PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

être humain ? festival du livre Mouans-Sartoux anthologie

Être humain

anthologie poétique réalisée pour le thème 33e festival du livre de Mouans-Sartoux.
Par Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com
procédure de recherche : j’ai cherché le mot « humain » dans ma banque de données poèmes (anthologies diverses constituées au fil de mes lectures, la revue Cairns éditée à la Pointe Sarène éditions, mes propres documents poèmes édités ou inédits). Elle pourra s’enrichir au fil de mes lectures à venir ou des vôtres.
*
Parmi les textes qui sont sortis, commençons par quelques poètes qui à ma connaissance, sont venus à Mouans-Sartoux.
Ensuite je propose à la lecture des poètes qui ne sont pas venus encore à Mouans-Sartoux (toujours à ma connaissance), puis mes propres textes pour finir.
*
Parmi les textes qui sont sortis, commençons par quelques poètes qui à ma connaissance, sont venus à Mouans-Sartoux.
Abdellatif Laâbi
J’atteste
J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que celui dont le cœur tremble d’amour
pour tous ses frères en humanité

Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité

celui qui considère que la vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités

J’atteste qu’il n’y a d’être humain
que celui qui combat sans relâche
la haine en lui et autour de lui

Celui qui,
dès qu’il ouvre les yeux
le matin se pose la question :
Que vais-je faire aujourd’hui
pour ne pas perdre ma qualité et ma fierté
d’être homme ?

10 janvier 2015
éditions Rue du Monde

*

Tribulations d’un rêveur attitré
La Différence
La jonction de ta conscience de petit terrien anonyme avec l’émanation du cosmos est d’ordre musical. La complicité de Miles Davis s’est avérée judicieuse. A aucun moment il ne t’a rappelé à la réalité. Sa trompette ne singeait pas la voix humaine. Elle fouillait plutôt dans une mémoire déchiquetée de l’espèce à la recherche d’un alphabet perdu que plus personne ne se soucie de déchiffrer. Un alphabet d’avant la poésie, la peinture, et même la musique. Les rares signes qui nous ont été légués sont inutilisables pour la simple raison qu’ils ne puisent leur essence dans aucune langue articulée. Tout au plus ornent-ils maintenant de vieux bijoux, ou se retrouvent-ils, telle une signature illisible, au bas d’un tapis, ou encore gravés sur une stèle, dans un cimetière désaffecté.
Fossiles d’une antémémoire que le désert s’évertue à ensabler.

*

La terre plate ou ronde
Quelle différence ?
si l’on doit immanquablement
revenir sur ses pas
et ne trouver
que ponts écroulés
carcasses de maisons
où le corbeau a fait son nid
jardins et tombes profanés
arche en béton au mât de laquelle
pend le même drapeau en berne
et pas âme qui vive
pour narrer sans en rajouter
le millième épisode
de cette piètre apocalypse

La bête humaine-inhumaine
de plus en plus intelligente
usant encore de vieilles ruses éventées
telle cette voie unique du salut
où des bulldozers tracent aujourd’hui
l’autoroute d’une civilisation
aussi sommaire
que le hamburger
qui lui sert de mascotte
Et les peuples asservis
de se bousculer au portillon
en parfaite connaissance
et désespoir de cause

Abdellatif Laâbi
Tribulations d’un rêveur attitré
La Différence
*
J’aime notre expérience humaine
Quand je pense à ce que fut notre histoire
depuis l’apparition de la vie
de ses formes les plus élémentaires
jusqu’à cet être controversé qu’est l’homme
le déploiement foudroyant de l’intelligence
oui cette expérience valait la peine
et je le dis sans ambages
je suis un fanatique de notre espèce
Abdellatif Lâabi
Sous le bâillon le poème
Œuvre poétique 1
La différence
*
La liberté voulait dire
Souvenons-nous de la liberté
quand elle avait le même sens
pour tous
où que nous fussions
et qu’à sa simple évocation
nos cœurs battaient la chamade
nos yeux s’ouvraient
grands
comme ceux d’un enfant
à la vue d’un cadeau inespéré
La liberté voulait dire
vouloir la lune
et tendre la main avec confiance
pour la cueillir
apprendre les mots les plus courants
d’au moins une vingtaine de langues
donner et redonner la preuve
que rien de ce qui est humain
ne nous était étranger
Souvenons-nous de la liberté
quand elle nous faisait rayonner
de la jeunesse éternelle
qui est en nous
quand elle nous soufflait
les grandes passions
qui allaient nous jeter
dans le brasier
de toutes les batailles
quand elle faisait tomber
sur nous
la foudre de l’amour
qui allait bouleverser nos vies
La liberté voulait dire
une seule chose
aussi vraie que la terre
sur laquelle nous marchons
et le ciel
qui s’élève au-dessus de nos têtes
aussi vraie
que le sang
qui coule dans nos veines
La liberté
était notre irrécusable
identité
Abdellatif Laâbi
*
Homme
Terme générique
Désigne celui qui pacifie notre terre
de ses combats
de sa douceur
Peut se rencontrer
sous toutes les latitudes
Mais c’est surtout
celui qui se demande
le pourquoi de chaque chose
et qui s’est ouvert
au continent du don
sous le baillon le poème
*

Norge

Les gardiens

Neigez encor, siècles futurs
Sur les vieux hivers de l’histoire.
Nise, le monde existe-t-il ?
Je n’ai que tes yeux pour y croire.

