Entre écritoire et table à cartes
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Toile de fond
Sur mon écran
chaque soir
je lis tes mots
Je peux aussi les entendre
entendre ta voix
Puis
sur le clavier
mes doigts effleurent les tiens
Une simple pression de l’index
je te les envoie
Via les puces et les satellites
mes poèmes t’accompagnent dans ton tour du monde
ils te racontent mon tour des mots
en solitaire aussi
Les yeux rivés sur notre boussole intime
nous poursuivons chacun notre allure
Tu me parles de temps
de manœuvres
d’usure des voiles
d’albatros
L’ombre du poème
te raconte
les résistances du texte en train d’émerger sur la plage
ses blancs d’écume
son attente de la vague juste
et sa recherche des parallèles
L’un et l’autre
avançons ainsi vers ce but qui nous dépasse
mille après mille
mot après mot
En direct
de la table à cartes à l’écritoire
Cisailles de plume
des goélands argentés
coupent le silence
A la pointe de toute insularité
Toute rencontre secrète un peu d’écume
Un éclat sur la vague
étincelle
feu liquéfié
Ondoyante solitude
où palpite le souvenir dissout
de nos origines
Ce qui respire ici
est-ce uniquement de l’eau
?
Ce qui déferle ici
est-ce uniquement du vent
?
Ce qui naît ici
est-ce uniquement de l’homme
?
Ne sommes-nous que chair et regard
simplement issus de cet accouplement de vent et d’eau
fœtus lentement mûris au soleil
simplement promis à la dissolution
?
L’océan écoute
Lui aussi s’interroge
« Qu’en était-il de moi
avant que les houles ne me façonnent ? »
Aucun rivage ne lui répond
Ne lui reviennent que
des échos de falaises
des bruissements d’estuaires
des chuintements de graviers
Sur la plage les vagues n’abandonnent qu’un peu de sable
et notre enfance au gré de ses châteaux s’y ébroue
Là bas
aux îles Crozet
Kerguelen
ou du Prince Edwards
le printemps commence
et les manchots royaux
couvent leurs œufs
Petit manchot
naîtra vers Noël
Peut-être
apercevra-t-il tes voiles
ou bien
croiseras-tu en mer
l’un de ses parents
?
