PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lectures septembre 21

Lectures de septembre 2021
www.patrick-joquel.com

poésie
Titre : Un jour je serai
Auteur : Cathy KO
images : Yves Barré
Éditeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 021
9€
Un petit carré à hauteur d’enfance. La hauteur la plus difficile à rejoindre quand on a passé l’âge. Être à l’écoute, vibrer avec, comprendre et accompagner, donner des mots et grandir ensemble en humanité. Tout un programme que Cathy Ko essaie de suivre tant au niveau professionnel qu’au niveau de ses créations poétiques.
Une suite de courts poèmes qui commencent tous par
un jour je serai
souviens-toi, combien de fois as-tu joué à ce jeu tout seul à rêver ou avec copains et copines à chercher le plus flamboyant, le plus surprenant des métiers…
des pages qui donnent à rêver. Qui mettent des paillettes dans les yeux et un petit sourire aux lèvres parce qu’on le sait on est adulte et que… mais cela n’enlève rien à la fraîcheur et à la lumière de ces poèmes.
À leur espérance aussi !
C’est accompagné des images colorées et faussement naïves d’Yves Barré. Le tout donne un livre joyeux. Tout simplement joyeux. À offrir des la maternelle et aussi longtemps qu’on est capable de dire un jour je serai. Pas de limite d’âge.

https://www.donner-a-voir.net/

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Titre : Amoureuse
Auteur : Estelle Fenzy
Éditeur : la Boucherie littéraire
Année de parution : 2 021
14€

Un livre comme une auto-fiction en mini mini récits. Cela surprend. La surprise est agréable.
Les textes explorent l’adolescence d’une jeune fille. Ce n’est pas un reportage en direct mais bien une exploration. Chacun aime plus ou moins visiter son passé, jouer aux souvenirs, rejouer le film… C’est ce à quoi nous invitent ces textes. En écho nous retrouvons nos années ados, leurs doutes, leurs joies, leurs aventures, leurs premières fois, les découvertes de son corps, de celui de l’autre, les premiers amours…
Un livre qui serait bien à sa place dans les cdi, collèges et lycées.

Nous nous allongeons dans l’herbe.

L’air est gorgé de parfums, résines, terre chaude, de musiques, feuilles froissées, élytres frottés. Une nuit d’août en Provence.
Il me prend la main. Les yeux dans le ciel, il nomme les constellations, m’invite à suivre le trajet des satellites ; leur petite lumière lente. La Voie lactée me coule sur le front.
Nos nous endormons l’un contre l’autre. Sans un baiser mais pleins de rêves.

https://ekladata.com/tVklu9XHamuQytX9Hxrh2s7suNE.jpg

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Titre : Ils
défaut de langue
Auteur : Natyot
Éditeur : la Boucherie littéraire
Année de parution : 2 021
14€
Tous les poèmes de ce livre commencent par ils. Hommes, femmes et enfants. « Cette tentative de parler de nous tous ‘l’ensemble des hommes et des femmes m’a plongée dans une profonde confusion vis-à-vis du genre représenté dans le pronom »ils ». J’ai pu constater combien ce « ils » est flou sans être neutre, combien parfois nos esprits sont conditionnés par les situations et que la langue ne nous aide pas…. « ils » est un défaut de langue. »
il ne nous reste plus qu’à inventer un nouveau pronom…
mais revenons au livre. Chaque poème est une observation. Des autres, ce qu’ils font, ce qui se passe entre eux, entre nous. On traverse ainsi une sorte de cité qui, loin d’être imaginaire, ressemble à la nôtre, remplie de ces « ils » qui nous croisent, nous heurtent parfois, nous indiffèrent souvent.
Natyok, elle, observe et rend compte. Avec empathie souvent. Un sourire moqueur parfois. C’est la vie et rien d’autre. Le quotidien. Notre quotidien. Lire ces poèmes est un rappel à demeurer dans la poursuite de cette attention au monde qui nous entoure. Toute ces vies qui sont autour de nous ont de quoi fasciner, amuser, jouer aux devinettes, et parfois à la rencontre.
Un livre salutaire à mettre dans les mains dès que l’individu commence à s’intéresser aux autres.

