PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

Jeudi des mots

Jeudi des mots, au café culturel Chez Pauline, rue Bavastro à Nice, ce sont des instants de lectures partagées autour d’un verre, ce 23 janvier j’y ai lu

Lecture de deux extraits de ce livre, paru en 2 002 et toujours disponible.
Hiver

Les yeux devancent le pas cherchent où déposer la trace
Sous les raquettes la neige ronronne cristaux mi-clos
Nous lisons sur sa peau de légers bonheurs d’hermine ou bien de tranquilles nonchalances de bouquetins
Nous grimpons avec la même lenteur sereine et lorsqu’au revers du verrou glaciaire nous atteignons enfin le lac nous reposons nos corps près de sa carapace

Ce qui dort ici sous la glace a l’éclat d’une promesse avec sa palpitation sourde et joyeuse
Et son élan dans les (lents oui on peut supprimer ce lent là) courants feutrés des eaux suspendues nourrit l’attente
Ainsi nous aussi nous patientons offerts à la rencontre et tremblants de n’être pas reconnus
Avec notre désir tout bruissant de lumière et notre petit bouquet de vie à la main nous traversons ces jours d’hiver comme en hibernation
Sous les givres de leurs trop froides solitudes nous respirons à peine

Nous attendons des soleils plus chauds de vastes débâcles pour déambuler à nouveau sur les pentes fleuries
Nous attendons de retrouver l’enfance et son regard Nous levons les yeux le monde alors nous apparaît immuable et renouvelé
Par les pupilles des chamois il nous dévisage
Que lit-il dans nos regards
Il se tient à distance il se méfie
Aussi pour tenter de l’apprivoiser nous laissons quelques mots claquer dans nos bouches
Une poignée de noms

simples bruits de langue et conventions communes vient éclairer le paysage et lui donner son relief
Pas du Diable Grand Capelet Pic des Merveilles Baisse de Valmasque Lac de Fontanalbe Mont Bego
Tout un territoire émerge alors du néant
Nous n’habitons plus dans l’obscurité d’un pays de pas perdus mais nous retrouvons des itinéraires anciens balisés par la parole et par la sueur des hommes
Cela nous rassure et nous relie à la terre à son histoire

*
Pourquoi aller chercher le poème aussi haut
Pourquoi le teinter de ces bleus
Le confronter à cette élégance abrupte
que la crête ajuste à ses mèches blanches
Silence
Le poème est-il là
tapi en amont du langage
couvert de neige comme un lac de glace
et se fond-il dans le regard
Rejoint-il par la voix les flux de la mémoire
Ce poème à l’état sauvage
est-ce lui qui interpelle une langue
et l’apprivoise

Est-ce le mot qui le hèle
et lui cisèle
une arabesque
où prendre son
Le poème existe-t-il avant que l’encre ne le forme
Est-il dans son dessin
ou dans ce vide
auquel le papier donne trame
Existe-t-il hors du langage
être informulé mais vivant
ou bien ne naît-il seulement que de la pensée
Est-ce l’homme qui offre au monde un poème
ou la poésie qui donne au monde un homme