PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

lire et faire lire

Lire des poèmes aux enfants
lire et faire lire
octobre 2020

Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

1, lecture d’un extrait d’un de mes livres, son histoire.

Présenter six livres, laisser choisir une personne.
Six livres « primaire »
- Croquer l’orange, pluie d’étoiles
- Heureux comme l’orque, pluie d’étoiles
- Que sais-tu des rêves du lézard ? Magnard
- 22 sandwiches and a toast, Donner à Voir
- Tant de secrets se cachent alentour, Gros Textes

choix d’une personne, ou du groupe. Je lis quelques extraits et parle de l’histoire de ce livre.

2. culture poétique
Qu’est-ce qui nous freine pour lire de la poésie aux enfants ?
Qu’est-ce qui nous freine dans cette lecture ?

Tout d’abord, mettons-nous bien d’accord : il y a la poésie et des poèmes, des courants aussi comme en peinture, il y a des tableaux et des écoles.
En peinture par exemple nature morte, impressionnisme, cubisme etc
en poésie, poésie d’amour, poésie engagée, poésie intimiste, humoristique,etc.
À ces courants, s’ajoutent les formes poétiques diverses, du sonnet à l’élégie en passant par le haïku ou bien la ballade ou encore le surréalisme, le vers libre etc.
En conséquence, si on peut dire « ceci est un livre de poésie », on en lit les poèmes.

Qu’est-ce qui nous freine ?
Ce qui nous freine en général c’est d’abord la méconnaissance de la poésie contemporaine et de son secteur édition jeunesse en particulier.

Pour beaucoup de gens, la connaissance poétique se limite aux souvenirs d’école et à quelques grands classiques. S’y ajoute la poésie chantée, les poètes chanteurs : je pense aux interprétations de Juliette Gréco par exemple ( et d’autres) et à des créateurs comme Boris Vian, Bobby Lapointe, Georges Brassens, Jacques Brel, Barbara, Anne Sylvestre, et là aussi j’en oublie.

Ce qui nous freine, c’est parfois un peu de pudeur. Lire un poème ça engage. Un poème, normalement ça nous fait quelque chose quelque part : ça fait pleurer, rire ; ça fait réfléchir ou bien on dit « je comprends pas » ; ça rend joyeux ou bien mélancolique, nostalgique ; ça donne la rage ou au contraire ça plombe le moral.

Si un poème nous laisse indifférent ça ne veut pas dire que c’est un mauvais poème, ou que ce n’est pas un poème, mais juste qu’il n’est pas pour nous.

On a le droit d’avoir peur de lire un poème à un public. D’autant plus qu’un poème ça résiste à la compréhension immédiate. Ce n’est pas toujours aussi limpide qu’un conte (un conte offre aussi plusieurs niveaux de lecture et de compréhension mais la première lecture reste limpide ; le poème rarement. Et si on s’arrête à une première lecture, on s’expose à des réactions du type «  c’est nul » « qu’est ce que tu nous lis?on comprend rien » etc.

Je vais donc tenter de vous donner quelques billes aujourd’hui pour lâcher les freins et lire des poèmes aux enfants. Mais d’abord, je vous laisse la parole :

et vous : vos gênes ? Vos réticences ?

Un poème ça engage. Alors on s’engage ou pas ?
A/ un poème, ça se lit plusieurs fois. On le lit une première fois. On montre la page (souvent en éditions jeunesse on a un artiste qui accompagne le texte). Alors on ne se prive pas de cette double lecture : image/texte.
On précise qui a écrit, illustré ; si on sait quelque chose sur eux on le dit : contemporain ou non, lieu d’habitation etc.
Une petite recherche sur le net peut nous aider à découvrir qui se cache derrière les mots, le site de l’auteur, de l’artiste, peut compléter notre connaissance.

On relit le poème une seconde fois mais avant on précise : « je vais relire le poème et s’il y a un mot qu’on ne comprend pas, on lève la main et je m’arrête ; on explique ». puis on procède ainsi jusqu’à la fin du poème.

