PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lectures décembre 21

Lecture de décembre 21
www.patrick-joquel.com

Titre : Au bord de l’autre
Auteur : Luce Guilbaud
Images : Sylvie Turpin
Éditeur : L’Atelier des Noyers
Année de parution : 2 021
10€

Splendide petit livre. Texte tout en douceur. Et si juste. Juste quelques mots, quelques strophes pour neuf mois mystérieux. Quelques strophes pour accompagner l’enfant dans ses premiers jours, ses premières étapes de la construction du corps dans le secret maternel. Quelques pages pour grandir ce corps, cette présence, cette vie avant l’aérienne. Cette attente. Cette préparation. Jusqu’à l’arrivée. La perte de toute mémoire intra utérine et la découverte des mains accueillantes, des voix, des chaleurs, des formes.
Les images de Sylvie Turpin, courbes, lignes et formes évoquent ce lieu où s’élabore cette vie. Comme un écho, comme des pistes de silence émerveillé.
Un livre à offrir à tous dès quinze ans et peut-être plus particulièrement aux futurs parents. Pour les accompagner.

Dans ta chambre de silence
tu bois à la source du sant
la mémoire de tes origines
les façons de pas et de gestes
des pères et mères d’avant

https://www.atelierdesnoyers.fr/catalogue/livres/collection-carnets-a6/au-bord-de-l-autre,1158

*
Titre : Lady Ciel
Auteur : Dominique Sampiero
Éditeur : la Boucherie littéraire
Année de parution : 2 021
10€
un petit carné poétique d’amour. Pas un long poème éthéré avec un je t’aime romantique, bouquet de roses inclus. Non, un poème de chair. D’amour. De partage. L’amour que l’on partage dans le plaisir des corps donnés l’un à l’autre. Un texte très juste, très doux et qui emporte. Un texte à lire doucement, comme on caresse une peau consentante et dont la main caresse en écho.
Un texte qui tient au corps, le révèle et le donne. Ils sont rares ceux qui parviennent ainsi à donner un reflet de ces moments intimes.
Lady Ciel en est un.

Je signerai notre amour
de cet éblouissement

avec quelques mots
du profond pays
où nous retournerons

Tu n’auras plus peur
Plus jamais

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/le-catalogue-c31572826

*
Titre : Une boîte à lettres vide coiffée d’une pomme de pin
Auteur : Christophe Jubien
Éditeur : Unicité
Année de parution : 2 021
13€
Présentations
La poésie n’a pas pour moi
de grands projets

je suis à tout jamais
l’idiot de son village

dansant comme un follet
autour des pommes de pin

faisant la révérence
au moineau qui sautille

avalant un moustique
recrachant un haïku

applaudissant à tout rompre
quand il n’arrive rien.

Voilà c’est dit, c’est fait : Christophe Jubien annonce la couleur. Il n’est pas un poète à l’affût de la gloire, ni des colloques. Il trace son chemin entre sa maison, la radio où il travaille, quelques jardins, quelques rues et s’applique à creuser là sa présence. Ses outils : les mots ; un crayon aussi et du papier. Une ressemblance certaine avec l’idée que l’on se fait du moine, du moine errant dans les sandales de Bashô et d’autres sur la sente étroite du bout du monde.
De poème en poème on suit le flâneur dans son quotidien : la table de la cuisine (c’est fout tout ce qui se passe sur une table de cuisine quand on regarde), la rue et ses bancs, ses jardins, ses passants… Des poèmes comme des instantanés, des poèmes comme méditation légère ou parfois grave.

Petite leçon de présence au monde

ce matin d’avril
écoutant les oiseaux
d’une oreille distraite

soudant je sens
peser sur moi
l’œil du maître :

là-bas, sur la toile cirée
l’oignon rouge.

En fin de livre, un second ensemble intitulé Un monde flottant.
Une collection de poèmes de six vers. Des poèmes nonchalants. Le lecteur s’y promène, tantôt dehors, tantôt dedans. Une collection de moments qu’on pourrait qualifier de grâce, mais ce n’est pas tout à fait ça ; des moments de faille plutôt, peut-être : difficile à formuler pour moi. Ces moments où brusquement surgit dans l’humble quotidien une transcendance, une révélation (si le mot n’est pas trop pompeux). Ces moments où l’infini s’immisce dans l’aujourd’hui. Sans prévenir et avec toutes ses questions plus ou moins insolubles. Oui, un moment de faille pour cette immixtion. Un moment où l’on reste là, bras un peu ballants, bouche ouverte et frémissement dans les pattes d’oie. Alain Freixe parlerait ici d’instant de musement. Un instant de poésie tout simplement et sans bruit ni fioriture.
En voici trois
à cause
des oignons frits

j’ai ouvert
la fenêtre

et suis resté sans voix
à cause des étoiles
*
On croit que c’est fini
qu’il est trop tard

et puis on aperçoit
au fond du potager

entrouvert,
un portillon
*
Dans les ors de l’automne
un vieil homme qui boite

et près du pont
à l’abri des tweets

ce long baiser
fille et garçon
*

https://www.editions-unicite.fr/auteurs/JUBIEN-Christophe/une-boite-a-lettres-vide-coiffee-d-une-pomme-de-pin/index.php

