PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

un poème par jour

semaine 3
comme Yves Klein
signant le bleu du ciel
j’ai signé le feu
un jour de juin 1967
à Monterey
embrasant embrassant
fracassant
sacrifiant ma Stratocaster
devant le monde entier
découvrant
le feu de vie
duquel nous venons tous
le feu
pour aimanter tous les mystères
 
Zéno Bianu, Jimi Hendrix (Aimantation), Le Castor Astral, 2010,

*
Le bâton de pluie 
Dresse le bâton de pluie : survient alors  
Pour ton oreille une musique  
Insoupçonnée. Dans la tige de cactus 
 
Averse, écluse ouverte, remous et cascades 
Se déversent. Tu deviens cette flûte 
Où soufflerait de l’eau, tu l’agites encore 
 
Et c’est le diapason d’un diminuendo, 
Un filet d’eau mourant dans la rigole. Et voici 
Le goutte-à-goutte des feuilles rafraîchies, 
 
La petite pluie de l’herbe et des pâquerettes, 
Et le scintillement du crachin, presque une haleine. 
Redresse le bâton. Ce qui survient alors 
 
N’est pas moins fort d’être advenu une fois, 
Deux fois, dix fois, mille fois déjà.  
Qu’importe si la musique qui transperce le bois 
 
Est glissement de sable ou de graines dans le cactus ? 
Tu es pareil au riche qui entre au paradis 
Par l’oreille d’une goutte de pluie. Écoute encore.  
 *
Poème du matin froid

Le joueur de qin pince une corde
Le silence apparaît
il en pince une deuxième
un prunier se met à fleurit
dans ma petite chambre
en ce matin glacé d’Europe
il pince une troisième corde
je suis le rêveur à la barque
peint par Fu Baoshi
à Chongqing durant la guerre
contre les Japonais

Christophe Jubien
*

La jonction de ta conscience de petit terrien anonyme avec l’émanation du cosmos est d’ordre musical. La complicité de Miles Davis s’est avérée judicieuse. A aucun moment il ne t’a rappelé à la réalité. Sa trompette ne singeait pas la voix humaine. Elle fouillait plutôt dans une mémoire déchiquetée de l’espèce à la recherche d’un alphabet perdu que plus personne ne se soucie de déchiffrer. Un alphabet d’avant la poésie, la peinture, et même la musique. Les rares signes qui nous ont été légués sont inutilisables pour la simple raison qu’ils ne puisent leur essence dans aucune langue articulée. Tout au plus ornent-ils maintenant de vieux bijoux, ou se retrouvent-ils, telle une signature illisible, au bas d’un tapis, ou encore gravés sur une stèle, dans un cimetière désaffecté.
Fossiles d’une antémémoire que le désert s’évertue à ensabler.

Abdellatif Laâbi
Tribulations d’un rêveur attitré
La Différence
*
semaine 2
A

Dans la région traversée par le Fleuve jaune
dans les innombrables rivières taries
une charrette
à une seule roue,
grincements aigus dans l’obscurité,
le froid et le silence
depuis le pied de cette montagne
jusqu’au pied de la montagne là-bas
qui traversent les peines des peuples du nord

Dans les journées de glace
parmi les pauvres petits villages
la charrette
à une seule roue
trace des marques profondes
sur le sol de cette triste terre jaune
dans la vaste étendue et le désert
de ce chemin
à ce chemin là-bas
elle entrelace
les peines des peuples du nord

Aï Qing
1910-1996
aujourd’hui poème 32

je me tais j’écoute toujours
ce que je vois flotter
ne se pose pas malgré les mots
pilier lumière feuillage
il y a comme un suspens
où le jour hésite
un insecte passe dans le soleil
l’ombre d’un chat
le fracas du monde
un instant se résout en silence
le regard ne cherche ni ne trouve
il accueille il laisse passer

4 novembre 2001
Jacques Ancet
Poésie première 27

un arbre dans le matin
et trois nuages pour la beauté
l’herbe tremble presque rien
je vais peindre sur du papier de soie
le vent quelle couleur ?
et la pluie si elle vient ?
la terre tourne lentement
on voit juste bouger les feuilles
les secondes vont au rythme du cœur
je suis au monde
j’ai le temps
Marc Baron