Avons-nous rêvé ces pays,
Ces longs pays qui nous rêvèrent ?
N’avons-nous posé sur les terres
Que des pas et des cœurs trahis ?

Les humains et les pierres changent
De masque autant que les saisons.
Gabriel, dis-moi si les anges
Sont seuls à garder la maison.

J’ai cru qu’existaient des navires,
Des amis, des vins et des mers.
Mais le vent tourne et les jours virent
Comme les dunes du désert.

Ce grand sable, un grand sable sourd
Couvre les vignes, les amours ;
Gabriel, dis-moi si les anges
Sont seuls à garder la vendange.

Les coq-à-l’âne
Gallimard 1985
*

Jorge Vargas

CONCERT POUR L’ACCORDÉON ET LES VAGUES
PAR LES VAGUES MÊMES
Je viens de la mer
Parce que nous avons tous un peu de mer
Dans les yeux
Les larmes
Le sang.
Dans l’escargot de mon oreille
Vous entendrez la marée monter.
Je suis la mer
C’est mon nom.
Même si Jorge je m’appelle.
Ils naviguent en moi tous
Les rêves du monde.

Je viens de la mer
J’ai des nœuds dans les cheveux
Le jeu ailé des mouettes
Et dans les yeux
Le jeu humain toujours triste
De l’homme qui voulait être une mouette et ne pouvait pas
Avec des ailes si petites
Et le corps si grand
C’est tellement inutile.
Je viens de la mer
Peu importe la mer

et en Espagnol (Jorge est Mexicain)
Yo soy de mar Porque todos tenemos de mar un poco En los ojos Las lagrimas La sangre. En el caracol de mi oreja Escucharas el subir de la marea. Yo soy el mar Así es mi nombre Aunque Jorge me llamen. Navegan en mí todos Los sueños del mundo. 6 Yo soy del mar Traigo enredado en los cabellos El alado juego de las gaviotas Y en los ojos El por siempre triste juego humano Del hombre que quiso ser gaviota y no pudo Con las alas tan pequeñas Y el cuerpo tan grande Tan inútil. Yo soy del mar No importa cual mar

CONCERT POUR L’ACCORDÉON ET LES VAGUES
PAR LES VAGUES MÊMES
jorge vargas

*
Ensuite je propose à la lecture des poètes qui ne sont pas venus encore à Mouans-Sartoux (toujours à ma connaissance)

Colette Andriot

Toi fille
toi garçon
êtres humains
mêmement
vos singularités
richesses
les seules
à conquérir
aucun n’a pouvoir
sur l’autre
même liberté
même respect
de l’autre
Toi garçon
toi fille
ton regard
dans son regard
pour y lire
même lumière
sans voile
Colette Andriot cairns19
*

La cohorte des humains
dans sa lente marche à travers les temps
à travers l’histoire
toujours un vivant se lève
à la place d’un qui est arrivé au bout de son temps
il n’y a pas de trêve pas de repos
les montagnes surgissent
s’érodent
les glaciers glissent fondent
les vagues de l’océan roulent sur les rivages
de l’être unicellulaire à l’homme la chaîne s’est forgée
avance
les secondes tombent dans le sablier
inexorables
battements des cœurs
de l’enfance à la fin
toute une vie est inscrite entre
naissance et mort
cycles que nous savons tourner
avec nous sans nous autour de nous
nous passons le témoin
aucune vie n’est inscrite dans l’éternité
la vie c’est l’infini de tant de vies.
Colette Andriot cairn 13
*
Ghada Assaman
–Syrie-
Si tu viens chez moi ce soir

Apporte-moi un crayon un crayon noir
Je voudrais tacher mon visage
Coupable d’être belle
Je ne veux être mise en cage
Je voudrais faire une croix sur mon cœur
Pour qu’il ne le désire point

Apporte-moi une gomme pour
Effacer mes lèvres

Apporte-moi une petite pelle
Pour arracher toutes mes intuitions de femme à leurs racines
Pour labourer tout mon être… pour aller au paradis peut-être

Apporte-moi une lame de rasoir
Pour me raser la tête
Qu’elle prenne le grand air
Et que je pense sans le poids du foulard

Apporte-moi des fils et une aiguille
C’est pour ma langue
Je voudrais la coudre à mon palais
Ainsi mes cris seront sourds

Ah n’oublie pas des ciseaux
Je voudrais censurer mes idées chaque jour

Apporte-moi aussi de la poudre à vaisselle
C’est pour laver mon cerveau
Le laver et l’étaler sur un fil
Pour que le vent emporte mes espoirs
Au plus lointain de la terre

Sais-tu ? Il faut être raisonnable
Si tu pouvais me trouver un étouffoir
Pour étouffer mes émotions
A l’heure où l’on m’accuserait de prostitution
Quand je voudrais choisir l’amour

Il me faudrait aussi une copie de mon identité
Lorsque mes frères et sœurs croyants
Me couvrent de mépris et d’insultes
Il faut que je me rappelle qui suis-je

Je t’en supplie au nom de dieu
Si tu vois que l’on vend le droit
Achète-le-moi
Que je le mélange à mon repas
Je préfère le manger moi-même
Avant qu’il soit totalement dévoré
S’il te reste encore quelques sous
Apporte-moi un grand collier
Je veux y enfiler en grandes lettres
Je suis un humain
Je suis encore un humain
Je suis chaque jour un humain
Ghada Assaman
–Syrie-
*
*
Paul Bergèse

Sous le regard ému
du langage des arbres,
dans le silence de l’air
ou le fracas de l’eau,
comme le poème, le pont
est tourné vers autrui.
Il transporte, il réunit,
il force à l’échange,
il appelle au partage
il oblige à la découverte,
il est une arche, il est le lien,
il est la main tendue
de l’humain à l’humain.