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Titre : ordonnance du réel
Auteur : Jean-Marie Corbusier
Éditeur : Le Taillis Pré
Année de parution : 2 021
12€
Des petits pavés de prose constituent ce livre. Cette tentative d’ordonner le réel, d’habiter le monde le temps de sa vie. Une vie partagée avec d’autres, avec une autre. Le « nous » qui jalonne ces textes en témoigne. Ces textes à lire comme une carte au trésor invitent le lecteur à ouvrir sa porte et à parcourir l’extérieur sans crainte : la carte guide les tâtonnements, les questionnements.
Où sommes-nous ?
Donne dans ce mince aujourd’hui !
Demain n’est pas un jour à quoi se confier. Même ébloui, même dans l’attente, le doute est plus fort que notre désir. Nous marchons dans l’impatience d’un jour qui ne pourra tarder à devenir le même. Les plaies gardées ouvertes et comme intactes n’apportent rien que nous ne savons déjà. Laissons grandir le liseron au gré du vent, séparé depuis toujours et à jamais dans l’indifférence du temps.
Que nous disent ce brin d’herbe et cette fleur levés avant les autres ? Un rappel de quoi au fond de la graine qui a germé par hasard ou par nécessité ? Nous sommes avertis, nous ne sommes pas les seuls à désirer vivre polus loin que nous.

Non, nous ne sommes pas seuls à désirer vivre plus loin que nous… Cette évidence qu’on oublie parfois quand on sent les chevilles gonflées d’importance et de moi moi moi, nous revient en pleine face dès qu’on se remet face au vent, dès qu’on renoue avec le désir d’horizon. Dès qu’on revient à soi et que la solitude vient nous accompagner (on est moins seul avec elle, n’est-ce pas).
Il n’y a personne. On parle seul, on craque comme ces vieux arbres sous la poussée du vent. Il reste une dernière rose qui attend sur sa ige. Tout se tait, visage au fond d’un miroir que l’on ne reconnaît plus. Appeler nous éloigne davantage. Ce qui déborde encore est cette rumeur qui n’est plus pour nous.
On sourit, on regarde, c’est toute la jouissance. On se retire comme un soleil sur les eaux au fond de l’allée, au fond de soi.
On va, on vient.

https://editeurssinguliers.be/livre/ordonnance-du-reel/

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Titre : Sous la peau je t’emporte
Auteur : Graziano Borniotto
Éditeur : Wallada
Année de parution : 2 021
15€
Dans les premières pages un poème éblouissant :
sous la peau je t’emporte
fleuve karstique quii s’éécoule
dans les narines encore parfms et souvenirs
pas besoin de fermer les yeux
pour te sentir tout près
De courts poèmes. Des instants saisis au vol. Les mots accompagnent l’émerveillement du moment, sa paix et l’enracinement du poète au monde. Il vibre avec lui. Ces mots transmettent cette sérénité, partagent la joie. Joie de se sentir vivant. Joie de partager l’élan vital.
On est bien dans ce livre. On s’y promène comme on se promène dans le beau jardin du monde. Seul ou en amoureux. Des poèmes qui tiennent chaud quand les tracas de la vie refroidissent nos élans.
À lire dès le collège, voire un peu avant, pour apprendre à être. Le poème c’est aussi cela : un savoir être.

http://wallada.free.fr/boutique/?p=productsMore&iProduct=86&sName=Sous-la-peau-je-t%92emporte

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Titre : Lao du placard
Auteur : Loïc Demey
images : Clothilde Staës
Éditeur : Cheyne, poèmes pour grandir
Année de parution : 2 021
15€
Une couverture aux couleurs chaudes. Un garçon assis devant une masse noire, comme en méditation. En 4e de couv l’enfant a disparu mais une échelle a ouvert une porte dans la masse noire. Mystère. Ça intrigue. On ouvre le livre et on se retrouve
Nous sommes de retour sur CTZ44, la chaîne préférée de celles et ceux qui passent leurs temps devant la télévision. On me communique à l’oreillette une information de très haute importance : sachez, chers téléspectateurs, que vous êtes toujours plus nombreux à nous regarder.

On tourne la page : retour au réel. Au discours de la maîtresse, aux nombres et aux élèves qui se moquent de Lao.
« Je n’arrive pas à monter mon sourire aux autres, ni à donner de la voix à mes idées. »
elle (la maîtresse) a dit : « Lao est un enfant du placard. »
Alors on revient en arrière et on comprend pourquoi Lao mesurait son placard en début de son émission « La réponse n’est pas celle que vous croyez ».
Ensuite, et bien c’est la vie de Lao et sa sortie du placard. C’est à découvrir au fil des pages de ce livre. Ce livre aux couleurs joyeuses accueille si librement la différence ; ouvre l’esprit du lecteur au questionnement et à l’accueil de l’autre.
Un livre qui évite les écueils qui guettent bien souvent ces thématiques pour au contraire donner de la bonne humeur à tous.
Un livre qui doit se retrouver au plus vite dans les bcd des écoles (à partir de 8 ans) et cdi de collèges et lycées, comme de nos médiathèques qui, comme cette collection de Cheyne, aiment permettre aux enfants (et aux lecteurs) de grandir.

https://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/376-lao-du-placard

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