PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

mots migrateurs 2

Couv.Quelques mots migrateurs.V3

Les textes de ces quelques mots migrateurs avaient été mis en ligne sur ce site avant de rejoindre les éditions Corps Puce.
Je continue à écrire en lisant la Presse. Voici ce travail en cours d’élaboration au fil des jours.

(c) Patrick Joquel

mots migrateurs suite

Il y a les migrants économiques
Les migrants politiques
Les migrants de l’espoir
Les migrants pour un retour au pays promis aux ancêtres

Un Etat invente aujourd’hui les infiltrés
nouvelle caste de voyageurs sans papiers

infiltrés
comme des taupes venues saboter
espionner
démantibuler
une idée de sournoiserie
derrière cette nomination « les infiltrés »

Au registre des inventions
on trouve aussi
les dublinés en Europe
et les dreamers aux USA

J’allais oublier la touche de mauvais génie
le délit de solidarité
heureusement battue en brèche par le Conseil Constitutionnel

Le pouvoir des mots
le chaos des photos
le choc des arrestations
le renvoi sous variable aléatoire
en fonction du droit des bottes
des convictions religieuses
des prochaines élections
histoire de garder son fauteuil
*

Les migrants
Un grand et beau score de trafic humain depuis l’esclavage

Juste le profit maximum
du fric à toutes les étapes

des mots
sur le silence de tous les noyés

des barbelés
sous les pieds de tous les errants

des statistiques

des murs
devant
derrière et de tous côtés

des discours électoralistes
mensonges
clefs et verrous pour tous

quel est ce monde
?
*

le monde 29 juin

Tu rêvais d’un horizon libre
et tu as été enfermé
torturé
raketté
des gangsters t’ont traité en esclave
corps à pognon
alors
quand tu as réussi à leur échapper
traverser la mer paraissait un jeu d’enfant
fortune de mer
sauvetage extrême
errance à bord du bateau sauveur
aucun port d’accueil
négation du droit maritime

tout un continent verrouillé à double tour
barbelé
branché sous haute tension politique
tout un continent
te regarde par le judas informations continues
te regarde sans te voir

tout un continent en crise
d’allergie à la fraternité

toi tu attends juste un regard pour retrouver dignité

*
le monde6 juillet
chacun chez soi et l’Europe sera bien gardée
fermer les frontières
repli sur soi
perte d’idéal
refus d’altérité
mensonges politiques à gogo
instrumentalisation des peurs et détresses
tout un continent mijote à petit feu
son extinction de masse

l’europe espéce en grand danger
à oublier les flux qui ont brassé ses populations
elle s’étouffe

je ne me reconnais pas dans cette europe là

*
2.
Qu’est-ce qu’une frontière
Questionnait la cigogne
Qu’est-ce qu’une barrière
?
Un mur où je me cogne
Au risque de mourir
Répondait le migrant
!
L’oiseau construit son nid
En haut d’un mirador
Vue imprenable sur la vie
A son pied le migrant s’endort

Il rêve à son seul désir
Vivre enfin librement
*

Avec un cœur artificiel
L’homme deviendra-t-il plus humain ?
La couverture religieuse dénudera-t-elle enfin des corps qui
Plutôt que se macheter
se respecteront intégralement
Voire se caresseront ?
sans étiquette et librement joyeux dans les plaisirs partagés

Avec un cœur artificiel
Les douaniers lèveront-ils les barrières ?
Les étrangers seront-ils enfin accueillis
Et chacun dans son rôle d’hôte
Prêts à partager ?
Sans crainte et librement ouverts à la rencontre ?

Avec un cœur artificiel

*

Mouans-Sartoux 7 juin en lisant le Monde
J’ai échappé
au terrorisme
j’ai fui la guerre
et franchi les déserts
j’ai subi les passeurs
trafiquants et violeurs
j’ai traversé un isthme
et suis toujours vivant
debout devant la rivière
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je dois survivre
à ces eaux vives
continuer d’échapper
aux craintifs dénonciateurs
aux uniformes armés
de lois et de billets
retour à l’expéditeur
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je dois survivre
à ces eaux vives
face à tant d’indifférence
à qui donner ma confiance
je la garde au frais
dans un fond de poche trouée
tant de regards croisés
aussitôt détournés
le corps invisible
n’est pas invincible
je suis devenu la cible
d’enjeux économiques
et politiques
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je dois survivre
à ces eaux vives
*

moi
ma vie
mon pays
à l’agonie
je rêve d’ailleurs
d’un peu plus de bonheur
Partir vite et à jamais
destination n’importe où
n’importe où plutôt qu’ici
je rêve d’un aller
simple et sans retour
compte à rebours
enclenché

feu
*

De part et d’autre
de la chaine frontalière
la neige fond
le randonneur découvre alors
égarés parmi les rochers
des corps sans vie
des vies sans nom
des noms perdus

*
d’une cote à l’autre
la méditerranée compte
au choix selon la météo
corps sans vies
vies accueillies
ou vies à bord
supplément de voyage offert
grâce à une météo politique
à vomir
mal de terre et mal de mer
mal à l’homme
étonnant prédateur
mal au cœur de l’homme

*
2 mai

Entrainement intensif
le long d’une frontière fixe
cette ligne imaginaire des 300 mètres
qui donne l’autorisation de tirer
sur celui qui vient d’en face
les mains vides
en short
histoire de faciliter la visée
On ne tire que sous les genoux
affirme un responsable
notre but n’est pas de tuer
mais d’empêcher toute invasion

Sous le genou
à balles réelles

Fabrication d’handicapés en série
sous autorisation officielle
tampon d’état

et moi
lecteur de ce monde
je fais quoi de tout ça
un poème
?
?
(c) Patrick Joquel