Cairns 25
*
Zéno Bianu
Je dois commencer un long voyage
je m’en vais brûler
tous mes masques
rencontrer mes éclipses
seul avec mon amour suprême
seul
avec ce qu’il y a de plus haut
dans le métier d’être humain
aux confins des notes
dans la genèse de toutes les rumeurs
je m’en vais explorer
les septièmes comètes mineurs
rejoindre les triolets de Neptune

Je dois commencer un long voyage
un voyage entre la vie et la mort
un voyage vers mes origines absolues
pour écouter le chant
de la doyenne des étoiles
comme si toute ma vie
repassait devant mes yeux
à grande vitesse
en un long solo de vertige
Zéno Bianu
John Coltrane castor astral
*
Guy Chaty
LES PLAINTES DE LA TERRE

Notre planète, petite boule lancée dans l’univers
dans un mouvement d’une certaine permanence
a déjà un longue vie derrière elle
En a connu des bouleversements et des changements
climatiques des chocs de corps venus d’ailleurs
des habitants multiples et variés
Depuis un siècle la pollution des hommes ces êtres
inventifs et avides s’est faite intense et désastreuse
La terre se plaint
La banquise de l’arctique est rongée par le dessous et va disparaître
en été Sa dérive s’accélère les saisons sont perturbées
L’eau des mers va monter inondant les pays

Écoutez les plaintes de la terre
Elle ne crie pas pour elle-même
car elle est solide la terre et résistera à tous les cataclysmes
venus d’ailleurs ou de chez elle
Mais elle dit aux humains
par la voie d’hommes de science

Elle leur dit tranquillement et nettement
d’une voix de plus en plus pressante
Si vous abusez de moi
de vous je me débarrasserai

Et que pense la terre
de ces habitants qui ne savent pas s’entendre
qui se battent constamment entre eux et en
eux-mêmes depuis le début de leur apparition
Dont les forts écrasent les faibles ?
Ce ne sera pas somme toute une grosse perte !
D’autres à leur place viendront qui peut-être me
cajoleront en tout cas seront heureux
de vivre sur mon sol nourrissant et se
partageront pacifiquement les nourritures terrestres
les paysages somptueux et des idées nouvelles
Poésie sur Seine n°65 été 2008

*
Georges Cathalo
la folie destructrice des hommes
gagne chaque jour du terrain
sur la faune et la flore
et sur l’espèce humaine
qui brûle à son tour et disparaît
comme disparaissent jungles et forêts
qui ne demandaient rien
alors que s’installent un peu partout
guerres déluges et désastres.

(extraits inédits des Quotidiennes)
cairns 19
*
René DEPESTRE

La petite lampe sous la mer

Haïtien attelé au soc
Du lait tendre au petit matin
Né pour caresser le printemps
Son destin descend à la mer
Où il trouve une jeune lueur
De toute beauté une lampe.

Pour panifier la liberté
Pour donner au ventaux sources
Et au sang innocent versé
Le dit du miel et du lait
Le doux bonsoir du basilic
Cette petite lampe sous la mer.

Pour que sur ton cœur de mouette
Pour que sur la rose des vents
Sur la bonté sur ses songes
Le travail le faire l’amour
Cesse de régner l’injustice
Cette petite lampe sur la mer.

Pour être le « nègre » de la mer
Pour porter les mots de l’azur
Et du citron le chant du sel
Pour être au maïs arrimé
Et le semer dans son sillage
Cette petite lampe sur la mer.

Au vent amoureux d’un voilier
L’avion d’un sextant de lune
Le bateau d’un éclat de cap
Voici mon cerf-volant d’aurore
Cette petite lampe sur la mer.

A ceux qui n’ont pas eu d’enfance
Au poète que fuit le chant
Pour le pêcheur sans un poisson
A tout métier sans soleil
A l’écrivain sans un lecteur
Cette petite lampe sur la mer.

..
A ceux qu’on tue pour le plaisir
D’enlever une aile au bonheur
De voir le sang doubler la rose
A ceux qu’on tue sur un bûcher
Laissant jusqu’au bout la flamme
Faire son tour de chant de cœur
Cette petite lampe sur la mer.

A ceux qu’on tue au jour le jour
A chaque jour sa fine goutte
De froid de fiel de félonie
De feu bilieux de cigarette
D’escarbille de jalousie
Cette petite lampe sur la mer.

A tous les soldats inconnus
De l’amour et de la douleur
Du racisme et de ses guerres
Aux innocents morts à minuit
A leur sang perdu dans la nuit
Cette petite lampe sur la mer.

Aux lynchés du sud de la peur
A ceux qu’on lynche avec les yeux
A ces milliers de lampes
Tombées au chant de l’innocence
Pour chanter leur gloire je lève
Cette petite lampe sur la mer.