On le relit une troisième fois. « Est- ce quelqu’un a envie de dire quelque chose sur le poème ? Besoin de dire quelque chose ? »
si un enfant s’exprime on l’écoute, et un dialogue peut s’amorcer dans le groupe. Si personne ne s’exprime, on passe à autre chose. La lecture d’un autre poème ou bien carrément la lecture d’un autre livre, album…

allez on fait pareil. Vous êtes prêts ?
Prenons le livre de Jacques Ferlay, éditions de l’Amourier. (L’Amourier, éditeur de la région niçoise. Catalogue divers : poésie (pas de secteur jeunesse chez cet éditeur), proses. Commande sur site ou en librairie).
Et regardons ce haïku
(explication du haïku, si nécessaire.)

Malgré l’escalier
et même si le bois gémit
l’odeur de la soupe

première lecture, mot sur l’auteur et l’artiste, deuxième lecture : parfois le mot gémir ici demande explication. Troisième lecture. Quelqu’un a envie de dire quelque chose ?

On peut aussi, pour apprendre à écouter, pour apprendre à lire un poème, proposer un jour le questionnement suivant.
Pour tout poème, et par extension tout texte, on peut se poser quelques questions essentielles :
* on est où dans ce poème ?
* on est quand ?
* quelle météo ? Bref : s’interroger sur le temps qui passe et le temps qu’il fait.
* qu’est-ce qui se passe ici ? On imagine la scène, on met des mots sur le non écrit du poème. Le poème est un texte souvent elliptique, c’est au lecteur de prendre le temps de regarder les images mentales que crée le texte. Lire, c’est comme un cinéma dans la tête.
* la grille des cinq sens : qu’est-ce que je vois, j’entends, je sens (odorat), je goûte, je sens avec la peau, les mains ?
* est-ce qu’il y a un déplacement ici ? Un mouvement, un geste du corps ? On découvre le monde aussi via le mouvement, comme un 6e sens.

Une fois qu’on a débroussaillé tout cela, le poème prend davantage de sens. On le comprend mieux et on peut le relire. Et le lire en prenant son temps. Le poème souvent appelle une lecture lente.
Ensuite, on n’est pas obligé d’en parler davantage. Sauf si un enfant en a envie : partage d’un souvenir, j’aime bien, je me sens cocooné dans ce poème etc. ou bien j’aime pas, c’est trop bizarre et bien il a le droit. Il a le droit de dire : « j’aime pas la soupe »

Lire de la poésie c’est aussi entrer dans la réflexion sur soi-même, sur le monde et c’est aussi une invitation à partager la parole. Lire un poème, ça fait parler aussi. Ça propose d’émettre des hypothèses, de risquer une opinion. Ne serait-ce que pour cela, c’est important dans les acquisitions de ce qu’on pourrait appeler le Savoir Être.
Lire de la poésie, c’est se positionner aux antipodes des chaînes de télé grand public dont l’objectif est de créer du temps de cerveau disponible. Lire un poème, c’est réveiller, titiller le cerveau.

3. Quelques éditeurs de poésie dont les livres sont disponibles en librairie et qui ont un site à visiter.

Attention : ce n’est pas parce qu’un éditeur n’a pas de catalogue jeunesse qu’on ne va pas trouver un ou des poèmes à lire aux enfants. De même, ce n’est pas parce qu’un éditeur a une collection jeunesse que tous ses poèmes vont intéresser les enfants. Comment choisir un poème à lire ? Règle de base, leur donner à entendre les poèmes que vous aimez et qui vous semblent compatibles avec votre groupe.

éditions Pluie d’étoiles
chez cet éditeur où j’ai trois titres
heureux comme l’orque
croquer l’orange
chercheur d’or

On trouve par exemple ceci

Il fait trop froid sur la banquise.
Les phoques ont bouclé leur valise.
Ils n’emportent qu’une chemise,
Du gel solaire, un bermuda.
Ils vont aller au Sahara
manger des glaces au chocolat.