Petit homme
Tient le monde
Au creux de ses mains
L’envoyer en l’air
Boule de cristal
Souffler dedans
Bulle de savon
Un coup de tête
Oui, plus haut !
Petit homme
Doucement !
Le destin du monde est un rêve fragile

Sandrine Bettinelli
Parentines
Editions Bastet

semaine 1
mer

me voici
là où le bleu de la mer
est sans limite

Santoka
*
Sur la grève on voit ainsi
ruisseler infiniment
en des méandres illisibles
le peu qui reste du tourment
que fut la mer

Jean- Marie Barnaud
Le beau temps, Cheyne

*

Le ciel aux aguets tourne sabre et couteau
Il invente l’origine
A entendre le vent piauler
je crois que la mer me veut
qui seule encore
me couche
me relève
me plonge
dans ses creux
où sanglés comme un cheval d’obstacle
nous allons à l’écume

La mer en joie m’attend
la mer au souffle court
Bleu de lait ce métal flambe au soleil
Lames urgentes et brèves
l’une après l’autre
remises à ma ferveur taciturne
Je ne suis que la beauté
qui passe sous toi
et qui s’absente
Jean Marie Barnaud fragments d’un corps incertain cheyne

Au bord de la mer
L’eau trame
La perpendiculaire
Je trace l’horizontale
Mes pas croisent
La ligne
Des vagues
Le canevas se tisse
Chaque pas me rapproche
Et m’éloigne
Mon esprit s’évade
Il s’inscrit
Dans ce va-et-vient régulier
L’espace et le temps
Se fondent
Je me perds

Dan Bouchery
Les éphémères
Soc et Focsemaine 51 iles

Quand le temps
paresse
le long de l’été
finissant
les îlots blonds
dérivent
emportés par l’esprit.
Le soir pâle se glisse
sous la soie des eaux
et le miroir de l’oubli
se trouble de larmes.
Claudia Adrover
La Loire au plus près
Donner à Voir

Île
Mer et murmure
où les regards
vivent de ciel et de couleurs
Ici
l’arc-en-ciel
a posé son sac de lumière
Chacun y redevient l’enfant
habitant du vert et du vent
les yeux plongés
dans la magie des vagues.
Alain Boudet
Au coeur le poème
La vague à l’âme

Pas une spore de nuage.
Une tempête
de ciel bleu.

Une mer
Enfermée
dans son île.

Jacques Canut
Broutilles
Autoédition 2004

L’île à la nuit tombante
S’éloigne à l’horizon
Pour ses rendez-vous secrets

Elle va vers le nord
Plein de reflets bleus

Vers le sud
Au ventre de dunes

Vers les îles du ciel
Aux nuages insolents

Vers les îles profondes
Comme des magies
Michel COSEM
Au pays des braises bleues
Pluie d’étoiles éditions

*
semaine 50
Au cirque

Et maintenant, Mesdames et Messieurs, nous vous présentons en grande première mondiale, sans cage, avec son poitrail multicoloree t toute sa crinière au vent : le bonheur ! (tambour et musique). Il apparut. C’était vrai, c’était le bonheur. Et de quelle taille ! Comme il n’était pas encore apprivoisé, il se jeta dans le public en rugissant et dévora la plupart des spectateurs.
Norge
Les oignons
Flammarion
*

Que faire ?
dit la mère
à son petit enfant
qui est un éléphant.

Mais l’éléphant d’enfance
a du poil à sa trompe
et rit quand il se trompe.

On se console comme on peut
de ne pas être un oiseau bleu.

Luc Bérimont
Comptines pour les enfants d’ici et les canards sauvages
Editions St Germain des Prés
*
Je suis molle dit la mûre
Je suis dure dit la folle
Moi je colle dit la mule
Moi je bulle dit la sole
La mule est folle
La sole est dure
La bulle est molle
La colle est mûre
Dans la masse la bulle
A l’école la mule
Dans la salle sa sole
Et la bulle au bal
C’est à n’y rien comprendre

Robert Gélis
Pour lire, pour dire, pour rire
Editions saint-germain des prés

*
Volera ? Volera pas ?