Aux femmes à qui l’orgasme
Chaque soir tourne un dos glacé
Pour être au vagin éblouies
Voici un phare et un radar
Un cocorico pour boussole
Cette petite lampe sur la mer.

Pour que ton amant chaque soir
T’émerveille les reins les seins
Et te libère dans le corps
Une volée de mutins piments
Qui laisse bouche bée ton sang
Cette petite lampe sur la mer.

..

Pour qu’enfin tu cesses de croire
Que la couleur de la peau fait
La beauté le moine le printemps
La raison et ses profondeurs
Et que tu ailles Homme blanc
Chercher l’humain et ses gloires
A mille mètres sous le cœur
Cette petite lampe sur la mer.

Pour que naisse la liberté
Pour que son nom soit musicien
Je dis ses espoirs et ses tourments
Son doux bonjour à l’horizon
De tout cœur j’annonce son triomphe
Que je lis dans vos yeux frères noirs
Et en pleurant riant je lève
Vers le visage du vaste monde
Mon seul bien ma goutte de lait tendre
Une petite lampe sur la mer.

René Depestre
Journal d’un animal marin
Gallimard
*

Perrin Langda

les 7 non-strophes
du non-prophète
(ou 7 péchés aux conséquences pieuses)

par orgueil
les humains n’acceptent pas
de n’être qu’une grosse machine organique
qui s’éteint simplement
lorsqu’elle ne fonctionne plus
alors ils se sont imaginé
une âme

par gourmandise
comme ils ne peuvent se rassasier
du fait que leur conscience cesse d’exister après leur mort
ils ont même ajouté l’idée de leur âme immortelle

par avarice
ne pouvant concevoir
que leur existence
n’ait aucune signification
aucune valeur dans l’absolu
ils se sont dessiné un destin
accaparé des réincarnations
ou cherché un karma

par colère
contre l’idée
d’un monde
né du hasard
ils ont créé l’idée
d’un Créateur

par soif d’amour et de luxure
pour se sentir aimés et importants, vus, entendus
pour se sentir vibrer à l’intérieur de l’Univers
ils se sont persuadés que ce même Dieu
observait chacun d’eux avec grande attention
écoutait patiemment leurs prières
en avait quelque chose
à foutre
d’eux

par envie
de voir régner une vraie Justice sur Terre
ils ont imaginé un Paradis et un Enfer
pour punir les méchants et bénir les gentils
dans leur joli petit monde féerique

par paresse
intellectuelle
ils laissent
proliférer ces inepties
dans leurs esprits
depuis des siècles
*
Poésie assistance 24h/24
Auteur : Perrin Langda
Éditeur : la Boucherie Littéraire
« Poésie assistance 24h/24
(veuillez renouveler votre lecture ultérieurement)

ce poème vous sera facturé
16 secondes de temps libre
pour toute question
sur le sens de votre vie
tapez 1
pour un bref aperçu
de l’avenir de notre monde
tapez 2
si vous souhaitez seulement
parler à un être humain
tapez… bip
nous sommes désolés
en raison du trop grand nombre d’usagers de la Terre
nous ne pouvons donner suite à votre demande »

*
Perrin Langda
ribos(h)omme

sais-tu que ton organisme est raciste
il n’admet aucun corps étranger

ton cerveau tyrannise
tes organes ses esclaves

tes globules blancs ne savent même plus
pourquoi ils livrent une guerre perpétuelle aux bactéries

tes cellules sont
des totalitarismes

mais sur chaque copie de ton ADN
il y a une mystérieuse petite ligne

qui dit
« humain « 
cairns 25
*
Le point (0, 0, 0) de l’Univers
(Ici c’est nulle-part)

quelque part au milieu
d’une insoutenable infinité
d’extraordinaires cailloux
de boules de feu infernales
ou d’écrasants trous noirs
il est une minuscule planète
tiède humide et très touffue
invraisemblablement peuplée
d’humains qui s’estropient
cairns 19

*
Daniel LEDUC
Nommer l’autre —
par le regard, le geste,
le mot –
de telle sorte
que l’humain soit rehaussé
comme un plancher qui deviendrait
lambris,
un tison
qui flamberait
au moindre souffle.
Voir ce qu’il y a d’étincelle
dans la cave ;
de fugitif
dans le grenier ;
de dessous
dans la lingerie
qui puisse embraser
l’être.
D’animal
chez l’Homme ;
de chair
à l’esprit :
noblesse
oblige.

*
Daniel Maximin
Parole due

Pour édifier un nouveau monde
tous les désespoirs sont permis
s’ils peuvent enraciner
les cargaisons humaines
des continents échoués

pour commencer
semer une Caraïbe
en collier arc-en-ciel
labyrinthe d’étoiles tombées
initiées à la mort avant d’avoir vécu

y défricher la liberté
ténue tenace comme un parfum
fraîche frêle comme une rosée nue
abolie par le prochain matin

et pour l’avenir
oser glaner son héritage
par les nuits noires d’avenir solaire
fagot d’échardes et de rayons
enflammé d’un espoir nouveau.

