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lectures fevrier 18

Lectures février 2018
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre : J’ai besoin des voix humaines
Auteur : Jacqueline Held
Editeur : Gros textes
Année de parution : 2 017

On retrouve ici une Jacqueline Held à la poésie engagée. Des poèmes réactions face à l’actualité, son inhumanité. Une voix, des poèmes pour dire l’inacceptable, l’indignation et pour appeler à un destin plus grand pour l’humain. Ça ne change pas grand-chose, mais c’est dit. c’est toute la différence. Si aujourd’hui, comme hier, les poètes, les artistes, les journalistes, se taisent… qui pourra savoir ce qui se passe dans l’ombre, loin… qui pourra connaitre la détresse du monde…
Grâce à ses petites voix, ses murmures parfois, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. certains agissent en direct, d’autres de plus loin. L’essentiel est de défendre, chacun à sa place et avec ses moyens, cette idée que l’homme est plus grand que lui-même.
Alors écoutons ce nouveau petit livre de poèmes de Jacqueline Held, miroir de nos journaux ; écoutons-le à la suite de ses mots sauvages pour les sans-voix (Gros Textes 2 005) ; mots sauvages d’un temps sauvage (Gros Textes 2 008) et Le chant des Invisibles (Corps Puce 2 010). Tous chroniqués ici et chroniques disponibles suffit de demander.

Avec la prodigalité du vent,
Cherche et donne à tous et à chacun
Des mots partagés, partageables,
Qu’on mange au petit déjeuner,
Qu’on croque au sel et au beurre,
Pluie dans le regard des hommes,
Rires et sourires,
Et dans l’air sucré sous le tilleul,
Envers et contre tout,
L’espoir quand même.

Un ami me parle
Du monde et de l’homme
De tout et de rien.
D’incroyables oiseaux migrateurs
Grues de Mandchourie dans la zone
La plus militarisée du monde.
Me parle d’enfants errant par les routes
Et d’aïeuls, parents, enfants de migrants,
Trois générations ruinées, sacrifiées.
Me parle d’humains dans des containers.
D’un figuier tranquille dans la vallée de la Roya.
Me parle de vie, me parle de mort.
Me parle du Bien, me parle du Mal.
Me parle de fugitifs recueillis en jeep,
Hébergés, nourris, avant de pouvoir
Passer la frontière.
Me parle, me parle
D’un Juste au tribunal –Juste parmi tant d’autres-
Accusé d’avoir aidé, soulagé
D’avoir protégé et d’avoir aimé

*
Titre : Qui es-tu ?
Auteur : Simon Martin
Illustrations : Rochegaussen
Editeur : Cheyne
Année de parution : 2 017

Un long poème sur le thème de l’identité. Inconscience ? Courage ? Sérénité ? Simple lecture de l’histoire de la planète et de la vie sur Terre. Si chacun est unique, c’est prouvé ; chacun est issu d’une longue succession de vies uniques… Chacun est aussi vieux que la Terre et aussi neuf qu’une aurore.
C’est sur ce terrain-là que nous entraine Simon Martin, et avec un brio qui trace un beau sourire sur mon visage.
Quelques milliards d’années tiennent dans ce livre. L’histoire, mais aussi le mystère de la rencontre quand on s’ouvre à l’autre et qu’on le reçoit. Le mystère de l’altérité aussi. Sans oublier le mystère d’être soi.
Tout y est. Ça se lit d’une traite et ça se relit pour en goûter la malice, la profondeur et sa légèreté.
Les images s’amusent avec tout cela et donnent un supplément d’humour joyeux au thème.
C’est une réussite.
A donner à lire aux enfants, on est dans la collection Poèmes pour grandir ; mais aussi aux adolescents comme aux plus grands. A tous ceux qui s’interrogent sur l’identité profonde ; celle qui échappe aux papiers administratifs comme aux idées reçues, aux idées toutes faites ; celle qui échappe aux catégorisations, aux communautarismes etc.

Bon
Reprenons

Avant
Tu étais ça

Queques atomes de carbone
Un peu d’hydrogène
De l’oxygène
Un poil d’azote

Qutre virgule cinq
Milliards d’années sont passées
Et tu es devenue ça
Comment cela est-il possible ?
*
L’autre est pour moi une énigme

A quoi pense-t-il
De quoi sont faits ses rêves

Croit-il en la vie éternelle
Ou en la réincarnation

A-t-il une fois dans sa vie
Rencontré l’amour
La vengeance ou la haine

Mais le temps de formuler
Ces interrogations
L’autre est déjà loin
Englouti par la foule

Et il est trop tard
Pour songer à le rattraper

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/309-qui-es-tu

*
Titre : le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus
Auteur : Constantin Kaïteris
Illustrations : Brigitte Dusserre Bresson
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 017

