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Coucy le chateau

En début d’année scolaire, Sabrina me contacte pour un projet d’écriture avec sa classe CM à Coucy le Château où nous nous étions rencontrés lors de ma résidence d’auteur l’année précédente.
Charge à moi de commencer l’histoire, à la classe de la continuer. Et ainsi de suite d’épisode en épisode. Voici leur texte final.
Pendant le même temps, j’ai aussi écrit l’histoire d’Edel et Frézel. Je ne l’ai pas encore terminée (je suis tout seul). S’il existe forcément quelques points communs entre nos deux récits, ils diffèrent également. Je me laisse le temps de finir mais vous donne à lire l’histoire de la classe.



« Les zébrés sont à deux jours d’ici, les enfants.
- Des zébrés grand-mère, je n’en ai jamais vu, répondit Edel.
- J’aimerais que tu n’en vois jamais ma petite, soupira la vieille femme. Jamais.
- Pourquoi ?
- Quand les zébrés seront là, ce sera la fin du village. Tu sais ce qu’ils font quand ils arrivent ?
- Non.
- Ils tuent ! Les femmes, les vieux. Les hommes et les enfants, ils les gardent comme esclaves pour les cultures, l’entretien ou comme soldats.
- Pourquoi ils s’en prennent surtout aux femmes et aux vieux ? demanda Frézel.
- Pour qu’il n’y ait plus d’enfants tachetés, parce que les vieux, ça ne sert plus à rien, c’est inutile pensent-ils.
- Ils sont fous, ajouta le jeune adolescent.
- Ils ont la force et le pouvoir. Nos hommes et nos femmes sont partis à leur rencontre pour tenter de les stopper. Mais si les zébrés passent… Votre vie ne sera pas longue, les enfants.
- Moi, je suis un homme, ils me garderont.
- Tu rêves Frézel : avec ton bras, tu n’as aucune chance et tout ce que je t’ai appris disparaitra avec toi. »
Frézel regarda son moignon. Son regard montrait qu’il avait compris. Les zébrés n’avaient aucun respect pour les handicapés, aucune considération pour les humains. Tout ce qu’ils voulaient c’était le pouvoir, la richesse…
« Vous devez partir les enfants ! Maintenant !
- Mais toi ? s’inquiéta Edel.
- Moi, sourit la vieille femme. Ma vie est derrière moi et j’ai bien vécu. Je me suis bien amusée. J’ai transmis mes connaissances. Je suis en paix. Je peux partir aussi ; mais nous n’irons pas au même endroit.
- Je ne veux pas te laisser.
- Partez ! Fuyez ! Cherchez l’île au bananier bleu : vous y serez en sécurité. »
Ils décidèrent de partir à minuit après avoir préparé leur sac, en n’oubliant pas la carte que leur grand-mère leur avait confiée. Après une bonne heure de marche, vers le nord-est, en direction du port de Nustralli, les enfants croisèrent les tachetés en bataille avec les zébrés. Les hommes et les femmes ne les avaient pas retenus longtemps. Ils furent choqués de voir les leurs au sol. Les enfants étaient en pleurs. Un des zébrés vit les enfants s’enfuir. Il les poursuivit discrètement. Il attendait le bon moment pour les capturer. Ils coururent très longtemps.

Tout à coup, Frézel tomba et le zébré le captura. « Au secours ! » cria Frézel mais Edel était déjà trop loin pour l’entendre. Soudain, un homme surgit de nulle part. Il avait une cicatrice à l’œil droit, un œil de verre, une cape dotée d’une fourrure de léopard. Il était barbu. Le zébré en eut froid dans le dos. L’homme se rua sur Frézel qui eut peur et cria. Le garçon reconnut un tacheté, le zébré le lâcha pour se défendre.
Plus loin, Edel se retourna et appela son frère. « Frézel, Frézel, où es-tu ? » Elle le chercha en vain. Soudain, elle entendit son frère crier. Elle courut vers la voix et fut choquée de voir un zébré à terre, couvert de sang. En voyant son frère, elle lui sauta dans les bras. Des larmes de joie coulaient sur ses joues.
« Qui êtes-vous monsieur ? demanda Edel.
- Je m’appelle Kamayouka. Je suis un ancien esclave des zébrés. J’ai réussi à m’échapper il y a deux lunes. Depuis ce jour, je vis caché. Ma vie est difficile.
- Merci du fond du cœur d’avoir sauvé mon frère. Je vous en suis très reconnaissante. Pouvez-vous nous aider à aller au port de Nustralli ?
- Oui, je connais le chemin. »