*
  Roland Nadaus
L’Invention du Bonheur
C’était pour inventer le Bonheur : nous projetions des ombres dans les grottes nous peignions des animaux roux de hiératiques signes de chance nous gravions dans la pierre les magies de la chasse et du sexe –tout ce qui rend possible l’impossible Amour.
Je t’ai ainsi offert de vrais livres rupestres des chapitres de cavernes des abris sous roches de mots et cent mille Lascaux de poèmes.
Et pour te les écrire mes doigts ont saigné ocres traces sur la roche il en reste plus de mes ongles, je me suis brûlé paumes et paupières j’ai nourri de mes larmes la rivière enterrée j’ai sacrifié sur la Pierre Sacrée j’ai déterré mes morts pour t’en faire cadeau –même les sorciers en ont eu peur car le Bonheur est effrayant.
Si les humains d’aujourd’hui savaient nous lire ils n’oseraient plus parler d’Amour.
*
Raymond Queneau
     TANT DE SUEUR HUMAINE
 
Tant de sueur humaine
tant de sang gâté
tant de mains usées
tant de chaînes
tant de dents brisées
tant de haines
tant d’yeux éberlués
tant de faridondaines
tant de faridondés
tant de turlutaines
tant de curés
tant de guerres et tant de paix
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de rois et tant de reines
tant d’as et tant de valets
tant de pleurs tant de regrets
tant de malheurs et tant de peines
tant de vies à perdre haleine
tant de roues et tant de gibets
tant de supplices délectés
tant de roues tant de gibets
tant de vies à perdre haleine
tant de malheurs et tant de peines
tant de pleurs tant de regrets
tant d’as et tant de valets
tant de rois et tant de reines
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de guerres et tant de paix
tant de curés
tant de turlutaines
tant de faridondés
tant de faridondaines
tant d’yeux éberlués
tant de haines
tant de dents brisées
tant de chaînes
tant de mains usées
tant de sang gâté
tant de sueur humaine
 
L’Instant fatal, Gallimard, 1948
*
Jusqu’où porte, jusqu’où, la voix humaine
lorsque ses accents s’élèvent     ? Vibrent-ils,
vibrent-ils, les cieux, à l’entendre     ? Ou est-elle emportée
à jamais par un vent qui peu à peu faiblit     ?

En ce jour, je me tiens, je me tiens sur les tours de la joie,
en ce jour, en ce jour, la fugacité de ma vie ne m’effraie pas.
En ce jour, un de ces appels est le mien. En ce jour, je suis
un candélabre d’or de la voix.

Rainer Maria RILKE
Chant éloigné
Verdier 1990
*
Salvatore Sanfilippo

DÉSIR

Désir d’accomplir un ballet aérien
Au milieu des étourneaux
Désir d’explorer la faune et la flore des grands fonds
Désir de communiquer avec les animaux
Désir de voyager dans l’infiniment petit et l’infiniment grand
De me téléporter dans la brousse
Au milieu d’un troupeau de girafes
De dormir au sommet d’un séquoia géant
Et de contempler le lever de soleil
Sur les côtes californiennes
Désir de faire la planche sur les vagues de l’océan
En regardant la profondeur du ciel
Désir de danser avec les esprits de la nature
Comme les peuples premiers
Désir de rencontrer des gens de tous les continents
Et de partager leur quotidien
Désir de connaître les mécanismes profonds de l’être humain
De rire avec un inconnu rencontré dans un café
Désir d’écouter les histoires de vie
Des gens croisés par hasard
De faire l’amour avec cette belle femme
Assise sur un banc
Désir de faire le doux dingue le gaga l’idiot du village
De s’enduire de boue et de courir nu sous la pluie
En chantant des chansons ringardes

Désir
De conduire ma vie en état d’ivresse…
Cérébrale
cairns
*
Jean-Claude Touzeil
Forêt

Où allez-vous
les bras ballants
la tête pleine
d’incertitudes ?

Où allez-vous
jeter l’ancre
de vos racines ?

Où allez-vous
plonger vos mains ?

Dans quel humus ?
Vers quel humain ?

Remontants et ricochets
Soc et Foc
Chaque
être humain devrait être considéré
comme « un spécimen unique… un
arbre remarquable/classé répertorié/
inscrit au patrimoine/intouchable »
(Jean-Claude Touzeil).

livres
J’ai besoin des voix humaines, Jacqueline HELD, photographie de Sylvie Chaudoreille, éditions Gros Textes, Fonfourane, 05380 Châteauroux-les-Alpes, 2017, 5 €.
Ce petit livre à la mesure de menottes d’enfants est un coup de gueule, un coup de poing, une indignation du sort réservé à l’enfance sur une route sans but, enfance livrée aux catastrophes climatiques comme à la marchandisation mercantile, comme à l’inhumanité des hasards, des rencontres, de la guerre. Il suffit pour s’en convaincre de lire les titres : Foire aux enfants ; Désespoir d’enfant ; Sur les lieux d’un attentat ; Enfant rom parqué avec sa famille ; Enfants de Gaza. Ils furent des enfants entre des barbelés…Tu as perdu même la tentation de te plaindre…Que vaut la voix d’un clandestin espérant justice…Eternels nomades fuyant la torture et la mort…sans pain, sans eau, sans amour…Quel constat amère du gâchis de toutes ces petites vies ! L’auteure, dont la tendresse pour les petits sous-tend toute l’œuvre, pour qui la jeunesse est sa terre de prédilection, cette auteure cette fois pousse un cri de douleur. Le sort des enfants est plus que révoltant. Ce recueil s’inscrit dans la suite des ouvrages de Jacqueline Held qui dénonce inlassablement la misère du monde : Mots sauvages pour les sans-voix, (Gros Textes 2005) ; Mots sauvages d’un temps sauvage (Gros Textes 2008) ; Le chant des invisibles (Corps Puce 2010)

et pour finir, mes propres textes
Petite suite sahélienne

Femme, vierge et noire
Avec le grain de ta peau pour seul vêtement
Tu marches sur un sable lissé par le vient