Ceci est un petit garçon qui s’en va.
Il sort un poisson bleu de sa poche et le poisson bleu s’en va.
Il sort un oiseau de sa poche et l’oiseau s’en va.
Il sort une maison de sa poche et la maison s’en va.
Il sort le soleil de sa poche et le soleil s’en va.
Ah, dit le petit garçon, qu’est-ce qui est si lourd encore que je ne m’envole pas ?
Et le petit garçon s’en va sans savoir qu’un papillon malin s’est caché dans sa poche.

Claude Held
décol
Epi de seigle
*

semaine 49
Poèmes gourmands sur lit de haïkus
Petit grain de poivre
perdu dans ce gros rôti
planète épicée

Au travers du verre
le vin révèle un ami
et tout ça pétille

Claude Ribouillault, inédits 2015 

Pour tenir le cap
De la cuisson du Haïku
Penser au safran

Croquer le piment
D’un haïku bien épuré
Rester bouche ouverte

Patrick Joquel, 7 haïkus épicés (extraits),
Agape / agape(s), Donner à voir, 2006

Autour de grand-mère
La rondeur des bouches
Devant la brioche dorée

Chantal Couliou

Parole donnée
Quand les poètes passent à table,
quand le vin et l’amitié
ouvrent en grand les cœurs,
et avec l’appétit, le chemin du lendemain,
la parole est si bien à la fête
qu’on pourrait croire le temps d’un soir
que les mots leur mangent dans la main.
Michel Baglin, Un présent qui s’absente,
Editions Bruno Doucey, 2013.

Piquenique

Après-midi au bord de l’eau
autour de la nappe posée
le piquenique vu de haut
avec convives allongés
ressemble à un poulpe superbe
tentacules doubles sur l’herbe

Claude Ribouillault, inédit 2015 

semaine 48
Jean-Marie Barnaud

Ailleurs
Au bord des pistes du désert
De longues femmes noires
Ont allumé sous leurs chaudrons
Des feux
Qui flambent clair
Comme leur faim

Elles y versent de l’eau
Rien que de l’eau
Où se reflète
Le charroi inlassable
Des armes

Il voit cela et il ne sait que dire
Il le voit
Et de ses mains se masque
Le visage

Passage de la fuyante
Cheyne éditeur
*
*
Maman m’aime
Ecrit en un seul mot
Nos deux prénoms sur la grève
Pour que la mer l’emporte
Et le montre aux baleines

Celles qui chantent.

Gilles Brulet
Maman m’aime
Éditions Epi de Seigle
*
Comment tu vas le monde ?
Poèmes de Claude Burneau
illustrés par Lisa Launay
Gros Textes

*
Toi qui as la peau noire
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Toi qui portes kippa
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Toi qui manges hallal
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Toi qui vis en roulotte
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Toi qui crois aux esprits
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Toi qui parles autre langue
Dis-moi tout simplement
Quelle est la couleur de ton sang
Vous qui m’avez répondu
Avez-vous besoin
De chercher plus loin
Ce qui nous réunit ?
*

Tu prends une chemise
Mille chemises
Un million de chemises
À la sortie de l’atelier de confection
Quelque part en Asie
Tu les places dans un conteneur
Douane. Vérification.
Expédition. Transport. Réception.
Aucun problème.
Tu prends un homme
Un seul
Pas mille pas un million
À la sortie de l’atelier de confection
Quelque part en Asie
Tu le places dans la chemise
Douane. Vérification.
Interdiction.
Qui est le problème ?

**semaine 47 quelques poèmes de Christophe Jubien

On marche dans la rue
la rivière brille
un arbre nous ravit
c’est une belle journée
comme une histoire
elle a début et fin
on n’en tirera nulle morale
le monde est vrai
tout simplement
l’enfant a ramené à la maison
une feuille de platane
de la largeur d’une main
posée sur la table,
il en sourd une très vieille lumière
qui ne doit rien à la raison
on l’adore

Christophe Jubien
La vie n’a toujours pas commencé
Editions Gros Textes, polder 122

Christophe Jubien
13 h  ·
Une petite suite automnale chartraine…
.
Dieu que je nomme
Dieu que je prie
debout dans la cuisine
en égouttant les nouilles
.
Portant ma main à ma poitrine
ce vieux miracle
d’un cœur qui bat
.
Automne sanglant -
je cours me réfugier
sous une pluie de feuilles d’or !
semaine 46

Echanger

Au loin dans un ciel de nacre
celui-là s’envole en silence
celui-ci atterrit sans bruit
mais tous brillent de mille feux
ce sont avions et long-courriers
échangeurs de capitales
relieurs de villes et de ports
qui tissent des fils invisibles
autour des mers et des continents.

