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lectures janvier 2020

Notes de lecture
janvier 2 020
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

poésie
Titre : Pour attraper le printemps
Auteur : Jacqueline Held
Illustrations : Yves Barré
Editeur : GROS Textes
Année de parution : 2 019

J’aime quand les gens ne se prennent pas au sérieux. J’aime quand ils ne se prennent pas au sérieux sérieusement. Jacqueline Held réussit sérieusement à ne pas se prendre au sérieux et cela donne une nouvelle petite merveille : ce Pour attraper le printemps. Yves Barré l’accompagne de son sourire amusé, de ses couleurs joyeuses ; deux compères bien printaniers ! Un élan de vie c’est bon à recevoir comme cadeau.

Si la mode est au ciel gris,
Si la mode est à la pluie,
Rêve, rêve, t’émerveille,
Ne sois pas esprit chagrin,
Sois comme un enfant,
Bonhomme,
Sois comme un enfant.

Tout un programme, un programme qui guide bien souvent, mais pas seulement, l’écriture de Jacqueline. Jouer des mots comme comptine, autant pour le plaisir,
Si tu regardes la poule
Dans le blanc des œufs,
Les poussins
Auront les yeux bleus

autant pour le loufoque,
A Saint-Malo
Un escargot
Perdit son dos…

On le prit
Pour une limace.

Du coup
Il en perdit
La face.

autant pour dire l’air de rien de profonds instants,
Nous irons tous au paradis,
Les humains, les chiens, les souris,
Les jours de joie, les jours de pluie,

autant pour partager un peu d’essentiel.
Un jour de Mai
Au ras des pâquerettes
Saisir le soleil
Par les cheveux.
S’y cramponner
A tout hasard.
Parfois tu attrapes
Un éblouissant
Morceau de ciel bleu.

Voilà : magie, sourire et joie. Une inextinguible bonne humeur. De petits poèmes à laisser jouer dans les classes dès la maternelle et bien au-delà : le bonheur n’a pas d’âge.
Lire et relire Jacqueline Held c’est demeurer du côté de l’humain.

Chez Gros Textes :
J’ai besoin des voix humaines
Un grand militaire sur une pomme de terre

https://grostextes.fr/?s=held&search_id=product&post_type=product

*
Titre : à la périphérie du monde (par la ligne 13 du métro)
Auteur : Thierry Roquet
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 019

J’aime l’entrée du premier poème de cette périphérie : appel au souvenir des dinosaures qui
Il y a des millénaires de ça
mammouths
tricératops
tyrannosaures
et autres vélociraptors vivaient ici
sans se douter une seule seconde un jour
quels cons !
Ni qu’ils ressusciteraient
d’une certaine façon
à quelques pas de la verte prairie d’antan
au 3e étage de mon appartement
dans un poème du cinq janvier
deux mille seize
et
qui commencerait comme ceci :
« Welcome Home, buddys ! »
Même lieu, différentes époques, différents climats, différentes vies… Une vieille histoire de mondes parallèles. Le poème est-il un passepartout pour franchir ces invisibles barrières temporelles ?
Et pourquoi pas, dirait la fourmi de Desnos.

Allongé dans mon litje rêve à des mondes parallèles
continue page suivante Thierry Roquet
alors je le suis intrigué par cette complicité. Je croise alors quelques oiseaux, le fantôme de Jack London (un ami commun), une grand-mère, un artiste art brut, une baleine échouée, deux vieux, un homme avec un nuage d’où il retire parfois un Boeing 747 d’une compagnie low coast
et d’autres personnages. Je n’imaginais pas que l’au delà du boulevard périphérique cachait autant de surprises dans les ombres de ses quartiers.
Des poèmes plutôt courts, pris au vol, dans cet incertain où se tissent les clins d’oeil que se lancent imaginaire et réalité, ces drôles d’entités qui se moquent de nous pauvres humains
je ne suis pas doté
d’un fort sens commercial
Ceci dit tout n’est pas rose par ici :
On travaille on vit
on se soumet !
On travaille on vit
on suit les ordres !
On travaille on vit
on se soumet !
Dans un lieu confiné
qui pue la sueur du pauvre
et
le mépris de classe
encore semblant
au grand jour
Le reste du temps
on récupère à peine
sa propre vie
et vous voudriez qu’on fasse
d’aimer ça ?

