PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

Comme un chuintement d’air

Au Nord

l’adret du Doublier

altitude

Au Sud

la Méditerranée

noyée au soleil

Sais-tu

que certains matins d’hiver

du mirador

on aperçoit la Corse

Devant toi

le mur béton

altitude 700 mètres

Silence épais

Souligné

d’un chuintement d’air

D’un jacassement de pie

Devant toi

la porte

Le verrou claque

Derrière toi

ça résonne

et la préface

Où est-ce que ça se passe ?

Des lignes brèves, rythmées, un solo de jazz au lyrisme discret, maîtrisé,

accompagnent le randonneur, au bord du silence. « Sais-tu / que certains matins

d’hiver / du mirador / on aperçoit la Corse » : le mot mirador propose, dès le début,

la trame du poème en contrepoint, le double point de vue, métaphorique et réel, de

la montagne et du monde carcéral.

Patrick Joquel nous fait « grimper / au plus haut du langage ». Il parcourt un

espace méditerranéen fait de lumière et de roc. Le roc est un défi pour celui qui

avance, mais les mains s’y blessent. Sentiment de liberté pour celui qui atteint le

sommet, mais quelle liberté quand il porte en lui l’expérience des verrous qui se

referment sur les taulards – le souvenir à vif d’un « petit carré de ciel rayé », d’un

univers de béton et de barbelés ?

Le poète, nous dit Patrick, n’est jamais seul dans sa solitude. Il parle, il témoigne

avec des mots de tous les jours. Leur chuintement est vrai parce que ce monde-là

est vrai dans son ombre et dans sa lumière. À la limite, « tu ne dis rien / tu écoutes ».

Et tu regardes, fasciné.

Dans l’image de couverture réalisée par Nathalie de Lauradour, le rapport entre

les barreaux et le paysage est, comme dans le poème de Patrick, à la fois d’une

grande brutalité et d’une grande douceur. Je pense au tableau de Magritte, Le blancseing,

où une cavalière est posée à plat, coupée à contre-temps par les arbres ; je

pense aussi à Paolo Uccello qui rythme l’espace avec la verticalité des arbres dans

La chasse et celle des lances dans La bataille de San Romano.

Le texte et l’image s’insèrent dans une continuité profondément humaine où le

passé et le présent s’éclairent mutuellement. Il reste au lecteur à apporter sa propre

expérience, sa propre sensibilité – savoir être vigilant, savoir reconnaître le mur qui

nous entoure et qui nous traverse dans l’usure du quotidien le plus banal, le plus

anodin : « Il te râpe / et / lentement / te transforme / en sable ».

Claude Held

Soc et Foc  JOQUEL, Patrick. –Comme un chuintement d’air/ill. Nathalie de Lauradour. –La Meilleraie-Tillay : Soc et Foc, 2011. -50 p. ; 19 cm. –EAN13 9782912360687 : 12 e.Prison.

Le contraste entre l’univers carcéral et au-delà de la grille la luminosité méditerranéenne. Le dedans et le dehors. Le poète perçoit les sons de manière aigue : « le choc sourd des verrous/électroniques », « le cri des serrures ». Une parole à la fois grave (la prison) et légère (le pouvoir d’évasion par les mots et l’imaginaire). « Un mur tourne autour de toi/il te râpe/et/lentement/te transforme/en sable/chaque grain compte les jours ». Ce livre a mûri après une série d’ateliers d’écriture avec adultes et mineurs à la maison d’arrêt de Grasse : « des moments, des visages, flottent encore et toujours dans ma mémoire, icebergs étincelants ; ces poèmes en constituent comme les parties émergées ». Nathalie de Lauradour ose la couleur, encres et papiers déchirés. Elle travaille sur la verticalité et l’horizontalité avec des bandes découpées qui barrent et structurent l’espace. La prison mais malgré tout des espaces d’apesanteur et de rêve comme avec ces portes suspendues en l’air. Un très beau travail graphique qui joue avec les poèmes forts et humains. Une nouvelle réussite qui scelle le duo Joquel/Lauradour après Maisons bleues paru en 2007. Dès le collège et lycée. Odile. Bonneel.

intercdi.

