PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

Christ aux pieds nus

Un livre de Dan Bouchery. Poèmes et photos.

24 septembre : à propos du Christ aux pieds nus, de Dan Bouchery à nos éditions de la Pointe Sarène

Un petit mot de Benoît LEPECQ

écrivain et comédien :

Merci pour « Christ aux pieds nus », Dan.

Tant de simplicité dans ce petit ouvrage force l’admiration.

 

 

22 avril
Dan Bouchery lira les textes de Christ aux pieds nus le 19 mai prochain dans l’église Saint-Sauveur de Beaumont-en-Auge.

 

Christ aux pieds nus

Textes, installations et photographies Dan Bouchery
Éditions La Pointe Sarène
Février 2012
40 pages
8 €
5 traverse de l’Orée du bois 06370 Mouans-Sartoux
www.patrick-joquel.com
www.danbouchery.tk

christ-aux-pieds-nus© Gros TextesEn mars 2011, le dernier numéro d’Ici & Là, la revue de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, avait présenté la préface de Jacqueline Held, quelques photographies et textes dont on trouvera ici l’intégral du projet.

Douze photographies de calvaires au pied desquels Dan Bouchery dépose cinq chaussures dépareillées, trouvées, donc abîmées, sur la route, la plage, un caniveau, un trottoir,…

Douze textes pour dire la misère des hommes avec simplicité mais lucidité.

La modestie de l’édition ajoute au propos de l’auteure-photographe en colère.

Si le noir et blanc retenu pour l’édition (pour d’évidentes raisons économiques : le recueil de 40 pages ne coûterait pas 8 € !) retire de la qualité aux images, certaines chaussures se fondant trop dans les ombres trop noires, il apporte une dimension particulièrement poignante à ces souliers de pauvres. Pieds meurtris. Pieds souillés. De poussière, de boue, de fatigue et de larmes. Pieds usés de nos angoisses et de nos doutesSouliers-visages de la misère, comme le précise subtilement Jacqueline Held dans sa préface.

Quelques-uns des douze poèmes évoquent directement, frontalement, cette misère de l’homme :

Dans le noir sidéral
De leur prison
Psychique
Ils arpentent les murs
Guettant la fissure (…)

Ou

Mais, qu’est-ce qu’ils ont tous
À la fin
Avec leur faim ?

Ou encore

Qu’est-ce qui
Vous a
Menés
sur ce banc au mieux
Sur ce trottoir au pire (…)

Cela n’est jamais du misérabilisme. La poète n’est jamais donneuse de leçons. Elle est poète.

Si d’autres textes semblent ne pas aborder de face le sujet que déclinent les installations et photographies, c’est pour mieux nous faire prendre mesure de la place de l’homme dans l’environnement, qu’elle parle des eaux

On épure
On épure les eaux
On épure
Les hommes (…)

ou de l’herbe

On te marche
Dessus
On te crache dessus
On te pisse
Dessus

Ces textes incisifs, souvent verticaux, effilés come lames de couteau, trouvent place sans honte aucune aux côtés des Poèmes de l’infortune de Rutebeuf, des Complaintes de Jules Laforgue, desPâques à New York de Blaise Cendrars et, plus près de nous, de la trilogie de la préfacière Jacqueline Held*.

D’aucuns s’arrêteront à la dimension « christique » du propos. Ce serait réducteur. Si Dan Bouchery vivait en Asie, elle aurait réalisé les mêmes installations au pied des temples bouddhistes ou shintoïstes. Il ne s’agit pas de rechausser le christ, figure pathétique de la misère insolvable du monde, mais bien de montrer que certains qui s’arrogent le titre de décideurs, politiques et financiers, banquiers et spéculateurs, n’ont de cesse de crucifier les plus fragiles d’entre nous, les va-nu-pieds, qui ont abandonné tout espérance comme Dan Bouchery abandonne leurs chaussures au pied d’un symbole bien falot de l’espoir, espoir  que la poète propose de lancer Loin / Très haut. Peut-être hors de portée de l’humaine condition.

Jacques Fournier

* Mots sauvages d’un temps sauvage et Mots sauvages pour les sans-voix, éd. Gros textes ; Le Chant des invisibles, éd. Corps Puce.

 

 

17 février
 

Ce livre regroupe 7 poèmes et 7 photographies d’installations mises en place par Dan Bouchery en Normandie et en Vendée. Il y a dans ces réalisations l’expression d’un cri. Mais ce qui les porte et les fonde, c’est une puissante empathie pour tout ce(ux) qui souffrent, ceux dont les existences sont gommées, les sourires effacés, les visages laminés. Des installations éphémères pour une parole posée avec force et qui, elle, monte et demeure.

