PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

printemps poetes 22 anthologie

Anthologie autour du mot éphémère
ci-dessous
et ici https://www.patrick-joquel.com/textes/ephemeres/
on retrouve des textes que j’appelle éphémère : un éphémère c’est un texte dédié à une personne, format carte postale et instantané (ou presque).

Anthologie :

Tu parles au présent
et le temps compte peu :
sur la face d’une pierre
il s’use à n’être pas.
Toi, tu interroges
la cendre, la flamme,
ce qui semble voué à l’éphémère
et s’impose outre mesure
pour donner tort aux bavards.

Max Alhau
Friches 75
*
Il pousse des forêts au fond de nous
Ici plutôt des arbres caduques là plus de conifères
La jeunesse est buissons et taillis
L’enfant tourbillonne des feuilles plein les bras, les feuilles
s’envolent alentour l’enfant aux lèvres
Parfois on entend des heurts de cognée des cris
et des coups de fusil dans la forêt
l’arbre tient bon
La vie est ainsi faite racine tronc et feuille
La racine est l’ancêtre le tronc la famille
et la feuille ce qui
respire et se voit
Le bonheur c’est peut être quand la lumière se glisse parmi les feuilles
Quelque chose d’aussi simple qu’une feuille qui vient nicher
dans notre âme
La nuit nous volons de nos ailes bruissantes
Nous comprenons que notre pesanteur est éphémère
Un jour nous nous rassemblerons et nous partirons
Nous y croyons pour avoir la force de rester encore
Notre ciel est là en bas ici en haut notre tombe

Claes Andersson
Tidens framfart éditions Bonniers 2005
Né en 1937 jddp3/2006
*
L’éphémère C’est une dentelle qui ne dure pas Une aventure ajourée Des milliers de caresses fragiles sur la joue du silence Des petits tamis de lumière Une fureur de vivre inutile peut-être et qui va te surprendre un seul jour ̶ mais c’est déjà beaucoup ̶ Car dans l’aube qui vient soudain tout disparaît. Alain Boudet Cherchez la petite bête Rue du Monde, 201
*
J’ai traversé le Rien
Aux jours de mon enfance
Déchiffrant la mort
En nos corps d’argile
Et de brièveté
J’ai récusé l’orgueil
Disloqué les triomphes
Dévoilé notre escale
Et sa précarité

Cependant j’y ai cru
A nos petites existences
A ses saveurs d’orage
Aux foudres du bonheur
A ses éveils ses percées
Ses troubles ou ses silences
A ses fougues du présent
A ses forces d’’espérance
Au contenu des heures

J’y ai cru tellement cru
Aux couleurs éphémères
Aux bienfaits de l’aube
Aux largesses des nuits
Oubliant que plus loin
Vers les courbures du temps
L’explosion fugace
Ne laissera aucune trace
De nos vies consumées

Et qu’un jour notre Planète
A bout de souffle
Se détruirait

Andrée Chedid
Le rien, rythmes, Gallimard.
*
Un poème de Pierre Gabriel extrait de son recueil « La nuit venue » aux Editions Rougerie.

Et c’est la vie en fin de compte
Qui ramasse la mise,
La vie et son souffle éphémère
Où chaque instant de toi prend source,
Ta vie, cette ombre aussitôt effacée
Que le soleil pourtant grave à jamais
Dans le terreau du monde,
Et qui te mêle au sable, à la neige, au silence,
Semblable à cette graine qui survit
Depuis le fond des temps dans la nuit des racines
Où bat toujours le sang des morts.

Pierre Gabriel
*

Nous, vue horizon,
Nous ne sommes ni de la nuit ni du jour,
Mais de l’espace-temps éphémère
Où se marient aurore et crépuscule,
Étape trouble de l’entre deux parcours
Que l’on nomme l’esprit de la marche.

Voici l’horizon et nous sommes le regard,
Son rivet cloué à la vue.
Survolé par le vautour, à mon dos la montagne,
Ma main gercée sur la détente,
Mes prunelles plongées dans le viseur
Par la mire du viseur et la pointe du regard,
Toujours je guette, solitaire, et je sais redresser l’horizon
Et le menton de mon rêve.
Voici le jour. Voici le regard. Et voici le désert et l’homme

Mahmoudan Hawad
Trad. Du touareg par l’auteur.
Aujourd’hui poème52
*

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Corps unique
éphémère
seul vêtement
pour nudifier le plaisir
au sexe de l’instant

Patrick Joquel
saveur bleu intense
un nonchalant skieur
trace l’éphémère

Fragile éphémère
sur le silence un regard
une trace un songe ©Patrick Joquel www.patrick-joquel.com piagu carte postale dav
*
La joie naît de ton rire
Le jour
nos mains la partagent
la nuit
nos corps la caressent
Quelle conscience
émerge alors
de nos chairs éphémères
Qui donc
en nos encres métissées
poursuit l’écriture
Qui donc écrit ici je
Qui le prononce
Où est l’esprit
*
Nous passons au milieu des gens
Au milieu des rues et des champs
Nous avons bien remarqué
La fraise des bois
L’odeur du noisetier
La présence d’une toile d’araignée
Nous passons, éphémères
Parmi les éphémères,
Et la foule dans laquelle on se perd
Se perd aussi dans d’autres foules
Allant de jour en jour
Jusqu’aux bords de l’univers.

Michel Lautru.
Désirs nomades. BMDO

*
J’écris seulement pour vous sauvegarder
Tendres respirations
suspendues dans le tourbillon des heures

J’écris seulement pour vous préserver
battements obstinés du cœur
cloués dans le tumulte des jours

J’écris seulement pour vous protéger
choses éphémères de la vie
emportées dans les remous du temps

J’écris seulement pour vous
mes pâles compagnons de voyage
et tous ceux que je ne connais pas encore.

Bernard Mazo
Dans le froid mortel de l’exil
rougerie
*