Ils marchèrent trois jours. Trois jours de grand beau temps, bien bleu, juste chaud. Ils traversaient un immense plateau couvert d’herbe rase, de petits pins et de rochers. Ils pouvaient croire à la paix du monde, à sa joie. Kamayouka chassait : lièvres, poules de bruyère et Frezel qui connaissait les herbes, les parfumait de son talent. Edel complétait les repas avec des fruits glanés en chemin. Cependant, le troisième jour, de lourds nuages venant du sud déroulaient leurs gris dans le ciel. Le vent torturait les pins, faisait frissonner leurs corps. La tempête galopait vers eux.
« – Il faut trouver un abri, cria Kamayouka.
Ils continuèrent le chemin en courant pour échapper à la tempête.
- Venez vite, j’aperçois quelque chose au loin, dit Edel.
- D’accord on arrive ! cria Frézel.
- C’est une grotte ! s’écrièrent les enfants. Encore quelques mètres à faire ! »

Kamayouka et les enfants entrèrent dans la grotte au moment où la tempête éclata. L’entrée de la grotte se boucha car la tempête était tellement forte que des rochers tombèrent.
« Edel on est coincés ! s’écria Frézel. »
Les enfants avaient peur. Heureusement, il y avait un peu de lumière. Ils cherchèrent à s’échapper et Frézel tomba sur des morceaux de silex. Kamayouka alluma un feu. Avec un bâton et du tissu, ils fabriquèrent une torche. Puis, ils s’aventurèrent dans la grotte.
Soudain, ils entendirent des bruits étranges qui provenaient du fond de celle-ci. Ils entendirent des sifflements et virent des lueurs qui s’approchaient lentement. Kamayouka et les enfants s’approchèrent, ils virent des yeux jaunes brillants. C’était un serpent à trois têtes long de cinq mètres.

Kamayouka se demanda si le serpent était agressif. Edel cria et le serpent attaqua les enfants. Le guerrier trancha les trois têtes d’un coup avec son épée. Ça tombait bien, les enfants avaient une faim de loup. Frézel savait que le serpent était comestible. Il demanda donc à Kamayouka de le couper. En tranchant le corps, il tomba sur quelque chose de dur. « C’est une poche ! cria-t-il. »

Avec le feu de camp, ils firent chauffer la viande. Edel fabriqua un collier pour chacun avec les dents du serpent à trois têtes. Après avoir mangé, ils s’endormirent.

