PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

ouvrir le monde

Ouvrir le monde
anthologie Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com
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autour du mot Ouvrir et ensuite du mot Monde
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Ouvrir

Paul VERLAINE
1844 – 1896
Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.

Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
- Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
*
Poème
pour partir du bon pied

J’ai pris ma clé à trompette
pour enfermer les comètes

J’ai pris ma clé à guitare
pour enfermer la nuit noire

J’ai pris ma clé à tambour
pour ouvrir le petit jour

Et je suis parti
laissant dans mon lit
ma clé à piano
sol fa mi ré do.

Alain BOUDET
Poèmes pour sourigoler, Blanc Silex

*

Ernest Pépin

DIS-LEUR…
Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule
VA
    VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur que tu viens d’un pays
formé dans une poignée de main
un pays simple comme bonjour
où les nuits chantent
pour conjurer la peur des lendemains
dis-leur
que nous sommes une bouchée
répartie sur sept îles
comme les sept couleurs de la semaine
mais que jamais ne vient
le dimanche de nous-mêmes
VA
VOLE
       ET DIS-LEUR
Dis-leur que les marées
ouvrent la serrure de nos mémoires
que parfois le passé souffle
pour attiser nos flammes
car un peuple qui oublie
ne connaît plus la couleur des jours
il va comme un aveugle dans la nuit du présent
dis-leur que nous passons d’île en île
sur le pont du soleil
mais qu’il n’y aura jamais assez de lumière
pour éclairer
nos morts
dis-leur que nos mots vont de créole en créole
sur les épaules de la mer
mais qu’il n’y aura jamais assez de sel
pour brûler notre langue
VA
    VOLE
ET DIS-LEUR
Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
nous avons appris à aimer l’arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
qu’il nous suffit d’avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau
pour ouvrir nos ailes d’hommes libres
VA
  VOLE
                                                                                                 ET DIS-LEUR…
*
Poèmes du matin au soir
Luce Guilbaud
Ecrits des forges/le dé bleu
2003.

le premier poème donne le ton :

Petit matin bruissant
les oiseaux dans la chambre
portent le marronnier
dans un chahut de trilles

exclamation de jour
soleil nouveau
bonheur d’été
pas d’autre tâche

que se lever
ouvrir la fenêtre
libérer les oiseaux
avec nos mains ouvertes

pas d’autre travail
qu’accepter la lumière
et la porter à bout de bras
jusqu’à la nuit.

*
le Dalaï-lama  :
« Chaque jour, au réveil, pensez  :
Quelle chance de m’éveiller aujourd’hui  !
Je suis vivant, j’ai une précieuse vie humaine.
Je ne vais pas la gaspiller
Je vais utiliser
toutes mes énergies pour me développer,
ouvrir mon cœur aux autres,
atteindre l’éveil pour
le bénéfice de tous les êtres. »
La joie, ou atteindre l’éveil
*
Chaque matin c’est un nouvel émerveillement. Quitter l’obscurité de l’intérieur et ouvrir la porte sur le jour. Entrer dans la lumière franche, celle qui joue avec les formes, en accentue les contours, en densifie la présence. Celle qui joue avec les couleurs, les magnifie ou les repousse dans l’incertain de l’ombre. Celle qui s’empare de votre corps, en fait son jouet, entre aveuglement et double attaché à vos pas. Celle qui vous entoure, vous accompagne et enchante pour vous la nature. La lumière du matin est un salut du monde qui n’attend rien de la politesse des hommes.
Claude Burneau

**
Vivre comme vit l’enfant. Dans l’éclat des premières fois. Dérouler ses jours dans leur intensité. Comme invincible. Rayonnant. Demeurer sur la crête des joies primordiales. Dévaler des pentes de totale émotion. Puis s’engloutir dans le sombre infini de puits sans fond. Et rebondir à la lumière d’une caresse. Back to full light. Jouer comme on rêve et de tout son corps. Rêver comme on joue et de tout son être. Tenir le jeu comme seule occupation sérieuse et responsable. Ouvrir au monde sa présence et se donner. Ouvrir son désir d’être humain à tous les points cardinaux de la Terre

Patrick Joquel Vivre m’étonne et marcher m’interpelle, Gros Textes, 2014

*
Alain Freixe
Et tout cela en un instant comme tournerait la clé qui permet d’ouvrir la porte du temps et entrevoir, qui sait,  »le pays perdu » où « renaissent les souffles ».
*
Toujours parler des yeux
Même quand ils se ferment
Et la terre n’entre pas

Toujours parler des yeux
Les ouvrir aux fenêtres
Quand passent mille enfants
Les veines remplies d’encre

Ils écrivent l’amour sans faute
Dans une école à carreaux blancs

On leur dira que l’œil
Est fait pour voir et pour dormir

Marc Baron
Comme un soleil entre deux pluies
Pluie d’étoiles éditions, 2002
*
Le sable dans la main

On le sentira toujours couler
le sable dans la main :
poing fermé
mince filet
petit tas.

