PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

ardeur

thème du printemps des poètes 18. Ardeur.

j’ai fait une recherche dans mes dossiers…

voilà ce que je trouve.

Ardeur
Las, où est maintenant ce mépris de Fortune
Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l’immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune
Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté
Dessus le vert tapis d’un rivage écarté
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,
Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,
Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

De la postérité je n’ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

Joachim du Bellay, Les regrets
*
Denise Maumus-Destin

Sur le pont suspendu, mes pas s’abandonnent et glissent et tout mon corps s’allume, de mon ventre à mes doigts.
Les arbres à peine printaniers griffent un ciel tourbillonnant gonflé de pluies violentes et de vents buissonniers.
Et le fleuve que rien ne trouvle salue l’inconstance et l’ardeur.

L’hiver est proche de la lumière
Gros textes
*
Où conduirait le vent
s’il n’était que le vent

Où l’ardeur du soleil
s’il n’était que de flamme

Et encore cette pluie
d’orage dans sa rage
à n’être que de l’eau

Où conduiraient les mots
s’ils n’étaient que des mots
et le jour du poème
sans l’au-delà du jour.
Jean-Marc Tixier
Le temps des mots
Pluie d’étoiles éditions

**
Acharnement
Du fond de leurs buissons
Cet acharnement à parler de ce qu’il reste. Des cendres. Des poussières. Je remonte une piste. Je suis chasseur. Trappeur. Je sais lire dans les traces de la vie qui passe. Je peux dire : elle était là ou : Il y a deux heures il s’est passé quelque chose ici. Je lis les empreintes. La lumière sur les murs. Les chaussures abandonnées. Les vestiges. Je dois retrouver. Débusquer les chemins. Les pots de yaourt vides. Les restes d’un repas. La forme des corps dans le lit. Les confettis sur le trottoir. Le lendemain. Les odeurs de soir et de matin. J’avance toujours après la vie. Quelques secondes plus tard. Un peu derrière. Un peu devant. Un peu plus loin. J’ai la distance des bêtes qui regardent ce qui se passe du fond de leurs buissons. Ce décalage me sauve. Me condamne.
VINAU
PLUS LOIN

*
par Colette Gibelin

Et nous voici,
encore une fois,
jetés dans les vendanges et bousculés d’azur,
célébrant la beauté du monde
Nous voici menacés,
dissous, désarmés,
ivres de soleils imparfaits
Iles folles de la nuit,
Iles éclatées
Nous scintillons dans nos défaites
de toute l’insolence de vivre
Quelles sources en marche
Quel acharnement ?
Mains nues,
abandonnées aux drames, aux blessures,
aux caresses,
j’aime la vie jusqu’au désespoir
Terre insensée,
nous t’invoquons, royale
Et nous voici dans ta poussière,
investis, effrités,
clamant encore la joie d’être mortels
**
Energie

Mes échecs je les ai tous si magistralement réussis j’y ai mis tant de cœur d’énergie et d’esprit que ça ferait peine de ne pas s’en réjouir face à ma collection de gamelles j’ai pensé à Warhol c’est dans mes vestes ses revers que j’ai enfin touché l’arc-en-ciel j’avais tant attendu pour ça
Sophie Braganti, trac, gros textes
*
Viens dormir avec moi

Viens dormir avec moi. Dehors l’hiver, le vin
nouveau dans le verre. La musique est
bonne. Sur la table, un livre. Ses mots
pénètrent le monde : toute l’horreur
et l’inanité, le mal et le crime. Mais ce poème
est pour toi. Ce poème est mon corps
étendu près de ton corps ; il bouge
dans la pièce, dans la maison. Dors
avec moi, il se peut que nos corps produisent assez d’énergie
pour une ampoule incandescente, peut-être moins,
peut-être rien qu’une mèche de bonheur
entre la faim, le froid et la stupidité. Et alors ?

Lyor Shtenberg
Eaux abondantes
Gros Textes
*
La lumière décline, l’énergie entame son lent retour vers les racines…
Et je songe aux miennes qui sont européennes, Espagne, Angleterre, catholiques, protestantes. Mes racines… Des conquistadors, des envahisseurs, des colons, des esclavagistes, des exploiteurs, des pilleurs, des violeurs, des assassins…
Mer racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
Des fleuves de sang versé qui ont infiltré mes cellules, et je suis née comme ça, hantée par les cris, les pleurs, la rage et le désespoir de tous ces peuples, hommes, femmes et enfants humiliés, décimés, réduits à néant. Je porte ce poids, ce sang lourd d’injustices non réparées et je tente d’y puiser un peu de cette dignité dont nous avons perdu le souvenir.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire pour néo-humains sous plastique, élevés en batteries sophistiquées et non dénués de confort, il faut le dire.
Je ne porte pas de culpabilité. Je ne veux pas payer pour des crimes que je n’ai pas commis de mes mains, mais j’aurais terriblement honte si je cautionnais par mon silence et mon indifférence ce qui perpétue ces horreurs encore et encore, quels que soient les noms sous lesquels on les dissimule.
Cathy Garcia.nouveaux délits 19
*
À mes élèves

Rien n’a changé
Aujourd’hui comme hier
les maîtres décollent
à l’énergie scolaire

Guy GOFFETTE
*
Entrain
Poème du chat

Quand on est chat on n’est pas vache
On ne regarde pas passer les trains
En mâchant des pâquerettes avec entrain
on reste derrière ses moustaches
(quand on est chat, on est chat)

Quand on est chat on n’est pas chien
on ne lèche pas les vilains moches
parce qu’ils ont du sucre plein les poches
on ne brûle pas d’amour pour son prochain
(quand on est chat, on n’est pas chien)

On passe l’hiver sur le radiateur
à se chauffer doucement la fourrure

Au printemps on monte sur les toits
Pour faire taire les sales oiseaux

On est celui qui s’en va tout seul
Et pour qui tous les chemins se valent
(quand on est chat, on est chat)
Jacques Roubaud
Les animaux de tout le monde
Seghers 1990
*