Les recueils de Constantin Kaïteris sont toujours axés sur une thématique particulière : le corps humain (de la tête aux pieds et des pieds à la tête), les animaux (les Zanimaux Zétonnants chez corps Puce déjà), le jardin (un jardin sur le bout de la langue chez Motus). Celui-ci n’échappe en rien à cette habitude : les métiers. Pas n’importe quels métiers : ceux qui sont en danger d’extinction. On pourra établir un parallèle avec les animaux en danger, les objets obsolètes et tout ce qui nous confirme que si pendant des siècles la manière de vivre est restée assez semblable d’une génération à une autre, depuis les années cinquante c’est une véritable mutation qui s’opère. Ces métiers, je les ai connus petit ; je ne les vois plus ou quasiment plus sur la côte d’azur. chaque métier a son poème. Ce livre est une mine sociologique. Une galerie de souvenirs sépia. Avec ce zeste d’humour caractérisque de l’écriture de Kaïteris, c’est un bon moment de lecture assuré.
Mes préférés seront les métiers imaginaires comme le tailleur d’ombres emprunté à Fred (Philémon) ou le doreur de pilule et d’autres…

En classe, on pourra se pencher ainsi sur cette histoire proche, comme sur l’invention de métiers farfelus mais si utiles…

Le tailleur d’ombre

Un rouleau de tissu de nuit noire
un mètre ruban
une parie de lourds ciseaux
de tailleur, c’était son matériel.
de l’ombre en personne, qu’on avait
du mal à s’interposer entre le soleil
et les murs, qu’elle s’estompait au clair de lune,
que votre projection
s’effilochait, s’usait jusqu’à la trame,
il vous en taillait une nouvelle bien sombre et bien nette.
Il vous fallait pour cela plusieurs essayages
et après vous pouviez l’emporter en voyage.

In philémon et le piano sauvage, Fred. 1 973. Dargaud
*
Le doreur de pilule
Il travaillait avec de la poudre aux yeux
d’or
et un pinceau manié en douceur
toujours du côté du manche
du pouvoir
veillant à ne pas se faire pincer
par le populo à gogo
en remettant une couche
pour celles qui étaient les plus dures
à avaler
et parfois ça ne passait pas
la dorure fondait
et le populo ta trouvait amère
et s’il la recrachait la pilule
il descendait dans la ure faire la révolution.

http://www.corps-puce.org/cat/auteurs/constantin-kaiteris/

*
Titre : Le silence tinte comme l’angélus d’un village englouti
Auteur : Marilyne Bertoncini
Editeur : Editons Imprévues
Année de parution : 2 017

C’est un accordéon. Un poème. Tout simple. Pas cher. Un objet de rien du tout à 200 exemplaires ; un de ces petits trucs que la poésie sait créer. Pour rien. Pour le plaisir de créer, de partager. C’est un instant magique.
Un poème.
Un petit matin, juste après l’aurore. Un de ces petits matins où l’on se sent juste bien. Juste en accord avec ce jour qui monte au monde. Juste à l’écoute ; en silence.
Le poème murmure tout cela. Cet instant de grâce, de suspension, de présence.

*
La dernière œuvre de Phidias
Auteur : Marilyne Bertoncini
Editeur : Jacques André éditeur
Année de parution : 2 017

On a tous un ou quelques personnages mythiques que l’on porte avec soi, qui nous servent de phare, de luciole ou que l’on retrouve auprès du feu de camp quand on compte les étoiles filantes. Ici, Marilyne Bertoncini nous présente Phidias, un sculpteur grec, 5e siècle avant JC.
Elle imagine son exil après sa condamnation pour excès de talent ou hérésie… Et le poème suit cette recherche, cet imaginaire, ce et si c’était vrai cher aux enfants et aux rêveurs. Rêveurs qui souvent devancent les scientifiques, chercheurs et autres savants…
Cet exil, dans une île grecque, aux parfums méditerranéens, le lecteur le suit dans un poème qui sonne comme un appel à la mise en voix sur scène, avec photos et musique. C’est une langue orale qui déboule ici avec le vent, les vagues et les mouettes ; et ces voix d’enfants qui appellent sans relâche au mystère.
Que sculpte-t-il en son exil ? quel calcaire ? quel naufrage ?
Celui de quelques pêcheurs ? celui de la lumière du Nord de l’Europe ? Les mots inventent autant de monde qu’il existe de voix, laissons celle-ci nous entraîner sur ses sentiers rocailleux.

http://www.jacques-andre-editeur.eu/web/recherche?s=phidias

Titre : Aeonde
Auteur : Marilyne Bertoncini
Editeur : La Porte
Année de parution : 2 017

On traverse un jardin. Le bel et doux jardin du monde autant que celui de sa vie, de son temps. On marche sur des humus, des composts… D’anciens désastres, d’anciennes tristesses et douleurs. A chaque pas le temps nous effrite un peu plus, à chaque pas on se rapproche du terme. Le jardin, dans ses abandons comme dans ses floraisons nous accompagne. On traverse et le temps nous perce.
On marche à la lueur de ces poèmes, avec une sereine gravité. Que ce soit ainsi n’empêche aucune grive de chanter, ni pour nous de l’écouter.

https://www.recoursaupoeme.fr/marilyne-bertoncini-aeonde/

*
Titre : Le contredit des villes
Auteur : Killian Provost
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017

Un recueil de poèmes en sept stations. Un héros Orphée moderne dans les gueules de la ville cherche son Eurydice. Des poèmes, un peu comme un récit qu’on suivrait en sautant de cailloux en rochers à travers le lit d’un torrent. Avec de multiples surprises, trésors de langage et paysages urbains comme rarement croisés en poésie. Un livre qu’on pose une fois lu en se disant « tiens, je vais le relire plus lentement dans un moment ».
Un livre qu’on rêverait d’entendre sur scène, avec quelques disants, un décor de photo et quelques gestes…

Station 1 :
Toutes les fenêtres éclaiorées
Sur la face d’un immeuble,
Toutes,
Se croient nécessaire faisceau
De la lumière éternelle.

