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lectures avril 19

notes de lectures d’Avril 2 019
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre : Cancionero des temps obscurs
Auteur : César Anguiano/Jorge Vargas
Traduction : Patrick Quillier
Editeur : Wallada
Année de parution : 2 019

Un double recueil de deux auteurs Mexicains. Je les ai rencontrés dans le tgv. Hasard bienheureux : même voiture, places voisines ; je descendais à Marseille, eux à Paris. En compagnie de leur traducteur dont j’ai déjà parlé dans ces notes.
César, c’est dans Sang et cendres que je le découvre. Des poèmes qui témoignent des heures sombres de la présidence de Calderon (2 006/2 012). Poèmes épiques et dont l’interrogation reflète la question rémanente de la poésie : peut-on écrire et quoi en temps de barbarie ?
Que nul ne dise
Que nous abandonnons notre sang-froid
Que nous abandonnons
Notre sublime vocation de poètes
Pour seulement
Deux cents mille morts.

Et bien ici, César donne voix à tous ceux qui ont disparu, sommairement exécutés par les assassins du Pouvoir. Avec des poèmes qui jouent avec la juxtaposition des vies dans l’instant : ici, celui qui est abattu ; là l’enfant que la maman mouche. Ici, la mort ; là, la vie. Le drame d’un peuple aux prises avec un dictateur sanguinaire. Juste des mots. Des mots pour garder la tête haute et le désir de vivre en humain.

Jorge c’est avec un ensemble de poèmes intitulés Paisible village. Le titre contraste avec celui de César : Sang et cendres. Un village, des gens, la vie celle dont on dit qu’elle est de tous les jours. Sauf, qu’ici, un jour : les assassins sont venus trouer des vies avec leurs armes à feux. Beaucoup de vies. Les mots leur dressent un linceul, une couverture anti oubli. Le poème comme une mémoire tandis que le citronnier fleurit comme il en a l’habitude. Il fleurit seul à présent. Plus personne. Les habitants du village sont morts. Plus personne ici pour les pleurer. Juste un citronnier en fleurs.

http://wallada.free.fr/boutique/?p=productsMore&iProduct=76&sName=Cancionero-des-temps-obscurs

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Titre : Bistrots
Auteur : Alain Boudet
Illustrateur : Matt Mahlen
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 019

Un petit accordéon en noir et blanc. Comme celui de l’aube ou bien du milieu du jour. Comme on allait aux offices, on va au bistrot. Certains à heures fixes, d’autres à l’occasion dont on fait les larrons. Quelques portraits croqués comme cacahuètes dans cet ensemble de courts poèmes qu’on imagine pris au vol d’une pause-café. Portraits bienveillants d’un amoureux de l’humain, d’un attentif à l’autre. Des poèmes reflets de lumières sur les bouteilles, frais, désaltérants ou bien chauds au creux des mains.
Ambiance noir et blanc des encres de Matt Mahlen comme jeu de gouttes sur le zinc quotidien. Un accordéon à poser sur les étagères entre deux bouteilles.
Un bel exemple à donner à ceux qui voudraient à leur tour jouer à croquer le réel en quelques gorgées.

http://donner-a-voir.net/

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Titre : Sur ma table
Auteur : Marilyse Leroux
Illustrateur :Consuelo de Mont Marin
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 019

La poète passe du temps à sa table. A écrire et peu importe l’outil, tôt ou tard le texte se met à table pour offrir au lecteur son menu, ses saveurs, ses odeurs, ses textures… Pour le nourrir d’images, de mots, d’émotions et de clins d’œil complices.
à lire ce petit carré imprimé sur papier recyclé, comme toujours chez Donner à Voir, cette table, on l’imagine en bois. Ancienne. Griffée de souvenirs…
Les poèmes se mettent à l’écoute de la vie de la table. Celle qui se croyait solitaire découvre alors que loin d’être seule la table lui offre ses vies multiples. Du temps de l’arbre à l’histoire de la famille…
C’est une des voix de l’insaisissable poésie que d’écouter ainsi les objets dans leur quotidien et de leur donner parole. Petite leçons d’attention au quotidien…

http://donner-a-voir.net/

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Titre : Jardin(s)
Auteur : Anthologie
Illustrateur : Daniel Moreau
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 019s