Dune douce ou courbe noire en exil
Tu es lumière dense
Et ta danse
Apaise les nuits d’effroi
Où l’on pleure parfois
Sans s’en douter
Sur d’anciennes puretés

Hôtes de passage en ton ventre
Berceau de notre race
Nouveaux nés choyés sur tes reins
Abreuvés à ton sein
Nous portons tous la nostalgie
De ta mains
De ta face

Aurore humaine
Mon regard est de chair africaine

Ta main sur ma peau sèche
L’amour est menthe fraîche l’amour vient battre en brèche mes solitudes

Palme à palme
La lune cuivre d’argent
Le cuir moiré
De nos lagunes

Des enfants par milliers chantent en nous leur joie
Vogue
Frêle pirogue
Et donne à ce désir
L’or d’un corps nouveau né

Oui vivre est un plaisir
Cri vibrant sur la dune
Où ton regard de soie noire
S’étoile dans le mien

Palme à palme
La lune cuivre d’argent
Le cuir moiré
De nos lagunes

Le cercle se rompt
Se vide de son eau
Te libère

Tu accèdes à la lumière
A mon sourire
Terre d’asile
Notre amour t’accueille
T’apaise

Ma voix berce ton prénom
Ton seul bagage

En notre silence
S’absorbent nos présences

Olive vierge et noire
Ton huile est tendre à ma mémoire coule sable entre mains
Vivre avec toi est bien humain

Drapés d’un même pagne
Je marche et tu m’accompagnes

Un enfant à la pain
Un deuxième à la hanche
Un troisième en chemin
Femme et mère au désert
Ta peau noire est feutrée
Ta bonté palpitante
Et notre amour à l’orée
Du désert est premier

Femme et mère au désert
Ta peau franche est dorée
Ta beauté fascinante

Ta peau noire est fierté
Garçon soit sans regret
Un enfant d’homme est un enfant
Mon épouse est ta mère
Tu as l’amour pour source
Et ton prénom pour rivière

Ta peau noire est douceur
Petit vis avec bonheur
Un enfant d’homme est un enfant
Dans l’éclat de ta course
Tu as le jeu pour frère
Et ton frère pour lumière

Ta peau noire est clarté
Mon fils vis avec bonté

*
Vivre comme vit l’enfant. Dans l’éclat des premières fois. Dérouler ses jours dans leur intensité. Comme invincible. Rayonnant. Demeurer sur la crête des joies primordiales. Dévaler des pentes de totale émotion. Puis s’engloutir dans le sombre infini de puits sans fond. Et rebondir à la lumière d’une caresse. Back to full light. Jouer comme on rêve et de tout son corps. Rêver comme on joue et de tout son être. Tenir le jeu comme seule occupation sérieuse et responsable. Ouvrir au monde sa présence et se donner. Ouvrir son désir d’être humain à tous les points cardinaux de la Terre

Patrick Joquel Vivre m’étonne et marcher m’interpelle, Gros Textes, 2014
poètes par ordre alphabétique
*
Patrick Joquel Quant au guépard je t’en parlerai plus tard éditions du Jasmin

On ne fait aucun cadeau
au bonobo

Il est en très grand danzer
le chimpanzé

Il n’a plus beaucoup de temps
l’orang-outan

Quant au gorille
il part en vrille

Fronçons donc tous nos sourcils
nos cousins sont en péril

On joue aux quilles
avec leur population

Voie d’extinction

J’en crois pas mes yeux

Pour la mise à mort
l’animal humain
ce singe malin
réussit bien mieux
qu’un gros météore

*
Pas du Mt Colomb août 007

Le pas du Mont Colomb
étroit
comme une meurtrière

Je suis monté à l’ombre et là
soleil et vue
Ciel pur

Des sommets où je me suis tenu
une ou plusieurs fois

Je respire heureux

Dans la combe où je suis passé tout à l’heure le bruit d’un caillou dénonce deux chamois
une mère et son petit
je les suis des yeux

Du pas
le sommet reste inaccessible
alors je reviens sur mes pas plus bas pour prendre une autre combe
toute aussi rocailleuse

J’aime cet univers totalement minéral
ces empilements de rocs
oubliés là par la glace

Deux cornes dépassent d’un roc
un chamois m’observe
immobile
il me laisse à mon ascension

Le regard aperçoit le cairn
puis le bouquetin sommital
tête à tête immobile
puis l’animal s’esquive
avec son incroyable quiétude
et me laisse à la joie
à ma solitude

Silence et vue
soleil nu
à mes pieds
le lac long de Gordolasque
avec son bleu sombre
et la Malédie

