PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lectures été 20

Lectures d’été 2020
www.patrick-joquel.com

poésie

Titre : Soulagements
Auteur : Falmares
Editeur : éditions Les Mandarines
Année de parution : 2 018
et
Soulagements 2, année de parution 2 020

Un jeune auteur, guinéen et réfugié poétique à Vannes. Une écriture à ses débuts, pleine de promesses. La fraîcheur des premiers textes bien sûr, avec leurs limites et leurs exubérances mais avec ce petit plus qui montre l’envie, le désir créatif. On y entend la voix des anciens, des ancêtres ; on y retrouve les élans des poètes du 20e comme Senghor et d’autres.

dans ces deux livres distants de deux ans, le thème de la perte est très présent. Multiples pertes. Perte de la maman. Perte de la grand-mère. Perte d’amis, de copains. Perte du pays. Perte de soi durant le voyage, la traversée. Puis le thème de la vie nouvelle. Avec de nouveaux copains, de nouvelles copines, d’anciens pour accueillir, aider, grandir. La nostalgie du pays, on pense aux poèmes de l’étudiant noir Senghor… mais aussi la joie de découvrir un nouveau pays : la Bretagne. Les poèmes s’enracinent dans la langue française. Une langue choisie ; la langue de la vie d’un jeune homme ici et maintenant.

Dans le second cependant se dégage une maturité, une sérénité nouvelle. Les poèmes abordent les thèmes avec un décalage qui leur donne un écho plus universel. Une écriture qui s’enracine dans la vie quotidienne, dans le souvenir, dans la langue et qui se développe comme un arbre : autant par ses racines que par ses frondaisons. La quête du souterrain comme de l’aérien.

Derrière ces deux livres, ces deux premiers livres viendront d’autres titres, je le pense. Le travail d’écriture le laisse présager en tout cas.
Un jeune homme à lire, à découvrir et surtout à suivre…

http://lesmandarines.free.fr/oeuvres.html#sou2

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Titre : Je ne suis pas mon mental
Auteur : Cathy KO
Editeur : à l’Index
Année de parution : 2 020

Un livre à la sonorité matinale. Douceur et brin d’amertume ; les matins ne sont pas forcément tous les jours légers même si l’odeur du café et trois corneilles les accompagnent.
On entre avec une maîtresse d’école dans une école. L’école avant les élèves. Le grand silence des couloirs et des salles de classe vides. Tables et chaises bien rangées, affichages présents dont on ignore les chuchotis nocturnes ; tableau prêt à remplir. Portes fermées que l’on déverrouille l’une après l’autre.
Petite promenade avant le rush. On prend tout en regard. Respiration lente : on est encore soi un petit moment, puis on deviendra pro ! Pour le moment, c’est encore le temps à soi. Ce moment où l’on se prépare comme l’athlète avant sa course. Concentration. Observation. Pensées diverses. On pense à l’école, au bâtiment plus ou moins entretenu par la Mairie. On pense aux salaires des différents acteurs de l’école, à leurs différentes tâches : enseigner, animer (garder), nettoyer, cuisiner… On pense à l’Education Nationale, à ses bulletins officiels… au saucissonage de la vie de l’élève, là c’est la classe ; ici c’est le péri scolaire… On rêve d’une école qui serait un peu plus lieu de vie, lieu vivant… Une école qui dirait « Bonjour, les enfants… »

poesiealindex.blogspot.com
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Titre : Pas tout à fait mais presque
Auteur : Yves Barré
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 020

Yves Barré nous offre ce qu’il appelle des quasi poèmes.
C’ est jubilatoire, drôle et surprenant. Et comme bien souvent dans ce monde immense qu’est la poésie, pas aussi simple que ça en a l’air.
On trouve ici des échos de poètes, des jeux de mots, des éclats de rire et du silence.
On s’interroge : qu’est-ce qu’un poème ? Qu’est-ce qui fait qu’un assemblage de mots devient poème ?
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Titre : En direction de l’ouest
Auteur : Murièle Camac
photographies de Michael McCarthy
Editeur : Le Citron Gare
Année de parution : 2 019

Mon ermitage se trouve loin de la capitale,
en direction de l’ouest.
Le vent y souffle dans les arbres.
Les ronciers y sont aussi des mûriers.
On y produit du temps.
Je vous invite à venir y boire avec moi, à petites gorgées, le thé de la disparition.

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Titre : Le Printemps de Durcet
Année de parution : 2 020

Un petit livre qui retrace l’aventure de Durcet ! Département 61. 35 années en poésie (1986/2020).
quand un petit village de l’Orne réussit à devenir un week end par an capitale francophone de la poésie. Des dizaines de poètes dans les classes, dans le village, sur les chemins… Comment ? Un peu de volonté : les villageois se mobilisent, les élus aussi. Résultat tout le monde met la main à la pâte, accueille, prépare, conduit… C’est vivant, joyeux et tout simple. Pas de prise de tête, juste la joie des rencontres. L’écoute des poèmes, le salon du livre avec visiteurs et acheteurs, si si !
Un livre donc qui retrace toutes ces années. Photos à l’appui. À la fois livre de souvenirs et mode d’emploi pour réussir un tel rêve.
On peut se le procurer en mairie de Durcet -61 100-.
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Titre : Quantique de l’ombilic
Auteur : Christophe Schaeffer
Éditeur : L’ Improbable
Année de parution : 2 020

Elle portait sur sa tête
une forêt de hêtres
une paire de cigogne
et un lac argenté
où se tenait assis
tout au bord
un pêcheur amoureux

Entrons dans l’imaginaire tranquillement et paisiblement avec ce livre. De courts textes, autant de surprises et de jeux avec les mots, avec leurs sens.

