PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lectures janvier18

Lectures de janvier 2018
www.patrick-joquel.com

Poésie
Titre : De fleurs et d’écailles
Auteur : Cédric Sueur
Illustrations : Sachiko Mura
Editeur : éditions du Jasmin
Année de parution : 2 016

Un beau livre de cent haïkus illustrés par cent sumi-e. Tous les haïkus ont été écrits en français pendant et après un long séjour au Japon de l’auteur, séjour d’études des macaques (singe des neiges) locaux. Traduits ensuite en japonais et illustrés par Sachiko Mura, au pinceau. Chaque double page est une œuvre complète dans le respect de la tradition.
Un livre à offrir à toute occasion à ceux qui demeurent sensibles à ces instantanés fugaces de l’écriture et du pinceau.

Magie du matin
Sur une fleur de cerisier
Flocons de printemps
*
Assis dans le temple
Les pétales tombent sur moi
Tout ne fait plus qu’un
*
Singe des neiges
Es-tu encore des neiges
Quand vient l’été ?
*
La lune dans le ciel
Sept milliards d’êtres sur Terre
Qui d’autre la regarde ?
*
Figés par le froid
Mille sommets, dix mille sentiers
Sans trace d’homme

*

Titre : Le temps en miettes
Auteur : Chantal Couliou
Peintures de Dar’Jac
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 017

La poésie, dit souvent Alain Freixe, est affaire de perte. Le temps qui passe signe toutes nos pertes. C’est de cela dont s’empare ce livre de Chantal Couliou. Un livre à plusieurs voix. Celle d’une grand-mère qui se voit vieillir. Celle de l’enfant qui la voit vieillir et qui se rend plus ou moins compte que lui aussi vieillit. Celle du petit enfant qui n’a que le bonheur encore pour horizon, un horizon dont il est le centre et le soleil.
Et quand il devient impossible de colmater les brèches on démantèle… La perte avec toutes ses étapes, jusqu’à la mémoire enfuie…
Pas de patos, juste de la tendresse et de la justesse.
Un livre plein de gravité, d’amour et paisible finalement.

https://www.soc-et-foc.com/CAT_detail.php?id=118&PHPSESSID=1256d1a7815baa188d2a5982776cbe36

*
Titre : Le contredit des villes
Auteur : Killian Provost
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017

Un recueil de poèmes en sept stations. Un héros Orphée moderne dans les gueules de la ville cherche son Eurydice. Des poèmes, un peu comme un récit qu’on suivrait en sautant de cailloux en rochers à travers le lit d’un torrent. Avec de multiples surprises, trésors de langage et paysages urbains comme rarement croisés en poésie. Un livre qu’on pose une fois lu en se disant « tiens, je vais le relire plus lentement dans un moment ».
Un livre qu’on rêverait d’entendre sur scène, avec quelques disants, un décor de photo et quelques gestes…

Station 1 :
Toutes les fenêtres éclaiorées
Sur la face d’un immeuble,
Toutes,
Se croient nécessaire faisceau
De la lumière éternelle.

Le voyageur, dans son train qui défile
A travers l’intestin des banlieues,
Ne les remarque pas.

Et pourtant, elles,
Elles toutes,
Se savent le reflet
De l’unique lumière.

*
Station 3
Il faut beaucoup s’appliquer pour qu’aucune tête, plus aucune, dans l’intestin des métropoles où d’immenses étrons de fer transportent des cœurs battants, il faut beaucoup s’appliquer et s’appliquer encore pour qu’aucune de ces têtes au visage tiré ne vous paraisse humaine.

https://fatrasieseditions.com/

*
Titre : Télescopes
Auteur : Nicolas de Casanove
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017
Un nouvel éditeur est né en 2 017. Fatrasies éditions. Petit tirage soigné, dynamique souriante. Voilà une bonne nouvelle.
Télescopes

Quand un poète veut voir de plus près les étoiles,
il ferme les yeux et il imagine.
Que ressent le scientifique qui ferme les yeux
et imagine ?
L’envie d’inventer le télescope.
Que ressent le poète qui regarde à travers
la lunette du télescope ?
L’envie d’écrire un poème.

