose.

Qu’est-ce qu’un portrait?
Une approche du sensible.

Qu’est-ce qu’une question?
Un signe d’impatience.

Qu’est-ce qu’un poème?
Une chorégraphie du possible
pour déplacer la réponse.

Claude Held
(inédit ; texte écrit à la demande de Michel Durigneux, photographe)

chemin

Une cabane à mi-côte. Un hangar.
Des tuiles mécaniques manquent.
De l’autre côté un terre-plein permet la manoeuvre
d’une voiture.
Une pancarte devenue jaune à l’entrée. Les capitales
PROP… suivies de PR…
A gauche du chemin un potager (noté P), le bois (B)
et une grange (G).
Des traces de pneus dans la boue effacées par des
empreintes de bottes.
Une demi-lune à l’arrière du talon précédée de deux
marques brèves diagonales.
Présence de B au fond. P en friche.
Phares d’un camion contre G.
On met le contact.
Le noir de la terre labourée sur un grand espace
crée l’illusion de l’unité.
Plus de failles. Plus d’accidents du terrain.
Plus d’erreurs possibles.

Claude Held (extrait de «  Le temps déchiré », éd. L’Amourier, 2001)

Elever la voix
s’élever vers une voix

un raclement de gorge
au fond

une forme de politesse
dans un temps ultime

Tu disais
je vais avec… je suis dans…

c’est le lieu d’où l’on vient
c’est la marque d’un état,

le lieu où l’on va
dans une question, un doute ;

tu disais je parle
avec un silence entre je et parle

Claude Held
(extrait de « Pour une récitation de la nuit »
éd. L’Amourier, 1998)

traverse la question
de la vérité

parole entre la chute
et la trace

une vague travaille
dans le sillage

Claude Held (inédit ; texte écrit à partir de l’article de Pascal Lardellier, « Une Toile pleine d’imagination… » in le Monde diplomatique, sept 2006, sur le principe d’une sculpture sur prose, à l’initiative de Jacques Rancourt pour la revue La Traductière)

Sur les sentiers de Patrick Joquel,

Plus haut
le lac
se calfeutre sous sa couette d’embâcle
et plus haut encore
la cime a déjà son oreiller blanc

tout
dans le poème est silencieux
sauf le torrent bordé des premières glaces
et qui roule inlassablement ses reflets

petit point d’exclamation noir
l’hermine
insaisissable
suspend à son éclair
nos pas

total silence

les chamois chaussés de chaussons
ne dérangent aucune pierre

sous les mélèzes
il neige des aiguilles rousses

total silence

extrait de « quinze poèmes pour un refuge »
inédit

Un à un
les lents flocons troublent l’espace

Sans hâte
un chemin couvre sa trace
et s’échappe

Hiver
courbe de silence

Sur la neige immaculée
un randonneur suspend le temps

Le soir
contre un feu
il entend ronronner
dans ses vaisseaux
la trace
et sourit

L’insaisissable blanchon déchiffrera son écriture

Pourquoi aller chercher le poème aussi haut

Pourquoi le teinter de ces bleus

Le confronter à cette élégance abrupte
que la crête ajuste à ses mèches blanches

Silence

Le poème est-il là
tapi en amont du langage
couvert de neige comme un lac de glace
et se fond-il dans le regard

Rejoint-il par la voix les flux de la mémoire

Ce poème à l’état sauvage
est-ce lui qui interpelle une langue
et l’apprivoise

Est-ce le mot qui le hèle
et lui cisèle
une arabesque
où prendre son

Le poème existe-t-il avant que l’encre ne le forme

Est-il dans son dessin
ou dans ce vide
auquel le papier donne trame

Existe-t-il hors du langage
être informulé mais vivant
ou bien ne naît-il seulement que de la pensée

Est-ce l’homme qui offre au monde un poème
ou la poésie qui donne au monde un homme

***

Cétérach belladone
Aster rhododendron
Réveillez-vous réveillez-moi
Potentille anémone
Orpin lys martagon
Fleurissez-vous fleurissez-moi
Arnica centaurée
Mes pas seront légers
Renouée arnica
Légers seront mes pas

La neige s’est abandonnée

Comme autant de lutins bleus folâtrant sur la peau encore ocrée des pentes
les gentianes de Koch accompagnent l’éveil des mélèzes