36 poètes, un plasticien, et autant de jardins… Des regards différents sur le même mot. Sur cet endroit que nous aimons tous : le jardin. Et quand bien même, on habiterait sans jardin, il reste les jardins des autres, les jardins publics et les territoires sauvages…
Lieu de source, de ressources, de contemplation, de travail… Le jardin est compagnon des humains depuis le néolithique : cela donne de la profondeur à la relation que nous avons avec la nature domestiquée.
Un livre sur papier recyclé, comme tous les livres de Donner à Voir. Un livre carré, comme on en trouve dans certains jardins de montagne. Un livre à offrir à tous les jardiniers et à tous leurs complices.

http://www.donner-a-voir.net/

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Titre : Nos têtes de linotte
Auteur : Erwan Bargain
Illustrateur : Éric Le Briz
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 019

Dans la collection jeunesse voici le 29e poémier de Corps Puce. Un livre carré, illustré sobrement en noir et blanc : des animaux en action ou en portrait. Ils accompagnent de courts textes joueurs. Jeu avec les mots, avec les sons, avec les sens. C’est riche et pertinent. Cela montre aux jeunes lecteurs que la langue est multiple, moqueuse et que s’en emparer ouvre autant d’horizon que d’imaginaire.
Un livre joyeux à retrouver dans les bcd des écoles et cdi de collèges en particulier, histoire de proposer un autre rapport à la langue que celui des dictées et autres réjouissances bien dans leurs lignes.

http://www.corps-puce.org/

*Titre : Le rêve d’Hokusai
Auteur : Jean-Paul Andrieux
Illustrateur :Marc Bergère
Editeur : L’œil ébloui
Année de parution : 2 019

Les mots d’Hokusai à la fin de sa vie… On apprend, on finit enfin par comprendre, un peu. Un tout petit peu…
Ce livre est plein de silence. Il offre un silence à cette pensée d’Hokusai. Ils se sont mis à deux pour voleter autour du peintre. Pour lui donner cette petite aura, toute simple. Juste un peu de silence et de lumière pour accompagner son rêve. silence de quelques touches de pinceaux, lumière de quelques mots ; et réciproquement.
Simple. Et silencieux.
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Titre : La vie monstre
Auteur : Lili Frikh
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 019
Qu’est-ce qui fait l’humain ? Quelques mots sur le papier ? Quelques traces ? Les excréments que le corps abandonne derrière lui ? De corps ? D’esprit ? Les deux à la fois ? Peut-on vivre sans être dans la merde ? interroge Lili Frikh.
Seuls les académiciens de toute sorte oublient leur corporalité pour se croire pur esprit, gardiens de l’essence de l’humain. L’humain se nourrit de tout ce qui passe à sa portée. Par tous ses sens. Cela entre et cela ressort d’une manière ou d’une autre, comme ci ou bien comme ça. L’humain est traversé, il se remplit, il se vide. Il vit.
Un petit livre avec ce zeste d’humour que j’aime bien. Salutaire.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

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Titre : Le coin du tableau
Auteur : Jean-Michel Bongiraud
Editeur : Encres Vives 487e
Année de parution : 2 019

Jean-Michel Bongiraud revient partager son écriture. Sobre. Efficace. Une petite voix salutaire que je suis heureux d’entendre à nouveau.
des migrants retranchés
dans des abris de fortune
sont expulsés par des militaires
c’est l’humanité

il écrit aussi
je suis d’avis qu’elle (la poésie) est une éternité sans issue

ou bien
je ne suis pas poète
mais je tends vers vers la poésie
je ne suis pas guitariste
mais je tends vers la guitare
je suis un humain
et je tends vers plus d’humanité

que dire de plus sinon de se procurer ce 487e encres vives
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Titre : La mémoire des eaux
Auteur : Benoit Schwartz
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 019

