PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lectures novembre 21

Lectures de novembre 21
www.patrick-joquel.com

Poésie
une revue Bribes en ligne
chaque mois, Bribes en ligne animé par Raphaël Monticelli, donne à lire à foison. C’est généreux, riche de surprises et aussi riche que profond. J’aime m’y promener de temps à autre comme dans le jardin d’un ami.
Dans sa dernières livraison, un hommage à Werner Lambersy à retrouver ici :

https://www.bribes-en-ligne.fr/spip.php?article1856&utm_source=sendinblue&utm_campaign=Les%20parutions%20de%20novembre%202021&utm_medium=email

quand à la revue elle-même on y accède par ici : https://www.bribes-en-ligne.fr/spip.php?article1847&utm_source=sendinblue&utm_campaign=Les%20parutions%20de%20novembre%202021&utm_medium=email
pour ce mois-ci on y retrouvera Michel Butor, Bruno Mendonça, Alain Freixe, Florence Saint-Roch, Marcel Alocco.
À découvrir tranquillement mais régulièrement.

* et des livres

Titre : Une boîte à lettres vide coiffée d’une pomme de pin
Auteur : Christophe Jubien
Éditeur : éditions unicité
Année de parution : 2 021
13€
Christophe Jubien est un flâneur. Il se promène à l’écoute du monde proche. On pourrait le définir comme un poète de la proximité. Un poète de petits riens. Un poète accordé aux démarches du haïku.
Le pari

Un au-delà
est-il possible ?

Le saint s’y préparerle philosophe en doute
et le savant dit non.

Qu’en pense le hérisson
qui traverse la route ?

*

Au cimetière

Dans ce monde flottant
même les chrysanthèmes
finissent par faner.

La mort n’aurait donc ici-bas
pas plus d’avenir que le reste ?

À l’entrée du cimetière
un vieux chien lèche
dans une flaque d’eau
la plaie rose du ciel

et puis s’en va
surnaturel et tout crotté.
*
Il ne se prend pas au sérieux et se moque autant de lui-même que de ce monde flottant dans lequel il évolue.
La poésie n’a pas pour moi
de grands projets

je suis à tout jamais
l’idiot de son village

dansant comme un follet
autour des pommes de pinceaux
faisant la révérence
au moineau qui sautille

avalant un moustique
recrachant un haïku

applaudissant à tout rp=rompre
quand il n’arrive rien.

Il ne passe rien d’autre que la vie dans son présent continu et Christophe Jubien l’accompagne avec le sérieux d’un enfant joueur. Lire Christophe, c’est ainsi se ré unifier à l’histoire du monde alentour et à son histoire personnelle. C’est juste être là.

Une deuxième partie de ce recueil s’intitule justement un monde flottant. Quelques récoltes d’instants. Comme celui-ci
Le pigeon reste
dans le cèdre longtemps

aussi longtemps
que moi sur terre

et puis, hop
c’est fini, il s’en va.

Voilà, c’est simple comme un bonjour. C’est simplement le fruit d’une présence au monde, un entraînement quotidien.
Lire Christophe, c’est aussi cela, répondre présent à cet entraînement, présent aux petits jeux du jour ou de la nuit, présent aux cadeaux gratuits du monde.

https://www.editions-unicite.fr/auteurs/JUBIEN-Christophe/une-boite-a-lettres-vide-coiffee-d-une-pomme-de-pin/index.php

*
Titre : L’hirondelle
Auteur : Isabelle Alentour
encres : Jean-Marc Barrier
Éditeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 021
6€

Parfois le silence nous ramène des souvenirs par brassées. Des souvenirs, des émotions, des sourires, des…
c’est à cela que nous invite Isabelle Alentour dans ces pages. Un retour sur l’adolescence, sur une amitié ; la découverte de l’autre. Si proche et si lointaine à la fois. Unique. Et la perte, la chute : le silence dévasté. La solitude.
C’est un livre pour donner une place à l’absente. À Frédérique dite l’Hirondelle, partie un dix juin…
le temps passe. Les années. Pas les souvenirs, pas les émotions, pas l’amitié. Pas les interrogations.
Des instants de vie. Des questions. Des images comme ces deux textes où elle évoque la passion de son amie pour les petits galets au fond des poches…
Un livre qui questionne la vie, qui témoigne d’un face à face entre soi et la perte de l’autre.
À lire dès quinze ans.

Fond de classe.

De son bureau accolé aux hautes fenêtres elle se penche (elle se penche) à s’en tordre le cou. Voudrait étancher son ennui à la flaque de bleu, aérienne là-haut.

Mais non.
Elle a beau s’étirer, se contorsionner, seul le gris du béton la dévisage.

Alors, elle incline son regard vers la cour, d’où pointent les pousses vert tendre du lierre vers le soleil.

Révérence au printemps.

