PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

mots migrateurs

*
Quelques mots migrateurs suite, suite car il y a eu en 2 017 :
Des textes que j’avais mis sur mon site et que Corps Puce a lu et publié. Depuis, de nouveaux textes sont nés au fil de l’actualité ; les voici.
*j’aimerais tellement ne pas écrire ces textes en écho à l’actualité. Ils existent et je les offre via mon site. On peut les partager (m’en informer est sympa mais pas obligatoire). Que valent les mots des poètes s’ils restent lettre morte?
avec d’autres textes « échos d’actualité » sur la page https://www.patrick-joquel.com/textes/mots-migrateurs/
*
en lisant le monde du 12 août 2022, Gaza
après le bombardement
puisque ta maison est intacte
qu’il y a de l’eau au robinet
et que la pile de linge sale attend
tu te mets à savonner
tordre
rincer
puis tu vas étendre la lessive entre ton mur et les gravats de celui du voisin

entre deux bombardements
tu sors ton vélo
tu inspectes le quartier
croises des soldats
et des gens hagards
tu roules entre les gravats
entre les larmes
entre les temps de peur
comme beaucoup d’enfants sur Terre
tu as un vélo et tu en es fier
*

le Monde mercredi 22 juin 22
déni d’éducation pour les Afghanes
depuis ses douze ans elle ne voit plus aucun banc d’école
elle apprend en cachette
chez elle et comme elle peut
l’anglais en particulier
en cas de fuite et d’exil
en attendant
elle s’habille à l’ordre des diktats du ministère pour la protection de la vertu et la prévention du vice
avec la longue tunique noire et obligatoire etc.
elle résiste à la peur
elle chante en secret
elle ne sort jamais sans la compagnie d’un homme de la famille
elle vit entravée
elle rêve de partir
comment s’en étonner
?

le monde Dimanche 23 lundi 24 janvier 22

anti-migrateurs

un poseur de grillage
ruminait son chômage
un soir en buvant sa bière
il inventa les frontières
tellement il grillageait
qu’il n’eut plus aucun congé

*
7 décembre 21
Europe tu naufrages avec les embarcations
avec les noyés de Méditerranée ou de Manche
Europe tu naufrages en collectif
tu naufrages bien au chaud derrière des portes verrouillées
la peur a remplacé l’espoir
une peur sans boussole

Europe tu naufrages
sans plus aucun gilet de sauvetage
Europe tu naufrages
le clapotis de ton indifférence te berce
et tu oublies le mot solidarité
vieille Europe aux droits de l’homme aléatoire
tu naufrages
l’égoïsme et la haine des proches de la mort
accrochés à tes chevilles tu coules Europe

tu coules Europe

*
17 et 19 novembre 21
instrumentalisation de la misère humaines
on les invite
moyennant finance
à venir ici
on sont appelés passeurs
puis on leur montre le chemin de la frontière avec le voisin
on sont ici appelés soldats
puis face aux barbelés
on leur propose des sécateurs
et on les pousse en avant
« banzaï comme disent des sioux » dans un Gaston Lagaffe
le lecteur du journal pourrait presque s’y croire
tant la situation semble grotesque
presque seulement car
le regard suit les colonnes de l’article et voit ces hommes
ces femmes
ces enfants ou bien ces adolescents
la boue leur colle au corps
le froid accompagne leur faim nue
leurs doigts gercés
leurs visages hirsutes de nuits blanches
de nuits givrées
leurs poumons angoissés

En langage officiel on dit
ouvrez les guillements
outil d’attaque
hybride
fermez les guillements
chair à canon à eau
bétail propulsé en arme de pénétration déstabilisante involontaire
pions d’un jeu d’échecs dont les enjeux leur échappent

oui oui
on les pousse en avant
en face
on les repousse
en arrière donc
vous suivez
canon à eau et grenades à gaz lacrymogène
et derrière
on les repousse en avant
façon tennis sur terre battue
humains battus
humiliés
rêves smatchés
poches trouées
larmes percées
corps lacérés

pendant ce temps
ici ou ailleurs
les uns arrêtent les autres
prétexte
un soupçon raisonnable suffit
ils ne sont pas comme eux
pas le même profil ethnique
ils n’ont pas la même couleur
pas le même dieu
ne mangent pas pareil
ce sont des terroristes
des espions

ils les enferment
les disparaissent
ou bien les chassent
ou bien les tuent
c’est plus simple et plus radical
ici ou ailleurs
les lions arrêtent les tigres
ou bien l’inverse
chacun son tour