Michel Piquemal
Poèmes à poils et à plumes pour enfants en pyjama
Pluie d’étoiles

là, on est dans la comptine. De la souris verte à Pomme et poire dans l’armoire de Luc Bérimont, la comptine est parmi des formes les plus élevées de la poésie, je pense. Pourquoi ? Parce que sous couvert d’humour, elle permet d’aborder tous les thèmes, des plus fous comme la souris verte aux plus denses comme chez Jacqueline Held, ou Norge avec ses vers de mirliton.
De plus, c’est une forme très réglée, mathématique quant aux nombre de pieds (ce qui lui donne son rythme) et qui fonctionne avec la rime. Pour un enfant, le poème c’est un truc qui rime : on le lui a bien mis ça dans la tête à l’école. Et pourtant, la rime ce n’est pas indispensable au poème. C’est une des possibilités de la poésie, un des chemins, mais ils sont multiples. Par exemple, voici une forme de poème qui n’a nul besoin de la rime ni des retours à la ligne avec ou sans majuscule :

Norge
Au cirque

Et maintenant mesdames et messieurs, nous allons vous présentez en grande première mondiale, sans cage, avec son poitrail multicolore et toute sa crinière au vent : le bonheur (tambour et musique.) Il apparut. C’était vrai, c’était le bonheur ! Et de quelle taille ! Comme il n’était pas encore apprivoisé, il se jeta sur le public en rugissant et dévora la plupart des spectateurs.
Norge
Les oignons 
un auteur à découvrir, en particulier les oignons.
Pistes de lecture pour ce poème :
le ton : un ton de Mr Loyal bien sûr. On peut proposer aux enfants de lire le texte à voix haute comme un annonceur : en général, après quelques moments de timidité, ils se lâchent un peu. Et on s’amuse ! On peut comme ici dans ce texte, rencontrer un ou plusieurs changement de ton. Il apparut… se chuchote davantage avant de rugir et de dévorer les spectateurs.

On peut aussi y mettre, c’est écrit, un accompagnement sonore.
On peut proposer également de lire le texte en y insérant des échos, des répétitions, et donc plusieurs voix, plusieurs lecteurs :
Et maintenant mesdames et messieurs, nous allons vous présentez en grande première mondiale
Grande première mondiale
, sans cage,
sans cage
avec son poitrail multicolore
multicolore
et toute sa crinière au vent : le bonheur
le bonheur le bonheur le bonheur
(tambour et musique.)
Il apparut. C’était vrai, c’était le bonheur !
Le bonheur !
Et de quelle taille ! Comme il n’était pas encore apprivoisé, il se jeta sur le public en rugissant
rugir
et dévora la plupart des spectateurs.
*
Revenons au poème de Michel Piquemal
Tout ce qui est poème ne rime pas. Ainsi, mon lapin mange du pain, n’est pas forcément un début de poème, mais un jeu sonore. Utile dans l’apprentissage de la lecture. La rime n’est pas obligatoire dans le poème. Elle est complexe et difficile à réussir.

La poésie, cela permet souvent -pas toujours- de réfléchir sur le sens du réel et celui de l’imaginaire.
Dans ce poème de Michel, on commence dans le réel : il fait trop froid dans la banquise
conséquence logique : on a envie de partir au soleil. Qui vit sur la banquise ? Des phoques, ok. Les phoques ont envie de partir.
Les phoques bouclent leurs valises. Paf ! Là on entre dans l’imaginaire : un phoque n’a pas de valises. Au choix soit le lecteur dit « n’importe quoi », et on ferme le livre; soit il dit « ok » et accepte de jouer le jeu. Dans ce cas on poursuit.
Si le phoque fait ses valises pour aller au chaud, qu’est-ce qu’il emporte ? Chemise, gel solaire et bermuda. Logique ; logique de l’imaginaire. Le poème a le droit de dire n’importe quoi, mais pas n’importe comment. Ça doit tenir. Ça doit fonctionner.
Où vont-ils trouver de la chaleur ? Au Sahara ; logique. Mélange de réel : il fait chaud au Sahara et d’imaginaire un phoque au Sahara ça n’existe pas. Pas plus que la fourmi de dix huit mètres de Desnos dans ses chantefables et chantefleurs (grund) – un livre à se procurer si vous ne l’avez pas : une mine de poèmes humoristiques écrit pendant la guerre de 40) ; ou qu’un oranger sous le ciel irlandais (chanson de Bourvil).
Et là, logique et retour au réel, il fait chaud, on mange une glace, et pas n’importe laquelle svp, une glace au chocolat. Soyons précis.