Tendre douceur des fins pinceaux d’aiguilles

Leurs faisceaux éclairent les vestiges des galeries
que tracent les mulots sous la neige

De légères anémones dansent
autour de leurs labyrinthes

Les petites pensées des Alpes écarquillent
au soleil leurs interrogations colorées

La brise ébouriffe une haute fourmilière
et décoiffe un peu plus loin une renoncule arctique

Ce qu’elle murmure aux bouquets de primevères
nul ne le sait
pas même ce ruisselet gourmand qui sautille entre les arbres

Ce qui se tait ici
léger comme une zygène
aiguise la lumière

Patrick Joquel
Extrait de « Pudeur des brouillards », éd. L’Amourier

Béatrice Machet

Ce qui résumé
se tient dans le zéro pointé

le zéro pensé
le roseau pensant
le geste inachevé
l’élan multiplié

ce qui résumé se tient dans un pli
maintenu arrondi embryon

l’intériorité se souvient de la nudité
elle résume

Ce qui résumé comme un tout
tiendrait debout

se fait île
se prend pour la distance
et sait incommunicable la différence
mais partage le tout uni-vers

(inédit)

Marcel Migozzi

Dans un coin jeté de buissons, à vide,
Quatre mille années passeront quelle mémoire
Avant que disparaisse la plus ordinaire
Canette de bière.
Alors qu’un oiseau, s’il chante,
Ne dépose dans l’air que le souffle
D’un corps. Sans revanche,
S’il meurt,
Son chant l’a déjà dépouillé.

Extrait de « Un rien de terre » (l’Amourier éd.)

Yves Ughes

Torréfaction

j’avais devant moi dans la discrétion voulue de l’instant la saveur de ces beignets aux pommes trempés dans le miel de la mort et la table semblait figée je veux dire que les convives la famille réunie se trouvaient comme en projection sur l’avenir formulé en fins proches le désastre se lisait d’ores et déjà dans les fibres des corps assemblés et des pâtisseries comme annoncée était la fin dans le mouvement ralenti des dents claquer sur le vide n’est jamais bon signe et l’émail rogné s’effritait de guerre lasse au sortir des fruits dans la pâte confits fatalement Noire elle avait sonné et pris dans la porte un index attardé le sectionnant comme pour fixer un rendez-vous indéniablement la mort faisait son miel
 
le balcon pourtant le ciel offert sur les jeux balbutiants du réel sur les carreaux encré les flux de lumière venus de l’enfance ils dessinaient des initiales se développaient sur le cahier brodé de la nappe et comment concevoir que cela serait goutte à goutte ignoré délaissé
 

les années versaient soudainement à boire ainsi qu’un partage acquis par évidence dans les cortèges passant en contrebas ceux-là allaient vers le port et donnaient espoir gonflés par leurs manches retroussées et si le vin d’Asti préféré à l’arrogance des millésimes se portait tout à coup garant de l’action des quais basculant dans la mer nasillarde la volonté de ces rampes de missiles
 
le repas s’en trouvait ragaillardi la crème ne collait plus vraiment aux moustaches d’ailleurs taillées comme sorties du miel de la mort les beignets aux pommes retrouvaient leur goût d’origine et leur appellation contrôlée celle des journées râpées conquises gagnées à la force du fil cousues jusqu’à plus de ténacité quand la nuit est depuis longtemps déjà tombée sur les reins d’à côté il est possible alors de se refaire et de continuer comme par décision unilatérale entretenue par l’alcool brûlée contre les malédictions les rites ne peuvent rien contre la lumière étreinte du travail achevée ici tard dans la nuit  

ce texte écrit le 3 novembre 2007

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Une de ses ambitions est de permettre au poème d’entrer là où il est reçu et en particulier dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains.
Le numéro Un présentait les éditions Gros Textes et les sentiers de Jean-Claude Touzeil (numéro toujours disponible).
Ce deuxième numéro arpente les paysages des éditions de l’Amourier et emprunte en particulier, les sentiers d’écriture de Jacques Ferlay, d’Alain Freixe, Claude Held et Michel Cosem. Quelques poètes édités aussi par l’Amourier ont bien voulu donner de l’écho à ce sentier.
On retrouvera sur le site des éditions de la Pointe Sarène quelques drailles à caractère pédagogique que je me suis amusées à imaginer autour de ces poèmes ; elles ne reflètent que mon regard sur les poèmes et la façon dont en classe j’en sortirai pour explorer autrement la langue et jouer avec les mots… Rien de plus.