Georges Cathalo
Des mots plein les poches
Milan cadet

La brume coupe le temps
Un oiseau est posé sur un piquet
Le matin est taillé comme un couteau
Un vieux pin se met en boule et cherche son nid
On multiplie les petits soleils prêts des étangs
et les maisons telles des bateaux
flottent au sortir de la tempête
Le ciel au-dessus de la brume est d’encre bleue

Michel Cosem
Contre allées 15-16

La nuit

La nuit,
Quand je regarde le ciel, je vois,
Les étoiles et le noir.
La nuit,
Quand je regarde le noir, je vois
Les étoiles et le noir.
Et quand je regarde le noir,
je ne vois plus qu’une immense
étoile.

Emmanuel Favre
extrait de
« Parterre
verbal N° 20 »

Planètes

Le Soleil
Est le nombril du ciel
La Terre est une puce
Sur la peau de l’Univers
Et la Lune est un point
Dans le roman sans fin
Que la Terre a écrit

Le Soleil fuit
Dans l’Infini
La Terre court après lui
La Lune suit
Et moi je reste ici
Tout petit
Tout petit

Robert Gélis
Pour lire, pour dire, pur rire
Editions Saint-Germain des Prés
*
semaine 45 automne
Patrick JOQUEL

Novembre un matin
Je croustille un croissant
La rue roule sa rumeur automobile
Ciel gris
Le héron de 8h02 traverse mon regard
Novembre un matin
Trottoir tranquille
Peut-être un dernier matin
Peut-être pas
Cela n’a aucune importance
Un héron dans les yeux je croustille un croissant
Novembre un matin

Poème inédit. (2017)

haiku

Ce chemin
seule la pénombre d’automne
l’emprunte encore
Bashô

Le Bashô dans la tempête
et la pluie dans mon baquet
toute la nuit !
Bashô

Jour de bonheur tranquille
Le Mont Fuji voilé
Dans la pluie brumeuse
Bashô

*

semaine 42
Loup antho
www.patrick-joquel.com

Un loup du soir
Dans mon tiroir
S’est caché.

Quand vient le soir
On me dit :
Au lit ! Au lit !

Alors moi
Je crie, je crie.

Car un loup du soir
Dans mon tiroir
S’est caché.
.

Jacqueline et Claude HELD
Un ridicule éléphant
Editions l’épi de seigle

*
traité des loups
 
pour Antoine
 
La nuit les loups sont bleus, un peu phosphorescents.
 
Il y a des loups, tu sais, qui regardent aux fenêtres et qui voient la distance. Il y a des loups qui pleurent du silence de la proie.
 
Il y a des loups qui traînent des rumeurs rose et jaune, il y a des loups qui lèchent le cou des dentellières, il y a des loups furtifs, des loups à la saison. Il y a des loups jaloux dans des villes étrangères.
 
Il y a 1′hiver qui pousse.
 
Il y a des loups savants qui dorment dans les livres, des loups anachorètes et des loups synthétiques. Il y a des loups absents, très absents, très absents. Il y a des loups sans fond, ce sont les meilleurs loups.
 
Il y a des loups d’argile, des loups de papier peint. Il y a des loups arabes avec des rubans verts, des loups de temps en temps, d’autres plus absolus. Certains loups sont faciles et le vent les traverse.
 
Il y a des loups solaires. L’ombre leur veut du bien, eux regardent la mer. Il y a des loups comme ça.
 
Ils ne rêvent pas toujours, mais ils rêvent quelquefois.
 
Il y a des loups de printemps, des loups d’offres spéciales. Il y a des loups abstraits avec des bas nylon et du rouge aux babines. Il y a des loups frileux, avec des sentiments. Il y a des loups dorés.
 