Son collant noir attirait les étoiles
au moment où il fila

Du mystère aussi.
Des renversements de points de vue :
quand le livre reposa la lectrice sur le canapé
il était fatigué de ses longues heures
à lui inventer sa vie

on l’aura compris on est ici avec un livre qui échappe à toute définition pré établie. On est dans une exploration du langage, du sens avec un quartier libre à l’imagination. Une imagination toujours en lien avec le ou les sens du réel. C’est amusant, vitalisant et pas toujours aussi simple que cela pourrait en avoir l’air. J’aime bien ce côté légèrement improbable.

www.le vaisseauimprobable.fr

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Titre : Moi et pas un ange
Auteur : Eli Eliahu
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 019

des poèmes en langue originale et traduits. Des poèmes qui interrogent l’identité. Qui suis-je ? Qu’est-ce qu’un poème ? Comment quelques mots permettent d’approcher ma réalité. Des poèmes à lire à voix basse et à laisser résonner en soi. Longuement. Que savons-nous de nous-mêmes ?

Sur le rivage de la nuit

Comme un pêcheur sur le rivage de la nuit, je lance
une longue canne de lumière
pour séduire les petits poèmes
du fond de ma vie.
J’ai une infinie patience,
j’ai tout le temps d’ici à l’au-delà.
Je peux rester ainsi
des années
face à mon propre reflet
en attente de crépuscule.

Tout d’abord

j’ouvre les yeux le matin
et tout d’abord
je cherche le corps
pour m’habiller.

Il est là où je l’ai laissé
la nuit,
bien plié.

Ça fait des années que c’est ainsi.
Je le trouve toujours, et toujours
je suis stupéfait.

On pense à Norge et à son dernier titre chez Gallimard : le Stupéfait. Je me sens plutôt complice de ces poèmes. On pense aux mots de Rimbaud « ce que l’homme a cru voir »…

Crépuscule

J’observe la nuit se figeant comme un lac
de ténèbres au-dessus de la maison et la lune qui se retire
au -delà des toits
j’entens les oiseaux absorbés par l’obscurité de l’arbre.
L’espace
s’ouvre comme une plaie, le temps s’écoule.
Et je n’ai que l’instant présent,

je grimpe obstinément du fond de la nuit,
comme une plante s’éloignant de ses racines.

https://grostextes.fr/publication/moi-et-pas-un-ange

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Titre : Aimez Césaire
Auteur : Youssef Branh
Année de parution : 2 020

Et à chaque nuit,
Moi,
Noir
Porteur du Blues sur les lèvres
Je saigne un vers de poésie
Je saigne un cœur déchiré
Et quand on n’est jamais sûr d’être poète

Moi,
Je rends à Césaire
Ce qui appartient à Césaire

La fin du premier poème donne le ton de ce livre à l’écriture rythmée. Une écriture qui danse dans son oralité. Un livre à lire à haute voix, à mettre en bouche pour mieux en écouter les silences.
La vie, dans ses élans, dans ses évolutions créatrices, dans son amour et dans toutes ses douleurs traverse les poèmes. Ça palpite. Plusieurs poèmes commencent par j’ai vu… Le poète dans sa position de Voyant, bien sûr mais le poète également à l’écoute de sa Terre, et de ses frères et sœurs.

Je… j’écris, …, je collectionne
Des bouts de moi, fragments d’une âme aux déchirures d’innocence sentant les cicatrices de l’homme noir et l’élasticité de leurs peines;… mosaïque d’un garçon au visage renfrogné.
Écrire, laisser couler son cœur sur l’épaule de Sembene Ousmane et de Césaire.

Une écriture qui s’inscrit dans celles des prédécesseurs. D’un poète à l’autre, c’est toujours la même voix humaine qui chante et chacune a son chant propre. On s’inscrit ici dans le choeur d’un continent, mais aussi dans le choeur de tous les poètes de la planète.
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Titre : Le chant de la femme source
Auteur : Estelle Fenzy
Editeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 020

ça commence avec un Je me souviens
Retour à l’adolescence, au vert paradis des premiers amours peut-être… C’est toujours mystérieux le souvenir. On ne le partage jamais vraiment. Juste des indices…
Les rues étaient
des lits de rivières
à remonter
Tu m’attendais léger
le corps plein de saveurs

Nous étions souverains
d’un peuple de cascades

Beauté des moments. Joie des mots et des silences qui les caressent. Juste écouter. Juste se souvenir.