Lire un poème c’est permettre à l’enfant de jouer, développer, son imaginaire. De le maîtriser aussi, via cette logique de l’imaginaire.
Important dans ce monde où souvent on entend n’importe quoi, n’importe comment (voir les tv) ou bien dans ce monde où seul compte le réel sonore et trébuchant.

Chez pluie d’étoiles, signalons cette petite collection qui allie poème et bd. Comme ici avec Chercheur d’or. Un livre que l’on peut lire comme un album, en montrant les images mais en prenant le temps de lire et de relire comme pour tout poème.
*
éditions Cheyne
la collection Poèmes pour grandir est une richesse pour découvrir quelques auteurs contemporains. J’ai choisi un poème parmi tant d’autres :
*
Voici ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme on reprocherait au feu
d’être plus chaud
que la neige et au miel
d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c’est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi

Jean-Pierre Siméon
Sans frontières fixes
Cheyne, poèmes pour grandir

là on est dans ce qu’on peut appeler la poésie engagée. Toute la collection n’est pas dans cet engagement, je vous rassure, mais elle se tient loin de la comptine. On est dans des poèmes au vers libre, sur des thèmes variés mais plutôt proches du réel. Magnifiquement illustrés également.

Un poème à lire avec les plus grands et qui générera du débat. Le poème comme vecteur de réflexion, philosophique. Avec des cm, on ne peut pas faire l’impasse sur cette poésie-là et sur ces engagements, ni sur les réflexions qu’elle génère.
On peut lire ce poème à plusieurs voix, deux ou trois lecteurs qui se partagent le poème.

éditions du Jasmin
j’y ai deux titres.
Quant au guépard je t’en parlerai plus tard. Un recueil sur les animaux, une réflexion ludique et existentielle sur la fragilité : les animaux en voie de disparition ( le panda) et ceux qui durent à travers les millénaires comme la méduse. En voici un ou deux exemples

Vivre chocolat, est dans une veine rare en poésie : la présentation du poème sous forme d’album. Une page un poème, comme d’habitude mais ici, en prime, un fil rouge qui raconte un peu comme une histoire. Ça se lit page à page avec une réflexion sur le rapport texte/image comme d’une traite.

Lire un album ou un recueil, c’est encore une autre lecture. L’image et le poème forment une œuvre à part entière comme si ici 1+1 faisaient au moins trois.

Mais prenons un autre livre de cette collection :
Allons prendre une tasse de temps qui passe, chez Martine Delerm

Le bonheur est funambule
Fragile
Sur son fil
Il s’élance
Et danse
En silence
Et s’il glisse hélas
Jamais ne s’efface
Sans laisser de traces

des poèmes courts, comme des flashes qu’on peut se répéter, comme dans un cocon. Des poèmes à murmurer. Des poèmes peluches dans lesquels on se sent bien. Comme un mantra.

Juste avant de se coucher
Boire
Une tasse
De temps qui passe
C’est bon pour la santé.

Choisir un ton de confidence, de douceur. À lire avec lenteur, seul ou à plusieurs, avec des échos ou sans. On a toute liberté pour mettre en voix un poème.

Lire un poème/ par jour aussi c’est bon pour la santé. Commencer chaque intervention par un poème et prendre le temps de l’écouter comme on l’a dit en début. Clore la séance de lecture avec un retour sur le poème, c’est aussi une manière de lire de la poésie, l’air de rien, pour encadrer l’album.
Voir sur mon site si besoin de textes :

http://www.patrick-joquel.com/rencontres/un-par-jour/

*
éditions L’initiale
un éditeur de petits albums carrés, plein de poésies. On n’est pas à proprement dit dans la lecture de poèmes, mais dans une ambiance poétique dans les rapports textes/images. On ne peut pas cantonner la poésie au poème. Découvrir cet éditeur, c’est aussi entrer dans la réflexion : de nombreux albums offrent des pistes philosophiques. Une richesse, tant au niveau du langage, que des images et du fond.
Voir Écoute

éditions Doucey
un éditeur de poésie qui vient d’ouvrir une section jeunesse au sein d’un catalogue varié, international et dans lequel on trouvera des pépites pour nos jeunes lecteurs.