*
Titre : Qui vient
Auteur : Alain Freixe
Éditeur : L’Amourier
Année de parution : 2 021
15€
Alain Freixe poursuit sa quête de l’insaisissable, de ce qui échappe, de ce « ce que l’homme a cru voir » à travers un long poème qui ouvre ce livre « dans l’appel du nom ». On ne sait rien de ce nom qui résiste à l’écriture, qui se dérobe et dont on poursuit vers après vers, strophe après strophe, l’ombre. Une inlassable quête, têtue et régulière. Sans rage mais avec l’obstination du scribe.
ainsi passe le nom
dans le vent implacable
d’un regard d’ange

parfum et musique
voix silencieuse

des poèmes qui jouent sur l’instant, l’instant du silence ou le silence de l’instant. Ces petits riens du monde. Cette évanescence. Cet insaisissable toujours.
Jour de pluie

il pleut
affleurement des brumes
sur les pierres
glissades du ciel
sur les herbes

quelque chose traîne
entre éclairs
et tonnerres
le vent
non
mais ce silence
qui le suit
quand il reprend son souffle
*
Si peu de chose

derrière le noir
laiteux de l’aube
les étoiles bercent
ce qui reste
d’endormi
dans mes yeux

rien que du vent
entre la nuit
qui finit
et le matin
qui s’éloigne

rien que du temps
pour tenir
la main des paupières
et effleuri le regard
dans un silence
de passerelle délabrée

rien que du vent
et ses fleurs
dans les feuilles
de l’olivier de bohême
pour donner au ciel
le gris qui éclate
dans les braises

rien que tu temps
pour nouer aux pieds
ce rien de lumières
dont les fleurs
comme rouillées de brume
tintaient à l’envers
de la mort

*
Des poèmes de randonneur. Le marcheur à l’affût de la crête, là où tout bascule et où le ciel se découvre, immense et à peine souligné d’un vautour ou deux. Des poèmes au pas de l’arpenteur du monde, toujours en questionnement, toujours en émerveillement, en quête de l’insaisissable instant poésie. À chuchoter lentement, pour se laisser prendre par la main et suivre de cairns en cairns le sentier
à mi pente
sur la pierre d’attente
d’un sourire
poser son désir
*
Alain Freixe, homme de montagnes : Canigou, Mercantour, marche avec les saisons. Avec le temps, ses traces d’oubli en suspension comme sa fuite entre les doigts du sable ; avec le temps météorologique et ses orages, ses flocons. Alain est un de ces rares auteurs à s’aventurer dans la neige, à tremper son regard et son clavier dans la neige et à nous offrir ainsi des mots silencieux, des mots immenses et des silences que traversent parfois une trace de blanchon ou d’hermine.

Si je pouvais tremper mes mots dans la neige, les givrere de toutes les couleurs du froid et les poser en sileniaires sur la page de cendres, peut-$etre alros se sentirait-on dehoros, dans le poème. Dehors, en montagne.

Personnellement, lire Freixe m’aère autant qu’il me questionne ; avec lui, je me tiens au dehors, ouvert au monde et à l’affût.

https://www.amourier.fr/livre/qui-vient/

*
Titre : Lettres griotiques
Auteur : Falmarès
Éditeur : éditions les Mandarines
Année de parution : 2 021
11,50€

Ce jeune poète de vingt ans et les éditions les Mandarines nous offre ici son troisième livre. 13 lettres adréessées à une amie imaginaire : Annatina.
Quand on est loin de chez soi. En terre étrangère. On est confronté à la solitude même si on est entouré d’amis et de soutiens. Pour avancer, l’écrit prend la main du jeune homme. La lecture de poèmes et l’écriture de textes, de poèmes. Pour avancer. Pour garder le cap. Pour aller à la rencontre des autres et du monde. C’est la force de ce livre où se côtoient poèmes, souvenirs, réflexions au fil des pages, au fil des lettres. Cette force qui tient l’homme à son humanité. Qui le pousse vers son rêve, qui crée du réel.
Un livre à donner à tous les jeunes (et moins jeunes) qui doutent, qui ont peur de l’avenir, qui cherchent : ce sera un bon compagnon.
Falmarès, une voix qui avance et que l’on suit avec autant d’intérêt que d’amitié.

