PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

almanach

LES DEMAINS D’AL MANACH
Sophie Braganti/Patrick Joquel
Donner à voir

LES DEMAINS D’AL MANACH

Réveillons

Vœux pour
la nouvelle année
sac de nœuds pour le reste
il y a un mot que tu entends
trop souvent

Tu l’aurais voulu d’or
en vacances
au fond de tes poches

1
Janvier

Si froid
que la mer se blinde
couverture de métal
étincelle
Mondrian dans les yeux
juste une étincelle

*
Noël joue les prolongations
les cadeaux cuvent
les chocolats rescapés
démissionnent au soleil
des rubans claquent au vent
leurs mercis

*
Tu relis tes lettres d’or
tu te souviens des flocons
qui ne sont jamais venus
larmes retenues
giboulées en attente
valise qui ne la boucle pas
*
Piaille toujours goéland
la mer couleur paille
a de la plume dans la vague
raille toujours cormoran
la mer couleur faille
a de la blague dans l’écume
et des âmes en conserve

2
L’amandier se suspend tout entier à sa fleur
février se tend vers la lumière

*
La masse blanche prend le dessus
il n’y a qu’à fuir
son silence écrasant
mais tu ne peux t’y résoudre
comme pris par la glace
un verre à la main
suppliant un dieu qui fond

*
La neige crie
couvre les voix
et devant la porte
tu ne peux rien
elle a le dernier mot

*
La terre porte un masque
qu’elle jette avec le mimosa

Ouvre les bras
ne cherche pas à retenir
les pollens
arrose ce qui germe
en toi

*
Ta ville embaume
tu as de drôles de blagues
sur chaque doigt
tu ne sais plus compter
tu vois déjà
mars arriver comme un lièvre

3
Mars

Cours toujours
le vent
te pousse dans les primevères
la prairie a le feu aux barrières
crocus échevelés
le vent couche le jaune
pendant que
sur la flaque aux alouettes 
Narcisse admire
l’ombre de son nombril

*
Ne pas décroiser tes doigts
attendre que tes mots te cueillent
chemin faisant tu te déroutes

*
Jauger le talus
minuscules primevères
il fait bien gris
pour un printemps
écrire avec des encres de couleurs
gommer les nuages

*
Ton rire est en train de flotter
sur le torrent
de s’en aller
de se gondoler
loin
trop loin
non pas si loin

Sans lui
comment finir la saison

Atteindre l’autre rive

*
Tu effaces la buée
la peau fantôme
son frisson
entends le goutte à goutte des poules
les tuiles minuscules colorent de silence
le paysage et sa chair

Une pluie au crépuscule hydrate en silence
la pulpe des mots

*
Bien à l’abri
feu embrase ton corps
te braisera toute la nuit
et tes deux mains alors
chercheront leurs pairs
à moins que dans cette ouate
tu ne t’endormes
à poings fermés
coite sous la couette
4
Avril

Il y a un blanc
bien orienté pour la sieste

Que vas-tu coucher
sous tes paupières

*
Le chat
chut !
somnolence intégrée au silence
tu lui tires la queue
tu la montres à ces messieurs
le monde est tout griffé
rien à dire
tout saigne
absolument tout
ton atout c’est le temps

*
Chuchotements et solitude
le vent d’avril
quiétude sur un cheveu
tu balances
tu te lances
aucune hésitation

5
Mai

Tais ce qu’il te fait
tais le donc
à jamais
au moins
jusqu’en
juin
la parole est close

*
Chimpanzé vieux cousin
affalé sur un coussin de feuilles
tu crois que c’est facile
de grimper sur un crayon
d’inventer le tracé des mots
tu te grattes la tempe
toi tu apprends à lire l’avenir
dans les lignes d’une banane

6
Juin
ne se prononce pas joint
ricochets de la langue

*
Ton bonhomme est tout froissé
comme il pleure
et que les bras t’en tombent
tu fabriques pour lui
de la neige
une boule à son cornet
une poule à mon corset
roule sorbet sur la mousse
et que la houle le saoule
moule à cornes
houle à gaufres
la foule aussi est saoule
et toi avec

*
Dans un pot
des crayons de couleur comme des flèches
dans un second pot
des plumes comme hallebardes
pas de pot pour les dessins
pas d’impatiences pour les pots
pas de bol

7

Mais juillet
tout en jus
et en œillets
de poète pour un clin d’œil
page blanche
ocre plage
et crayon bleu

*
De toutes façons
elle est toujours là
la jubilation
en sourdine
en profondeur
comme les sardines dans la mer
avant de baigner dans l’huile
et d’échouer dans le citron

*
Tu voudrais
des poignées d’étoiles
au sommet de la montagne tu
grattes sur des fils de lune
tu gagnes
la queue d’une comète
et trois chandelles
au moins

