PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

badalona

Le début de ce roman :

01
Phosphorescente, je glissais le long d’un reflet lunaire. Toute ruisselante de lumière. La
nuit m’enveloppait de sa douceur et j’étais heureuse… Oui. Heureuse…
Maintenant, c’est un peu différent…
Mais revenons à cette nuit-là, revenons à cet instant où, émergeant des eaux pour
respirer, je vis l’éclat d’un feu sur la plage au loin.
Un feu ? !
Je n’en croyais pas mes yeux. Je pris mon élan pour sauter : c’était bien un feu. Pas un
incendie de forêt, non, un feu ! Un feu avec des ombres tout autour. Je distinguais
mal… Quel animal pouvait bien se tenir si près d’un feu ?
Deux mots claquèrent dans mon esprit : des hommes !… Ainsi, il restait des hommes
sur cette planète…
De vieux souvenirs, des peurs ancestrales me revinrent en mémoire. Ces légendes que
ma marraine me racontait le soir tandis que l’océan nous berçait toutes les deux… Ces
histoires de bateaux… De harpons… « Les hommes nous avaient pratiquement
exterminés, me disait-elle, quand le grand nuage a enveloppé la terre. En quelques
mois, ce drôle d’hiver a nettoyé la planète. Des milliers d’espèces disparurent. Parmi
elles, l’espèce humaine, notre vieille ennemie. Nous, les cétacés, nous nous sommes
adaptés, nous avons survécu. Libres et paisibles… »
Le soleil brillait à nouveau et mon peuple régnait sans soucis sur les mers du globe. Et
voilà que ce soir les hommes revenaient, qu’ils allumaient un feu sur la plage.
Je plongeai aussitôt pour chanter la nouvelle. Bientôt tous les miens se transmettraient
l’étrange information. Je n’avais plus qu’à attendre une réponse. Attendre et observer.
Tout enregistrer dans ma mémoire.
02
Près du feu, l’aveugle ne dormait pas. il écoutait le feu, lui jetait du bois. Il
reconnaissait à son murmure le bon moment. Le feu ne devait pas s’éteindre. Jamais.
L’aveugle ne dormait pas. Il écoutait. Il écoutait la course des étoiles, il les avait
tellement observées avant de perdre la vue… Il écoutait l’océan, sa calme respiration…
Il se souvenait de son immensité… Il avait été le premier de la tribu à le voir, du
sommet de la montagne enneigée qu’il avait eu la folie de gravir…