Des images vues sur les écrans, des discours politiques, des reportages lus dans les journaux, quelques romans déjà et bien sûr des poèmes : la thématique des migrants interpelle et nous sommes nombreux à tenter des mots, à prendre position. Benoit Schwartz dans ce livre carré de la colletions Liberté sur Parole et Cent papiers de Corps Puce, nous livre un texte fort. Très fort.
Le texte commence par le contact avec le passeur et se termine avec les secours en mer, les sauveurs et l’espoir permis. Entre temps, les mots nous prennent par la main, par les yeux et on les suit avec toutes les interrogations que porte le migrant, tous ses souvenirs, tous ses espoirs. On les suit dans l’embarquement, dans ce no man’s land de la dérive, dans le délabrement des corps, la mort. On les suit dans la soif, sous le soleil salé.
Même si leur expérience personnelle est encore au-delà de tous les mots qu’on pourra tenter pour approcher la réalité du voyage. Arriver ainsi à mettre des mots sur cette expérience de vie propre à chaque migrant est une réussite tant littéraire qu’humaine. Le poème prend chair et voix dans une réalité que tant de personnes ont vécue.

http://www.corps-puce.org/

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Romans

Titre : A la belle étoile
Auteur : Eric Sanvoisin
Editeur : Muscadier
Année de parution : 2 018
Un livre court, moins de cent pages. Une poignée de personnages. Yaelle, dix ans. Son frère, Pierrot, majeur, handicapé mental. Une fée, dit Pierrot : une sdf, âgée. Un même évènement vu par des regards différents. Évènement qui va permettre la rencontre.
Pierrot, avec son handicap va tout bousculer, le poli, le convenu et inventer de nouvelles routes. Ces nouveaux possibles seront-ils suivis ?
Livre court mais dense. Il interroge la différence, les différences. Un livre qui suscitera le dialogue et la réflexion. Comme souvent chez Eric Sanvoisin.
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Titre : Traqués sur la lande
Auteur : Jean-Christophe Tixier
Editeur : Rageot
Année de parution : 2 016
1934. Une île bretonne. Un centre de redressement pour mineurs. Les enfants se révoltent contre leurs geôliers. Certains réussissent à s’enfuir. Combien réussiront à quitter l’ile ? à échapper à la misère et aux mauvais traitements du centre ?
Sur l’ile, les gens aident les autorités à traquer les fuyards, moyennant finances ; Quelques individus demeurent du côté de l’humanité, aident les enfants.
Un livre qui éclaire une époque (ces centres ont définitivement fermé en 1 977), et sa gestion inhumaine de l’enfance en difficulté. Il montre ce que cette situation génère comme comportements : de la haine à l’amour, en passant par la solidarité. un livre dense, riche et qui prend le lecteur à travers les paysages de l’ile et ceux de l’humanité.

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Album

Titre : Apprendre la vie
Auteur : Edgar Morin/Martine Lani-Bayle
Illustrateur :Barroux
Editeur : L’Initiale
Année de parution : 2 019

On dit que rien n’est plus difficile que de vivre à hauteur d’enfance. Je le crois pour avoir côtoyé l’enfance durant toutes ces années passées dans les écoles. Degré d’exigence, de vérité, d’humour aussi.
Ce petit album carré, comme tous les albums de l’Initiale, atteint ces hauts degrés. En toute simplicité. Edgar Morin donne ici l’essentiel de sa pensée. Plus qu’un résumé, c’est l’essence même de ce qui le met en mouvement qu’il offre ici à ses lecteurs, quel que soit leur âge.
Un bon livre pour enfant, est un livre qu’on peut lire à tout âge. Une fois de plus, c’est à cette hauteur là que joue l’Initiale.
Offrir des pistes de réflexion, des ouvertures pour le regard, pour l’écoute ; donner envie de se mettre en résonnance avec le monde et d’avancer avec lui dans son histoire. Celle de la vie.
Barroux colorie cette simplicité avec un léger sourire complice.
Un sacré livre !
à offrir et à s’offrir, juste histoire de se sentir un peu plus humain.

https://nouveautes-editeurs.bnf.fr/annonces.html?id_declaration=10000000468589&titre_livre=Apprendre_la_Vie