PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

un bleu formidable

Texte final de
Un bleu formidable
Patrick Joquel/Johan Troïanowski
éditions le chat qui tousse
épuisé

Gouttes de lumière
aux pointes des conifères
Paupières de l’aube

Grêle et flocons d’août
Tout étincelle et ruisselle
Silence en cascades

Sur le vieux pierrier
un papillon noir orange
lentement palpite

Tourbière assoupie
Linaigrette pur coton
Je marche éclairé

Je contemple enfin
le lac translucide et clair
Silence pur malt

Sans bruit le lac dort
Dans les bras de sa moraine
comme un vieux regret

Lac miroir silence
Soudain le saut d’un poisson
Point d’exclamation

Autour du rocher
rhododendron fleurit rouge
Étreinte de bois

Discrète érection
Saxifrage à fleurs multiples
Orgasm on the rocks

Et d’embruns brumés
les rouleaux grondent la plage
Leur colère blanche

Éclat noir d’écume
je cours ivre d’océan
Ce monde est si neuf

Heureux mouvement
mon corps brassé dans les eaux
Peau neuve et sablée

Midi fond en bouche
L’été sucre ses raisins
Dernière cigale

Pain et tapenade
Partager le bonheur noir
d’un vieil olivier

Cigale ou lézard
dans une odeur de grillades
le présent nous tient

Chaude après midi
Bercé par la haute brise
un peuplier rêve

Parfois tout déborde
Joli bonheur d’être heureux
Juste un pas plus loin

Midi 9 septembre
un homme cueille des figues
jusqu’à l’évidence

Au cou de septembre
sa cravate en fleurs d’abeilles
lierre odeur miellée

Loin de la cité
des pins couvent en silence
un soleil d’automne

Ils sautent les branches
les écureuils du canal
Des glands ploquent l’eau

Le brouillard se brûle
aux torches des peupliers
L’automne étincelle

Comme un léger songe
et sans rien dire il chemine
l’édredon des brumes

Les soirs de brouillards
chauffer son âme et ses mains
contre un bol de thé

L’érable a flambé
ses joies aux mistrals d’automne
Présence du bois

Feuillement des arbres
Sous des vents d’ocre lumière
tout est si léger

La saison mûrit
Les ombres couchent la pente
Légers bruits de feuilles

Le brame des cerfs
Le bleu boulé d’un chardon
Présents d’un matin

Au soleil flâneur
les humains siestent leurs rêves
L’automne félin

T’as le look hamac
paresseux bête de somme
comme je t’envie

Suspension d’aiguilles
Les champignons si discrets
Rousseur du silence

Pris par le silence
un randonneur automnal
mélèze en douceur

Le sous bois suspend
le soleil aux fleurs du givre
Bijoux des ubacs

Dans mon bol de grès
vieil octobre a déposé
l’odeur d’un sous bois

Sur le bord du lac
un saule pleure le vent
Nudité d’automne

Silence infini
le lac se suspend au ciel
Comme il réfléchit

Lampions allumés
un plaqueminier sifflote
Kakis bonheur rond

Adret d’oliviers
tout ce qui bruissait ici
silence en novembre

Cerisiers érables
Sous le vent d’est et la pluie
derniers éclats roux

Le canal emporte
un millier de feuilles mortes
J’ai les pieds sur terre

Quarante-quatre ans
L’olivier en a 800
Je suis un enfant

L’odeur de la tourbe
et le goût d’un vieux brouillard
Vivre est un parfum

Territoire étrange
et parsemé de lichens
L’écorce du chêne

Janvier léger vent
Le chêne écoute ses feuilles
Mes pas sur le sol

Sommeil chaleur noire
Un chat sur le mur de pierres
signe mon plaisir

La plage infinie
avec ses marées ses dunes
son bois échoué

Frappé sans relâche
un sentier rêveur promène
Une île à la main

Jour de joli vent
Avec ses milliers d’yeux blancs
la mer me contemple

Venue du nord ouest
lentement la brise apporte
une odeur de neige

Écho de mes pas
les mousses givrées de l’aube
crissent le silence

Autour du sommet
une légère aquarelle
Neige ébouriffée

Et l’hiver effleure
de sa main grain mimosa
le gris des collines

Janvier flambe clair
Dans les jardins labourés
tout mon corps crépite

Chemin silencieux
À peine un froissé d’aiguilles
Souffle d’écureuil

Matin de janvier
Fidélité des cyprès
Louange immobile

Bercé d’étourneaux
le canal promène un homme
Quel bleu formidable

Heureux mimosas
ils jouent au ciel de minuit
en plein midi

Le pinceau du vent
ébouriffe avec passion
la crête enneigée

Saisir avec l’encre
la légèreté du monde
Un secret d’artiste

Ton fin pinceau noir
sur la neige impressionniste
Si légère hermine

Mélodie figée
des stalactites de glace
L’hiver à ses orgues

Malgré mes haïkus
sous le cri du grand corbeau
je ne suis que viande

Dans ce vif hiver
plus que jamais en sursis
mon corps est intense

On ne choisit pas
Mort lente ou bien mort soudaine
Stalactite en vol

Quel secret amant
a souligné l’arbre avec
cette encre de givre

Mourir en montagne
avec les yeux grands ouverts
Ah ! Choisir le luxe

Deux papillons bleus
se câlinent en plein ciel
Léger tourbillon

Effleurer du doigt
la vie et tout son secret
Caresser ta peau

Explosion d’avril
Des milliers de moucherons
Un bec à l’affût

Le vert devient rouge
Question de feu de cerise
Et le temps nous croque

Tu ouvres les bras
le vent t’envole et tu planes
Visage au soleil

Le coq de midi
se croit le nombril du monde
Vent dans les bambous

Le coquin figuier
suspend deux à deux ses couilles
Qui les croquera ?

Gourmand de beauté
le ciel génial amoureux
sourit dans la nuit

Cœur à corps ouverts
on est si bien dans la joie
Tout au bout de nous

Doux coquelicot
Tu t’éblouis de bonheur
Tu m’épanouis

Mon sexe est vivant
il palpite il enfle il gonfle
tout bruissant de sperme

Intense et léger
Froissement de libellules
Ciel numéro 7

Joie bleue bonheur mauve
caresse étreinte en spirale
Liserons câlins

Et goutte après goutte
sur nos sommeils enlacés
il pleut sur nos rêves

Pincées dans la nuit
nos deux koras étincellent
Doux bruit de la pluie

Adieu donc vieille ombre
Doigts entremêlés nos peaux
incendient nos yeux

Première anémone
et le chemin si léger
ondule au soleil

Debout sur la cime
Le corps lavé par la marche
Vivre nous respire

Tu te tiens debout
bras écartés face au lac
tu es dans ce monde

Nu vraiment nu dans
la transparence de l’eau
tu nages limpide

Aux trois lacs bessons
Reflets de ciel et de rocs
Leçon de silence

Parfois mon cœur pleure
et je ne sais pas pourquoi
le blues me palpite

J’ai choisi d’en rire
on naît là pour en crever
un corbeau croasse

Chat guette un lézard
Orchidée ou pissenlit
On meurt au hasard

Lendemain d’orage
Des milliers de pâquerettes
saluent le soleil

Je marche à midi
dans la cuisson des calcaires
et je me sens libre

La belle illusion
je reste soumis au corps
Cela me va bien

L’olivier habille
son immobile écorce
d’une cigale

L’archet des grillons
Un petit bruit de fontaine
Je peux vivre ici

Au balcon je veille
Je me prends pour un poète
Guetteur de hiboux