Ce geste machinal
où file avec le sable
quoi d’autre exactement
il est toujours le même.

Sauf qu’aujourd’hui j’y pense
laissant couler du sable
de mon poing sur le sable
le plus lentement possible
avant d’ouvrir les doigts.

François De cornière
C’était quand
Le dé bleu

*

Monde

Monde
anthologie réalisée par Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

Admiration
J’ai été devant les maisons de la ville
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les roues et les machines
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les monts immobiles
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les mers bleues les mers vertes
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant les arbres des forêts
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les grosses bêtes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les petites bêtes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les femmes
Et j’ai dit C’est admirable
Et j’ai été devant les hommes
Et j’ai dit C’est admirable
J’ai été devant l’ombre
Et j’ai dit C’est admirable
Et devant la lumière
Et j’ai dit C’est admirable
Parce que j’ai regardé
Pierre Albert-Birot
*
Fenêtre sur le monde

L’infini commence derrière ma fenêtre. J’en vois une infime partie, un fragment composé de quelques branches qui frissonnent au vent sur fond de ciel de traîne où les oiseaux font leur travail d’oiseaux et le soleil sa fantasque partie de saute-mouton.
La fenêtre est un cadre où la lumière s’engouffre. Pas un tableau statique mais un commencement. La naissance du monde. Ici n’est qu’un des points sur la ligne de fuite, toujours démultipliée.
De ma fenêtre je vois le poème s’inscrire en grand et assez haut pour être vu de tous à des milles à la ronde. C’est un poème universel que chacun peut lire depuis sa fenêtre, pour peu d’en laisser germer librement les mots dans le corps monde des vivants.

Alain Helissen
Sarrebourg, le 27 août 2012.
*
Chaque matin c’est un nouvel émerveillement. Quitter l’obscurité de l’intérieur et ouvrir la porte sur le jour. Entrer dans la lumière franche, celle qui joue avec les formes, en accentue les contours, en densifie la présence. Celle qui joue avec les couleurs, les magnifie ou les repousse dans l’incertain de l’ombre. Celle qui s’empare de votre corps, en fait son jouet, entre aveuglement et double attaché à vos pas. Celle qui vous entoure, vous accompagne et enchante pour vous la nature. La lumière du matin est un salut du monde qui n’attend rien de la politesse des hommes.
Claude Burneau
*

J’arrive au bout de l’année avec toi

Nous l’avions commencée ensemble

Au bout d’une autre année

Cela fait si longtemps que ça dure

Que mes vœux s’emmêlent

Perdent la mémoire

Ou bien ils se répètent comme le monde se répète

J’aimerais voir un éboueur heureux

Un malade guérir

Un passant qui danse

Une femme qui m’attend au coin de la rue

J’aimerais voir un monde qui sauve la vie

L’espoir qui fabrique une étoile

Mais ce serait trop demander

Le monde est trop le monde

Une bulle de bonheur l’épuise

Il s’enivre comme il peut

Moi

Je n’aime pas voir un amour qui se ride

Un squelette d’enfant

Je n’aime pas voir

Disparaître un animal

Un drapeau qui fait le beau

Je suis un homme simple d’esprit

J’aime la paix du monde

Le bonheur du monde

Le respect du monde

Le bleu du monde

Je crois que les morts rêvent en plein jour

Je crois aux mots qui m’allument

Je crois que les feuilles font l’amour

Que les ombres ont leur vie

Et puis je crois aux noces du monde

L’année ne doit pas avoir honte de nous

Ni la vie

Ni l’étoile qui nous attend

Ni l’enfant dans le ventre du temps

Mais j’ai déjà dit ça

Peut-être devrais-je me taire

Attendre patiemment que mon rêve passe

Et chuchoter pour le fou qui est mon frère

Je viens de décréter une

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE !
Ernest Pépin
*
Berceuse du monde

Dors, enfant,
Lilas tremblant.

Enfant noir, enfant d’ébène
A la joie comme à la peine ;

Enfant jaune, enfant rouge,
Dans les jardins, nul ne bouge.

Enfant de cuivre, tard le soir,
Le ciel est un pur miroir.

Dors, enfant,
Lilas tremblant.

Jacqueline Held
Un militaire sur une pomme de terre
Gros textes
*
un arbre dans le matin
et trois nuages pour la beauté
l’herbe tremble presque rien
je vais peindre sur du papier de soie
le vent quelle couleur ?
et la pluie si elle vient ?
la terre tourne lentement
on voit juste bouger les feuilles
les secondes vont au rythme du cœur
je suis au monde
j’ai le temps

Marc Baron, éditions Pluie d’étoiles
*
Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d’Alfaroubeira
Courut le monde et l’admira.
Il fit ce que je voudrais faire
Si j’avais quatre dromadaires.