Il y a des loups obliques, qui partent avec le jour, qui partent avec la nuit, des loups désespérants avec des airs de loups comme on croit qu’ont les loups.
 
Il y a des loups furieux, des loups qui pensent aux loups et qui pensent aux baleines. Il y a des romans noirs sous l’oreiller des loups.
 
Il y a la faim des loups.
 
Il y a des loups, tu sais, qui n’ont pas de mémoire. Ce sont des loups sans horde, souvent de très jeunes loups, qui ne cherchent qu’un visage où poser leur velours.
 
Et puis il y a des louves.
 
Pierre Peuchmaurd, L’Oiseau nul, Seghers, 1984,  pages 117-118)
*

Marchand d’habits

L’habit d’cosmonaute
Est en poil de taupe.

L’habit de voyou
Est en poil de loup.

L’habit de poète
Est en poil d’alouette.

L’habit de gendarme
Fais couler des larmes.

L’habit d’militaire…
Ça fich’tout par terre.

Jacqueline Held
Un militaire sur une pomme de terre
Gros textes
*

LE LOUP ET LA BICHE

Il n’y a pas qu’un seul amour.
Les fleurs bleues aiment les fossés,
Les cobras sont charmés par les flûtes,
Les chèvres consolent les chevaux.
Parfois les chiens aiment les chats,
Parfois l’été aime le vent
Et les vers de terre les étoiles.
Un jour le loup aimera la biche.
N’y a-t-il pas des soleils de minuit ?
 
 
 
François DAVID
(Petits poèmes de l’amour
- Lo Païs / d’Enfance -)
*

Le temps qu’il fait

• Il fait un temps de chien,
dit le loup.
• Il fait un froid de loup,
dit le chien.
• Un vent à décorner les bœufs,
dit le couteau.
• Un brouillard à couper au couteau,
dit le bœuf.

Et le temps passe.

Jacqueline et Claude Held
Chat botté, chaperon rouge et compagnie
Lo Païs
*

Les corridors où dort Anne qu’on adore

La petite Anne, quand elle dort,
où s’en va-t-elle ?
Est-elle dedans, est-elle dehors,
et que fait-elle ?

Pendant la récré du sommeil,
à pas de loup,
entre la terre et le soleil
Anne est partout.

Les pieds nus et à tire-d’aile
Anne va faire
les quatre cents coups dans le ciel.
Anne s’affaire.

La petite Anne, quand elle dort,
qui donc est-elle ?
Qui dort ? Qui court par-dessus bord ?
Une autre, et elle.

L’autre dort et l’une a des ailes,
Anne dans son lit, Anne dans le ciel.

Claude ROY
Nouvelles Enfantasques, Gallimard
*

semaine 41

Bleu
Est-ce manière de dire
de s’accrocher encore aux vieilleries poétiques

Bleu

Et quoi d’autre pour soulever la langue.

Jean-Marie Barnaud
Bleu et quoi d’autre
cheyne

Éclosion de sang
dans l’aube de mon corps
J’ai craqué l’allumette de la vie
rien ne peut m’éclairer davantage
L’esprit qui vacillait en moi rassemble mes forces
Il a pris au galet
le sourire de la rivière
et la fureur de l’herbe
La racine se perpétue en lui
vers de puissants soleils
Aujourd’hui je sais
où s’arrêtent mes veines
Anne-Marie Bernad

Et nous nous tenons là

A nouer
Nos doigts
Aux carrefours des alouettes
A ce bleu
Qui revient là-haut
Dans les trouées
Comme l’ombre d’un ciel

Alain Freixe
Entre pierres et lumière
inédit

Jean-Marie Barnaud

Ailleurs
Au bord des pistes du désert
De longues femmes noires
Ont allumé sous leurs chaudrons
Des feux
Qui flambent clair
Comme leur faim

Elles y versent de l’eau
Rien que de l’eau
Où se reflète
Le charroi inlassable
Des armes

Il voit cela et il ne sait que dire
Il le voit
Et de ses mains se masque
Le visage

Passage de la fuyante
Cheyne éditeur

*
René DEPESTRE

…Pour qu’enfin tu cesses de croire
que la couleur de la peau fait
la beauté et que tu ailles
chercher l’humain et ses gloires
à mille mètres sous le cœur
Cette petite lampe sous la mer…

Une petite lampe sous la mer
Gallimard
*

semaine 40

Je suis dans l’enclos du silence
avec l’envie d’enfouir mes yeux
loin
sous la paupière des vagues.

