PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

mai 2020

écriture en cours, au jour les jours d’avril 2020
peut-être le titre

mille joies intérieures (c) Patrick Joquel

Mai 20
Mille joies intérieures

11

la pluie
forte
éclabousse ton rêveries
un rêve de mimosa, d’église et de sport en salle
un mélange aussi agréable que curieux
la pluie
forte
t’éveille
et tu vas sous la loggia l’écouter

la pluie te lave les oreilles
te nettoie des scories de la veille
tu respires à son évidence

un éclair
un tonnerre
et du rythme

orchestre nocturne
tu écoutes
tu regardes
le temps passe
l’aube vient
l’aube vient toujours
ça te rassure autant que ton ancêtre accroupi sous son abri

au fond
tu n’as pas vraiment changé

9

tu marches
à l’affût de tes yeux
de tes oreilles
de ta peau et de ton nez
la fraîcheur de l’air
la vie proche
et tous ses gratuits au passage
cadeaux de l’instant
du pas
les cerises vertes ont grossi
l’olivier commence à fleurir
le petit merle au regard étonné
la jeune pie à l’essai de son jacassement
et cette petite mésange au premier vol
atterrissage à tes pieds
un regard
une ombre d’inquiétude
reprise du souffle et envol maladroit
le bougainvilliers au premier rayonner
continue la liste au gré de ton pas

tu vais ainsi
à l’accord
musicien sans autre instrument que ton corps
dans le grand philharmonique terrestre
à ton pas
à ta mesure
d’homme simple

8

pas à pas
les chênes du quartier translucident les quotidiens du ciel
si mouvant

de leurs bleus insoutenables à leurs douceurs grisées
de leurs blancs aériens à leurs noirs orages
de leurs rouges du soir aux orangés de l’aurore
leurs fluides pinceaux aèrent ton regard
ventilent tes paupières
caressent tes sourires

« rien ne change disais-tu
tout est toujours pareil »
!
tu comprends enfin
:
tout est si mouvant
tout
et
l’instant
si indéfinissable
renouvelle à chaque instant
ce tout mouvant

la feuille du ginkgo frémissait
la voilà immobile à présent
le silence rythme les tourterelles
le vol de perruches pose ses cris
les traces des martinets s’évaporent

la vie
d’un présent à l’autre
t’offre ainsi de tranquilles surprises
enfin
pas toujours tranquilles
ne sois pas benêt non plus

accueille
et respire
l’instant t’est offert
donne à ton tour ta présence

7
dans le mug un thé libre et noir du Yunnan
dans le ciel une pleine lune dorée à la brioche
alentour les jardins merlent à tout bec
l’aube avance avec ses bleus légers
tu pars à sa rencontre
libre aussi
léger malgré tout
chaque matin tu as le même âge que la Terre
6
on se tait
on regarde
la ville est silencieuse
à peine troublée
comme une eau sous un souffle d’air
à peine
un roucoulement de pigeon
une trille de merles
un rire de goéland
un piaillement de martinets
on se tait
on regarde
on se dit que bientôt
on se dit rien
on se tait
on regarde
on se tient là
dans l’instant de l’extrême abandon du corps
en suspens
l’instant suivant ce sera l’inspiration
le nouveau monde

5
le silence

le regarder
l’écouter
le sentir
le câliner
le goûter
puis le suivre à pas légers
marcher sous son ombre et sans la froisser
avancer
lentement
lentement avancer
enjamber l’horizon

4
nuit noire et silencieuse
un thé
la lune
orangée la lune
noir le thé
Yunnan dans le mug
lune sur Mouans-Sartoux
silence
la lumière attend son heure
les merles aussi
et toi
tu attends quoi
?
le temps
?
est-toi qui prend le temps de vivre
ou bien
le temps qui te prend pour vivre
un espace
?
un moment
?
tu regardes
tu écoutes
tu respires
tu goûtes l’instant de tout ton esprit
tu touches la nuit de tout ton corps

2
le vent joue tes cheveux
le vent découvre ton corps
le vent silence ta marche
l’œil à l’affût
l’oreille aux aguets
le chuchotement des chênes caresse le ciel net
découvre ton silence
joue ton regard
silence tes sens
tu marches
aéré

