PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

de Whitby à Fort William

Free king of my soul
De Whitby à Fort William
©Patrick Joquel

Là sur la jeté du port de Whitby tu devines ce que j’entends. Le roaring of the sea. Le vent. Les goélands Parfois les voix d’un enfant joueur. Un ramasseur de trésors. Entendre est encore assez simple. Mais le regard ? Cela t’échappe. Comment pourrais-tu deviner ce que je regarde. Je ne suis plus là où tu me vois. Dans un ailleurs intérieur. Un autre espace temps

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Enfant je restais des heures à naviguer mon voilier de bois. Assis sur un rocher. Da ma baguette je le guidais dans mes songes. Mon ailleurs. Qui n’a pas rêvé sa vie ainsi ?
Aujourd’hui ma vie est un rêve. Un rêve bien réel. Je suis en mouvement. Comme l’océan. Toujours au vent. Au soleil. A la pluie. Ailleurs. Dans mon corps. Dans ma tête. J’explore des mondes. Et plus je vais plus je perds le fil. Cependant je continue. Par pur plaisir. Par liberté. Par hasard aussi je dois le reconnaître

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Je connais un pays de sable et de marées. Des troupeaux de nuages y déferlent d’ouest en est. Parfois les pêcheurs en perdent leurs repères. Ils ne savent plus s’ils flottent en plein ciel. S’ils marchent sur la mer. Ou bien. Jettent leurs filets à terre. Ils ne savent plus. Cependant ils vivent. Ils rêvent aussi parfois de grands départs vers les mers du sud où parait-il le soleil existe. Quelques uns partent. Les autres attellent leurs chevaux. Vont jusqu’au bout du sable et reviennent. La prochaine marée gommera leurs traces.
Qu’est-ce que vivre

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Ici le regard se perd. Dans un horizon liquide. Et de couleurs changeantes. Tantôt dans tous les bleus. Les tendres bleus du nord ; tantôt dans des gris multiples. Ceux des brumeux mystères. Ou bien ceux de la violence au blanc sourire. Sans oublier les tons orangés du matin. Whitby, côte Est… Chaud sourire d’un monde ébloui. Neuf.
Ici la mer du Nord va et vient. Marée haute. Marée basse. Inlassable. Et son « roaring » m’accompagne dans des ricanements de goélands. Ces deux sons, je ne sais pourquoi, me prennent au corps. Ni comment ils me respirent autant. Les bruits du port me chatouillent les pieds. Et l’âme. Partir

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Parfois des torches de soleil flambent les landes. Les ocres d’octobre se revêtent alors d’or et le torrent de lumière. Car ces territoires de vieux granites et d’herbes rases ruissellent d’eaux pures. Elles jouent sur les pentes. Sautent d’écume ou se cachent sous le silence des tourbières. Nos plaisirs ne leur ressemblent-ils pas un peu ? Nos vies ne sont-elles pas elles aussi gorgées d’autant de joies ? Et leurs temps de tristesse qu’un moment de glaciation éphémère ? Ces paysages du Nord-ouest de l’Ecosse s’ouvrent ainsi aux méditations des hommes. Au fil de leur pas. A l’élargissement de nos yeux

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Nous ne vivons pas dans de vastes châteaux posés sur des îles. Sur des lacs. Parmi les brumes. Les brouillards. Non. Nous vivons sur des sentiers de tourbes. Nos pas sautent des grenouilles. Volent des linaigrettes. Inventent des bruits gourmands. Nous allons ainsi. De jour en jour. Nomades. Sur une planète bien rangée sur son orbite. Avec nos fantômes familiers. Ceux-là n’ont pas besoin de vieilles pierres pour venir nous chatouiller. Nos feux de camp les tiennent à distance. Plus ou moins. Et nous veillons à bien les approvisionner de bois sec.

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J’ai longtemps cru le ciel vide. Comme je me trompais. Sans doute as-tu déjà remarqué toi qui sais si bien voir le monde. Il y a toujours. Au bout d’un moment parfois mais toujours un oiseau. Au moins un. Pour souligner l’immense. Aigle ou corbeau. Goéland ou hirondelle. Oie ou moineau. Ils viennent rompre nos solitudes. Caresser une angoisse. Nous lâcher au vent

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Ici l’eau. Nous errons dans un territoire gorgé d’eaux. Nous marchons dans les tourbières parmi des envolées de linaigrettes. Il me parait incroyable que tant de noir fleurisse aussi blanc. Aussi léger. Il en va souvent ainsi n’est-ce pas ? Tant que le monde nous surprend, nous sommes vivants. Nous longeons des rivières. Des cascades. Toujours du blanc. Toujours de la légèreté. Seuls les lochs vibrent noirs sous les vents d’Ouest. Noirs. Mystérieux. Ils nous envoûtent leur silence. Et nous marchons. Parfois le pas allège d’un rire. Parfois sans aucun bruit. Nous allons. Nous passons. Tout un pays boit nos yeux

©Patrick Joquel
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