Enseignants, n’hésitez pas à partager vos aventures poétiques avec les autres. Si vous avez eu de bons moments avec un des poèmes de ce cairns 2, envoyez un courriel, donnez à lire vos réussites etc. A l’école on est parfois tellement seul que chacun invente l’eau tiède de son côté… Que cette petite revue soit aussi l’occasion de mettre en commun, réussites, découvertes etc.

site Internet :

http://monsite.orange.fr/pointesarene 

Les éditions de l’Amourier : http://amourier.com
Jérôme Bonnetto : www.jeromebonnetto.net
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr
Yves Ughes : http://ughes.podemus.com
Alain Freixe : http://lapoesieetsesentours.blogspirit.com/

le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/
le site du Lézard amoureux, de l’Académie de Nice : (du portail cliquer sur le lézard amoureux) http://www.ac-nice.fr/daac/portail/

quelques adresses :
jacquesferlay@wanadoo.fr
bb.nopasaran@wanadoo.fr (Béatrice Bonhomme)
daniel.de-bruycker@wanadoo.fr
machet.b@wanadoo.fr
marcel.migozzi@orange.fr
held.claude@orange.fr

Cairns est éditée par
les éditions de la Pointe Sarène,
5 traverse de l’orée du bois
06370 Mouans-Sartoux
et
les éditions associatives Gros Textes,
Fontfourane,
05380 Châteauroux les alpes.

Rédaction : Patrick Joquel avec la collaboration de Raphaël Thélème.

ISSN : 1959-2523

prix au numéro : 6€
abonnement pour deux numéros : 10€

*

cairns 01

En cet automne 2007 nous marchons avec le poète Jean-Claude Touzeil, avec l’éditeur Yves Artufel animateur des éditions Gros Textes et une dizaine de poètes inscrits à leur catalogue. Ce cairn se situe dans la Madone des Fenestres (06).

Cairns est une revue qui parait en début d’année scolaire et en janvier. Son ambition est, parmi d’autres ambitions dont je ne dirai rien aujourd’hui, de permettre au poème d’entrer dans les classes ; d’y être présents ! Simplement. Des poèmes inédits. Des poètes contemporains. Ce premier numéro emprunte un des sentiers de Jean-Claude Touzeil. Treize poètes ont bien voulu donner de l’écho à ce sentier. Les éditions Gros Textes ont accepté de nous parler de leur paysage éditorial. (Sur le site des éditions de la Pointe Sarène) Les drailles à caractère pédagogique que je me suis amusé à suivre ne reflètent que mon regard et donnent quelques pistes… à essayer… Pour voir. Pour se mettre en jeu et mettre en jeu la langue… Rien de plus.

Patrick Joquel

Cairns est éditée par les éditions de la Pointe Sarène.

Cairns
1

Sur le sentier de Jean-Claude Touzeil

PASSAGE

À l’hôtel
du temps qui passe
il se contenta
d’abord
d’une méchante
chambre de bonne

Après
il s’arrangea
chambre avec douche
W.C. télé
femme et enfants
tout le confort

Sur le tard
il commanda
une suite

Et après ?

(extrait d’Et après ?
antho Cotcodi XVI° Printemps de Durcet)
BOUQUET

Elle trouvait
les lys
trop lisses
et les lilas
trop las

Elle trouvait
les muguets
trop gais
et les ombelles
trop belles

Elle trouvait
les coquelourdes
trop lourdes
et les campanules
trop nulles

Il lui offrit
un bouquet
de simples

Jean-Claude Touzeil

COMPLICES

Pendant
la récré
l’enfant
a tourné
trois fois
autour
du tronc
et l’arbre
a fleuri
pour de bon

Après
la récré
l’arbre
a tourné
trois fois
sur lui-même
et l’enfant
derrière
la fenêtre
a souri
pour de bon

Jean-Claude Touzeil

VENT D’OUEST

Le vent
dans les peupliers
nous rapporte souvent
sous couvert du secret
les commérages
du bourg d’à côté

Il nous souffle à l’oreille
les mots d’amour
des mammifères marins
et nous colporte à l’occasion
des rumeurs de marée noire