Voilà, d’emblée où cet ensemble de courts poèmes se situe. Dans cet espace infini entre science et songe. On y croise un créateur amateur de thé, un photographe montagnard, un pianiste, un épouvantail et d’autres personnages réels ou non. des poèmes ciselés, chaque mot à sa place. Une écriture est là, qui cherche à tout maitriser, qui explore, qui s’invente. Un auteur jeune à suivre : il va nous étonner ; il nous étonne déjà.
Les mystères ne sont pas des blocs indivisibles, qu’il faut admirer en l’état ou ne pas admirer : ils sont des galaxies, et nous sommes des télescopes.

https://www.facebook.com/fatrasieseditions/

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Titre : Maximes de nulle part pour personne
Auteur : Perrin Langda
Illustrations : Eric Demelis
Editeur : Voix d’encre
Année de parution : 2 017

Voilà un livre dont j’aime la démarche pour l’avoir utilisée quelques fois : l’artiste devance l’auteur ! L’écrivain, le poète ici, écrit à partir des dessins d’Eric Demelis. De petites vignettes, des personnages, à l’encre noire. Perrin Langda les contemple, les écoute, leur donne mots. Voix. Des poèmes courts, des pavés de prose. Ça joue, ça rebondit, ça invente et sourit au lecteur l’air de dire « Tu vois, ça pétille comme champagne sur la langue mais ça tient debout aussi ».
J’adore cet humour, ce décalage et ce côté un peu British. On pense à des affinités avec les Held, Claude et Jacqueline, avec le Touzeil. On ne se prend pas au sérieux mais ça bosse avec le sérieux sourire des enfants.

C’est joyeux. Drôle parfois. Emouvant, aussi. Varié. Plein de surprises, l’imaginaire aux commandes ! Vivant ! On en re demande !

http://www.voix-dencre.net/spip.php?article336

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Titre : Au gré du gris des jours
Auteur : Colette Andriot
Illustrations : Anouk Van Rentergheim
Editeur : L’Atelier des Noyers
Année de parution : 2 017

Un petit objet, tout frais, tout beau. Une réussite de l’Atelier des Noyers.
Des poèmes très courts, aphorismes, tercets et parfois un peu plus longs. Une écriture serrée. Dense. Une réflexion autour des mots : qu’écrire ? que braconner ? Pourquoi ? pour s’enraciner…? Pour qui ?
Le temps aussi. Ce temps qui passe, qui nous ride au visage et qui nous laisse nous éloigner , insensiblement, du joli présent du monde.

Regarde parfois le temps qui passe
Tu prendras le temps suivant
Sur le tapis roulant

Les images d’Anouk Van Rentergheim accompagnent avec discrétion les poèmes. Vibrent avec. Osent le mot.
Un bel objet à offrir à l’occasion à ceux qu’on aime et que le temps nous éloigne, insensiblement.
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Titre : le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus
Auteur : Constantin Kaïteris
Illustrations : Brigitte Dusserre Bresson
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 017

Les recueils de Constantin Kaïteris sont toujours axés sur une thématique particulière : le corps humain (de la tête aux pieds et des pieds à la tête), les animaux (les Zanimaux Zétonnants chez corps Puce déjà), le jardin (un jardin sur le bout de la langue chez Motus). Celui-ci n’échappe en rien à cette habitude : les métiers. Pas n’importe quels métiers : ceux qui sont en danger d’extinction. On pourra établir un parallèle avec les animaux en danger, les objets obsolètes et tout ce qui nous confirme que si pendant des siècles la manière de vivre est restée assez semblable d’une génération à une autre, depuis les années cinquante c’est une véritable mutation qui s’opère. Ces métiers, je les ai connus petit ; je ne les vois plus ou quasiment plus sur la côte d’azur. chaque métier a son poème. Ce livre est une mine sociologique. Une galerie de souvenirs sépia. Avec ce zeste d’humour caractérisque de l’écriture de Kaïteris, c’est un bon moment de lecture assuré.
Mes préférés seront les métiers imaginaires comme le tailleur d’ombres emprunté à Fred (Philémon) ou le doreur de pilule et d’autres…

En classe, on pourra se pencher ainsi sur cette histoire proche, comme sur l’invention de métiers farfelus mais si utiles…

Le tailleur d’ombre

Un rouleau de tissu de nuit noire
un mètre ruban
une parie de lourds ciseaux
de tailleur, c’était son matériel.
de l’ombre en personne, qu’on avait
du mal à s’interposer entre le soleil
et les murs, qu’elle s’estompait au clair de lune,
que votre projection
s’effilochait, s’usait jusqu’à la trame,
il vous en taillait une nouvelle bien sombre et bien nette.
Il vous fallait pour cela plusieurs essayages
et après vous pouviez l’emporter en voyage.

