PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

courage

le courage
anthologie poétique pour le printemps des poètes 2020
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

*
j’ai l’humeur de mes jambes
la patience de mes mains
la pudeur de ma bouche
de plus j’ai parfois
le courage de mes pieds
et la bonté de mes yeux
et cette folle alchimie
donne un ardent mélange
toujours prêt à s’enflammer.

Georges Cathalo in Cairns n°22
La Pointe Sarène et Gros Textes, 2018

*
PARIS
Pas encore endormi,
J’entends vos pas dans la rue, hommes qui vous levez tôt,
Je distingue vos pas de ceux de l’homme attardé, aussi sûrement que
l’aube du crépuscule.
Sans cesse il est des hommes éveillés dans la ville.
À toute heure du jour des hommes qui s’éveillent,
Et d’autres qui s’endorment.
Il est, pendant le jour, d’invisibles étoiles dans le ciel.
Les routes de la terre où nous ne passerons jamais.
Le jour va paraître.
J’entends vos pas dans l’aube,
Courageux travailleurs matinaux.

Le soleil se pressent déjà derrière la brume.
Le fleuve coule plus nonchalamment.
Le trottoir sonne sec sous le pas.
Le son des horloges est plus clair.
Vienne l’indécis mois de mars et les langueurs du printemps
Tu te lèves, tu t’éclaires, tu éclates,
Figure de pavé et de cambouis,
Ville, ville où je vis,
Paris

Robert Desnos,
Les Portes battantes,
dans Œuvres, Quarto Gallimard, 1999, p. 815.

*
Gabriel Péri

Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

Paul Eluard
Au rendez-vous allemand

*
Complainte du petit cheval blanc

Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage !
C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant.
Il n’y avait jamais de beau temps dans ce pauvre paysage.
Il n’y avait jamais de printemps, ni derrière ni devant.
Mais toujours il était content, menant les gars du village, à travers la pluie noire des champs, tous derrière et lui devant.
Sa voiture allait poursuivant sa belle petite queue sauvage.
C’est alors qu’il était content, eux derrière et lui devant.
Mais un jour, dans le mauvais temps, un jour qu’il était si sage, il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant.
Il est mort sans voir le beau temps, qu’il avait donc du courage !
Il est mort sans voir le printemps ni derrière ni devant.

Paul Fort

*
Romain Gary, éducation européenne
page 198 : les forêts sont aussi ici par hasard. Pourtant, elles ont du courage et de la patience, depuis des millénaires. Pourquoi les hommes n’en auraient-ils pas ?

*

J’aurai une grande boîte
pleine de soleil
pour les jours de pluie
pleine de sourires
pour les jours de grogne
pleine de courage
pour les jours de flemme

Et dans ma boîte j’aurai aussi
plein de coquillages
pour écouter la mer.

Luce GUILBAUD
« Les moustaches vertes »
éd. Le farfadet bleu

*
Point de vue de cigale

Je ne suis pas Morte de faim,
Dit la cigale.
À peine un peu pâle,
Et encore…
La fourmi ?
Mais la fourmi
N’a pas tout dit.
Elle spécula.
Elle se trompa.
En une nuit
Ses biens perdit.
On dit toujours « demain, demain ».
Mais demain
Est un autre jour.
Je suis semblable au lis des champs :
Je vis de la lumière du temps.

Moralité
Cueille le jour,
Chante, partage
Et prends courage.

Jacqueline Held
Fables à lire et à pâlir
Pluie d’étoiles, 2007

*
Trop souvent mal aimée
il lui faut du courage
pour vivre désarmée
en ce monde sauvage

Dans l’humide et le chaud
tête en bas tête en haut
elle connaît la sphère
la perpendiculaire

Cauchemar du fleuriste
la limace hémistiche
a le corps en saussiche
et le pied alpiniste
Patrick Joquel
Quant au guépard je t’en parlerai plus tard,
éditions du jasmin

*
Entre Marie et Clans,

Nous marchons sur un tapis de feuilles mortes
L’été d’avant devient terre
Humus
De petites primevères s’étonnent de leur couleur
Les vieux chênes déplient leurs bourgeons
Nous marchons enveloppés de tendresse

Parfois la terre est labourée
Sangliers

Le cri d’un chevreuil
Invisible
Inaccessible
Nous avançons sans bruit dans le mystère des bois

Les ubacs sous les épicéas façonnent leurs petits jardins de pierres et mousses
Primevères
Rien que de la beauté

Au milieu du jour autour de très anciennes ruines des merisiers en fleurs nous proposent une halte
Au réveil de la sieste
De petits pétales blancs nous recouvrent
Nous ne les avions pas entendus ni sentis
Les belles heures de ce monde sont si légères