On y a froid, il y a des sans abris qui meurent dehors, un vieux de la vieille qui se souvient d’une rivière… Il y a des bus et des métros réguliers, pour des gens réguliers, même trajets, mêmes horaires, mêmes jours. Et Thierry Roquet dans tout ça ? Et bien
J’écris de la poésie du quotidien
pour que de mes jours creux
il en reste une brindille de souvenir ou
un petit quelque chose d’irréductible
j’écris sur moi
pour que vous sachiez à quoi
vous attendre
si jamais on devait se rencontrer
un de ces quatre
qu’on évite ainsi de le faire pour rien
et
que ce soit en toute connaissance de cause
j’écris de la poésie
verticale
pour que la chute
soit plus brutale.

Ligne 13 du métro, quand je vais à Paris, je la prends souvent cette ligne ; direction Nord plutôt mais rien ne m’interdit un prochain jour de la prendre direction Sud.

https://blog.grostextes.fr/

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Titre : Des haïkus plein les poches
Auteur : Thierry Cazals et Julie Van Wezemael
Editeur : Cotcotcot éditions
Année de parution : 2 019
Le poète invite son lecteur à le suivre chez lui. Dans l’intimité de ses processus de création, dans sa manière d’être au monde. Il explique, il montre, il suggère ; il révèle un peu de ses façons de faire. Comment il se met à l’affût, comment il se laisse surprendre, comment le poème vient à lui.
Il y a le poète, il y a les jumeaux qui viennent le voir et l’écouter. Qui se jettent à l’eau du haïku. On l’aura compris, ces deux-là, frère et sœur, sont là pour nous. Ils posent nos questions, tentent leurs essais. Avancent dans la voie du haïku.
Thierry Cazals intervient souvent dans les écoles ou autres centres de jeunesse pour inciter à la création de haïkus. Dans ce livre il donne aussi en partage sa pédagogie du haïku ou comment amener tranquillement et sans forcer les enfants ou les plus grands d’ailleurs, à oser se lancer dans cette écriture. Une pédagogie particulière tant chaque auteur a ses façons d’opérer bien à lui. Les pistes qu’il propose sont ouvertes à tous, qu’on ait envie d’écrire ou bien qu’on soit pédagogue.
Un livre à mettre dans les mains des collégiens et lycéens, mais aussi des adultes désireux d’écrire ou passeurs de savoir être. Car écrire un haïku c’est aussi cela, affiner son savoir être ; etre au monde autant qu’aux autres.

Dans le livre, on trouvera des haïkus des maitres Japonais, Bashô, Santoka… français, Malineau… et d’enfants : textes créés à l’occasion d’une rencontre avec Cazals. On y trouvera encore des pages blanches à remplir ; livre interactif. Livre à vivre. Livre compagnon.
Une excellente idée à offrir aux amateurs !

https://www.cotcotcot-editions.com/des-haikus-plein-les-poches

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Titre : Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait
Auteur : Emanuel Campo
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 018

Titre surprenant, un brin mystérieux. À l’intérieur, on va de surprises en surprises. De petites choses courtes comme l’écrit Grégoire Darmon dans sa postface. Ni haïku, ni aphorismes, ni épigrammes ; ce serait, dit Emanuel Campo plutôt des bribes, des chutes, des fragments…
Un rassemblement de petits trucs qui surprenent, intriguent, amusent ou laissent indifférents selon l’humeur.
Par exemple
Jeter dans le vide un regard de persienne.
Mourir sept fois sans frais.
J’aime beaucoup ce que vous ne faites pas.
Comme une peur de devenir trop con.