14 novembre 21
migrants
ton désir d’une vie
se heurte aujourd’hui à de frais barbelés déroulés au Nord de l’Europe
les barbelés aussi explorent de nouvelles frontières
un jour au sud
un autre à l’Est
et maintenant au Nord
jeu géographique et mouvant pour des kilomètres de voyage

tu patauges sur le sol d’une forêt d’automne humide et froide
bloqué
sans rien d’autre que ton sac et ton téléphone à la batterie déchargée
tu es devenu l’arme d’une guerre politique
d’une guerre économique
une arme de chair et d’âme
des gens
au chaud dans leurs bureaux
jouent ta vie à la roulette … ou aux cartes
cynisme à vomir
être humain est-il vraiment une aventure digne d’être vécu
?
je tourne en rond sur mon clavier avec quelques mots en boucle
comment peut-on oser agir ainsi
?
instrumentaliser de manière orchestrée des êtres humains
?
comment
?
à croire que certains n’ont pas le même miroir que nous dans la salle de bain
et quand je dis nous
je sais c’est facile au chaud derrière la baie vitrée
je me range de ton côté
voyageur sans miroir

30 octobre 21
la frontière
tu veux la passer
à pieds
à la nage
en stop
caché dans un camion
en train
dans le train
sur son toit
au risque de mourir
électrocuté
deux mondes
celui de ceux qui sont dans le train
de celui qui est sur le toit
cadavré

mardi 10 août 21
pourquoi partir
pourquoi quitter sa maison
sa famille
ses amis
pas par gaieté de cœur
non
pas par envie
non
juste échapper à un impossible avenir
à un néant
à la guerre
aux négations de la liberté
en route
certains meurent de froid
de loups
les survivants
sont traités comme du bétail
les passeurs nous volent notre argent
et nous abandonnent en chemin
livrés à nous mêmes
promis à des reconduites à la frontières
condamnés au néant sans aucun papier
sans destin
oubliés de tous et même de dieu
seuls les forces de l’ordre nous reconnaissent
et nous refoulent
*
en lisant le monde du 29 avril21
un matin
tu es parti
tu as quitté ta maison
tes parents
tes amis
depuis
tu n’as plus revu personne
plus revu en chair et os
revu sur écran
mieux que rien
mais pas revu en vrai
solitude
solitaire
de nouveaux amis
de nouveaux lieux où vivre
tout est nouveau
chaque jour

tu as changé tes peurs
peur des rafles
peur de mourir parce que différent
peur d’arrestation
attention
celle-ci est toujours d’actualité
contrôlé régulièrement
délit de différence encore
ici comme ailleurs
*
28 avril 21

À Falmarès
fin avril 21

Tu te crois en intégration positive
loyer payé
travail études en alternance
rôle social attesté
tu imagines un avenir devant toi
et
tu reçois un courrier préfectoral
t’avisant d’un délai de trente jours
pour un retour au pays
avant d’y être reconduit de force

à nouveau
tout s’effrite en toi
tout
les souvenirs du départ
ceux du voyage
avec les solidarités
mais aussi avec les profiteurs
de toutes couleurs et de tout poils
la traversée
l’immensité
de la mer
des peurs
des morts
la terre d’Italie
le mouvement vers la France dont tu parles la langue
dont tu rêves depuis que ta vie au pays s’est effritée
la France qui te donne asile
scolarité
amitiés
jusqu’à ce courrier préfectoral