Alain Boudet
À vif
Jacques André éditeur

Un filet
De soleil
Tombe
Dans la mer
Pour pêcher
Des losanges
De lumière
Patrick Devaux
Arche d’ouvèze 26

Lionne joueuse
la mer
d’un coup de patte
griffe la falaise

Mais la terre a trop à faire
pour entrer dans la ronde

Et la mer se retire
avec un grand soupir tout gris

Et le remords d’être incomprise

Jacques FERLAY
obscure éblouissante
le temps parallèle

La mer

La mer brille
Comme une coquille
On a envie de la pêcher.

La mer est verte,
La mer est grise ,
Elle est d’azur,
Elle est d’argent et de dentelle.
Paul FORT
Ballades
Flammarion
*

semaine 39

Ma girafe et moi
Moi, ça m’est bien égal,
Ce qu’ils font.
J’ai un cheval dans ma poche
Et d’ailleurs c’est une girafe.
Alors, quand c’est à moi
Qu’on veut s’en prendre, hop là !
On est loin,
Ma girafe et moi.
Et eux
N’y comprennent rien.
Guillevic (1907 – 1997)
« Autres » - 1980

Il pleut à petits pas
il pleut
à petits pas.
A petits pas menus.
à petis pas pointus.
Il pleut des arcs-en-ciel.
Il pleut des tourterelles.

Tu te sens devenir
mouche, oiseau, étincelle…
Sur le dos des nuages

Jacqueline Held
mes premières comptines
couleur livres
*
Navets
Des conifères
y’en avait
y’en avait guère

des hibiscus
y’en avait
y’en avait plus

des cèdres bleus
y’en avait
y’en avait peu

des catalpas
y’en avait
y’en avait pas

et des sapins
y’en avait
y’en avait point

mais des navets
y’en avait
y’en avait plein

Jean-Claude Touzeil

*
Dans le bus
En passant
Anubis
Crut bien voir
Un ibis
Qui croquait
un biscuit
En haut d’un
hibiscus

C’est pas sûr
Jean-Claude Touzeil
un tour de plus, Donner à voir

semaine 38
Automne

La feuille
qui tombe
effleure
ma joue

La feuille
qui joue
effleure
ma tombe

Jacqueline Astegiano
Une chouette dans les pommes
L’Idée Bleue

*

*
un arbre dans le matin
et trois nuages pour la beauté
l’herbe tremble presque rien
je vais peindre sur du papier de soie
le vent quelle couleur ?
et la pluie si elle vient ?
la terre tourne lentement
on voit juste bouger les feuilles
les secondes vont au rythme du cœur
je suis au monde
j’ai le temps

Marc Baron, éditions Pluie d’étoiles.
*
*
Tu perds ta peau
plaques pales ou brunes
qui desquament
épaisses
Je te touche
tu restes immobile
mais je sens les vibrations
parcourir ton grand corps
Un endroit plus clair
où je pose ma joue
ta peau nue
vieux platane

Nicole Laurent-Catrice
Friches 95
*
Pour faire une table

Pour faire une table
il faut du bois,
pour faire du bois
il faut un arbre,
pour faire un arbre
il faut une graine,
pour faire une graine
il faut un fruit,
pour faire un fruit
il faut une fleur :
pour faire une table
il faut une fleur
Gianni Rodari
La tête du clou
Lo Païs d’enfance

semaine 37, quatre haïkus pour quatre jours de classe

aux feux de bois
splendeur du givre
rues de Kyoto

Buson
*

demain est un autre jour
comme d’habitude
j’y vais à bicyclette

Christophe Jubien
*

A la sortie de l’exposition
sur les volcans
un extincteur !

Jean Féron
Éditions des lisières
*
Le vent souffle froid
Sous mon écharpe et ma veste
Il me lèche encore

Yoarashi
Les saisons de l’âme
éditions fatrasies