1
ils touchaient la nuit de tout leur corps. Boris Vian

avril
29

le temps
les vents
leurs jeux de nuages et de pluies
leurs bleus
ah leurs bleus

leurs frissons de feuilles
ou bien craquantes caresses
les vents
croqueurs de ciel

le temps
les vents
à chaque jour sa météo
sa couleur et son odeur
à chaque jour ses mille joies intérieures

28
4.54 am
le thé noir d’avant l’aube
sous l’abri du balcon
dans la quiétude de la pluie
tu imites Bashô
comme lui tu te sens voyageur
et tel est le nom dont on t’affuble parfois
le poète marcheur
tu vis chaque jour
enfin tu essaies
de vivre chaque jour
dans ce décalage
entre les réalités du quotidien
et celle de ton visage intemporel
tu prends le temps de vivre
enfin tu essaies
souvent l’urgence du jour te rappelle à ses ordres
le temps de rester ancrer au sol
à l’écoute du présent alentour
le temps de t’accorder
pour jouer ta part
et même si tu chantes faux
dans l’orchestre de la Terre
27
tu joues au jeu des sept réincarnations
dans le désordre et au fil des pas tu choisis
la sérénité en bouquetin
des nages musicales en tortue luth
la beauté en orque épaulard
les couleurs camouflage en poulpe
les plaisirs en escargot
la légèreté en zygène
et le plané en vautour fauve

en attendant ces vies successives
tu essaies de toutes les vivre
au fil de ton quotidien

25
le silence à la longue éteint la voix
parler devient récalcitrant
que dire
et comment l’articuler
comment envoyer le souffle
on va dans le grand silence de la Terre
pourquoi grand
?
dans le silence de la Terre
et silencieux avec elle
un roulis de caillou sous le pied
parfois si
quand même un chant
enfin un fredonnement
comme un plané sur le silence
juste l’esprit
juste le sourire également
têtu comme un cloître
ou bienveillant face au vol de petit merle mêché blanc
amusé devant la virtuosité de l’écureuil
le sourire d’un bonjour murmuré
au seuil des mille joies intérieures
23
soleil bleu
l’éclat des verts est différent d’hier
hier un autre jour
demain aussi parait-il
comment en être sûr
?
demain existera peut-être
un doute subsiste cependant
quant à hier
si son existence est attestée
il n’en demeure que des traces
plus ou moins éphémères

soleil bleu
un peu de blues aux paupières
les yeux au balcon rêvent de promener l’espace
ces crêtes qu’ils connaissent des pieds aux oreilles
les yeux patientent
maquillage blues léger
juste assez léger pour garder le cap
histoire un prochain demain encore imprévu
de renouer les sentiers à mon ombre

22
silence noir et total
la nuit sous les nuages dort sans rêve
aucune agitation
rien
juste la nuit
la rotation imperceptible et le temps
le thé noir et sa vapeur
ta respiration si tranquille
l’attente
lever du couvre-feu
autorisation de sortie
et carte d’identité en poche
tu sors aérer tes muscles
une aube grise lustre les verts
tu salues chaque arbre et leur lumière
quelques glands croustillent sous tes pas goudronnés

au retour le balcon
les mêmes arbres mais à vue
le thé noir et sa vapeur
ta respiration si tranquille
l’attente
21
du gris ciel
tout calme
tout humide
les chatons du chêne tapissent le sol
les feuilles s’égouttent
un lombric traverse le chemin
l’aventure à portée quotidienne
l’aventure et ses périls
la vie et sa fragilité têtue
tu reviens toujours à ce concept
permanence/impermanence
tu t’équilibres sur ce slash graphique
en toute liberté
liberté intérieure
comme ta joie
20
nuit sans réverbère
et juste le silence
les nuages
la nuit goutte à goutte

les crapauds
je les imagine
quel mot choisir
lustré
?

attente du jour
ce fil de lumière
sur un horizon bien gris
attente de la prochaine averse
le chêne joue avec le vent d’Est
il le caresse
et la pluie vient jouer de ses feuilles
de ses branches
le silence
la pluie
sa caresse
aux mille joies intérieures

19
Tu marches à l’aurore
comme d’autres à l’étoile
des dizaines d’oiseaux t’accompagnent
tu n’es pas assez cultivé pour les reconnaître
cela ne t’empêche pas de les aimer
de les écouter
de les regarder perchés sur les branches ou les toits
l’air est humide
la pluie approche à pas de gouttes
bientôt tu l’entendras sur les jardins
son odeur t’emplira de joie
une de plus au mille joies intérieures d’avril