En tant que nageur quotidien ou presque je ne résiste pas au plaisir de partager ce « ils » (le nageur que je suis ne souscrit pas à tous les vers mais qu’importe)
Ils se donnent rendez-vous à la piscine
ils n’y vont pas seuls
certains le font
mais il faut bien du courage
personne n’aime aller à la piscine
ils le font pour être en forme
ils se donnent rendez-vous
pour avoir le courage d’être en forme
le courage de la piscine
ils prennent un sac avec leurs affaires
certains ont un équipement professionnel
d’autres non
il y a des cabines pour se changer
ils enfilent un maillot
un bonnet
des lunettes
certains mettent des palmes et un pince-nez
(c’est ce qu’on appelle l’équipement professionnel)
ils plongent
ils vont sous l’eau
ils battent l’eau
avec les bras les jambes
ils font des longueurs
pas tous
il y en a qui sont venus simplement pour se détendre
tout le monde est en maillot
ça suffit pour se détendre
voir toute cette peau offerte
(en hiver de surcroît)
ça suffit
ils restent dans la piscine une heure en moyenne
une heure pour être en forme
ou pour se détendre
ça suffit
ils retournent se changer
certains en profitent pour se laver
dans les douches collectives
d’autres gardent l’odeur du chlore sur eux
en souvenir
ils s’en vont ravis
ils ont eu le courage de la piscine
ils rentrent chez eux
les cheveux mouillés

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Titre : Quand je serai jeune
Auteur : Daniel Birnbaum
Éditeur : p.i.sage int.érieur
Année de parution : 2 020
10€

Un retour sur l’enfance et l’adolescence des vacances en Creuse. Avec des mots simples. Évocateurs. Un bain de nostalgie et de joies. Ces joies que nous sommes nombreux à partager, même si elles ne sont pas nées en Creuse. Ces instants de vie de l’enfant qui nourrissent le présent ; qui nous accompagnent et dans lesquels on revient puiser quand la solitude, la tristesse nous étreignent.
Un livre comme une joie intense. Ça requinque en ces mois compliqués à traverser.
La poésie, c’est aussi cela : partager du bonheur. Tout simplement. Même si la nostalgie, même si la perte accompagnent la lecture de ces poèmes.

Quelques extraits :

Quand on jouait aux cow-boys et aux indiens
je voulais toujours être un indien
mon grand-père m’avait fabriqué
quelque chose qui est resté très longtemps
mon objet le plus précieux
une petite hache en bois

*

et nous nous jetions à la rivière
qui partait dans un grand éclat de rire
éclaboussant le ciel et les joncs
de mille gouttelettes de bonheur
qui me servent encore aujourd’hui
contre toute sécheresse.
*
Comment
quand je serai jeune
ferai-je pour retrouver mes traces
dans ces chemins creux oubliés
abandonnés envahis remplacés
qui pourtant sont les seuls
à passer
par cette jeunesse à venir.
*

http://www.p-i-sageinterieur.fr/collections/collection-3-14-g-de-po%C3%A9sie

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Titre : Qui a osé vivre sa jeunesse ?
Auteur : Pauline Moussours
Éditeur : p.i.sage intérieur
Année de parution : 2 020
10€

Le titre, ce sont les derniers mots de ce premier recueil qui sera sûrement suivi d’autres livres. Une écriture variée, une écriture existentielle. Vivre est une urgence : le monde est trop incertain. Écrire pour garder trace du passage. Passage dans la ville. Passage à bord d’un train. À bord d’un amour. Écrire , pour garder sa trace, pour éviter de se perdre dans l’évaporation des heures, des jours. Vingt ans c’est si fugace. Écrire pour avancer. Pour voyager. Pour aller à la rencontre de soi.

Écrire les matins gris
dans l’appartement blanc
lorsqu’une odeur vanillée
fait vibrer les cils et les yeux
puis se mélange aux autres

écrire au bord de la fenêtre
autre chose qu’hier
la douceur des sièges en velours
une cuillère dans le café

écrire la nécessité du présent
chiffonnant un fragment d’hier

http://www.p-i-sageinterieur.fr/http://www.p-i-sageinterieur.fr/

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roman
Titre : La reine sous la neige
Auteur : François Place
Éditeur : Gallimard
Année de parution : 2 019

un roman dépaysant. Pourtant ça se passe sur Terre, à notre époque. Une histoire d’amour entre deux grands adolescents. La routine. Et pourtant, François Place entraîne le lecteur dans l’improbable pourtant possible. Il nous tient, marionnetiste de talent, sur le fil. Funambule entre imaginaire et réalité. Entre l’impossible et le vrai peut-être. Un récit, un univers poétique, un sourire aux lèvres si le lecteur accepte cet univers. C’est vrai de tout livre, rien d’extraordinaire là non plus. Et pourtant… Je l’ai lu, et relu dans la foulée tant j’ai été conquis. Je le relirai juste pour le plaisir de partir sur ce fil.
Que dire de plus sans dévoiler l’intrigue et ses méandres… ? On y croise une reine, de la neige, un enfant fugueur, un épais mystère, une dame venue d’ailleurs et… Chut, ouvrez le livre et vous verrez.

https://www.gallimard-jeunesse.fr/9782075132244/la-reine-sous-la-neige.html