Hameau totalement abandonné
Comment imaginer la vie de ces hommes
leur courage et leur fierté
Nous retournons vers le goudron par un beau chemin
C’était à l’époque un élan à grande circulation les murets qui le soutiennent en témoignent autant que les petits ponts
Le canal fonctionne encore
Des lézards filent entre nos pas
Une vipère et sa menace immobile
L’œil la perçoit
Le corps s’arrête aussitôt
Signal d’alarme
On ne voit que la tête
Tapie sous les feuilles mortes
Si je l’enjambais ou posais le pied…

De la pointe du bâton je glisse une pierre sur elle
Sursaut
Et se déroule hors sentier
Patrick Joquel
inédit

*

Étranger, mon frère, je te serre la main
dans l’ombre et la lumière.
Toi qui t’exiles de la terre d’enfance,
de tes proches, de tes vents,
de tes marées d’images ;
toi qui franchis
des frontières invisibles,
et d’autres urticantes,
je te salue
par le sable, l’eau et la pierre.
Ton courage est ta langue,
ta parole est ton dû.
Marche
parmi nous autres –
et si certains te blessent :
ils n’humilient
qu’eux-mêmes.
Daniel LEDUC
*

Tout n’est que ronde
Les astres sont ronde
de garçons qui jouent
à voir sur la terre.
Les blés sont des tailles
de petites filles
qui jouent à ployer.
Les fleuves sont ronde
de garçons qui jouent
à se retrouver
dans la mer. Les vagues
sont ronde de filles
qui jouent à serrer
dans leurs bras la Terre.
Gabriela Mistral (Chili)
(Prix nobel de littérature 1945)

*
Le bon soleil (extrait)

L’usine s’éveille au petit matin
Et crie… Il lui faut des hommes, des hommes,…
Et son cri perce le repos, brise les sommes
Des pauvres gens cachés dans un songe lointain.
Elle veut soudain se mettre à l’ouvrage
Et crie… Aussitôt pour la contenter
les pauvres gens s’en vont par files lui porter,
Vite, chacun sa vie et chacun son courage.
Par la grande route et les chemins creux,
Noirs et pressés, ils viennent, cent ou mille,
Et pareils aux fourmis qui rentrent dans leur
ville,
À tous les carrefours, ils s’abordent entre eux…

Marie Noël
Les chants de la Merci (1930)
éd. Stock

*
*
De la liberté. FREEDOM, what else ?

On marche

On marche

Et même quand rien ne marche

On marche encore

D’Atlanta à Washington

Des bidonvilles de Brazzaville

Aux ghettos de Soweto

Rosa, Révérend, frère Malcolm

Patrice, Nelson

Rassurez-vous

Vos enfants suivent vos paroles

Et marchent sur vos pas

Vers l’horizon infini

De la liberté

La liberté

Encore et toujours

La liberté

Chère à vos cœurs

La liberté

Marquée au fer rouge

Dans la chair de notre peuple Noir

La liberté

Inscrite dans nos gènes

Indigènes

Et notre ADN

Hommes de paix

Dissidents

Résistants

Dormez peinards

Et n’ayez crainte

Vos enfants suivent vos paroles

Et marchent sur vos pas

Vers l’horizon infini de la liberté

La liberté

Encore et toujours

La liberté

Freedom

What else ?

Liberté

Entends-tu nos chants d’espoir ?