In philémon et le piano sauvage, Fred. 1 973. Dargaud
*
Le doreur de pilule
Il travaillait avec de la poudre aux yeux
d’or
et un pinceau manié en douceur
toujours du côté du manche
du pouvoir
veillant à ne pas se faire pincer
par le populo à gogo
en remettant une couche
pour celles qui étaient les plus dures
à avaler
et parfois ça ne passait pas
la dorure fondait
et le populo ta trouvait amère
et s’il la recrachait la pilule
il descendait dans la ure faire la révolution.

http://www.corps-puce.org/cat/auteurs/constantin-kaiteris/

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Titre : Petites cueillettes d’automne
Auteur : Marijosé Cuinier
Photos : eliane Battistetti
Editeur : Alpes Vagabondes
Année de parution : 2 017
Un petit carré coloré. Un petit livre pour se poser, là, devant l’instant du monde. Un livre pour s’ancrer, se ré ancrer, s’harmoniser avec ce présent. Un livre pour retrouver les sentiers de contemplation, de pleine présence. Une invitation. Des pistes qui s’ouvrent. Un silence s’installe.

Le soleil entoure d’or
Les silhouettes des cimes ;
Les montagnes traversent
L’azur orangé du crépuscule.
… rencontre et union.

Au bord du temps passe un poème
Comme un long rêve que la vie sème.
Un très beau soir de solitude.
Au bord du rire passe un visage
Que la lune tient entre ses mains.
Les étoiles passent sur son chemin.
*
Titre : Emovere
Auteur : Nicolas Vargas
Editeur : la Boucherie littéraire
Année de parution : 2 017

Emotion. Laisser l’émotion entrer, parcourir, emporter. Quand entre la scène et le public se noue cet impalpable instant qui multiplie le spectacle, donne de l’écho au geste. Quand les corps, les regards et les pensées se complicent. Quand l’émotion prend, la vie devient crème.
Lire ce livre, c’est écouter ce dialogue muet entre deux êtres, l’écouter puis entrer dans la danse entre mots et gestes, rythme et contemplation.
Laisser la magie jouer son jeu.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/editions-la-boucherie-ltiteraire-c27101010

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Titre : Poèmes de soutien aux réfugiants et réfugiés
Auteur : Anthologie
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 017
Dans la collection Cent papiers, un nouveau livre de poèmes pour accompagner de quelques mots le sort de ces hommes, femmes et enfants que l’on voit aux infos, dont on entend parler à la radio ; que l’on croise parfois sans les voir.
Des mots, rien que des mots… Aussi inutiles que nécessaires. Un livre à offrir, à donner à lire dans les médiathèques, juste pour ne pas oublier.
Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.

*

Albums
Titre : Des lucioles
Auteur : Georgues Didi-Huberman
Illustrations : Amélie Jackowski
Editeur : Linitiale
Année de parution : 2 017

On connait les carrés de Linitiale. Ils se déclinent en trois collections dont philo et citoyenneté. voici, un petit carré pour nourrir les ateliers petits philosophes.
Quand une artiste s’empare de quelques mots d’un philosophe pour les partager avec les plus jeunes lecteurs dans la magie nourricière de l’image, cela donne ce petit carré. Un livre qui a pour ambition de contribuer à rallumer les étoiles, de donner sa part de colibri et d’entretenir l’espérance. Une espérance nourrie d’humanité. C’est parce qu’on est homme et qu’on a un jour apprivoisé le feu qu’on est capable au cœur de la nuit, d’oser la danse d’une luciole.
Un livre à partager aux enfants, en famille, en bcd et partout.