Le lendemain matin, Kamayouka prit la pioche. Il se dirigea vers la sortie pour essayer d’enlever les pierres qui leur barraient le passage. Au bout d’une demi-heure, la sortie était déblayée. Ils sortirent de la grotte et reprirent leur route vers le nord.
Ils arrivèrent aux portes du désert. La mer les attendait sur l’autre rive et dans la mer, l’île au bananier bleu…
- Reposons-nous à l’ombre de la porte, ordonna Kamayouka. Nous marcherons cette nuit en nous guidant avec l’étoile polaire. Mangez, buvez, dormez.
Ils dormirent, burent et mangèrent puis entamèrent leur traversée au crépuscule. Ils marchèrent toute la nuit sous des pluies d’étoiles filantes. C’était beau, grand et silencieux. Avec l’aube apparut à contre-jour au loin des palmiers.
- une oasis ou un mirage ? demanda Edel.
- Pour le savoir, il faut avancer, répondit Frézel.
Ils avancèrent et c’était bien une oasis. Quelques maisons en terre appuyée contre une falaise ocre d’où tombait une petite cascade tiède. Des palmiers, je l’ai déjà dit, des orangers, citronniers, un jardin potager, une balançoire et quelques enfants qui jouaient. Le plus grand siffla et vint à leur rencontre.
- Attendez ici. Le chef va venir.
En attendant le chef, ils s’assirent sur une pierre. Le chef arriva après vingt minutes. Ils avaient chaud.
Kamayouka lui expliqua qu’ils étaient en fuite. Le chef leur proposa de s’abriter pour la nuit pour se protéger des tempêtes de sable. Ils acceptèrent.
La nuit tomba. Le village dormait. Les enfants avaient soif. Kamayouka les accompagna pour boire de l’eau de l’oasis. Un villageois entendit un bruit et cria : « Gardes ! » Les enfants repartirent avec leur gourde mais Kamayouka se fit surprendre par les gardes du désert. « Vous êtes encerclés, posez cette gourde ! » Le chef fit une remarque au guerrier : « La prochaine fois, vous êtes bannis !
- Pourquoi ?
- Il est interdit de boire de l’eau la nuit, expliqua le chef.
- Vous ne nous aviez pas mis au courant, protesta Kamayouka.
- Il y a une pancarte à l’entrée du village.
- Je suis désolé, je ne l’avais pas vue. »
Kamayouka rentra et oublia d’expliquer aux enfants qui dormaient déjà qu’il était interdit de boire la nuit.
Le lendemain soir, Edel et Frézel allèrent boire. Le chef qui faisait le tour du village les remarqua. Il les exclut du village. Au petit matin, en allant réveiller les enfants, Kamayouka remarqua qu’ils n’étaient plus là. Il les chercha partout et les retrouva à l’extérieur du village. Il se dit : « J’aurais du les prévenir pour l’eau ! » Il alla supplier le chef de les laisser revenir mais il refusa. Alors, ils s’en allèrent.
En chemin, ils aperçurent des hommes masqués et armés. Ils firent demi-tour pour prévenir le village. Kamayouka dit aux gardes : « Regardez derrière nous, des barbares masqués arrivent ! »
Les gardes du désert arrivèrent pour défendre l’oasis. Les barbares furent vaincus.
Pour remercier Kamayouka et les enfants, le chef leur offrit deux chameaux, un dromadaire et de l’eau pour aller jusqu’au port de Nustralli.
Le voyage était ainsi beaucoup plus agréable. Perché sur la bosse du dromadaire Frézel regardait le paysage :
- Dunes à perte de vue…
Edel somnolait entre les deux bosses d’un chameau au poil clair et Kamayouka, sur l’autre chameau, guettait d’éventuels brigands des dunes. Il les craignait : s’ils étaient capturés, ils seraient vendus comme esclave au port et ne reverraient jamais la liberté.
Le soir, ils veillèrent contre un petit feu d’épineux. La voie lactée les éclairait de ses froides lumières. Le ciel tournait au-dessus de leurs yeux et une étoile se décrocha.
- Qu’on arrive enfin, et sains et saufs ! murmura Edel.
Le ciel était sourd ou bien la météorite de mauvaise qualité. Sept brigands des dunes les cueillirent à l’aube comme on cueille les roses à parfum.
Ils se regardèrent chacun dans leur cage placée sur leur monture. Ils étaient tristes et avaient une boule au ventre mais Kamayouka les rassura : « Les enfants ne vous inquiétez pas, nous allons nous en sortir ! »
Les brigands les conduisirent au port de Nustralli. En arrivant, ils déposèrent les cages sur la place où ils allaient vendre les prisonniers. La vente aux enchères commença. Un homme et sa femme arrivèrent devant les cages. Ils étaient intéressés par les trois jeunes gens.
« Combien coûtent-ils ?
- Deux mille Kyochettes pour les enfants, dix mille Kyochettes pour l’homme, répondit Jessnar le brigand.
- Nous les prenons tous, dit la femme. »
L’homme et sa femme emmenèrent les prisonniers dans leur charrette.
A mi-chemin, Edel eut une idée : « Cette nuit, nous allons nous échapper !
- Comment ? demanda Frézel.
- Avec ma pince à cheveux. »
Une fois arrivés, on les enchaîna dans la cave.
La nuit tomba.
Edel prit sa pince à cheveux. Elle se libéra de ses chaînes. « Frézel, je vais t’aider à te libérer. » Puis elle libéra Kamayouka.
La porte de la cave n’étant pas fermée, ils purent s’échapper. Pour sortir de la maison, ils sautèrent par une fenêtre. Puis ils volèrent deux chevaux et s’enfuirent jusqu’au port. Arrivés au port, ils trouvèrent un bateau qui allait à l’île du bananier bleu. C’était un bateau de croisière.