18
ciel gris
humeur grise
tu as beau regarder le monde à ta fenêtre
avec tous ses verts d’avril
toutes ses fleurs
tes paupières pèsent une tonne
et tu as du mal à te réjouir
alors tu prends le temps de respirer
le temps du rien
le temps de retrouver la trace
de la draille des joies intérieures

17
la ville
la rue
la nuit sans lumière
nuit pour le ciel
le ciel et les nocturnes
nuit éblouie seulement par ses obscurs secrets
un crapaud caché joue à
« si tu me trouves je deviens Prince de jour »
le merle de 5.43 porte un bec magique
à son signal
tous les réverbères s’allument
les matinaux pourront sortir sans frontale
et l’aube viendra cueillir
notre tenace espérance

marcher te donne au silence
et à la louange
accordé aux koras des merles
tu accueilles le soleil
debout
bras écartés
tu gonfles tes poumons de lumière
et mille joies extérieures te pénètrent
tu es paré pour le jour qui t’emporte
et te rapproche déjà du soir
présent continu de la vie

16
le voyage
15

la Terre suit son orbite
au rythme cosmique
son histoire est à cette échelle
et même si notre savoir en connaît un peu le fil
la Terre nous échappe
elle suit son ellipse

la Terre n’a aucun besoin de l’homme
elle tourne aussi bien sans nous
pensons-y
en nos jours de tournis
pensons-y
et répétons-le à l’avis
l’homme n’est pas du tout indispensable

aucun merle ne salue la fin de la nuit pour nos beaux yeux
le cerisier éblouit son bois sans se préoccuper de nos regards
le soleil ouvre l’horizon sans se soucier de notre présence
etc etc

alors
comment vivre
à hauteur de Terre
?

L’homme est juste un passager
sur une Terre de passage

nous ne retenons rien entre nos doigts
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tu apprends à voir l’invisible
à entendre l’inaudible
à caresser le secret
le doux secret
simplement la vie
la rotation de la planète
l’ellipse du temps
le jeu musical des sphères
la trajectoire des martinets
l’horloge végétale
et celle de tes poumons

avec la Terre
tu respires
une à la fois
les mille joies présentes

un léger sourire

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tu laisses le silence à son silence
à sa quiétude
ciel gris léger
pins chêne et bambous immobiles
rien ne bouge
à part un merle
et quelques autres animaux trop discrets pour ton oreille
aucune auto
aucun jogger

juste le silence en ton silence
et ton corps surfant un désir d’espace
et de poumons grands ouverts
un à chaque main
un désir d’immense
à jouer sous les paupières
le monde est là
il n’y est plus
coucou le revoilà

le silence à la table
avec tes doigts joueurs de clavier
un texte en cours comme on marche
un mot après un pas
un pas après un mot
jusqu’au terme
l’équilibre d’un cairn sommital
un sourire de vivant

le silence à ton balcon
un fragment de lave d’Auvergne
une pointe de flèche en silex
un brin de stalactite
et d’autres témoins d’espace ou de temps
les ginkgos biloba
les granites roses
l’azalée du Japon
l’ammonite
et les ombres des jours passés
celles des jours à venir

le silence des montagnes en face
à bord de la chaise longue tu les arpentes
en attendant de revenir patiner leurs sentiers
leurs crêtes et leurs vues

ce matin
le sencha fukuyu t’ensilence

12

tu passes sous le chêne
et tu le suis des yeux
des racines jusqu’au bout des branches
chaque feuille te caresse
et les chatons te ronronnent

tu respires un ciel filtré
comme on se lave aux cascades

simplement humain
tu t’entraînes à prendre sol autant qu’à tenter le ciel
autant qu’à chercher le parfait équilibre

c’est cela
tenter
chercher
s’étendre au bout de soi-même
explorer l’espace
et pour quelques temps