Guillaume APOLLINAIRE
Le Bestiaire
*
C’est là que je peux rester comme au premier matin du monde, dans ce lieu de tous les secrets où chaque être prend sa source et le risque de naître comme celui de mourir.
Je suis au bord de vous, dans votre souffle, à l’affût de vos frémissements, de vos fervents murmures, de vos pauvres lambeaux de pudeur. Tout est dépassé. Nous accostons aux rives insoupçonnées d’une contrée inconnue.
Elisabeth Brami
Je vous écris comme je vous aime
Calmann-lévy

*
Grâce à la poésie, je me sens riche. Balade sur une avenue bordée d’arbres couverts de billets verts. Toute une journée à récolter l’or des premières feuilles de l’automne. C’est niais, mais même au fin fond de la nuit, une étoile nous éclaire toujours, en brûlant des métaux précieux. D’ailleurs on peut toujours gratter un vrai ticket gagnant à chaque fruit du hasard cueilli. Suffit de voir le monde comme un diamant, limpide, bien ciselé, géométrique. Chaque seconde est une pièce d’orfèvrerie, qu’un milliardaire imaginaire règle à chacun, par chèque en bois de charme. Tournée d’ivresse pour qui sait boire cette bière dorée. Paiement à volonté, sans contact accepté : quand la carte bleue du ciel infini frôle mes terminaisons nerveuses, je ne suis jamais à découvert.
(relevé de contes)
perrin langda
*
Le soleil a besoin de nous frères
L’espoir du monde n’a pas de digues
La terreur aura beau charrier ses ombres
Nos corps soutiendront la rive

Jamel Eddine Bencherkh
Le silence s’est déjà tu éditions smr
*
Les animaux qui ne parlaient pas la même langue

Quoi ? quoi ? dit la grenouille.
Moi, moi, dit le chamois.
Toi, toi, dit le putois.
Tu, tu, dit la tortue.
Bouh, bouh, dit le hibou.
Peuh, peuh, dirent les bœufs.
Bah, bah, dit le boa.
Et tout le monde se chamailla.

Claude et Jacqueline Held
Les poèmes contagieux
*
Parfois,
tout peut commencer
en
regardant par la fenêtre :
vous verrez
des oiseaux
contents du ciel,
la nuit
ouvrant
son livre d’étoiles,
le voisinage
assagi de sommeil
et vous saurez
enfin
que si la douleur
vous retire
votre place dans le monde,
la confiance en vous
vous la restitue.

Ainsi,
vous revenez à
la réalité,
vous allumez le feu
sous la cafetière
et rien que ça
semble
déjà
une victoire suffisante.
Peter Bakowski traduit de l’australien par Mireille Vignol et Pierre Riant
Poèm for the wounded, extrait de the heart at 3 a.m. Hale and Iremonger. Liqueur 44/84
*

J’ai été donc moi aussi
un enfant
J’ai senti ses premières sensations
J’ai été dans son incompréhension du monde des adultes :
violence
hypocrisie
hystérie
J’ai pleuré de ses larmes
pour un oui ou pour un non
J’ai été dans son émerveillement
par les contes de la grand-mère ou de l’oncle
J’ai été emporté par son sommeil
si profond
si paisible
et me suis réveillé dans son réveil
sans amertume dans la bouche
J’ai appris goulûment ses premières expressions
et fredonné ses comptines
J’ai joué le plus sérieusement du monde
à ses jeux
et eu son irrésistible tentation
de tricher
J’ai ri à gorge déployée de son rire cristallin
sans une once de cruauté
J’ai scruté avec ses yeux
les animaux
les plantes
les cailloux
et les ai dotés sans hésiter d’une âme
Je leur ai parlé avec des mots de son invention
et ils m’ont répondu sans se faire prier
J’ai regardé, médusé
passer les cortèges funèbres
et parfois je les ai suivis
pour me donner de l’importance
Avec lui
j’ai ressenti la vraie faim
la vraie soif
le besoin impérieux du petit chien
d’être caressé
J’ai prié
comme on le lui avait appris
sans rien comprendre
J’ai cru aux fantômes
aux djinns bienfaisants et malfaisants
au ciel qui tombe sur la tête
à la marque d’infamie qui apparaît sur le front
en cas de péché
aux signes avant-coureurs de la fin du monde
J’ai eu une peur bleue
du tonnerre
des serpents
des scorpions
et par-dessus tout
de la malédiction
jetée sur sa tête
par le père
et surtout la mère
J’ai menti pour me tirer d’affaire
et bravé-déjà-
quelques interdits
Je me suis délecté de son inconscience
et j’ai gardé sur mes lèvres son sourire de Joconde
Longtemps
longtemps après
j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir
pour ne pas démériter de lui
Et maintenant
de son éloignement irrémédiable
je reste inconsolable

Abdellatif Laâbi
Zone de turbulences
La différence
*

Une branche

Une branche sur un bout de ciel,
Effaçant le même nuage,
La même vague revenue
Depuis le fond des âges
Frapper le sable du rivage,

Ecoute, regarde, tais-toi,
Le monde a des millions d’années,
Pourtant il vient de commencer,
Rien que pour toi.