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Après quelques années de maturation, ces poèmes écrits à la suite d’interventions de l’auteur en milieu carcéral laissent des traces ineffaçables. Parties émergées d’un énorme iceberg, ils ne parviennent pas à disparaître, et pour cuase car ils traduisent avec pertinence la terrible sensation qu’est la privation de liberté. derrière ces grilles et ces murs, dans les cellules et dans les couloirs, on s’efforce encore de se croire vivant alors que « le cri des serrures étouffe un à un les mots ». Ce sont pourtant ces mots qui permettent de « grimper au plus haut du langage afin de renouer avec le sens ». L’espoir peut venir d’un simple papillon de nuit entré par la fenêtre, preuve « qu’aucune barrière n’aura raison de toi aussi longtmeps que tu resteras fidèle à toi-même ». Les originales illustrations imaginées par Nathalie de Lauradour apportent à cette suite une dimension supplémentaire comme un rappel permanent de l’enfermement tout en embarquant l’imaginaire sur des itinéraires résilients tels que des fragments de ciel ou des feuilles de papier. Avec les mots, le dilemme demeure « Te livrer ou te retenir Là est ta liberté ».

Georges Cathalo, Pages Insulaires 20.

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à St Laurent du Var un cm2 s’est emparé de ce livre avec la consigne suivante : recopie les vers et autres fragments que tu aimes, puis organise les pour former un texte.

voilà ce que ça donne :

Par la fenêtre ouverte,

En l’absence du vent,Un ange murmure ses ailes.

Les jours se suivent

Dehors les pâquerettes

Se transforment.

Clara
Ici, en l’absence du vent,

Respirer déchire la langue.

Le lièvre et le crapaud chantent le chant des chênes

Ils apprennent sa langue.

