Dans la mémoire du vent
Extrait de cet album :
1.
Les sédentaires, ceux qui s’attachent à leur terre et la cultivent… Ceux qui la protègent de petits murets de pierres… Je les comprends… Quand je caresse leurs maisons j’en apprécie les odeurs… Les couleurs… Et quand j’ébouriffe leurs cheveux, j’entends leurs secrets désirs… Les sédentaires, je les comprends…
Mais mon cœur souffle surtout pour ceux qui bougent… Ceux qui partent… Ceux qui vont… Ceux qui marchent… Les passants… Nomades… Voyageurs… Randonneurs… Explorateurs… Pèlerins… Ceux dont les rêves soulèvent les pas… Ceux ou celles qui les chaussent de mes semelles…
2.
En voici une. Ou plutôt deux. Alexandra David-Neel et son fils adoptif : le lama Yongden. Deux arpenteurs de hauts sentiers… Cela fait des années que je les vois tenter de pénétrer au Tibet. Sans succès… Le pays reste fermé aux étrangers. Le jour de son premier échec, tandis qu’elle revenait sur ses pas, j’ai entendu Alexandra se promettre d’être la première femme Européenne à entrer dans Lhassa, la Cité Interdite…
Cette fois-ci, ils me surprennent : déguisés en pauvres pèlerins Tibétains, j’ai failli ne pas les reconnaître ! Ils voyagent simplement… Seuls. Libres et légers… Comme moi…
3.
Leurs souffles se mêlent au mien. Nous arrivons au col du Dokar. S’ils le franchissent, ils entrent dans le pays défendu ! Je les préviens d’une violente rafale glacée. Tous les drapeaux de prière claquent et répètent « N’avancez pas ! N’avancez plus ! ».
Alexandra ne les écoute pas. Elle se tourne vers le Nord et prononce le vœu sacré « Que tous soient heureux ». Elle se tourne vers l’Est « Que tous soient heureux ». Elle se tourne vers le Sud « Que tous soient heureux ». Elle se tourne vers l’Ouest et murmure encore « Que tous soient heureux ». Alors je m’efface et je les autorise à passer.