Le vent
dans les peupliers
nous régale parfois
des parfums créoles
des îles plus loin
mais les soirs de tempête
il nous fait plutôt peur
avec son accent
venu du far west

Jean-Claude Touzeil

Pour Louis, escargophile.
ÉLAN

La première fois
que l’escargot
fit le tour
de la Terre
c’était juste
pour occuper
sa retraite
d’employé
communal

Il prit le temps
de regarder
le paysage

La deuxième fois
c’était pour voir
comment allait
le monde

Il prit le temps
de bavarder
avec les gens

Et la troisième fois
ce fut simplement
emporté
par son élan

Il prit le temps
de ralentir
pour éviter
un tour de plus

Jean-Claude Touzeil

ORDRE

Tirant la langue
Sous leur bandeau
Vent contraire
Et mauvais esprit
Ils étaient condamnés
Depuis l’origine
Les échappés

Et s’ils continuaient
Quand même à y croire
C’était pour l’honneur
Et par habitude

À l’entrée de la ville
Ils furent fusillés
Par l’avant-garde
Du peloton

Et tout rentra
Dans l’ordre

Jean-Claude Touzeil
(extrait d’Échappées
antho Cotcodi XVIII° Printemps de Durcet)
FALAFEL

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
falafel
riz pilaf
plus un œuf
très gélif
et trois Leffe
sur le fil
I am full
lof pour lof

Ouf !
fait l’if
(en wolof)
à l’Olaf
un peu louf
de l’alef
à l’alpha
y’a pas foule

Jean-Claude Touzeil

SOUPAULT

Ce poète
Soupe au lait
Visita
La Papouaisie
Pour écrire
Des poésies
Pour les grands
Et les petits

Ce poète
Soupe au lait
Ronchonna
Pour la rime
Fit la lippe
Sans raison
Bouscula
Le Breton
Puis soupa
D’un soleil
Et s’assoupit

Ce poète
Sympa mais
Soupe au lait
S’appelait
Nom d’une pipe !
Soupault Philippe

Jean-Claude Touzeil

FIAT LUX

Sur l’île
de Noirmoutier
dans les toilettes
pour hommes
du café
de la place
du général
de Gaulle

La lumière
est précieuse
elle ne dure
qu’une minute

Juste le temps
nécessaire
pour réaliser
qu’il n’y a plus
de papier

Jean-Claude Touzeil

FAILLE

Un coup de dés au bout du fil
Et dans la file un doux de quai

Un fou de gué avec du fiel
Et dans la fiole un goût de fée

Un loup de mai loin de la foule
Et dans le fioul un mou de laie

Un pou de raie dessus la folle
Et dans la fille un roux de paix

Un sou de thé dessous la feuille
Et dans la faille un tout de Sées

Jean-Claude Touzeil

Chemins de traverse

Patrick Joquel
Tu regardes
le ginkgo biloba
de ton balcon

Tu l’écoutes

Il te dit
les saisons
la belle succession
des saisons sur la terre
et sa longue présence
en ce monde

A ses côtés
tu apprends la tendresse
et le désir de vivre
encore un peu plus

Oui
tout cela est bon
Et après ?

*
Sur le balcon glacé
le citronnier frissonne
et l’hiver
à sa branche allume
un rouge gorge

*
Tu cours
presque aussi vite
que ta joie

Elle ne garde
qu’un ou deux châtaigniers
en amont de ton rire
et quand tu crois
la saisir
tu dérapes
sur des bogues d’octobre

Jacqueline Held

D’un saut tu franchis
Les carreaux de la terrasse
D’un pas suspendu
D’aigrette, flamant, héron.
Si tu poses le pied
Sur la ligne de partage
La lettre n’arrivera pas.
Si tu perds l’équilibre
La maison devient grise.
Si tu comptes jusqu’à sept
Le tamaris s’envole.

Petit éloge de la lumière
Editions Gros Textes. Automne 007

Claude Held

passage

on a une façon aveuglante de voir
on a vécu des années durant
on a une heure devant soi

on a un certain âge
on pense que c’est impossible
on se demande vers qui se tourner

on a des souvenirs
des pans entiers
des bancs de sable dans le courant

le courant existe
grâce aux bancs de sable
et réciproquement

réciproquement veut dire
essayer de respirer
entre deux phrases

Fabrice Marzuolo
à Léo

La pipe à Pépé

J’ai gardé la pipe à Pépé
comme ça s’il revient un jour
il pourra s’en servir à nouveau

(Et pépé est revenu
il a vu le monde ce qu’il est devenu
de rage il a cassé sa pipe
il est reparti Pépé)

 
Michel Monnereau

Poisson du soir

Toute ouïe
le petit poisson
écoute sa mer
chanter la berceuse
de la vague désobéissante
qui s’est perdue dans l’eau de là-bas.