La seconde partie comme par un

M’entends-tu

Je t’appelle d’une époque ancienne

Le temps de l’attente, de l’espoir et du désir de partager à nouveau
le jus des mirabelles

Le temps de la préparation, le temps de venir vers… les promesses d’un amour à venir, en attente…
histoire de ne pas vieillir !

J’oublierai de vieillir
entre tes bras
*
Titre : Une prairie de poèmes suivi de Les langages infinis
Auteur : Roselyne Sibille
Editeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 020

Une prairie de poèmes : le poème pour dire le monde. Lui donner une existence à partager. Le poème comme passeur de proximité. Les mots contemplent la prairie, s’y promènent et se déposent. On entre à l’écoute, on entre en merveille. La vie, si intense et si multiple, là, juste là. Comme un cadeau. Être au monde, c’est aussi cela : participer à cette vie proche, discrète. Vivre à son rythme. Chacun fleur, chaque brin d’herbe a son temps personnel et le suivre nous permet de partager ce mystère. On entre en résonance avec le cosmos, les saisons, les jours. Donner à lire cette prairie c’est ouvrir la possibilité de ce partage, de ce ressourcement à l’autre. La poésie c’est aussi cela, permettre de s’ancrer au monde.

Bulles des graines de pissenlit
dans leur silence

les petites pleines lunes
méditent
en attendant le vent

Les graines de pissenlit se sont disséminées
et les fines massues des tiges nues
l’air perdu
se balancent
inutiles

*
contes

Titre : Quelqu’un m’attend derrière la neige
Auteur : Timothée de Fombelle
Illustration : Thomas Campi
Editeur : Gallimard jeunesse
Année de parution : 2 020

un tout petit livre. Un texte que je ne peux lire à haute voix sans avoir la gorge serrée. Une émotion brute. Pour moi. Ça ressemble à un conte. Ça commence avec une hirondelle. Comment ne pas revoir Vango et sa complicité avec les hirondelles ?… Un animal totem pour Timothée de Fombelle. Au moment où je saisis ses lignes je les vois glisser le ciel. Mes compagnes estivales à Mouans-Sartoux.
Ça continue avec un livreur de glaces italiennes. Un chauffeur livreur comme on en double des centaines sur l’autoroute Vintimille Paris Calais. Un homme déjà expérimenté, post cinquantaine. Seul. Au volant. Avec des passagers imaginaires. Avec cette solitude qui permet de douter de savoir encore parler, au bout d’un long moment de solitude chaque mot prononcé, même un simple bonjour, est si lourd à prononcer…
ça se termine chez le chauffeur, dans sa maison. Un soir de Noël, forcément… Je n’en dirai pas plus ici sinon ce serait perdre la force de cette histoire.
Je peux juste ajouter que cette petite histoire est terriblement actuelle, et c’est cette actualité là qui me donne les larmes dans la voix quand je la lis. Une actualité qui résonne en moi, depuis longtemps et chaque jour.
Quand un livre, l’air de rien et presque sans y toucher, s’empare ainsi de la réalité pour osciller comme un funambule entre réel et imaginaire : je dis merci.
*

bd

Titre : Lune et Merlin
Auteur : Johan Troïanowski
Editeur : Makaka
Année de parution : 2 020

Plaisir de retrouver les univers de Johan avec cette nouvelle BD. Lune et Merlin sont deux détectives des collines. Ils vont donc détectiver dans une ambiance intemporelle, dans un monde imaginaire et coloré. C’est lumineux, joyeux.
Johan ouvre des mondes et nous invite à y entrer. Non comme dans une terre promise mais comme un havre de paix. Un endroit où se poser et reprendre des couleurs, reprendre un peu de saveur et de joies.
Il annonce également au cours de ces pages, la venue prochaine d’un jeu de société… Restons donc à l’affût.

http://www.makaka-editions.com/produit/lune-et-merlin-detectives-des-collines/

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roman
Titre : L’archipel
Auteur : Bertrand Puard
Editeur : Casterman
Année de parution : 2 018

J’avais bien aimé les effacés du même auteur, j’ai été pris par l’archipel. Sans dévoiler l’intrigue de ce roman haletant, ce serait dommage ; on peut ouvrir plusieurs pistes de curiosité.
On retrouvera donc ici une famille de trafiquants d’armes, du haut vol ! Le questionnement du sosie que chacun redoute ou rêve de rencontrer ; et pour ces deux adolescents la quête de leur identité. Le thème du pénitencier ultra sécurisé, sur une île et loin de tout. Bien sûr, on rencontrera aussi ceux qui veulent se battre contre les mafieux pour des raisons qui leur appartiennent. La question du journaliste, quêteur de vérités qui dérangent et jusqu’où aller pour les dénicher…
Un roman bien riche en suspense, en inventivité explosive et mené dans une écriture rapide.
Hâte de découvrir la suite.

https://www.casterman.com/Jeunesse/Catalogue/romans-grand-format-larchipel/larchipel-1-latitude