Seul être humain au sommet
je bois le soleil et cette solitude

Le panorama me remplit
je me repose entre les mains de la Terre

Juste émerveillé d’être là
bien vivant
silencieux

Une hermine vient me saluer
rapide et curieuse

Elle se faufile sous les pierres
disparaît
réapparaît
juste sous ma cuisse et file

Nous jouons
elle avec sa vivacité nerveuse
et moi
avec un immobile sourire

Si peu de poids
pour autant de grâce et d’énergie

Hermine redoutable fauve

Soudain
grand fracas d’éboulement
je ne vois rien
juste le bruit
et cet objectif danger

Ici aussi
la mort frappe au hasard
parfois

Je voudrais t’aimer ici même
partager nos plaisirs
notre joie à vivre
dans les creux de notre intime présence au monde

Accorder nos yeux
à l’immense
nous accorder au réel sauvage
et vivants
si vivants
tout bruissants de nos présences offertes
au soleil
comme au temps

Plus bas
le fruissement de l’eau
chants sous les pierres
exacerbe ma soif
jusqu’à ce filet d’eau qui fontaine à l’air libre

Je bois cette eau jamais contrôlée

La coupe de mes mains
un geste ancestral
nécessaire
Un geste d’homme
d’homme en marche

La pierre libère l’eau
désaltéré je continue ma descente
parmi des rochers lissés par le glacier

J’aimerais être un géant
et poser ma main
sur ces croupes de pierres
ces épaules
ces hanches

Leur douceur granuleuse
me caresse d’inimaginables étreintes

Dans mes oreilles siffle un jeu de vent
marcher m’érode et m’avive
*
Cayre gros mai 09

Seul être humain à la ronde
Entouré seulement de pelouse alpine et de rochers
Juste au-dessus des pins épicéas mélèzes
Entre corneilles et tulipes sauvages
Je déclare unilatéralement une trêve à ce monde
environ 30’
L’indice UV est à 8 aujourd’hui
Au-delà de 30’ de paix sur terre
L’être humain risque une carbonisation durable

*

Face à la terreur
on ose un air de musique
on ose être humain
*
Votre attention s’il vous plait vous venez d’entrer dans une zone PIB.
Poésie Intérieure Brute
Zone non sécurisée
Zone sauvage
Il est encore temps de fermer le livre et de rejoindre en TGV votre espace aseptisé habituel.
 
Non
?
Adepte de la prise de risque
?
Ok
Poursuivez donc la lecture. Mais attention : soyez vigilant ! Si en cours de route vous apercevez une émotion abandonnée. Eloignez-vous en ! Sur la pointe de la langue. Et référez-en à nos penseurs à sens unique ! Avant qu’elle ne vous pète à la gueule !  Et ne vous ravage ! Vous laissant alors fragile. Et nu. Bon à moins que rien.
 
Non
?
Vous restez
?
Vous choisissez, dites-vous, de vivre dangereusement
?
Le cœur battant 
?
L’intelligence à l’affût
?
Et l’œil aux aguets
?
C’est cela !… Usez donc de votre liberté !… Sachez cependant qu’aucun dégât ne sera remboursé par vos assureurs. Et que l’abus de poésie crée la dépendance. En effet. Au delà de deux vers nos détecteurs de réflexion autonome virent au rouge. Et vous êtes passible d’une amende. Pour vie en état de profondeur avancée. Et d’un retrait du permis de lecture.
 
Même un seul vers par jour. Qu’il soit régulier ou libre conduit à la dépendance. 
 
Poésie égale subversion.
 
Ici et maintenant. Dans le cadre de notre lutte sécuritaire. Sous les lames du grand sécateur souriant. La subversion est naturellement intolérable. Méfiez-vous des poètes ! Fuyez-les !  Dénoncez-les !
Ces grains de sable !
 
Leurs mots chargés d’âme à fragmentation cachent leurs pouvoirs de destructions massives sous les ballasts de leurs lignes ! Leurs cartouches encrent à bout portant vos cervelles. Leur pouvoir d’étonnant n’attend que la flamme de votre regard pour exploser les certitudes que nos dir.com. ont patiemment ancrées en votre esprit. Pour votre bien-être.
 
Vous continuez à lire
?
Humain sans conscience ! Humain sans confiance !
 
Comment préférer le doute à notre béatitude pasteurisée
?
Pourquoi chercher à vivre au-delà des glissières de sécurité dans les zones incertaines de mort possible alors que nous faisons tout pour anesthésier en vous toute incertitude
?
Tout désir d’indépendance
?
Toute pulsion d’amour sans préservatif
?
A l’ère atomique quel feu voulez-vous donc dérober
?
Celui qui animait les chandelles des temps obscurs
?
Allons donc ! Soyez un  peu raisonnable ! Fermez ce livre ! On ne peut faire table rase des acquis du progrès !
 
Non
?
Vous persistez
?
Comment vous faire comprendre qu’il n’est plus temps de jouer avec les mots
?
Soyez sérieux !
 
Revenez à vos claviers soigner notre Produit Intérieur Brut ! Vous n’en serez que plus heureux ! Revenez à vos claviers ! A vos textes analphabètes ! A vos vies sous écran de contrôle ! A vos désirs aseptisés ! Ici vous ne risquez aucun virus ! Revenez à vos claviers !
 
Identifiez-vous ! Code personnel ! Confirmez votre code !
 
