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lectures février 21

Lectures de février 2021
www.patrick-joquel.com

poésie
Titre : Grains de ciel
Auteur : Joël Sadeler
Illustrations : Hughette Cormier
Éditeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 021
vingt ans après sa disparition, retrouver Joël Sadeler est une joie émouvante. Le relire, l’entendre donner ses poèmes… Souvenirs de nos rencontres à la Suze/Sarthe, à Durcet, à Mouans-Sartoux.
Des poèmes courts. Avec ce zeste d’humour caractéristique de son écriture. Ses formules économiques et si justes :
« Lac
Eau verte des sapins
Eau grise des rohers
Vagues à crêtes de neige

Eau du lac
Écho de la montagne »

Une voix que les élèves avaient plaisir à lire : des poèmes à portée de tout lecteur mais dans le respect. Jamais rien de facile, ni de compromission avec le bêtifiant et du coup des poèmes qu’on peut lire jusqu’au bout. À tout âge et avec le sourire.
« J’aime l’hiver
Quand la terre gelée coquille
Comme le pain du boulangerie
J’aime l’hiver
quand l’herbe croustille
Sous mes pieds
J’aime l’hiver
Quand le ciel tamise
La neige sur les prés »

ou bien
Les coquelicots
En départementales d’imprimerie
Sur le talus
Des champs

Tabliers d’herbes et de fleurs
Qu’un promeneur du printemps
Recopiera
-Façon Renoir-
Dans les plis
De sa mémoire »

Les illustrations d’Huguette Cormier sont colorées, joyeuses et donnent une main sautillante aux poèmes. Un petit carré savoureux à partager comme une glace.
« Avant la nuit
Le soleil-abricot
Fond
Comme une glace
Entre les doigts
De l’horizon »

http://www.donner-a-voir.net/

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Titre : Prendre l’air
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Photos : Yvon Kervinio
Éditeur : L’aventure carto éditions
Année de parution : 2 021
10€
Prendre l’air, Jean-Claude Touzeil, Yvon Kervinio, L’aventure carto éditions, 2 021, 10€

Yvon Kervinio a choisi parmi sa collection une trentaine de photos de cirque. Des instants de piste. D’équilibre. De complicité. D’efforts. Des instants comme suspendus comme on est, spectateur, bouche bée et en apnée parfois sur les gradins. Jean-Claude Touzeil, avec des haïkus (un autre instantané de création) accompagne ces photos de dix-sept syllabes. Chaque double page devient alors une œuvre et l’on ne peut dissocier la photo de son haïku. On aimerait pouvoir les afficher comme un poster ou sous cadre, ces œuvres. En attendant ce jour, on peut les contempler dans ce livre à offrir à tous les amateurs de cirque, bien sûr, mais aussi à tous ceux qui aiment se saisir des instants de beauté qu’offre la vie.

http://yvonkerviniophotographe.blogspot.com/2017/08/catalogue-des-livres-de-laventure-carto.html

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Titre : La chaise de Van Gogh
Auteur : Paola Pigani
Éditeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 021
15€
La chaise de Van Gogh, Paola Pigani, La Boucherie Littéraire, 2 021, 15€

Retour sur soi. Sur les souvenirs d’enfance. La présence du père en particulier mais pas uniquement. Son histoire. L’histoire d’un homme venu d’Italie pour travailler en France. Une histoire partagée dans le recul de l’âge adulte par Paola Pigani. Des moments de vie. Des émotions lointaines mais toujours vivaces, toujours présentes. Et ce parallèle avec des tableaux de Van Gogh, sa chaise, les mangeurs de patates, les blés. Un parallèle étonnant, riche de perspectives.
Une langue plutôt chuchotée. Des poèmes à lire à la veillée. Pour savourer ce moment où présent et passé se rejoignent dans ce que Annie Duperey appelle « mon visage intemporel ».
Un livre témoignage. Un livre partage. Un livre intemporel.

http://ekladata.com/iOjWTS2UcVGML6c7zu6on1cjQYE.jpg

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Titre : Amnésies
Auteur : Marlène Tissot
Éditeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 018
ça commence par une chute de vélo. Le trou. Direct au lit. L’enfance et un de ses accidents. Puis les urgences et le diagnostic : « traumatisme crânien modére amnésie lacunaire ». La présence d’Alice court dans ses lignes. Le pays des Merveilles, l’enfance… « on invente ou les choses s’inventent pour nous ».
et ça continue avec une autre amnésie, plus enfouie, plus profonde et plus résistante. Une tanière à monstre. Que l’écriture en cours essaie d’approcher, de mettre en mots, de réveiller… ça échappe. Ça prend toute la place. C’est là. On est juste à la lisière.
Un texte qui résonne fort et que toutes et tous comprennent, à demi-mots. Dans les ombres.
Des mots pour dire l’indicible. C’est une des voies de la poésie. Une nécessité pour chaque être humain de l’entendre, de le formuler.