Un extrait d’un livre : La vie est belle, Bruno Doucey et Nathalie Novi

Neige
recouvre neige

Elle n’est d’aucun pays
n’appartient à aucun être

La mémoire qu’elle invente
fond dans l’instant de sa présence

Neige n’a d’ombre qu’elle-même
ce qui l’habille porte sa nue

**
Ce matin
de la main
neige caresse l’horizon

elle se pose
sur les arbres, dans l’herbe
sur le toit des maisons

effleure les ailes de l’oiseau

la fourrure des animaux
la boit comme une lampe

Bruno Doucey
la vie est belle
éditions Bruno Doucey.

Poème qui dit le monde. Qui met des mots sur un paysage, sur une émotion ; sur cette interaction entre paysage et émotions. Le poème pour dire, le poème pour donner à voir (Eluard). Ce n’est pas exactement la description, c’est de l’ordre de l’intime face à la description. Un poème pour dire le monde, le formuler : au fond seul existe ce que l’on nomme sinon pourquoi aurait-on nommé les cols des Alpes par exemple.
Monter ainsi à l’enfant qu’il a le droit de mettre des mots sur ce qu’il voit, ce qu’il ressent ; histoire de se rendre plus attentif, plus présent au monde.

Deux poèmes à lire en hiver, au coin du feu. Dans un chuchotement cocooning. Pour le premier poème, répéter en écho le mot neige comme autant de flocons qui tomberaient sans bruit.
Pour le second poème : seul ou en se partageant les mini strophes, possibilité d’échos sur la fin des strophes.
*
éditions Donner à Voir
on parlait à l’instant de poème qui donnent à voir, c’est le nom que s’est donné cet éditeur associatif basé au Mans. On trouve chez Donner à voir, des poèmes proches du quotidien y compris des anthologies thématiques (jardin, arbres…). Des livres sur papier recyclés, tirage limité 365 ex. des petits carrés, des livres accordéon. C’est beau, intelligent et simple.

Par exemple, partons chez Christophe Jubien,
synchronicité

Le vent n’a rien eu à dire
il s’est contenté de souffler
et les fleurs ont dansé
ces pissenlits sur le gazon
qu’un air de jazz à la radio
approuve mollement.
11h11- la perfection

la poésie des jours ordinaires. Le poème du quotidien. Comme une photo. Le poème instant. Lire ces poèmes-là, c’est inciter le lecteur à ouvrir les yeux sur son proche. Quitter l’écran et regarder ce qui entoure. Vibrer avec. Sourire de l’humour d’une vision brève et fugitive, d’un instant de beauté ou au contraire serrer son cœur devant un fragment du malheur du monde. Se rendre attentif au quotidien. Mettre des mots dessus pour ne pas oublier. Pour rendre le temps éternel.
On peut essayer ici des bruitages : le souffle du vent, un la lalalala et peut-être un tic-tac qui s’accompagnerait en écho du mot perfection.

Chez donner à voir, on trouvera aussi mes 22 sandwiches and a toast, poèmes plus ludiques sur les animaux, ludiques mais non dénués de fondement.

éditions Gros Textes
un vaste catalogue qui explore mille et une facettes de la poésie.
On peut retenir pour nous et dans ce qui nous importe les livres de Jacqueline Held mais ce n’est pas la seule de ce catalogue à pouvoir entrer largement dans les écoles.
voici des extraits de deux des titres qu’elle a signés chez Gros textes.
(pour les enfants, tant de secrets se cachent alentour, pour ma part)

Sur une seule rime

Un, bis, ter…
Pomm’ de terre !

Un grand militaire
Survolant la terre
En hélicoptère
S’écria : Tonnerre,
Par vingt-six soupières,
Pourquoi des frontières ?