Sonia
Elle s’y suspend

Elle s’accroche aux barreaux

Respirer déchire la langue

Ici

Ils claquent au ciel

Leurs froides prières

Un ange

Murmure

Ses ailes

Léo B
A l’ombre

Elle lit des livres

Elle retient les mots

Il y a de le terre en elle,

Du ciel et du rocher

Là-Bas est sa liberté

Alessia
Le lièvre et le crapaud

Libres comme un flocon de mars

Après un fragment de ciel azur

Leurs regards s’attardent

Dans leurs petits carrés de ciel rayé

Et les étoiles

Sur ton rectangle à images

Andréas
Ton regard s’attarde

Auprès d’un fragment d’azur

Qui te restera fidèle à toi-même

L’instant d’oser croire en toi

Tout entier dans ta voix

Là est ta liberté

Samantha
Le mistral se déchire

Dans ces couloirs privés de soleil

Le long des nuits

L’encre a coulé

Quelques signes en témoignent

Maxence
Dans ton petit carré de ciel rayé

Un ange

Murmure

Ses ailes

Le long des nuits cernées de projecteurs

Quand le bref éclat d’obscurité

Lui permet d’apercevoir

Glissant sur la lointaine orbite

Un satellite de communication

Clélia
A l’ombre

Il te sourit

Auprès d’un fragment du ciel

Un mur tourne autour de toi

L’instant d’oser croire en toi

Tous ces instants de bonheur en liberté

Léo S
Tu ne dis rien

Tu écoutes

Les vagues

Immobiles

Dont les surfeurs plastiques

Du paysage

Lui permet d’apercevoir

Des vies, des voix

Loan
Tu tiens les mots trop étroits

Entre le mistral barbelé

Des cistes mauves

Tu te tiens à la lisière

Du ciel qui déchire les barreaux de la nuit

Brûlant un papillon entre les mots

Damien
Les étoiles

Les avions

Clignotent

Dans ton petit carré de ciel rayé

Par la fenêtre ouverte un papillon de nuit entre

Et te tient compagnie

Il te sourit

Il te raconte ses hauts vols

Tu ne dis rien

Tu écoutes

Libre, il te râpe

Et lentement se transforme

En sable

Chaque grain compte les jours

Là,

Est ta liberté

Marion
Ton regard s’attarde auprès

D’un fragment de ciel azur

Tu ne dis rien, tu écoutes

Et la palpitations des cistes mauves

Tes yeux tremblent

Tu bégaies : libre comme un flocon de mars

Sur ton épaule, les étoiles

Claquent au ciel

Ludivine
Tu voudrais respirer à pleins poumons son eau

Tu te tiens à la lisière du mot air

Tu bégaies

Tu voudrais fendre le silence à la hache

Comme à l’affût

Oui c’est cela

Tu guettes

Tu rêves d’être soluble

Tu pourrais te croire vraiment vivant

Hésitant

A tourner la page

Florian
L’instant de croire en toi

Tu resteras fidèle à toi-même

Là est ta liberté

Ton regard s’attarde auprès d’un fragment de ciel

Un papillon denuit entre et te tient compagnie

Un ange murmure ses ailes sur ton épaule

Tous ses petits bonheurs

Chaque grain compte les jours

Alfred
Les étoiles

Par la fenêtre ouverte

Tu retiens les mots

Tes yeux tremblent

Comme des flocons de Mars

Flocons légers

Illona G
Dans ton petit carré de ciel rayé

Là est ta liberté

Sur ton rectangle à images

Un beau paysage

Andréane
Ici respirer déchire la langue

Elle s’accroche aux barreaux

Dans ton petit carré de ciel rayé

Ton regard s’attarde auprès d’un fragment de ciel azur

A l’ombre un ange murmure

Avec la patience de la chenille

La brûlure de l’espace, les étoiles

Là est ta liberté

Alice
Du silence

La brûlure de l’espace.

Un ange murmure ses ailes

Sèche un poème

Tu resteras fidèle à toi-même

Là, ta liberté

Tu lis parfois un poème,

Un papillon de nuit entre et te tient compagnie

luca
De l’espace à l’ombre

Il te sourit à l’air du ciel

L’instant d’oser croire en toi est ta liberté

Tous ces petits bonheurs en liberté

Libre comme flocons de Mars

Auprès d’un fragment de ciel

Solène
Dans ton petit carré de ciel rayé

Le mistral se déchire

Ici respirer déchire la langue

Là est ta liberté

Libres comme flocons de mars

Tu tiens les mots en laisse

Simplement humains

Tu guettes

En liberté

Les étoiles

Du paysage

Maëlis
Sur ton rectangle à images

Un ange murmure ses ailes

Tandis que le papillon de nuit te tient compagnie

Et la lumière en toute saison

Ton petit carré de ciel sera rempli

Uriel
Ton regard s’attarde

Sur la lune et le chant des chênes

Le mistral se déchire

Auprès d’un fragment de ciel

A pleins poumons son eau

Dylan
Des vies, des voix du paysage

Là est ta liberté

Jour après jour identique

Le mistral se déchire

Sur ton épaule un ange murmure ses ailes

Le transforme en sable

Chaque grain compte les jours

Dans ces couloirs privés de soleil

Pour donner forme à l’ombre

Léa
Sur ton épaule un ange

Murmure ses ailes

Libre comme un flocon de Mars

Là est ta liberté

Est-ce que tu resteras fidèle à toi-même ?

Gwennaëlle
Dans ton petit carré de ciel rayé

Un papillon de nuit entre

Un ange murmure ses ailes

Libres comme flocons de Mars

Les étoiles, les flocons légers

Du paysage

Là est ta liberté

Ilona L
Dans ton petit carré de ciel rayé

Respirer déchire la langue

Elle s’y accroche aux barreaux

Libre comme flocon de Mars

Il te raconte ses hauts vols de la brûlure de l’espace

Chaque grain compte les jours

Quentin