PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

requiem

Pour l’an 2000, j’avais écrit quelques poèmes que l’épi de seigle a publié.
Requiem pour un millénaire
Editions de l’épi de seigle
1995
ouvrage épuisé

1
Cette odeur de nuit
sale seule et rance

D’anciens pleurs sans fin
toujours en chemin

Cuite au chaudron
des jours sans levain

Battue au silence
des mots sans pétrin

Toute une enfance
ressemble au chiffon
aigre du poupon
qui me tient la main
encore aujourd’hui

2
Vingt heures

Etrangère
une caméra cueille au seuil du verger
un bourgeon laminé par les grêles

Les poutres saillantes des toits
soulignent l’absurdité d’un ciel
où le bleu porte le deuil des moissons

Caravanes modernes et dérisoires
quelques convois routiers piétinent
leurs cargaisons de sel
sur des asphaltes barbelés

Dans ce désert
aphone
un quelconque orant
aperçoit-il encore
le mirage
des splendeurs divines ?

Le clocher
sonne à tâtons
cette heure
qu’aucun livre
ne chantera :

les bibliothèques
flambent sans requiem
dans des mémoires obsolètes

Sur leur écran glacé
graphiques et statistiques
contemplent
les caractères incandescents

puis
affichent
le volume exact de leurs cendres

3
Au Nord comme à l’Ouest
les chiffres attisent de fauves promesses

Déjà des flots d’hommes se brisent contre des vitres sans horizon
L’Est couvre de gravats de squelettiques rêves

Le Sud
se berce
en mimant
de sa main vide
un repas

4
Vite un grillage un portail
Une muraille un blindage
Je suis au chaud dans ma cage

Bien paisible et fort tranquille
A l’intérieur de mon île
Je deviens presque invisible

Il ne manque à nos tombeaux
Qu’un solide épouvantail
Pour effrayer les corbeaux

5
Dieu
La cendre feutre l’amandier
Au sec des solitudes
Un brasier signe ton absence

Entre tes doigts gourds
S’émiette un souvenir de glaise
Le silence où t’en souveins-tu
Le vent claquait ma prière
Se déchire en lambeaux

Je ne vis plus en moi-même
Un fantome a embroché mes jours
Et ce diable enfourne
A grands feux
L’écho détruit de son pas
Qui me poursuit

Je me tourne et me retourne
Y a-t-il quelqu’un qui aime ?

6
sur les meules abrasives de leurs frontières
les peuples calfeutrés aiguisent
des phrases de vive haine

ce soir encore
le crépuscule est rouge
et l’olivier fébrile

les hommes n’ont que quelques mots
pour interpeller l’infini
quelques mots dans la nuit
pour marcher éblouis
et tenir dans leurs mains tremblantes
la flamme incandescente de la vie

7
Les paroles se frangent d’écume
Et frappent avec hargne
Déchirent

Sous les phares éteints
Des vents amers
Dispersent des grammaires
Déchiquetées

Qui donc
Osera marcher
Sur ces eaux tumultueuses

Qui donc
Osera les porter en bouche
Et goûter leur bouquet d’espérance

Qui donc assemblera ainsi
Les syllabes d’un festin planétaire

La nuit
Le chant du Jourdain
Embaume encore aujourd’hui
Une odeur de sauterelles grillées

8
tous les soirs après complies, le frère Hyacinthe commençait sa ronde.
Sa canne heurtait le pavé du cloître durant des heures avec une exaspérante régularité ;
Nous étions nombreux à nous irriter de cette manie lorsqu’un matin au chapitre il demanda la parole :
- Demain, j’arrive à K…

Il avait calculé la distance qui séparait le monastère de cette capitale ravagée par la guerre civile et s’était appliqué à la parcourir sous les voûtes du cloître.

Le lendemain

(c)Patrick Joquel