Alain Boudet : http://amb.boudet.perso.sfr.fr/

3 février : Parution d’un second livre à nos éditions de la Pointe Sarène. Christ aux pieds nus, poèmes et photo de Dan Bouchery. 100 ex. 8€.

 

 

Quelques mots de Dan Bouchery à propos de son livre : Ces installations et les « photos du Christ… cela évoque le côté noir de la vie des Sans abris. A Paris, dans les recoins des porches, les humains sont cachés sous des tas d’habits, de couvertures. C’est à peine si on les voit. Ils disparaissent aux yeux d’une société qui voudrait les faire disparaître. Il y a un côté noir au statut d’exclus.

Un extrait :
Tous

Dans la même rue

Dans une rue pentue

Nous sommes entraînés

Certains glissent trébuchent même parfois

Quelques-uns s’échappent

Au-delà de leurs rêves

Ils suivent les papillons

Tandis que d’autres surveillent

Les tas de leur fortune

La lune n’est pas à vendre

Dites-leur

Qu’il faut compter en croches

Et double croches

Pour mieux s’accrocher

Aux jours qui s’enfuient

Seule

L’horloge du temps

Applaudit

**

Bientot ici la couverture !

**

La préface de Jacqueline Held

Démarche
originale et forte – l’œuvre d’art n’est-elle pas ce qui nous surprend, nous
jette hors des sentiers

battus ?

Préface

Cetteréalisation de Dan Bouchery nous donne à voir l’EXCLUSION, la misère, l’universelle errance, démesurée, envahissante, démultipliée par la criseactuelle. Interminable pèlerinage humain. Autour de nous. En nous.

Point de départ : c’est d’abord en demandant au passant anonyme l’une de ses chaussures, dans un parc de Paris, en 2005, que le projet
a démarré. En 2008, ce projet a évolué et c’est avec des chaussures trouvées et rassemblées par cinq (comme une petite famille ?) que Dan
décore son premier site. Elle installe cette collecte en guise de fleurs au pied d’un calvaire, puis photographie. Les installations restent sur place. Douze calvaires à ce jour, de Basse-Normandie et de Vendée, ont accueilli ses installations. Chaussures trouées, symbole des exclus. Chaussures-prières, offrande des presque va-nu-pieds. Prières de demande. Prières de pardon. Cris d’angoisse et de supplication. Cris de révolte et de questionnement. Parfois cris de confiance aussi.

À partir d’une sensibilité frémissante ouverte aux autres et sur le monde, à partir d’une grande souffrance personnelle, Dan Bouchery nous
conduit à mieux prendre conscience que nous sommes tous, de manière ou d’autre, à tel ou tel moment de notre vie, les exclus de quelque chose ou de quelqu’un.

Ce qui nous frappe d’emblée, dans ces installations, ces photos, c’est la très grande empathie de l’artiste. Empathie : faculté de
se projeter sur un mode cosmique  où non seulement l’humain mais l’animal notre frère  et même l’humble végétal subit l’inégalité, l’exclusion. Telle, l’herbe folle, l’herbe sans nom, exclue de l’aristocratique herbier.

Au pied de la croix, des souliers… Souliers de toutes sortes : grosses chaussures de marche. Très usagées. Tongs. Très usagées. Charentaises. Très usagées. Ballerines. Très usagées. Sabots. Très usagés… Souliers de pauvres. Pieds meurtris. Pieds souillés. De poussière, de boue, de fatigue et de larmes. Pieds usés de nos angoisses et de nos doutes. Souliers-visages de la misère. Souliers percés : trous,
déchirures de l’exclusion. Douleurs de toute vie. Celle de Dan. La nôtre aussi. Dan nous invite à ressentir avec elle. À com-patir au sens profond du verbe –et de toute passion – « souffrir avec »

Douze poèmes accompagnent Christ aux pieds nus. Douze poèmes comme les douze apôtres : dans un monde de plus en plus divisé, compartimenté, réglé, trié… court à travers ces textes le fil d’or de la révolte contre une société impitoyable plaçant – tel Charlemagne ! – les bons à sa droite, les mauvais à sa gauche, se réservant ce qui lui est utile, mettant au rebut, vouant à l’exclusion, à l’oubli, à la mort tout ce qui ose déplaire : handicapés, S.D.F., eau « usée »… « Les pauvres, les impuissants, les indigents, les inutiles ».

Démarche d’indignation, ardente et lumineuse dont la simplicité, la naïveté voulue fait toute la force. Oui, Dan Bouchery nous donne
ici un témoignage puissant. Merci à elle
.

Jacqueline Held

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