« Comment allons nous faire ? demanda Frézel.
- Nous allons vendre les chevaux pour nous acheter des billets. »
Un couple de fermiers voulut acheter les chevaux pour mille cinq cent Kyochettes. Avec cet argent, nos trois héros s’achetèrent des billets. Il leur resta même neuf cent Kyochettes.
Ils montèrent dans le bateau où ils s’installèrent dans leur cabine, Kamayouka dans la sienne, les enfants dans la leur. Ils s’endormirent pendant que le bateau appareillait vers l’île du Bananier bleu.
Le voyage se déroula sans autre histoire que les bleus, ceux de la mer changeant avec la lumière et la houle, ceux d’un ciel si limpide qu’en se penchant on aurait pu apercevoir les étoiles. Edel, Frézel et Kamayouka en profitèrent pour se reposer, manger, reprendre des forces.
Quand ils débarquèrent la nuit tombait sur l’île au bananier bleu.
- Nous y sommes. Grand-mère avait dit « Vous serez en sécurité sur l’île au bananier bleu »… Il faut chercher le bananier bleu.
- Il faut attendre le matin pour le chercher. En attendant, pour cette nuit, il faut trouver un abri. La ville est petite mais c’est une ville : on ne peut pas dormir à la belle étoile.
- De toutes façons, avec les lampadaires, les étoiles, on ne les voit pas.
- D’accord, répondit Frezel, mais nous n’avons plus d’argent.
Ils demandèrent à des gens de les héberger pour la nuit. Mais les gens refusèrent de les héberger gratuitement. Après une heure de recherche en vain, ils trouvèrent une maison abandonnée dans laquelle ils découvrirent un tas de paille. Ils s’allongèrent dans la paille et s’endormirent.
Le lendemain matin, ils partirent à la recherche du bananier bleu. Ils marchèrent pendant environ trente minutes. Ils regardaient tout autour d’eux. Puis ils virent une charrette au loin. Ils s’en approchèrent et entendirent des ronflements à l’arrière. Edel s’approcha et trébucha sur une pierre. En tombant, elle fit bouger la charrette, ce qui réveilla le dormeur. C’était un homme âgé habillé en cowboy.
« Qui m’a réveillé !!
- Oups, désolée, répondit Edel. Pouvez-vous nous aider à trouver le bananier bleu ?
- Non, vous m’avez réveillé !
- Nous sommes désolés, dirent les enfants en faisant semblant de pleurer.
- Je veux bien vous aider à une condition : vous me faites confiance sans poser de question.
- On vous le promet. »
Ils s’en allèrent à pieds parce que le chemin était en pente. Ils se dirigèrent vers le Nord. A midi, ils firent une pause pour se reposer et manger : des grenades, des mûres et des bananes vertes. Ils continuèrent leur route plus en forme que jamais pour aller à la conquête du bananier bleu.
Une heure plus tard, ils arrivèrent au bananier bleu. Ils virent un singe bleu sur l’arbre qui mangeait des bananes. Le singe leur tendit une banane mais quand ils tentèrent de l’attraper, le singe la mangea. Distraits par le singe, Kamayouka, Edel et Frézel tombèrent dans un trou caché par des feuilles. Le vieil homme les regarda et éclata d’un rire diabolique. « Ha, ha, ha ! Bien fait ! Je vous ai demandé de me faire confiance et vous m’avez cru. Je ne voulais pas que vous mangiez les bananes car elles sont magiques. Elles permettent de rajeunir et j’en ai besoin pour ma famille. Je ne vous aiderai pas à sortir. Ah, ah, ah ! »
Ils essayèrent en vain de sortir du trou. Le vieil homme cueillit toutes les bananes et partit.
Nos héros cherchèrent une idée. En attendant, le singe les espionna.
« Nous n’allons jamais sortir ! s’exclama Frézel. »
Soudain, Edel eut une idée : « Venez, nous allons faire la courte échelle.
- C’est une très bonne idée, répondit Kamayouka. » Il porta Frézel sur ses épaules et Edel grimpa sur celles de Frézel. Puis elle sortit du trou. Elle prit trois lianes pour tresser une corde pour remonter les garçons. Une fois remontés à la surface, ils partirent à la recherche du vieil homme. Ils trouvèrent plein de peaux de banane bleue par terre et suivirent ses traces. Au bout d’un moment, ils arrivèrent dans un champ. Ils trouvèrent un jeune homme habillé comme le vieil homme endormit dans une charrette remplie de paille et de bananes bleues. « C’est l’homme que nous cherchons. Je suis sûre qu’il a rajeuni affirma Edel. » Ils lui volèrent toutes les bananes et ils mirent des cailloux et de la paille dans les peaux de bananes ramassées en chemin. Ils les replacèrent dans la charrette et partirent.
Ils marchèrent longtemps. Ils s’installèrent dans un village éloigné où il y avait beaucoup de personnes âgées. Ils construisirent un stand réservé aux personnes de plus de 70 ans. Ils y vendaient de la confiture de banane bleue et des tartes à la banane bleue. Quand les gens demandaient pourquoi les bananes étaient bleues, Edel répondait qu’elle les avait colorées. Les clients trouvaient les tartes à la banane spéciales et se sentaient plus énergiques quand ils en mangeaient. Les clients se sentaient heureux. Kamayouka, Edel et Frézel aussi car ils aidaient les gens et étaient appréciés au village.
Ils restèrent dans ce village et y vécurent heureux.
FIN