Mais on en reparlera

Bises

post-scriptum
je pars à Toulon

Bon voyage

*
L’amour y est
sieste de cigales
battre un peu de l’aile
on est out

8
Août

Dans le vent des blés
tu t’allonges
tu regardes les nuages
et hop
a new poem
vient rougir l’ouest
tes eaux se teintent

*
Tu entres dans un silence
où les mots se tairaient enfin
jusqu’au prochain chant du coq

*
Si tu dis non
à des pensées chiffons
tu dis oui
à des poupons chinois
si tu dis ni oui ni non
écoute un conseil de pois
chiche

*
Tu montes à l’échelle
décrocher
quelques degrés Celsius
déjà bordant les rues
les vitrines racolent

*
La pluie te gonfle
tu vas comme une éponge
tu traînes tes pas dans le chocolat
le pied emmitouflé dans la serpillière
tu en badigeonnes le sol
spirales de la folie et
sur le pouce
leurs goûts hystériques
tu n’as plus d’années

9

Septembre

Effluves
rideaux
d’école et de pluies
la fourche sort les dents
croque une pomme rouge
les flammes plantent leurs serres
dans des crépuscules pressés

*
Abeille au caramiel
ciel qui s’étiole

Lake District Toffees
quand fondrez-vous encore
sur mes lèvres impatientes ou
en mes palais de bruyères

Les nuages en salivent
dégoulinent

*
Une pincée de syllabes
danse sur ta langue
en pointe

*
Tu te crois chercheur de pépites
tu n’es que cuisinier
de mots en salades
de discrets sucrets
sacré poète

*
Tant que les petits enfants tiennent
dans la main
que le sel se confond avec le sucre
et que l’on crache pour jouer
avec autour des lèvres
la signature du chocolat
tu crois à l’éternité des quatre heures

10

Octobre joue ses octaves
sobres
ciel mauve
vin nouveau en cuve
les arbres pétillent

Dessous les arbres
la cave

Tu chavires sur un tapis de bulles

*
Tes dents pataugent dans le blond

Fermer l’œil
encore
sur le clair-obscur d’une sieste

Un crépuscule te tente

Doux brouillard

Quel berceau mauve
ton regard

*
Comme un paon
le feu roule
et tu restes sur la brèche

La bise emporte les feuilles
leur absence te submerge
ne rougis pas
les verbes ici sont conjugués à l’automne

*
Tu te sens
comme salade de saisons
comté
endive
ail et noix fraîches
pilés mélangés
ou
cœur tendre de laitue

Qui te dégustera
pauvre de toi

11
Novembre

Ivre de feuilles et de vents
dans ton chapeau
tu te réchauffes
ton front couve
un poème transi

*
Sur la page
tu fais tes griffes
tu tournes en ronron
et tu te couches

Tiens
le chat est revenu

*
Tu appuies sur le compte à rebours
fais-toi velours
fée abrasive
avec ta baguette en acier trempé
tes papiers de verre
ne changent pas le monde
reste immobile

Aujourd’hui
la terre est en pantoufles

12
Les soirs de décembre
paupières lourdes
un homme avec une grande barbe
creuse son terrier

Cet hiver sans manteau
avec son dé
il jouera aux marmottes
et n’abolira rien

*
Un écran de poussières
te ferme les yeux
au creux du jardin
le verbe est radicelle
mystère rime avec lumière
tu crois au Père Noël
n’ouvre pas les yeux

*
Et si ce poème était le dernier
au bord du chemin à traîner la patte
et si ce poème
était le premier
au seuil des doigts à piaffer le clavier
mais pour le moment
il te regarde de loin
et te retient
sur la dernière touche

En suspension

Hebdomadaire

Samedi
ça me dit rien
ça commence bien

Dimanche
sur le canal
quelques canards cancaneront
pour des miettes
au fond troué d’un sac

Lundi sous la lune
je me teins en rousse
je me coupe les cheveux
et j’attends un peu

un croissant
viendra
pointes de velours
roussir mes matins

Mardi
je fais les courses
mais pas de cheval dans mon panier
le grand saut
sera pour le huitième jour

Mercredi
tant que tu confonds le sel avec le sucre
ne m’invite pas

la mer à des creux
histoire de bercer la paresse
et de sucer des caresses
avec une langue de chat

Jeudi
silence
je vis feutré
je dis silence
pour accueillir des mots

Vendredi
raviolis
poudre de parmesan
coulis de tomates
j’aime leur tenue en bouche
avant l’éclair
tu te poses dans le ciel
tu prépares du vent
pour tes nuages de samedi

Samedi me dit tout
toutou
chiures
le pied
la planète
l’univers
tout glisse
absolument tout