Le mot falmarès
Je veux que ce mot soit lit, oreiller, drap
dans les régions où les enfants sont sinistrés.
Je veux que ce mot soit dada, rythme, tam-tam
Dans les régions où mon peuple est encor opprimé.
Je veux que ce mot soit voix, langage,
Bouche et oreille pour mon peuple de plomb
À la chair la plus nègre de l’univers.
Le mot falmarès
Je veux que ce mot soit
Pour l’enfant nègre-rêveur
Un réverbère dans les rues nocturnes.
Je veux que ce mot soit combat, espoir, espérance
Paix et amour dans tous les coins du monde
Où l’Homme domine encor l’Homme.
Le mot falmarès
Je veux que ce mot soit révolution
Pour toutes les femmes qui pleurent en silence.
Le mot falmarès
Je veux que ce mot soit éloge du mot samedi,
Samedi des batteurs de Koba,
Samedi de tous les djinns qui fêtent Noël.
Le mot falmarès
Je veux que ce mot soit palme et poème
Poème et palme,
Pour la chair la plus nègre de l’univers.
Nantes, le 20 février 2021

http://lesmandarines.free.fr/oeuvres.html#lg

*
Titre : ça bavarde les choses
Auteur : Abel(le) Pez
dessins d’Yves Barré
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2 021
10E
De courts dialogues entre des objets du quotidien. Se mettre à l’écoute du monde qui nous entoure, c’est une des voies de la poésie. Quand elle l’emprunte avec pour viatique l’humour, cela devient délicieux. L’humour et l’imagination conduisent loin et c’est ce que nous propose ce livre paru dans la collection la petite porte. Il ouvre au lecteur des territoires où tout se répond (on pense à Baudelaire dans un autre registre d’écriture).
Un livre à lire à deux, à haute voix. À mettre en scène dans les classes de CM ou autre bien sûr. Un livre comme source de création dans les classes ou les ateliers d’écriture également.
À savourer tranquillement et en toute saison.

Ours en peluche
sac en plastique

- Je croyais que t’avais plus le droit d’exister ?
- Je suis un des derniers de l’espèce
la France m’a interdit
- C’est dur
- Y’a une autre espèce qui est née… en maïs
En fait, ils sont sympas, un peu fragiles mais sympas
Et puis maintenant que je suis devenu, on prend soin de moi, on me regarde, on me conserve précieusement, on me plie soigneusement dans le tiroir de la cuisine, on m’aime.

https://grostextes.fr/publication/ca-bavarde-les-choses/

*
Titre : Sur les rives de Tibériade
Auteur : Rachel
traduit de l’hébreu et présenté par Bernard Grasset
Éditeur : Arfuyen
Année de parution : 2 021
17€
Rachel (1890-1931) est considérée comme une fondatrice de la littarute hébraïque moderne. Les éditions Arfuyen ont déjà publié les trois recueils poétiques de Rachel, ici il s’agit de la publication bilingue de poèmes épars et d’articles écrits par Rachel et publié dans des revues, des journaux ainsi que quelques lettres. Cela donne un éclairage diversifié de la vie de l’autrice, et sauve de l’oubli une partie de son travail.
Il y a quelque chose d’émouvant à lire ainsi ces correspondances, témoins de vies déjà lointaines. D’entendre une voix éteinte. De suivre l’évolution d’une personne à travers ses mots, à travers son travail, à travers ses relations.
Les livres sont parfois comme des piliers qui soutiennent des ponts permettant de garder le lien entre le passé et l’avenir.
Une autrice à découvrir !

Âme en voyage
à A.D.Gordon

Le jour devenait plus sombre,
S’éteignait peu à peu le jour.
D’or terni se recouvraient les nuages
Et les hautes montagnes.

Autour de moi s’obscurcissait l’étendue des champs,
Muette étendue ;
Mon sentier s’éloignait -mon sentier solitaire,
Mon sentier désert…

Pourtant je ne me suis pas révolté contre le destin,
Le règne du destin,
J’irai avec joie à la rencontre de tout,
Pour tout je rendrai grâce !

https://editionsarfuyen.com/2021/09/29/sur-les-rives-de-tiberiade/

*
roman
Titre : Sidérations
Auteur : Richard Powers
Éditeur : Actes Sud
Année de parution : 2 021
Un roman dévoré. On y suit quelques mois de la vie de Théo Byrne, astrobiologiste, et de son fils Robin (9 ans). La maman est décédée dans un accident de la route et l’un comme l’autre se confrontent à l’absence et s’épaulent.
Robin subit des troubles de comportement et a du mal à se situer par rapport au monde. Il questionne beaucoup, cherche, se passionne mais ses contacts avec les autres sont parfois rageurs et violents. Un traitement miracle, on entre là dans la fiction, le stabilise et l’apaise. On le suit dans ce plein accord au monde, dans cette idée qui vient de loin dans notre histoire que tout est un. Tout se tient. Etre au monde est alors un enjeu quotidien : s’accorder à la planète ici et maintenant. Ça fait du bien de lire ces pages en ces temps d’angoisses climatiques et politiques.
Je ne dirai rien de plus pour vous laisser le bonheur de découvrir ce livre à la médiathèque.

https://www.actes-sud.fr/catalogue/siderations

Patrick Joquel
Lectures de novembre 21
www.patrick-joquel.com