PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

arbre

UN ARBRE EN OR TU DORS
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com
14 petits poèmes arboricoles et leur douzaine de haïkus.
*
Là-bas
l’arbre is a tree
ici
il est de bois
dure écorce et droit
mais en anglais
le vent l’effeuille
et si tu tends l’oreille
tu l’entends chanter
oiseau léger
bird
flèche à bec et à plumes

*
Les beaux jours reviennent :
juste après le mimosa,
l’amandier, le saule

*
Tu n’as jamais dit
à ce vieil amandier
combien tu l’aimais

Il est trop tard aujourd’hui
le goudron l’a emporté

Tu es pourtant bien petit
pour déjà vivre au passé

Frotté aux pertes et profits

*
Les branches du saule
frémissent un sanglot vert
Première émotion
*
Soleil levant

Le cerisier
t’écume

Tu te sens léger
frais comme une abeille
oui tellement léger

Si léger
que tu entends jubiler
chaque pétale
et frémir
les impatients grains de pollen

Le craquement de la chair des cerises
rougit déjà tes dents

Ce matin
tu aimes grandir

*
Elle invente un jardin
la lune des cerisiers
Festival d’odeurs

*
Tu me dis
qu’il est important
de s’enraciner sur sa terre
et de la ruminer
sans se lasser

Sans doute as-tu raison
cependant je n’oublie pas
qu’au bord des plages
les cocotiers se penchent
pour semer l’océan
de voyages
*
Le noyer ne sait pas
qu’il vit son dernier printemps
Moi aussi j’ignore

*
Sous la chaleur du soleil
les fruits des genévriers claquent
et s’ouvrent

Les graines
écho lointain des parachutes
germeront
un peu plus loin

Les genévriers aussi avancent

*
Si ronde et si rouge
et si fondante en ma bouche
une arbouse au poil

*
Le soir
les hirondelles se blottissent
dans leur nid

La nuit
les grillons se bercent
d’étincelles

Le matin
les chauve-souris se suspendent
au cœur du cyprès

Dans ton hamac

tu te demandes

ce petit poème ira siester
?
*
Langues de ta voix
elles s’abandonnent enfin
Feuilles en cascade

*
Tu écoutes un peuplier

Il accompagne
avec flamme
octobre et son silence

Bien au chaud
de ton corps
chacune
de tes cellules
se repose

*
Lampions allumés
sous le brouillard matinal
Salut du kaki

*
L’arbre a des trésors
que l’automne éclaire
ils tombent en pluie
discrète et légère

La voix d’une feuille est si secrète

Quand elle est venue
se poser par terre
as-tu entendu
son tout petit bruit ?

La voix d’une feuille est si secrète

Toi qui es si fort
as-tu écouté
craquer sous tes pieds
l’or de son biscuit ?

La voix d’une feuille est si secrète

*
Un vieux saule pleure
sur le fer d’un banc rouillé
Ma jeunesse aussi

*
Tu entends
le frémissement du sol
quand tombe une feuille de noisetier

Tu entends frémir
la lumière

*
Vague étincelante
au flanc des vallées d’automne
Force des mélèzes

*
La chouette a ouvert la porte
et tout le pays s’est envolé
oui tout le pays
tous les hêtres
les verts et les rouges
absolument tous les hêtres
avec leurs écureuils
leurs lichens
leurs araignées

En remontant le chemin
du vieux moulin
tu n’as retrouvé qu’une faine
tu l’as ramassée
tu l’as mise dans ta poche
et puis tu as fermé à clef
la porte ouverte
*
L’olivier s’anime
d’un branlevol d’étourneaux
J’ai éternué

*
Australie continent rêveur

On y croise
à gauche de l’écriture
un drôle d’eucalyptus

Parfumé
parfaitement civilisé
il porte en cravate un koala
et dans sa pochette
un kangourou cellulaire

*
Ce vol d’étourneaux
enflamme les peupliers
a funny black song

*
Gris
Vert
Jaune
Mon immeuble
est plus haut qu’un chêne blanc
plus haut qu’un séquoia
plus haut que le soleil

Gris
Vert
Jaune
j’habite au dernier étage
et je vis dans une combinaison spatiale

Gris
Vert
Jaune
Je me nourris de noires étincelles
de glands cosmiques
de pommes d’étoiles

*
J’ai choisi mon camp :
Au cliquetis des pépites
Le goût d’un kaki

*
Avec
ce grand corbeau
à l’épaule
et tout ce gris
dans ton cerveau
tu es là
tout nu
sous la pluie
et sans chapeau

Léger mélèze

4e de couv

Un arbre en bois
Tu vois
Un arbre en fleur
Tu pleures
Un arbre en fruit
Tu ris
Un arbre en vert
Tu perds
Un arbre en rouge
Tu bouges
Un arbre en or
Tu dors

©Patrick Joquel