Aucune panne à craindre ! Nos groupes électrogènes veillent ! Vos vies glissent sur nos rails sécurisés ! Aucune agression ne vous guette : nos systèmes de surveillance fonctionnent à 177 % ! Soyez tranquilles ! Ecoutez penser vos écrans ! Ne vous fatiguez plus ! Consommez ! Dormez ! Consommez ! Dormez ! Nos systèmes de surveillance veillent sur vous ! Nos systèmes pensent pour vous !
 *

Entre ciel et soi
un parasol bleu permet
de se croire humain

photo Jorge Vargas/haïku Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

14 novembre 21
migrants
ton désir d’une vie
se heurte aujourd’hui à de frais barbelés déroulés au Nord de l’Europe
les barbelés aussi explorent de nouvelles frontières
un jour au sud
un autre à l’Est
et maintenant au Nord
jeu géographique et mouvant pour des kilomètres de voyage

tu patauges sur le sol d’une forêt d’automne humide et froide
bloqué
sans rien d’autre que ton sac et ton téléphone à la batterie déchargée
tu es devenu l’arme d’une guerre politique
d’une guerre économique
une arme de chair et d’âme
des gens
au chaud dans leurs bureaux
jouent ta vie à la roulette … ou aux cartes
cynisme à vomir
être humain est-il vraiment une aventure digne d’être vécu
?
je tourne en rond sur mon clavier avec quelques mots en boucle
comment peut-on oser agir ainsi
?
instrumentaliser de manière orchestrée des êtres humains
?
comment
?
à croire que certains n’ont pas le même miroir que nous dans la salle de bain
et quand je dis nous
je sais c’est facile au chaud derrière la baie vitrée
je me range de ton côté
voyageur loin de tout miroir

Entre el cielo y tú mismo
una sombrilla azul permite
para creer que eres humano
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
les migrants
meilleur score de trafic humain depuis longtemps
juste le profit maximum
du fric à toutes les étapes
des mots
sur le silence de tous les noyés
des barbelés
sous les pieds de tous les errants
des statistiques
sur les journaux
des murs
devant
des murs
derrière
et de tous côtés
des discours électoralistes
des mensonges
clefs et verrous pour tous
quel est ce monde
?
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
avec un cœur artificiel
l’homme deviendra-t-il plus humain
?
les couvertures religieuses, tribales ou autres
dénuderont-elles enfin des corps qui
plutôt que se machetter se respecteront intégralement
voire se caresseront
?
sans étiquette et
librement joyeux dans les plaisirs partagés
?
avec un cœur artificiel
les douaniers lèveront-ils les barrières
?
les étrangers seront-ils enfin accueillis
et chacun dans son rôle d’hôte
prêts à partager
?
sans crainte et librement ouverts à la rencontre
?
Avec un cœur artificiel
?
*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
Déposé sur une plate-forme de débarquement régional
le migrant sera ensuite trié
éligible à l’asile d’un côté
simple migrant économique de l’autre
et reconductible
dans cette externalisation des flux migratoires
où est l’humain ?

tu crois marquer le monde
et l’histoire
petit humain sans majuscule

tu oublies qu’à l’échelle cosmique
mille ans sont comme un jour
et un jour pareil à mille ans

tu vas et viens
sur tes barreaux comme un perroquet
tu jacasses
tu pavanes
tu vis en couleurs
tu écris

le soleil silence
et le haut vent des marées
efface ton souffle

(c)photo : Erik Vargas
(c)texte : Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

Tu lis le Monde

bombes téléguidées
drones armés
camions assassins
ceinture explosive
inhumain loto

des haines s’ébrouent
de sourdes logiques crient
les voix des Nations Unies
voix des chefs d’état
voix des ONG spécialisées en secours divers et variés
toutes inaudibles parmi ces fracas
se perdent dans le vent des paroles
dans les formules chocs destinées à ces journaux
que tu plies en avions
et qui volent
bien loin de tes rêves d’enfant
quand tu t’imaginais vieillir sur la Lune et en paix
en paix surtout

Quel est ce monde
?

un abri de cailloux
le désir d’être un humain
debout face à l’Est

c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
www.carnetphotographique.com www.patrick-joquel.com
si petits sur Terre
et toujours en funambule
un désir humain
(c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
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un toit pour rêver
certains humains n’en ont pas
n’ont qu’un peu de pluie
n’ont que le froid pour couvrir
leurs longues nuits solitaires

(c)photo Flora/haïku Patrick
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entends-tu palpiter
ces lointaines heures humaines
les rires des enfants
le feu et peut-être la peur
vivre ici
?

(c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
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le temps du cosmos
l’espace de la pierre
et le temps des humains

haiku utilisé pour photo 158

les nuages
ont la passion de l’éphémère
les humains
tentent la durée
pour ma part je cherche la légèreté

(c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
www.carnetphotographique.com

mille et un cailloux
pour dix mille et une nuits
humains de passage

(c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
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des milliers d’années
fugace présence humaine
silence et respect

c) Laurent Del Fabbro/Patrick Joquel
www.carnetphotographique.com
*
Yves Heurté
« Tu t’endors chaque soir,
à la douceur des lampes.
En ton demi-sommeil
tu maudis les soldats
et les femmes violées
sous les guerres, là-bas.
Ton cri t’éveille enfin
mais ta lampe est si douce
que tu ne crois plus rien,
que tu ne veux rien croire… »