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lectures de mai 21

Lectures de mai 2021
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poésie

Titre : Et maintenant j’attends
Auteur : Sabine Venaruzzo
Éditeur: éditions de l’Aigrette
Année de parution : 2020
15€
Le livre commence par un long poème qui lui donne son titre : et maintenant j’attends. Qui est ce Je ?
« Alors j’attends
Comme un Noir cramé
Dans un corps container
Au bord d’un pays
Qu’on appelle liberté »

un de ces marcheurs en tongs dans les poussières de latérites, de sables, de goudrons ou d’écumes… Un de ces errants tournant le dos aux guerres, aux vies interdites ou malmenées, un de ces aventuriers du 21e siècle et de tous les siècles précédents, un nomade.
Quelle différence entre ces siècles d’errances ? La communication : tout le monde sait tout du monde, reporters, images, réseaux. Personne ne peut plaider la non-connaissance.
Que faire alors ? Sabine avec son vêtement rouge, sa valise rouge et ses gants de boxe rouge est allé à Vintimille à la rencontre. Elle est revenue à Nice à pieds, le long de la côte, comme ces migrants que l’on croise parfois en baissant les yeux ou bien en les dévisageant ; dans sa petite valise rouge les mots de ce livre.
Témoignage des vies de ces humains qui traversent les terres, les mers, les rues, les pays… ces humains que nos regards traversent sans les voir. Un livre comme un appel à plus d’humanité, dans la dynamique de ce qu’on a dû appeler, je crois rêver comme un cauchemar, le délit de solidarité.
Perte de repères. Plus rien. Derrière, un pays enfui, perdu. Devant, un pays espéré. En attendant : la marche, le corps à l’instant, les frontières fermées, les camions, les « papiers »… perte d’identité.
Au fil des pages les poèmes prennent le large à leur tour. Ils se mettent au monde, à son écoute. Ils se positionnent
« l’amour s’est assis sur un banc
tandis qu’un moteur tourne à vide
et qu’une bombe éclate dans la tête »

il y a ce poème Docteur Monde, soixante vers, soixante secondes sur Terre. À lire en une minute et laisser infuser x fois soixante autres secondes…

il y a ces poèmes témoins, ces poèmes chocs, ces poèmes questions, ces poèmes en marche et ces poèmes en attente de lecteur, en attente d’humain…

il y a en fin de livre ces pages rouges, encre blanche : le PPF projet poétique fondamental. Comme un manifeste : un engagement du poète sur les routes de l’humanité. Un engagement total et quotidien. En voici un extrait :
«… La vie est un entêtement.
Et le poète est un têtu de vie sans combinaison déchiffrable
il ne s’éteint pas. Il est luciole dans chaque pupille.

Poétons ensemble.

Écrivons le poème universel qui rassemble nos parts d’humanité.
Naissantes et naïves, éclatées sous les bombes, rassemblées dans la rue, calibrées espace vital, aimantes et sauvages, arrêtées dans des camps, couchées réverbère, irradiées cellulaires.
Poétons ensemble.

Nous sommes tous faits de la même roche, de la même terre, de m^mes cellules, de sang rouge,
Nous sommes tous inexorablement liés et reliés… »
*

« Bientôt le souffle
bientôt le souffle du vent
bientôt le vent dans le flou
bientôt le flou du vent devient fou
bientôt le vent fou s’entache de rouge
bientôt le rouge s’étale sur les corps
bientôt le rouge habille tout un corps
bientôt le rouge souffle les corps dans le vent fou
bientôt se perdent les corps dans le rouge océan
bientôt le clapotis des coprs en pointe sur l’écume
bientôt les corps soufflent des mots dans le flou
bientôt le souffle des mots sur le sable
bientôt le sable devient rouge
bientôt le vent dans les corps
bientôt les mots dans le sable

Où seul résiste un reve
qui s’accroche
au bois flottant de l’humanité »

https://www.editionsdelaigrette.com/?lightbox=dataItem-ixvva6ee

*

Titre : Mourir enfin d’amour
Auteur : Luce Guilbaud
Éditeur : Al Manar
Année de parution : 2 021
18€

ce livre ressemble à un long poème dédié « à ma grand-mère ». il commence comme un rêve. La nuit ; une femme marche au bord de la mer. C’est elle. La grand-mère. Le poème la suit pas à pas. Cherche à comprendre sa route. À l’imaginer. À la ressentir. Elle avance vers sa perte. Vers son « mourir enfin d’amour ». ce long poème est un tombeau, un hommage à la disparue. Un texte poignant. Plein d’émotion mais sans tristesse. Juste la gravité. Juste l’amour.
Cependant, la vie a continué. La vie continue. Le poème se souvient, se rêve et prend les chemins de l’enfance. L’enfance même de la poète. Les jeux. Les plages et les jardins. La maison d’enfance et ses mémoires. Un jeu subtil s’égrène au fil des pages entre mémoire et présent. Temps passé, temps présent et face à cette ligne d’horizon qui verrouille le présent du corps, le choix de perpétuer la vie. De nourrir la mémoire avec d’autres vies. D’autres partages. Mourir, oui, bien enfin d’amour.
Ce pourrait être lu comme un livre testament, comme un livre itinéraire. Je viens de là, je suis passé ici, j’ai aimé, je vais aller par là. En chemin, j’ai compris deux ou trois trucs du monde et je l’offre ici à vos mémoires, à vos présents.
Voici le final
« C’était demain