Ce sont les mêmes qui déjà s’élevaient

Au-dessus des champs de coton

Liberté

Nous marchons vers toi

Depuis 400 ans

Et même si les temps ont été durs

Et le sont encore

Parfois

Jamais nous n’avons perdu

Et jamais nous ne perdrons la foi

Nous marchons vers toi

Liberté

Belle, rebelle et fraternelle

Liberté

Terre de mille et une merveilles

Liberté

Noir soleil

Resplendissant comme un joyau de feu

Liberté

Don de Dieu

Dont le cri de tonnerre tourné vers les cieux

Est né de la révolte

Et a enfanté la force, la lutte, et le sens

Liberté

Nous marchons vers toi

Depuis 400 ans

Et même si les temps ont été durs et le sont encore

Parfois

Jamais nous n’avons perdu notre âme

Et jamais nous ne perdrons notre flamme

Demain sera

Jour de noces

Après des siècles d’infidélité

Nos rêves enfin épouseront la réalité

Et nos gosses

Témoins seront de l’avènement d’un nouveau jour

Alors

Les fils et filles du Nord et du Sud

Assis à la même table

Celle de la fraternité

Partageront

Le pain

Le vin

Et l’humanité

Demain sera

Merci

Rosa Parks

À toi je pense inconsciemment

Chaque fois que je monte dans un bus

Et que je m’assois où bon me semble

Merci

Martin Luther King

Aujourd’hui encore ton rêve rassemble

We have a dream

Et ce rêve épousera la réalité

By any means necessary

Merci

Frère Malcolm

Merci

Muhammad Ali

Pour ta fierté et ta liberté de ton

Ton insolence et ton arrogance

Merci

Barack Husssein

Tu casses la baraque

Bon vent

Et quoi qu’il arrive

Merci pour l’élan et l’inspiration

Yes we can

Yes you can

Ange, Maelle, Léa

Vous avez le droit de rêver

Et de tout espérer

Merci

Mandela

Pour toutes ces années sacrifiées

Pour la liberté de ton peuple

Merci

Pour ton abnégation et ta foi

Merci

Sankara, Lumumba

Pour votre courage politique

Vos prises d’opposition

Et votre sens du devoir

Merci

N’krumah

God bless the USA

United States of Africa

Tu vois, ton panafrican dream

A traversé le temps et les frontières d’Accra

Chers poètes, historiens, artistes

Professeurs d’espérance

Vos univers respectifs

Enveloppent le monde noir

De providentielle beauté

À partager avec la terre entière

Césaire

Damas

Fanon

Métellus

Senghor

Glissant

Frankétienne

Baldwin

Vos armes miraculeuses

Sont entre de bonnes mains

Pour ma part

Humblement

Je continuerai d’écrire encore

Jusqu’à l’amor

Jusqu’à la mort

Pour que notre nation nègre

Irradie la planète de la lumière de sa culture

Et qu’elle décrive elle-même

Sa propre histoire

Merci

Cheikh Anta Diop

Merci

Ali Farka Touré

Pour le blues de tes notes

Chanté du Mali au Mississipi

Merci

Billie Holiday

Nina Simone

Pour vos chants de protestations

Contre la ségrégation

Femmes belles et rebelles

Insoumises

Vous êtes des soleils noirs

Vous êtes des soleils noirs

Vous êtes

Des soleils noirs

Vos voix résonnent en nos cœurs

Et « Strange fruit »

Qui nous ancre dans l’histoire du peuple Noir

Nous rappelle

Que nous marchons

Depuis tout ce temps

Quatre siècles

De marche

À l’ombre de la justice, de la paix et de l’égalité

Quatre siècles

De marche

Couverts d’opprobres, d’injures et de boue

Mais nous avons toujours su nous relever

Nous élever

Et nous sommes toujours debout

Libres de rêver

D’espérer

Et de croire

Que demain sera différent

Merci

Bob Marley

Fela Kuti

Pour la puissance de votre sique

Et vos hymnes à la résistance

Repris en chœur de Lagos à Kingston

We get up

We stand up

And nobody but ourselves

Can chakala our dreams again

On marche

On marche

Même quand rien ne marche

On marche encore

Vers l’infini horizon de la liberté

Nous marchons

En quête de nous-mêmes

Et à la rencontre de l’Autre

Qui loin de nous appauvrir

Nous enrichit de sa différence

À condition qu’il ne nie pas

Et respecte la nôtre

À condition qu’il ne nie pas

Et respecte la nôtre

Nous marchons

Nous marchons

Même quand rien ne marche

Nous marchons encore

Sur le grand boulevard des bouleversés

Et en direction du Carrefour des cultures

Nous marchons encore

Vers la liberté

Freedom

What else ?

La liberté

Chère à nos cœurs

La liberté

Marquée au fer rouge

Dans la chair de notre peuple noir

La liberté

Inscrite dans nos gènes

Indigènes

Et notre ADN

Notre liberté

Qui se confond

Avec celle de l’Autre

Cet Autre que nous appelons

Au partage et A la fraternité

Merci

Louis Armstrong

I’m strong

Je suis fort de notre histoire

Je la porte en moi

Comme je porte ma croix, et mes souffrances

À bras-le-corps

Comme je porte mes dreads

Avec la fierté de ceux qui savent

D’où ils viennent

Et ce qu’ils doivent à leur ascendance

AND I THINK TO MYSELF

WHAT A WONDERFUL

BLACK WORLD
Marc Alexandre Oho Bambe
*
Pour faire le portrait d’un oiseau

Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte
peindre ensuite quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin dans un bois ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré fermer doucement la porte
avec le pinceau
puis effacer un à un les barreaux
et ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau peindre aussi le vert feuillage
et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
c’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert
Paroles
Gallimard, 1949

*
Chaque jour
Le coeur des pierres
obstinément
froid

Cette lumière
qui persiste
à vouloir leur réchauffer
la peau

Chaque jour
Cette lutte
Ce mensonge

Quelque chose
qui va dans le sens
du vivant

Quelque chose
de tendre

de simple

Qui aurait à voir
avec le courage

Thomas Vinau

*

Wilde oscar
Les pulsations de la joie qui vibre en nous à vingt ans se font plus lentes. Nos membres nous trahissent, nos sens s’émoussent. Nous dégénérons en de hideuses marionnettes que hante le souvenir des passions que nous avons redoutées et des tentations exquises auxquelles nous n’avons pas eu le courage de céder. La Jeunesse ! la jeunesse ! Il n’y a absolument rien d’autre au monde que la jeunesse.
Œuvres complètes p 398