Le voyageur, dans son train qui défile
A travers l’intestin des banlieues,
Ne les remarque pas.

Et pourtant, elles,
Elles toutes,
Se savent le reflet
De l’unique lumière.

*
Station 3
Il faut beaucoup s’appliquer pour qu’aucune tête, plus aucune, dans l’intestin des métropoles où d’immenses étrons de fer transportent des cœurs battants, il faut beaucoup s’appliquer et s’appliquer encore pour qu’aucune de ces têtes au visage tiré ne vous paraisse humaine.

https://fatrasieseditions.com/

*
Titre : De fleurs et d’écailles
Auteur : Cédric Sueur
Illustrations : Sachiko Mura
Editeur : éditions du Jasmin
Année de parution : 2 016

Un beau livre de cent haïkus illustrés par cent sumi-e. Tous les haïkus ont été écrits en français pendant et après un long séjour au Japon de l’auteur, séjour d’études des macaques (singe des neiges) locaux. Traduits ensuite en japonais et illustrés par Sachiko Mura, au pinceau. Chaque double page est une œuvre complète dans le respect de la tradition.
Un livre à offrir à toute occasion à ceux qui demeurent sensibles à ces instantanés fugaces de l’écriture et du pinceau.

Magie du matin
Sur une fleur de cerisier
Flocons de printemps
*
Assis dans le temple
Les pétales tombent sur moi
Tout ne fait plus qu’un
*
Singe des neiges
Es-tu encore des neiges
Quand vient l’été ?
*
La lune dans le ciel
Sept milliards d’êtres sur Terre
Qui d’autre la regarde ?
*
Figés par le froid
Mille sommets, dix mille sentiers
Sans trace d’homme

**
Contes

Titre : Touffe de poils
Auteur : Sylvain Farhi
Illustrations : Nathalie Sacré
Editeur : Editions source bleue
Année de parution : 2 011

Petit format. Un tout petit conte, pour un enfant de quatre ans qui engrange le monde dans ses cheveux. C’est surprenant, humoristique et prenant. Tout le monde aura plaisir à entrer dans cette courte histoire. J’aimerais la voir dans les classes de fin cp, ce1 pour le plaisir de lire et de rêver ; de discuter aussi autour du comment je me montre aux autres.
Un régal !

https://www.sylvainfarhi.be/livres-editions-source-bleue/

romans

Titre : Lou Pilouface, l’éruption du Stromboli
Auteur : François Place
Illustrations : François Place
Editeur : Gallimard, Folio Cadet
Année de parution : 2 017

Une nouvelle aventure de cette héroïne si sympathique. Le Coriace est à Marseille en repos et sans vouloir révéler toute l’histoire, disons qu’il va partir pour Naples, via le Stromboli.
On y retrouve tous les ingrédients qu’on aime chez François Place, de l’humour, du voyage, des méchants, de la surprise, de la gentillesse au grand cœur. Et des illustrations qui accompagnent dans la même veine.
Une série de huit titres à présent donc celui-ci est le dernier, un cadeau à offrir à nos jeunes lecteurs. Sans hésitation, ni modération.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Folio-Cadet/Premiers-Romans/L-eruption-du-Stromboli

Titre : Sauveur et fils
Auteur : Marie-Aude Murail
Editeur : L’école des Loisirs
Année de parution : 2 018

La saison 4 vient d’être publiée en janvier 18. On y retrouve les héros des trois saisons précédentes bien sûr. Le même rythme, la même vie et le même plaisir à suivre leur quotidien à Orléans. Car ici on n’est pas dans les grandes aventures romanesques, fantasy, SF, non : on est dans le quotidien de quelques familles, plus ou moins décomposées, le quotidien d’individus de tous âges, et chacun vit de son mieux avec son histoire et son rapport au monde. Un psychologue, une journaliste, un vieil SDF, des adultes, des ados, des enfants… on y croise un peu de tout comme nous chaque jour. D’ailleurs, on pourrait s’y retrouver dans ce livre, suffirait juste d’une rencontre… C’est peut-être pour cela qu’on s’y sent bien.
Les semaines passent… la vie passe… et chacun avance ou recule selon…
Quatre saisons à découvrir ou à poursuivre si on connait déjà. Ce sont des livres qui, comme certaines lunettes, permettent de voir le monde autrement.
Je m’y suis régalé !

Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com