Au diable la guerre !

Jacqueline Held
Un militaire sur une pomme de terre
Gros textes

Berceuse du monde

Dors, enfant,
Lilas tremblant.

Enfant noir, enfant d’ébène
A la joie comme à la peine ;

Enfant jaune, enfant rouge,
Dans les jardins, nul ne bouge.

Enfant de cuivre, tard le soir,
Le ciel est un pur miroir.

Dors, enfant,
Lilas tremblant.
Comptine d’espérance

Pin pon d’or :
Hellébore et passiflore.
*
Demain tout ira bien mieux
-souris douce, souris bleue-
Souris, souris quand il neige,
Souris, souris quand il pleut.

Si tu te fais du souci
-soucis jaunes, soucis bleus-
Va dormir toute la nuit :
Demain tu seras joyeux.

Quand la grenouille rira
L’amandier refleurira.

*
Nouvelles d’Argentine :
Des femmes, des enfants
Sortent de la nuit froide,
Hantent les rues.
Dans les poubelles
On récupère
Ce qui pourrait
Être vendu.
Des écoliers s’évanouissent de faim.
A quelques kilomètres
Plusieurs petits comparent
Le goût du crapaud grillé
A celui du rat.

• Que voudras-tu faire
Quand tu seras grand ?
• Être étranger.

Jacqueline Held
MOTS SAUVAGES
ÉDITIONS GROS TEXTES

voilà des poèmes à la fois ludiques, style comptines mais pas aussi simples qu’ils en ont l’air. Le poème n’est jamais aussi simple qu’il n’en a l’air. Il cache son jeu. Le poème est un texte multi couches, comme un mille feuilles. Sa saveur s’étage. C’est pour cela qu’il réveille et titille le cerveau. Le dernier est un poème qui s’inspire de l’actualité, lecture des journaux. Le poème peut aussi être témoin du monde, de ses jours.

Le premier poème peut se lire à deux voix : narrateur et militaire
Le second et le troisième : à plusieurs voix. Avec des échos. Tout en douceur.
Le dernier : sur un air plus « reporter », froid ou bien plein de compassion au contraire. Terminer par le dialogue avec deux autres lecteurs.

*
éditions Voix tissées

des livres de poèmes conçus comme des albums, c’est assez rare pour être souligné. On y retrouve Paul Bergèse, lauréat du prix lire et faire lire il y a quelques années, Chantal Couliou et d’autres. À découvrir absolument.
Si je peux vous montrer l’exemplaire que j’ai signé chez voix tissées, je ne peux hélas pas vous lire un poème de Paul ou de Chantal. Les livres sont en prêt dans une école. Comme la plupart de ma bibliothèque d’ailleurs.

Chez eux,
terre ! Terre !
*

et pour finir voici un poème que j’aime bien

Il fait beau

Il fait beau ce matin sur la terre.
Un petit vent de mai s’est levé tôt
Pour nous le dire. Un ciel tout neuf
A sauté par-dessus les collines,
Chargé d’odeurs, d’abeilles, d’aubépines,
Et mille oiseaux s’élancent à la fois
Ivres de cris et de lumière,
Vers le miroir déjà haut du soleil
Pour saluer le temps si beau
Qu’il fait ce matin sur la terre.

Pierre GABRIEL

4. résumé des possibilités

on peut donc pour finir
mettre le poème en début et fin de séance.
Prendre le temps de parler autour du poème et le lire plusieurs fois. On peut proposer aux volontaires de le relire aussi.
On peut s’amuser avec le poème et le mettre en voix. Chercher le ton. Proposer aux enfants de lire le poème à plusieurs. Y insérer des échos, des sons…
Les laisser réfléchir. Écouter leurs propositions et les mettre en jeu.
bref c’est encore une autre lecture. Une lecture active où tout le monde joue.

Vous êtes nombreux si vous vous partagez la recherche de poèmes, chacun sur un éditeur par exemple et que vous mettez en commun cela ne coûtera pas bien cher à chacun et enrichira tout le groupe pour le plus grand profit des enfants.