http://ekladata.com/pcytddNAZQhF1K3AOEmEcPEhEIA.jpg

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Titre : Mots barrés
Auteur : Marlène Tissot
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2 020

Un petit objet de lecture à sourire. Marlène Tissot se saisit d’une phrase et en barre un mot, le remplace par un autre et forcément le sens de la phrase évolue. C’est un peu l’histoire d’un train qui peut en cacher un autre… C’est ludique et suffisamment décalé pour entrer dans le vaste registre de la poésie. Ludique et pas aussi simple ou innocent que ça en a l’air : un brin philosophique. Ce sourire complice et appréciateur sera le tien, lecteur, si tu t’aventures dans ces pages. En voici trois :

« L’argent n’a pas d’odeur d’honneur
Ce féroce et désespérant besoin d’amour armure
j’envisage toujours le pire rire »

https://grostextes.fr/publication/mots-barres/

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Titre : Dans le vent de l’archipel
Auteur : Sabine Péglion
Éditeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 021
Dans le vent de l’archipel ; Sabine Péglion ; L’Ail des ours ; 2 021 ; 6€

embarquement immédiat ! Pour lire ce livre préparez un gilet de sauvetage, des lunettes de soleil, vêtements depuis le maillot de bain jusqu’au ciré en passant par des cotons légers… à bord du voilier, s’ancrer au silence. Suivre les lignes d’horizon comme les traits de côtes. Laisser les yeux monter à l’assaut des volcans, se perdre dans les nuages. Laisser jouer les vents aux cheveux. Chercher les secrets des fonds marins.
Un livre, des poèmes comme un journal de bord. Des impressions. Des émotions. Des flashes d’instants. Des mots comme des vagues.
Nous sommes aux Açores. Et déjà le nom, en ce qui me concerne ouvre le rêve…
Un livre que j’imagine en spectacle. Plusieurs voix pour se répondre et se suivre, comme une envolée de puffins cendrés
« Le puffin cendré
à la nuit tombée

La terre se tourmente
se lamente

en cet oiseau singulier
dont les cris hantent

les falaises trouées
de laves et d’écume »
comme un chœur antique. Des voix, des sons : danseurs, bruiteurs et musiciens à vos postes ! Et des images grand écran. Un spectacle visuel, corporel et auditif. Un voyage. Un instant de vie.
« De ta terre de la mer
de ton enfance et de ses jeux

Tu n’auras pu garder
que le bleu de tes yeux »

https://www.editions-aildesours.com/

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Titre : Ici la mer n’est plus
Auteur : Jan Paremski et Bonaventure Rosa 
Éditeur : éditions les étaques
Année de parution : 2 018
5€
un livre à quatre mains, c’est assez rare sans être exceptionnel. Les auteurs dit la 4e de couverture « sondent la mémoire du quartier et de ses habitants, retracent des trajectoires, explorent des espaces. Inspiré par des rencontres, des immersions et des témoignages, Ici la mer n’est plus nomme une réalité sociale qui façonne encoure plusieurs générations. »
et c’est précisément là que réside l’intérêt de ce livre. Les poèmes émergent entre expérience personnelle du quartier (un quartier pauvre de Lille sud 23 000 habitants, véritable enclave urbaine) et témoignage. Une expérimentation d’un monde originale et précieuse. Des poèmes témoins !
Une première partie : lumières de mystères
« à l’ombre des tours
on voit encore des lumières de mystères… »
des mots pour accompagner la mutation du quartier. Sa rénovation. Le rendre moderne, actuel. Et pas conséquence, l’urgence de mémoriser avant la perte totale des ombres.
« les saintes grues en bataille
scintillent à des kilomètres
comme des cierges qu’on voudrait éteindre »
aucun doute, on est bien dans une écriture poétique, une voix même double. Les pages tournent le lecteur captivé.

Deuxième partie : grands ensemble
des aller-retours entre quand j’étais petit et aujourd’hui. Nostalgie, saudade émotion. Les bons moments, les joies partagées et puis les moments durs, les peines, les pertes. La révolte, la rage face au mépris. Des vies, une ville, bien en chairs ; bien en esprits humains !

Troisième partie ici la mer n’est plus. À la place, des gens. Tous les horizons, toutes les religions, toutes les couleurs. À vivre ensemble des mêmes galères. La vie. Des vies d’ouvriers, de chômeurs. De citoyens à religions diverses. Des poèmes qui touchent le concret des jours, les cals aux mains ou aux paupières.
Un livre humanité. Un livre cœur battant.

https://lesetaques.org/nos-livres/

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www.patrick-joquel.com