11
ton éphéméride jalonne tes pas
des fantômes également
ils ne sont pas méchants
non
ils t’accompagnent
c’est tout

parfois l’un d’entre eux te surprend au passage
souvenir d’enfance ou d’hier
visage ou main
tu le regardes avec bienveillance
il forme un fragment de tes paysages

est-ce nostalgie
?
mélancolie
?
simple blues nocturne
ou bien saudade intemporelle
?
une salade mixte à l’huile du temps
?
un peu de poids dans l’ombre
?
qu’importe
selon les jours
tu mesures la résistance et la difficulté
de garder intact le sautillé d’enfant
et son étincelance

entre hier et aujourd’hui
tu ne te lasses pas de puiser ta joie
dans les profondeurs familières de cette faille
et
sur le fil étroit de ton présent
tu joues à funambuler la pesanteur
comme on caresse la poussière aux épaules

avec ce léger sourire

10
matin calme
aux fleurs de cerisiers
parfum du levant à l’aurore
et merles soyeux

la route invente le pas
les jardins la vie

tu marches
pour marcher
pour aller à la rencontre
et tout vient à toi

le présent
tous les présents
tous liés les uns aux autres

tu es chêne et bambou
tourterelle et chat
ciel bleu et soleil

tu es présent

quel cadeau
tu souris
de ce fin sourire
que tant d’artistes ont tenté d’atteindre
au pinceau ou sur la pierre

ce sourire au goût silence

9
le chêne
et sa douche de ciel filtré
avril
jeunes feuilles tendres
chatons
un vie en essor
lignes de branches
ciel géométré
je passe et m’arrête
partage d’un regard
d’un silence
et d’une respiration

le temps d’une paix
racine en mon ventre
et m’emporte vers l’horizon habituel
l’horizon à chaque instant différent
on dit que cette ligne imaginaire s’échappe à notre approche
on le dit
mais cependant
tôt ou tard
on la franchit comme on saute une barrière
on la franchit comme saute un enfant

9
Je me baigne dans la Méditerranée depuis ma naissance. En toute saison. Je suis un nageur. Je connais ses humeurs d’Est ou de Mistral.
J’ai joué dans l’océan Atlantique et roulé ses rouleaux.
J’ai marché sur les longues plages de la mer du Nord. Sables blancs et fins. J’ai vu ses tempêtes. Je me suis trempé dans ses eaux froides.
J’ai nagé dans la Manche et célébré les plages du débarquement.
J’ai nagé dans l’océan Pacifique et vu ses poissons colorés parmi les coraux.

La mer, el mar. Masculin ? Féminin ? Je ne me suis jamais vraiment posé la question.
La mer, l’océan. Féminin ? Masculin ?
The sea. Je me sens plutôt anglais.

l’essentiel est dans l’élément.

D’une langue à l’autre les mots véhiculent une idée
une différence de point de vue
une caresse de main gauche ou de main droite
mais c’est toujours le même élément
the sea
et tout ce qu’elle me raconte de l’espace et du temps
the sea
et toutes nos caresses partagées
toutes nos méditations salées d’écume

Patrick Joquel
8
pleine lune
nuit sereine
le petit duc signe sa présence
toutes ces vies qu’on aperçoit parfois
qu’on entend
juste à côté
sur la même Terre
une vie partagée
fragile et souvent joyeuse
oui
souvent

7

le ciel se remplit de martinets le jour
de chauve-souris le soir
 au soleil d’avril
tu fatigues la chaise longue
et tournes les pages d’un livre
regarder le temps passer
le soleil glisser
les ombres jouer
le merle apprendre à voler
tu rêves d’un peu plus d’espace
autour de tes pieds
d’un vaisseau spatial
et de repousser toutes les frontières

patrick joquel
*
inquiétude et patience
le balancier du mois
sur un fil découvert

 

6
arrivée des martinets

ce soir
à leur tour
réveil des petites chauve-souris
la Terre tourne et ses horloges gardent l’heure exacte
pleine lune et ciel clair
envie de bivouac
de longues marches solitaires et silencieuses

s’ancrer à la Terre
au monde
aussi bien ici que là-bas
juste une question de regard
de souffle

tout est dans tout
se plaît à dire je ne sais plus qui
le jardin d’en face est un univers
la vue du balcon tangente l’espace
et le temps y passe aussi bien qu’ailleurs

juste une question de présence
de laisser passer
la traversée du jour
une ouverture
un silence

avec une odeur de fleurs
les cerisiers

5
crépuscule
les chauve-souris d’avril sortent du ciel
deux grosses
je ne connais pas leur nom
je guette l’autre espèce
les petites chauve-souris
absentes encore
les grosses virevoltent et arabesquent
ciel vivant
le dernier merle trille leurs courbes

je regarde la nuit ombrer le paysage
et je songe aux mille joies intérieures
de ce printemps

en fin de nuit
le premier thé au balcon suit la plongées
d’une lune gibbeuse
orange nocturne

un instant posée sur la crête
puis lentement absorbée
fondue
fondante

bientôt le premier merle de l’aube

je regarde le jour éveiller le paysage
et je songe aux mille joies intérieures
de ce drôle de printemps
confiné