Philippe Quinta

Devinette
Dans mon tout petit potager
Une seule courge est rangée
Devinez qui donc l’a mangée

-C’est une sorcière enragée ?
-Un ogre un peu dérangé ?
-Une jardinière outragée ?

C’est moi bien sûr qui l’ai mangée
En purée toute fromagée
La courge de mon potager

Amandine Marembert

les fleurs du poirier phosphorisent le noir du jardin alentour
leur odeur de miel a dû se perdre dans le marc des feuilles
c’est un petit-déjeuner avant l’heure
une table mise pour l’œil
la confiture sans le pot
déjà étalée

Gilles Lades

Ta route
porte-la jusqu’au soir
sur tes épaules batelières

chêne après chêne
le ciel s’agrandit sans bouger

par l’écorce et l’argile
tu rejoins le chemin mémorial

tu attends que le silence te donne voix
comme le soleil couchant
choisit la juste fleur

Romain Fustier

chat-éponge de retour du jardin. le poil gorgé de pluie. en ce dimanche de lenteur et d’élections. mammifère fibreux. ondulant sous la caresse. museau léger qui tourne dans ma main. arrondi poreux. griffes rétractées en signe de contentement. chat mouillé. félidé spongiaire. qui miaule et retient les gouttes. essuie le gazon sur son dos. animal plongé en milieu aquatique. dans une ville marine engloutie par les nuages. mammifère fixé sur mes genoux. créant un courant d’eau entre le bureau et l’ordinateur. chat-éponge gorgé de pluie. carnivore à collerette. qui rentre trempé déçu du jardin. renonçant pour aujourd’hui à ses escapades. jetant l’éponge. en ce dimanche pluvieux où il n’y a pas un chat.

Franck Cottet

Tu mets dans tes yeux tout ce
que tu peux trouver tu entasses tu
entasses. Ça pourra toujours servir.

*
Tes yeux sur la mer, à les laisser
posés là comme ça, tu pourrais
presque t’endormir presque.

*
Plus loin que le vent tu sais qu’il y
a encore des nuages et peut-être
des yeux pour les rêver.

 

Patricia Cottron-Daubigné 

Le corps est entré dans le cri
le visage aussi
depuis longtemps
elle cherche des mots
vivre si mal dans
le mot rouge par exemple
que faire avec
la couleur celle des fleurs
qui versent la lumière
ça pourrait ressembler à une
prière la lumière les fleurs
rouge pourtant le mot
c’est du cri dans la bouche
rouge mon amour .

Chantal Couliou

Sur le rebord du ciel
Entre deux étoiles,
Oublié de tous,
Un croissant de lune
Termine sa nuit
Dans mon bol.

*
La lune,
Un dessert mystérieux
Qui se déguste
A la nuit tombée
Sur un coin de rêves.

Paul Bergèse

L’étoile de mer se désespère.
• Je n’ai pas de queue
je n’ai pas de tête,
c’est pas un’ vie,
j’en ai assez !
J’ai bien cinq bras
et mille pieds,
c’est pas ça qui
va m’arranger.
Quand un bras dit
« C’est par ici »,
les autres crient
« Non, c’est par là ».
Mes pieds ne savent où aller.
Je vis toujours écartelée.

sites des auteurs

Jean-Claude Touzeil : http://biloba.over-blog.com/
Philippe Quinta : http://achourit.canalblog.com/
Patrick Joquel : http://joquel.monsite.orange.fr

d’autres sites :

le printemps des poètes : http://www.printempsdespoetes.com/
la charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : http://perso.orange.fr/cielj/charte/

adresses électroniques de quelques auteurs

fabrice.marzuolo@wanadoo.fr
gilles.lades @wanadoo.fr
amandine Marembert et Romain Fustier : contre-allees@wanadoo.fr
Claude et Jacqueline Held : claudeheld@orange.fr
Chantal Couliou : chantal.couliou@laposte.net