Croquer l’orange
Johan accompagne les poèmes d’une bande dessinée originale !
Ce texte a été mis en voix et en musique en 2011 avec quatre musiciens.
Extraits :
1
À bord de ton croissant
tu as croqué l’orange
Un lent soleil couchant
Tu es doux comme un ange
Tu as dix doigts plumes
Tu caresses les nuages
les comètes
les orages
Tout ce qui s’allume
quand s’obscurcit la planète
2
Avec sa pelle en plastique
elle prend du sable
et le lance
loin dans la mer
Très loin
Un peu plus tard
elle remplit le seau d’eau
puis le vide
sur la plage
Tu le sais
tu en as fait autant
si loin que tu ne t’en souviens plus
Une autre vie
Aujourd’hui
tu n’as plus ni seau ni pelle
mais tu regardes encore la mer
3
Tu vis
sur un filin d’écume
Funambule
aux muscles salés
tu déambules
Ton corps sablé
croque à tous les bleus
4
Piscine et maison poule
grain de langue
Salon d’hiver
grain de mimosa
Chambre de printemps
grain de moineau
Cuisine d’été
grain de rosé
Véranda d’automne
grain de raisin
Pelouse au peigne fin
grain d’escargot
Machine à glaçons
grain de frissons
A des milliers d’exemplaires
grain de miroir
Variations infimes
grain d’alouette
Tout va bien
grain de requin
Tu te crois
dans une photo magazine
grain du sud
Avec la cigale obligatoire
grain de rien
tu joues au mannequin
Tout va bien
Dans le livre il y a aussi cette lettre :
Mouans-Sartoux le 10 juin 2007.
Bonjour.
C’est drôle d’écrire une lettre sans savoir qui la lira… ni quand… Un livre c’est un peu pareil. Les poèmes à l’intérieur sont un peu comme une lettre dans une bouteille jetée à la mer… A l’époque de la communication instantanée, cela contraste. Un livre, ça s’installe dans le temps. Celui du rêve. Celui de l’attente sur son étagère. Celui des lectures. De l’échange. Un livre, c’est aussi un peu comme une carte aux trésors. Une invitation au voyage. Chaque poème propose un paysage, un moment. De l’espace et du temps. Une émotion aussi. Dans cet espace et dans ce temps, il y a l’humanité. Et dans cette humanité, il y a moi, l’auteur des poèmes. Il y a toi. Le lecteur. Deux êtres uniques. Fragiles. Un peu perdus dans tout cet immense… Deux êtres qui se rencontrent grâce aux mots. Et qui se rencontrent autour de ce qui est essentiel : notre humanité ; notre présence au monde.
Dans ces poèmes j’explore ainsi différents espaces, différents moments. Je t’invite à les explorer aussi, à ta façon. A explorer tes propres paysages. Ta propre histoire. Tu sais dans le fond nous ne sommes pas très étrangers l’un à l’autre.
Amitiés des cigales
Patrick Joquel
et le blog de Johan :