4
demie-lune orangée
et le thé noir au balcon
silence nocturne
grand confort
elle vient se poser sur la crête
et disparaît lentement
comme on entre dans le sommeil
le jeu du temps
le jeu des planètes
le jeu de cet univers
je ne me sens pas vieillir à cet instant
c’est trop rapide
j’aime bien voir ainsi le temps
saisir l’insaisissable
et le relâcher d’un soupir
on est peu de choses
et la lune
du présent en marche
du présent sur orbite
je suis plus lourd que le merle de 6,16 am
mais pas plus important
juste à ma place comme lui à la sienne
je siffle moins bien que lui
je marche mieux que lui
et après
chacun son jeu

3
l’aurore
dans les rues du quartier jardin
chante les merles
silence des autos confinées
des portails clos

juste regarder le soleil jouer son chemin
ciel bleu pur
pas un nuage
juste quelques pigeons pour le traverser
quelques perruches et goélands

juste laisser le soleil jouer les ombres
celles des arbres sur les murs
sur le sol
celles des maisons sur les arbres
sur le sol
celle de mon corps en marche
mouvante
éphémère
et silencieuse

traverser le monde avec le même silence
et glisser sans rien retenir
sur la Terre
au soleil ou à l’ombre
juste glisser
léger
avec ce sourire au visage
si léger
si complice
si paisible

traverser le jour ainsi
léger
complice et paisible

2
givre au sol et sur les toits
le merle a 20 minutes de retard
échauffement plus lent du bec
des ailes
?
la fraicheur entre par les fenêtres
en fermant les yeux
je pourrais imaginer une aurore à sentier
l’ombre d’un mélézin à mini pinceaux d’aiguilles
le vert si léger
les petits rouges tendres
et le crissant des herbes rases sous le pied
la lenteur de l’émerveillement en marche
le sommet comme un phare
et la caresse du soleil là haut
son approche
et
le premier pas dans la lumière

1
chaque jour la fenêtre
ouverte
la même joie permanente
un paysage changeant
le fil des saisons
les couleurs du ciel
le calendrier des arbres
le vent dans les branches
les voix des oiseaux
des crapauds
des cigales selon l’époque ou l’heure

Terre mouvante
lentement ride mes yeux
jour après jour

jour après jour
paisible et serein
je respire
libre et vivant

Mars,
31
les derniers crapauds de la nuit
puis le premier merle
simple écoute au réveil
chacun à sa place
à son rythme

thé
silence
espace où rêver les yeux

j’ai de la chance
être né ici
vivre au-dessus du minimum vital
avec modération
la chance

oui
tant de vies auraient pu être possible ailleurs
ou en d’autres époques

on se croit

on n’est si peu

à ce jour que le merle annonce
un sourire bienveillant
un sourire

le vent de la mer
vient écumer les jardins
frissons des bambous

 
faut il aujourd’hui
se mettre sur son 31
pour confiner en paix
?
 
neige sur les hauteurs
grele plus bas
sur la chaise longue
je regardais le nuage dévelpper ses noirs et gris
 
par étapes
tour de chambre
en vélo
 
malgré star trek
ça manque d’espace
 
**

29fin mars
tu retrouvais la joie des aurores
l’écoute du merle de 5h
et voilà que du jour au lendemain
l’obscurité revient
le merle a une heure de retard
sur l’horloge du téléphone

curieuse humanité
qui s’obstine à vouloir vivre en avance
à nier le soleil
à oublier le naturel accord avec son hôte

aujourd’hui donc
dernier dimanche de mars
premières trilles du merle
à son heure
qui n’est plus cette de ton téléphone

le merle est là
posé sur le toit
à l’angle
perchoir dominant le quartier
son quartier
à son heure
qui est celle de la Terre
tandis que le téléphone court après le temps

je l’écoute avec le thé
je l’écoute
je respire avec lui
lissé de sommeil et les yeux dans le rêve encore
et tout propre à parcourir le jour qui vient
tranquille
à mon rythme
à suivre la courbe solaire

je suis un animal solaire
et je ne l’oublie pas
je vis comme un décalage sociétal
comme en jet lag