PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

pudeur des brouillards

Pudeur des brouillards
éditions de l’Amourier
2 002

un livre écrit en marchant dans le Mercantour,
ouvrage disponible en librairie ou chez l’éditeur

extrait :

La neige s’est abandonnée

Comme autant de lutins bleus folâtrant sur la peau encore ocrée des pentes
les gentianes de Koch accompagnent l’éveil des mélèzes

Tendre douceur des fins pinceaux d’aiguilles

Leurs faisceaux éclairent les vestiges des galeries
que tracent les mulots sous la neige

De légères anémones dansent
autour de leurs labyrinthes

Les petites pensées des Alpes écarquillent
au soleil leurs interrogations colorées

La brise ébouriffe une haute fourmilière
et décoiffe un peu plus loin une renoncule arctique

Ce qu’elle murmure aux bouquets de primevères
nul ne le sait
pas même ce ruisselet gourmand qui sautille entre les arbres

Ce qui se tait ici
léger comme un zygène
aiguise la lumière

Ailleurs
l’homme empoigne la terre
et la porte en bouche
il en goûte la saveur

Ailleurs
l’homme se fait terre
Il laboure sa mémoire
il s’enracine au delà des fruits de saison
il dure en ses jardins
il moissonne
il engrange
il échange
il ramène à hauteur de ses mains l’horizon
il dresse un à un ses murets
Il s’enferme

Un clocher
une fontaine
un village
et le temps pour patiner tout cela

Et le temps pour ensuite oublier les rires
abandonner fontaines et canaux
jeter sur les ardoises
ces tapis d’orpins blancs

Et le temps
pour creuser dans les poutres
de mystérieux labyrinthes

Le temps
pour ronger
fragiliser
jusqu’à ce que des neiges d’avril
défoncent les toits
offrant alors aux graines
ces écrins de pierres
propices à la levée des arbres
comme aux siestes des lézards