https://fr.calameo.com/read/00135242789caa34f2089

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Romans
Titre : Réda et le maître des génies
Auteur : Florent Gounon
Editeur : éditions du Jasmin
Une saga en trois tomes, tome2 : la menace magicienne, et le 3 : la révolte des génies. Je les ai lus d’une traite : l’histoire est prenante. Le décor oriental : génies, tapis volants ouvre l’imaginaire et déroute assez pour se laisser emporter. L’idée d’être accompagné par un génie me plait bien : ça facilite la vie quotidienne sans toucher au libre arbitre.
Réda est un adolescent plein d’énergie, de rêves et de témérité. Il reste profondément honnête et ancré pour susciter beaucoup de sympathie tant chez les autres personnages de l’histoire que chez le lecteur.
Une réussite fiction qui change bien de ce qu’on peut lire si souvent ailleurs. C’est le génie des éditions du Jasmin que d’offrir ainsi d’autres lectures aux curieux.

http://editions-du-jasmin.com/coll.htm

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Titre : Emma
Auteur : Tess Corsac
Editeur : le muscadier
Année de parution : 2 017

Un livre tout à fait à son aise dans la collection Rester vivant du muscadier. En effet, dans un futur indéfini mais pas très éloigné de notre présent, un nouveau virus « Emma » décime les populations. Très volatile, contagieux et retors, il détruit tout sur son passage. La société ne fonctionne plus, nulle part.
Ce récit haletant, que j’ai lu d’une traite, pose une question :
Qu’est-ce qui nous rend humain ?
Les aventures des jeunes héros, et des adultes qui les accompagnent, tournent autour de ce questionnement fondamental.
On trouvera, j’espère, ce bon roman dans tous les cdi des collèges et lycées.

https://www.muscadier.fr/catalogue/emma/

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Titre : La trouille
Auteur : Julia Billet
Editeur : Le Calicot
Année de parution : 2 017

Court roman. Ça commence dedans. Dans une prison. Un homme. Sa vie dans l’enfermement. Une vie entre les murs. Une vie invisible.
Quand se profile la fin de peine, c’est la trouille qui s’empare du ventre, du corps et de l’âme du prisonnier. Un vertige à vomir. Un vertige, ça se soigne mais comment ?
Ce sera la suite du livre. Je ne vais pas le raconter ici.
Ce qui est frappant ici, c’est la justesse des sentiments. Le désir, le manque. L’angoisse. Et ce souffle qui redresse le corps pour aller de l’avant. Pour oser avancer. Oser vivre.
Vivre se gagne, et vivre libre n’est pas aussi simple que prononcer ces deux mots. Chacun se rassure dans son enfermement et en ouvrir les cadenas demande une bonne dose d’espace et de regard.
Un court roman, certes ; mais profond. Comme une ligne d’horizon qu’on franchirait, une ligne d’atmosphère et puis l’infini… l’infini vertige d’être vivant.

https://i1.wp.com/lecalicot.fr/wp-content/uploads/2017/03/La-trouille-couverture-entier.jpg

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Titre : Les mains dans la terre
Auteur : Cathy Ytak
Editeur : le muscadier
Année de parution : 2 016

Certaines vies sont lancées sur rails. Celle de Mathias en est. Famille aisée, entreprise du père en héritage à venir, brillantes études ; tout roule pour ce jeune homme. Tout, sauf la joie de vivre ; ce grain de folie, cher à Romain Gary, non répertorié au CAC 40.
Pour ses 18 ans, les parents organisent un grand voyage pour Mathias. Au Brésil. Ou plutôt pour être exact dans un de ces centre de vacances grand luxe qu’on peut retrouver un peu partout aussi bien que n’importe où dans le monde. Un endroit clos sur lui-même, murs d’enceinte et caméras de protection.
Que se passe-t-il lorsqu’on voit une porte cachée ? Certains l’oublient aussitôt, peur du risque, de l’inconnu. D’autres la dérobent et deviennent explorateurs. Mathias est de ceux-là, bien entouré par un des employés de l’hôtel. Ce qu’il découvre alors du monde le retourne.
Cependant il continue à faire semblant avec sa famille jusqu’au jour où, en France, une rencontre avec un artisan va tout exploser.
Ce roman est un beau roman d’initiation. Chacun est responsable de sa vie. Un souffle de liberté. Un regard respectueux. Des mains pour caresser la terre, les jours et l’amour.
Collège et au-delà, sans modération.

https://www.muscadier.fr/catalogue/les-mains-dans-la-terre/