Voilà, un petit livre à prendre de temps en temps, les jours de grisaille ou bien les jours où on aurait tendance à se prendre un peu au sérieux ; histoire de garder les pieds sur terre et de rire de soi-même.

https://blog.grostextes.fr/

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titre : Petit éloge de la lenteur
Auteur : Bruno Doucey
Dessins de Zaü
Editeur : Le Calicot
Année de parution : 2 019

Voici un livre utile et à offrir. Se l’offrir si on se sent loin de la lenteur. L’offrir aussi aux autres ; aux spressés  du jour ! Stress et pressé ramenés en un seul mot pour écrire plus vite.
On le sait tous et on le subit plus ou moins souvent : dans notre quotidien, tout est souvent à faire pour la veille. On court après le temps. On en oublie de vivre. Prendre le temps, voilà ce que ce petit livre illustré par Zaü de malins escargots nous invite à réaliser. Quelques idées pour nous inciter à démarrer les jours sur un rythme plus lent. Quelques points de vue pour nous inciter à regarder le monde alentour, à le sentir, à s’y intégrer. Quelques pas pour renouer avec la marche lente et les sens grands ouverts.

À lire dès le collège. Tranquillement. Et tout au long de sa vie, de temps à autre. Dans un hamac.

Lecalicot.fr
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Titre : La vie est belle
Auteur : Bruno Doucey
Images : Nathalie Novi
Editeur : Editions Bruno Doucey
Année de parution : 2 019

…je reste l’indien des mots de mon enfance
Bruno Doucey invite son lecteur, jeune ou moins jeune peu importe, à le suivre. Improbable voyage d’une page à une autre, d’un poème à l’autre. De l’enfance à l’adolescence. D’un territoire de montagne à d’autres plus lointains sur la planète. Voyage sur les terres d’enfance, voyages sur les terres du globe. Toujours avec un carnet dans la poche. Toujours avec le regard tendre de celui qui observe, qui ressent, qui vibre. Chacun setrouvera une ou plusieurs affinités avec le poète, selon son histoire et les croisements qu’elle offre avec celle de Bruno. Les mots du poème appartiennent à tous et à chacun, leur expérimentation du monde se partage, accompagne, ouvre le chemin.
Nathalie Novi à son tour offre ses images, légères brumes du nord, comme un chuchotement aux yeux du lecteur. Une pause songe. Un sourire.
La vie est belle, le livre est à la hauteur de son titre.

Neige
recouvre neige

Elle n’est d’aucun pays
n’appartient à aucun être

La mémoire qu’elle invente
fond dans l’instant de sa présence

Neige n’a d’ombre qu’elle-même
ce qui l’habille porte sa nue

https://www.editions-brunodoucey.com/

Roman
Titre : Nos bombes sont douces
Auteur :Frédéric Vinclère
Editeur : le Calicot
Année de parution : 2 019

Joris : Qu’est-ce qui me motine dans la vie ? Le foot et les filles. D’un cliché… Mon coeur n’a jamais battu plus fort pour autre chose, mais rien ne me paraît plus ridicule,maintenant que j’y réfléchis.

C’est le moment clef, le tournant de la vie de Joris, 18 ans dans quelques jours. Et c’est quasiment le début de cette histoire, pas de l’histoire de Joris, commencée 18 ans auparavant, dans une famille de fleuristes. Le début de ce roman qui m’a surpris plusieurs fois au cours de la lecture.

Parmi ces surprises, suivre Joris dans sa découverte des guérilleros locaux. En dire plus serait gâcher la surprise du lecteur du livre. Son oncle, ça je peux le dire, lui présente son univers. Changer d’engagement en quelque sorte, au lieu de remplir ses jours de foot, les remplir, allez disons-le, écologiquement ! Dans le vert. Et à deux pas de chez lui, dans la ville de Joris ! Il va intégrer un groupe dont l’objectif est de reconquérir des espaces urbains abandonnés ou non. Si on essaie de le dire autrement : fleurir les goudrons.

Une autre surprise : on va le suivre dans une sorte de Notre dame des landes. Militants, policiers, politiciens, entrepreneurs etc, le genre de conflit dont nous abreuve nos journaux dès que possible. Issue à découvrir dans le roman.

Bref, donc une fiction avec un sympathique héros, au coeur artichaut comme dit son copain Antoine, un garçon qui traverse le roman dans l’ombre de Joris.