Pierre GABRIEL

*
Minerai noir (1956)
Présence africaine

Quand la sueur de l’indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l’or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu’il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d’or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l’Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l’inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l’épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Aux moyens d’obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d’une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d’un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
A des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l’ébène minérale
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l’homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l’extraction
Des merveilles de cette race
O couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayés leur chemin
A travers la riche végétation de clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de falques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l’enrichissement d
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n’osera plus couler des canons et des pièces d’or
Dans le noir métal de ta colère en crues

René Depestre
*

L’ombre, la nuit proche, une arabesque de lucioles un soir, le bleu de la nuit soudain. Dire le bruit des gens qui ne sont pas là, marchent, tu ne sais pas où, dans une guerre peut-être. A l’autre bout du monde. Ce que j’entends, ce que j’écoute, sans pouvoir y faire… rien. Ceux des souterrains humides, ceux qui chargent les wagons, sûrs de rien sauf de leur mort, de leurs mains nues pour tout bien en ce monde.
Le ciel est bleu comme la souffrance.
Jacqueline HELD
Editions Gros textes

*
Le petit chat noir
Sur la paille blonde
Du pré fauché
Et la vache ronde
Pour le regarder :
Le bonheur au monde
N’est pas compliqué.

Lucie Spède
Ferveurs
Poésie cycle 2et 3 Magnard

*
Nous n’avons pas les mêmes mots
Pour dire l’ombre et le soleil,
Pour saluer chaque matin
L’amour et ses chemins
Et la joie de saisir
Le monde entre nos mains.
Nos vies ne se ressemblent pas,
Tous nos rêves sont différents,
Pourtant il a suffi d’un rien,
D’une lueur au fond des yeux,
D’un sourire soudain surpris,
Pour nous sentir par-delà nos silences
Comme deux frères retrouvés
Complices d’un même bonheur.

Pierre Gabriel
Le cheval de craie
cheyne
*

Papillon voltige
dans un monde
sans espoir

Issa

*
Le monde tourne calme
Autour d’un pot de basilic

Jacqueline Saint Jean
Atlas secret
Editions amrash
*

Tu contemples
Le vent qui lève
Une île sans rivière
Une barque de feuilles.

Tu te choisis des mains
De lune ou de soleil.

Tu sépares
L’eau du ciel.
Tu fais des pas
A franchir les planètes.
Tu effaces
Le gris du monde.

Jacqueline Held
Petit éloge de la lumière
Gros textes

*

Luce GUILBAUD

Je t’offre un soleil
dans mes mains nues
quelques touches de brume
un dé de pluie
et la ligne bleue des collines

sans guirlandes
sans papier cadeau
je t’offre un monde
avec mon cœur.

La petite feuille aux yeux bleus
Le dé bleu
**

Une goutte

C’est ma petite goutte d’eau
Elle manquait à l’océan.

Il ne songeait qu’à cette goutte .
L’eau de ce monde, il l’avait toute,

Sauf cette goutte dérisoire.
Je la lui donne enfin à boire.

Il l’avale si goulûment
Qu’il m’engloutit également

Mais est plus assoiffé qu’avant.

Norge
Le stupéfait
Gallimard

*
Le pinceau peut-il
peindre au revers des saisons ?
Le monde est si vaste

Patrick Joquel
inédit
*

on se tait
on regarde
la ville est silencieuse
à peine troublée
comme une eau sous un souffle d’air
à peine
un roucoulement de pigeon
une trille de merles
un rire de goéland
un piaillement de martinets
on se tait
on regarde
on se dit que bientôt
on se dit rien
on se tait
on regarde
on se tient là
dans l’instant de l’extrême abandon du corps
en suspens
l’instant suivant ce sera l’inspiration
le nouveau monde

Patrick Joquel, inédit
*

je me souviens de ma panne de plumes directionnelles. Stoppé sur un nuage j’avais appelé SOS assistance. Echelle, réparation puis envol. Tout neuf. Je suis émerveillé par ces mécaniciens capables d’ouvrir le ciel. Les sédentaires réparent et construisent le monde. Les nomades usent le monde. Ils en usent les sentiers, qu’ils soient d’air ou de terre. Ils relient les sédentaires entre eux. Nous sommes tous solidaires !
Patrick Joquel
inédit
*