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lectures d octobre 20

Notes d’octobre 2020
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

poésie
Titre : Allons enterrer l’oisillon
Auteur : Christophe Jubien
Oeuvres de Pierre Richir
Editeur : Donner à voir
Année de parution : 2 020

Christophe Jubien, le poète du quotidien. De l’infime. De l’aperçu. Il ne conduit pas, il marche. Parfois il roule en vélo. Il va tranquillement, comme un flâneur. Un flâneur attentif cependant. L’oeil vif et pas autant dans la lune qu’on pourrait le croire. Il capte le fugitif. Le drôle. Le petit truc qui sourit aux lèvres et permet de passer cette impalpable frontière qui tient en respect l’autre monde. Celui que faute d’autre mot, on appelle imaginaire. Pas autant imaginaire qu’on pourrait le croire. Non. Bien réel, mais avec cette ombre, ce décalé. Cette intuition très vivante du provisoire. On vit ici entre permanence et impermanence, poème court et haïku, dans l’esprit d’un monde flottant. D’un monde à l’affût du réel.
Lire Christophe Jubien, c’est lire en tranquillité, porter sur le monde proche un regard aussi bienveillant qu’amusé. C’est lire un peu la poussière dans les contre jours d’un espace-temps qui nous traverse et qu’on traverse en quelques pas.

Vers la fin

Nul besoin de vous décrire
le paysage à ma fenêtre
je l’aime bien, il m’aime bienveillantet c’est tout.
Ce soir, en égouttant les pâtes
je lui jette un coup d’oeil
il est bien là, sous la lune, au complet
à part cette feuille
qui se détache d’jn érable
et flotte un peu avant d’atterrir
sur le sol gelé.
Il y a un début à tout,
même à la fin.
*
Du provisoire

Sept heures du matin
une table en formica
trois bols de café
et un paquet de biscuites
font de ce petit poème un riche propriétaire terrien.

Dire que dans dix minutes
je vais devoir débarrasser.
*
Comme tout le monde

Une cabane en bois
quelques poules, un chien
un corbeau perché sur le chien
parler un peu sa langue
c’étiat là tout mon rêve d’enfant
au leiu de quoi j’ai eu
comme tout un chacun
le bac et une vie.
*
Synchronicité

Le vent n’a rien eu à dire
il s’est contenté de souffler
etl les fleurs ont dansé
ces pissenlits sur le gazon
qu’un air de jazz à la radio
approuve mollement
11h11-la perfection.
*

Titre : Il court, il court le poème… Sur terre et Il court, il court le poème…Au ciel
Auteur : Alain Freixe
illustrations : Émilie Camatte poru le premier, Annick Chevalier-Lesimple pour le second
Éditeur :éditionsjeanfaitoutunehistoire
Année de parution : 2 020
Deux petits objets, format à l’italienne. Un jeu de mot avec le titre et la brièveté des poèmes : court le poème et course à travers le monde. Que ce soit sur terre ou dans le ciel, le poème est caché
La poésie
aime à se cacher
le poème est son loup

« Pas vraiment des haïkus, des poèmes courts » préfère dire Alain Freixe. Comme des clins d’oeil à l’enfant lecteur (quelque soit son âge d’ailleurs). Une complicité avec la vie, avec la nature et quelques mots pour en témoigner, pour la partager.
C’est joyeux. Coloré : les deux artistes qui accompagnent ces douzaines de poèmes courts ont la joie pour compagne.

Une aventure à suivre sur
www.editionsjeanfaitoutunehistoire.fr

*
Titre : Sous la ramée des mots
Auteur : Georges Cathalo
Editeur : éditions Henry
Année de parution : 2 020

Georges Cathalo joue ici un jeu difficile. Un poème pour un poète. Ou comment exprimer en quelques vers, quelques mots, l’ombre d’un nom ? Comment dire ainsi le regard, le travail, la vie d’un ou d’une poète ?
Et pour le lecteur, quelles traces de vie y découvrira-t-il ?
Comme pour les randonneurs du jour, les poètes de saisons vont et suivent les vents sans trop savoir où le souffle les mènera. Les sédentaires les suivent du regard, de quelques pas, histoire d’apercevoir à leur tour l’ombre de ce que l’autre a cru voir.
Le poème demeure aussi insaisissable que l’humain. Les mots ne sont que l’ombre d’un éclat solaire.