Une fiction qui ressemble à des réalités qu’on a croisées en réel ou via la presse ou les écrans. Une lecture qui permet de réfléchir, d’ouvrir les yeux. Salutaire.

C’est un livre du Calicot, l’éditeur qui permet de penser autrement que par les écrans !

Lecalicot.fr
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Titre : La double vie de Zélie-coptère et Séraphin pomme de pin
Auteur : Béatrice Rabelle, Zélie Besnard et Séraphin Besnard
Editeur : Les Editions du Pince-oreille
Année de parution : 2 019

Un roman jeunesse écrit à trois voix. Ce n’est pas commun. C’est une réussite. Je me suis laissé prendre par les aventures des deux enfants.
Ils vivent dans le monde bien tranquille jusqu’à ce qu’un beau jour ils entrent avec leur école dans la forêt. Là tout bascule, les voici embarqués dans les mystères de leurs origines. Un côté Tom Pouce ou bien Tobie Lolness pour cet entre deux mondes original,
Un livre à découvrir dès dix ans et plus bien sûr, pas de limite d’âge quand l’histoire est bonne.
Une petite maison d’éditions à soutenir aussi.

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Titre : Lancer l’alerte
Auteur : Jean-Christophe Tixier
Editeur : Rageot
Année de parution : 2 019

Voilà un roman bien en prise avec l’actualité contemporaine. Les personnages : Une maman Nathalie, son fils César, son amoureuse Lou-Ann et quelques autres bien campés eux aussi.
Une usine à déchets toxiques, une lanceuse d’alerte et toutes les implications et retentissements dans les vies des uns et des autres suite à cette alerte. C’est mené d’un pas vif et sans concession quant aux états d’âme des uns et des autres. Un excellent reflet de notre société. Le lecteur s’interrogera en cours de route sur le camp qu’il choisira car comme dans la vraie vie rien n’est aussi simple que cela en a l’air. D’ailleurs au fil des chapitres on va de surprise en surprise. Résultat, en ce qui me concerne et ce n’est pas la première fois avec Jean-Christophe Tixier, je ne lâche pas l’histoire avant son dernier mot. Ensuite elle résonne. Longtemps.

https://www.rageot.fr/livre/lancer-lalerte-9782700273717

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Albums

Titre : Dans la file
Auteur : Clarisse Lochmann
Editeur : L’atelier du poisson soluble
Année de parution : 2 019

Un livre lumineux. L’artiste joue avec son crayon, les encres et l’eau. Crée des espaces, des silhouettes. C’est vivant, ça palpite. C’est joueur et plein d’humour. Le fil de l’histoire : une petite souris remonte la file d’attente du musée… Drôle de file d’attente… Pleine de surprises.
à découvrir et à tous les âges, un enchantement.

https://www.poissonsoluble.com/produit/dans-la-file/

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Terre ! Terre !
Patrick Joquel
illustrations Nathalie de Lauradour
éditions Voix Tissées, Collection AAA, 15E.

A partir des superbes tableaux de Nathalie de Lauradour, le poète, marcheur et rêveur nous invite à découvrir une terre à la fois inconnue et familière. Il faut laisser nos savoirs, nos présupposés et se laisser conduire par cet explorateur qui nous étonne et nous amuse. Ainsi, en faisant silence en soi, on écoute, comme si c’était la première fois, le coq et le hibou. A l’aurore, les yeux grands ouverts, on regarde « la ronde brioche dorée du soleil » qui nous chuchote « l’histoire de l’univers, presque toute l’histoire » de nos origines. Et pourquoi ne pas faire entrer notre petite histoire dans la grande en racontant au soleil nos secrets ? Si on parvient, avec tous nos sens, à goûter la saveur de chaque chose, on trouvera sans doute un accord avec le monde. Accord qui se perdra et sera chaque jour à reconstruire. Tout au long du recueil, le « tu » adressé au lecteur permet de l’impliquer dans ce voyage où « seul compte vraiment le mouvement ».
Ce beau livre s’inscrit dans une collection jeunesse où l’éditrice Martine Rigo-Sastre, prend soin aussi bien de la matérialité des livres que du tissage des voix, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Notes de lecture
janvier 2 020
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com