soudain les nuages noirs
désordre d’images
les murs s’écartent
mots d’inquiétude et de consolation
- Est-il possible d’échapper ?
Rêve d’une dernière maison
d’un jardin sous la mer
(l’amour qui fortifie et conduit ses racines)
vague plus haute
eau visage cri appel
fondre avec les flots cœur en tenaille
d’un point à l’autre ne retient pas
comblés mais ailleurs

mourir enfin d’après mémoire
ne vient plus n’entend plus ne parle plus m
mourir enfin d’amour… »

Ce long poème est suivi d’: « Amour dormant » dont voici un poème :
« Ciel passé son bleu usé
fissures dans l’épaisseur du silence
on trouve quelque joie
à traquer la poussière sous le tapis
à éclaircir les vitres
on laisse tomber le verbe aimer
sans qu’il se brise
mais à qui devrons-nous prouver
nos collections de jurs ?

https://editmanar.com/editions/livres/mourir-enfin-damour-2/

*

Titre : HERMES BABY ma machine à écrire
Auteur : Jean-Jacques Nuel
Éditeur :La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 021
10€
J’avais autrefois une petite machine
à écrire
portable
qui portait un nom
magnifique
hermès Baby

je lui avais donné le diminituf
affectueuse de
Baby
comme à une petite amie

quel âge avais-je
à peine 17 ans
quand je l’achetai à Lyon
sur les conseils de ma sœur
qui était secrétaire de direction

de fabrication suisse
légère élégante et pratique
elle se fermait avec une coque
grise au toucher granité
dotée d’une poignée rétractable…

Pour l’entame de ce carné poétique (nom de la collection), un long poème dédié à la Hermes Baby, la machine à écrire portative. J’avais au début des années 80 quand je voyageais sous ma casquette de jeune enseignant entre Alpes Maritimes, Northumberland et Sine Saloum. Si Jean-Jacques Nuel ne se souvient plus de ce qu’est devenue sa machine à écrire, la mienne je l’ai laissée à un ami, au Sénégal… Je retrouve dans ce poème toute la complicité qui nous liait, la machine et moi… Autrement dit, c’est un poème qui me parle saudade.

Aujourd’hui avec les progrès
et les commodités
de l’ordinateur et du traitement de texte
on a du mal à imaginer
ou à se remémorer
cette préhistoire de l’informatique
dont j ene garde pas un mauvais souvenir

La question se pose : avons-nous un rapport identique avec nos ordinateurs portables aujourd’hui ?

Les pages rouges de ce carné poétique poursuivent avec un questionnement sur l’écriture, l’acte d’écrire, au quotidien quand il faut le placer, ce moment d’écriture, entre les différentes obligations du jour. Un questionnement sur la publication, que publier ? Comment ? À qui l’envoyer ? Un poème traite avec humour des réponses éditoriales transformant l’auteur en collectionneur de lettres de refus.
Un livre à proposer à tous ceux qui écrivent ou rêvent d’être publiés.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

*Titre : De ce pas
Auteur : Cédric Lerible
Éditeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 021
10€

petit carné poétique de marcheur. Marcher est une des caractéristiques de l’humain. Des premiers pas, précédés par le rampement, le quatre pattes, aux derniers pas, avec ou sans déambulateur, une vie : des pas. Sauf handicap corporel. Un homme en mouvement sur les trottoirs, les sentiers, les voies, les routes et tout ce qui s’arpente, tout ce qui accueille la déambulation. Le songe aussi. Car marcher, c’est aussi cela : porter une interrogation, songer, observer, mettre des mots. L’homme en mouvement ici met des mots sur ce geste. Des mots, des questions, des idées. Cela donne de courts poèmes pour la halte, des poèmes pour se désaltérer, prendre un peu d’énergie avant de repartir.
Nous sommes tous piétons planétaires
en mouvements
dans le mouvements
citoyen du monde en mutation
monde dans le monde grouillant
résidents invétérés
toujours en mouvements
sonnants et trébuchants
appauvris ou enrichis
jamais de terme aux déplacements
voyager léger

les pages blanches de ce carné poétique attendent les pas du lecteur, ses mots. Chaque carné permet ainsi de créer un objet unique, un par lecteur. Qui sait peut-être un jour aurons-nous la chance de visiter une exposition de ces livres uniques…

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

*

Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com