Muet

blotti au fond de ses délires
les plus fous les plus inattendus
il s’enracine dans son silence

il y fixe d’improbables signaux
amers des flots agités
cairns des sommets menaçants

il attendra le temps qu’il faudra
il se fondra dans le paysage

et puis dans la lenteur des sèves
son heure viendra.
*

Titre : De but en blanc
Auteur : Jean-Marie Corbusier
Frontispice de Dominique Neuforge
Editeur : Le taillis pré
Année de parution : 2 020

Creuser le silences
jusqu’à trouver le geste
au plus juste

le ton est donné. Un livre à lire en silence, dans le silence ; dans la blancheur des pages. Poèmes courts, denses et riches de sens. La recherche du mot juste, pour dire, effacer l’oubli, tenir l’ombre à la bonne distance et inventer le futur s’il ne tremble pas trop. Des poèmes entre ombre et lumière. Avec la certitude de la fragilité, de la mort en attente
chaque pas est un adieu
et une promesse
un effacement
à cette interruption prends appui
parole pour ne pas tomber

des poèmes de solitude, de neige : les silences de l’hiver et du froid accompagnent les mots, les pas, le silence de l’homme.

ce jour arrêté
le lent travail de la mémoire
tâtonne

les mots, la parole sont les outils de cette mémoire et de cette présence au monde, à la vie. Mots qui résistent, parole qui échappe. La deuxième partie du recueil travaille sur ce théme. Le poème tourne autour de ce qui lui échappe, les mots cherchent le sens, le sens cherche sa parole. On est si démuni pour effleurer le réel.

Le mots
toujours ailleurs
comme à côté de lui
tirant vers l’infini
le peu d’espace volé

s’allège
qui néanmoins
n’était que mot
soif
à l’air disponible

poèmes d’un chercheur de sens, d’un chercheur de mots. Un livre à laisser résonner dans son propre silence.

Le dernier poème du livre

Le mur est sans voix
et crie

la route s’ouvre
sans issue

le jour qui serre et pousse
l’horizon est cette fenêtre
fermée

et pourtant
je respire
la main tendue
le réel aux lèvres

où tout se confond

et la peur cloue
la mémoire
ici sur le chemin

les voix sont sans visage
et retombent
appelant le secours
d’un présent immobile

l’ombre du pas

la marche alors
reprend

https://www.printempsdespoetes.com/Le-Taillis-pre

*

Titre : épi-poèmes
Auteur : Martine Magtyar
illustrations : Denis Parmain
Éditeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 020

Un Tango, c’est à dire un livre accordéon, horizontal. Parfait pour décorer un dessus de cheminée, une étagère ou autre.
Pourtant… la vie est belle
voilà un début optimiste et réjouissant en ces temps complexes.
Être vivant
être humain
s’apprend en poésie.

C’est toujours vrai même si on peut apprendre sur d’autres sentiers que ceux du poème, bien sûr. La vie est vaste et chacun sa route, comme dit la chanson, passe la parole à ton voisin. Un tango à partager sans modération pour sa joie, son ensoleillement.
L’épi-poétique-nouvelle formule-
étudie tout ce qui entoure le poétique,
l’étude des singularités du poète.

http://www.donner-a-voir.net/

*
Titre : à l’aube de la voix
Auteur : Léon Bralda
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 020

première partie : il y avait l’enfant
mon pas est lent ! Et je suis de ceux-la qui passent comme tant d’autres, par habitude ! Qui sarclent le rêve au fond de la ravine, puis siègnet tout là-haut, près des vieilles racines du vent faisant rumeur…
Ils sont passés comme je passe : le corps lourd et, douloureusement fermé sur ce peu de bonheur qui l’habite.

Suit une litanie de petits pavés commençant par il y avait… Souvenirs d’enfance, des premières fois… Les mots de la mère, le chemin de l’école, le copain, le vertige des apprentissages. L’enfance, cet exil ; ce terreau.

En deuxième partie : Les secrets de la terre
On y écoute les interrogations d’enfance face à la mort. La bête morte qu’un jardinier enterre sous les thuyas. Ce spectacle mystérieux. Ce silence.

Troisième et dernière partie : à l’aube de la voix
l’adolescence exploratrice, le jeune homme s’entraîne à partir. Revient. Écoute. Il semble hésiter entre l’enfance conjuguée à l’imparfait, et ces aujourd’hui au passé composé. Lancinante interrogation sur le temps qui passe. Le corps qui grandit. L’esprit qui s’ouvre et s’interroge sur le sens et la réalité de tout cela. Est-ce que demain existe ?
Le soir, c’est sûr ! Il se fera d’argile à l’ube de la voix… Et le jour reviendra, c’est sûr ! ET le jour reviendra.

Un petit carré tout en prose et bien méditatif. Une nostalgie mélancolique autant qu’un espoir de vie. Un compagnon pour une journée, ou soirée, au coin du feu. Lentement comme le pas qui ouvre ce livre.

http://www.donner-a-voir.net/

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Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com