l’amitié justement te prend par le bras
t’accompagne pour les six mois à venir
six mois de gagnés
six mois de sursis
six mois à traverser
comme un désert
comme une mer
comme un passeport pour l’espoir de vivre ici
en homme
et en poète
à vivre ensemble en poètes
et en humains
*
en lisant le monde du 27 avril21
les vagues comptent les corps
les goélands comptent leurs yeux
les poissons mordent leurs chairs
les algues comptent leurs poussières
les vagues
les corps
de la mer
des humains
de tous âges
de tous genres (c’est comme ça qu’on dit maintenant, si j’ai bien compris)
des sans papiers
des sans rien dans leur pays d’origine
des plus rien dans un no future
la mer
les vagues comptent les corps
d’humains qui ne comptent plus
erreur
un décompte existe
un tableau statistique
une colonne perte
une autre intitulé profits divers
exploiteurs de pauvreté
passeurs
falsificateurs d’espoirs
bonne conscience de ceux qui ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde
ne le veulent pas
préfèrent omettre leur aide sous prétexte qu’aider favorise la mise en danger de ces candidats migrateurs
soulagements pour d’autres qui se cadenassent au cas où
on ne sait jamais
s’ils passent à travers les mailles de la mer et qu’ils débarquent

peine et tristesse immenses pour ceux qui voudraient les sauver
qui voudraient les aider
qui se sentent désemparés
tristesse
immense tristesse de tous ceux qui se sentent concernés

la mer
les vagues comptent les corps
les humains ne comptent plus pour personne
sauf pour les tableurs
sauf pour ceux qui attendent de leurs news
*
vendredi 18 septembre le Monde
ils étaient à la maison une semaine par mois : semaine de l’unité ethnique

Surveillance totale des populations par des agents assermentés de l’État.
Jusque dans les cuisines : plats officiels obligatoires.
Jusque dans les chambres : respect des obligations nocturnes.
Dans tous les recoins : celui qui n’a rien à cacher montre tout.
Dans les conversations et les silences : à l’affût des mots et des phrases interdites.

Dans ce pays on offre des séjours culturels
ré éducation incluse
et conforme aux lignes du Parti.
Formations professionnelles forcées en prime.
Ré alignement massif de tous les hors normes.
Disparitions des perdus pour le pays.
Stérilisations des adultes douteux généreusement gratuites et généralisées.
Destruction du patrimoine et des lieux de culte non reconnus.

What about
Le droit à la différence
?
le quoi
?
*
en lisant le Monde 5 mars 2 020
Tu as attendu dans la zone tampon
entre deux frontières
attendu
attendu
sans eau
sans nourriture
et lacrymogé
battu
dépouillé
détéléphoné
mis hors réseau
hors circuit
plus aucun contact
avec personne
no man’s land

*
tu deviens
monnaie d’échange
de chantage entre les pays
tu n’existes nulle part en tant qu’humain
juste étiqueté
au choix et selon les jours et les lieux
sdf
terroriste potentiel
violent potentiel
esclave en soldes
parasite
objet de valeur pour chantage

ton prénom et ton nom tu les répètes le soir
comme une caresse
avant de t’endormir

*Migrant
Proche et moyen orient

S43 en lisant le Monde 15 octobre 19
Kurdistan, Nord-Est Syrie.
hôpital des douleurs et des cris
instructions médicales à même la peau
feutre indélébile
et sentiment de trahison au ventre
impuissance
haine en fabrication ordinaire
et normale
tant de pourquoi à hurler
brûlures
corps cassés
hôpital du désespoir
tous nos lits sont occupés
revenez plus tard

dans la nuit
lueurs armées
sinistres
incandescence des cigarettes
images de panique
images exécutions sommaires
sur les écrans sociaux
pick-up surchargés d’enfants et de femmes
camps en formation
toiles au vent
toujours la même histoire
une réserve inépuisable d’acteurs innocents
fabrication de la haine ordinaire
histoires de coups politiques
histoires de comptes en banque internationaux
sur le dos des civils comme ils disent
histoires à ne plus dormir ni debout ni couché
histoires à mourir
comme Madame Havrin Khalaf
torturée avant d’être abattue à bout portant
elle construisait à son échelle un futur d’amitiés partagées
torturée avant d’être abattue
fabrication ordinaire de la haine
*
S 43 jeudi 24 octobre 19
Jusqu’à ce que le ciel te tombe sur la tête
ça allait
comme ci comme ça
mais ça allait
et puis les bombes
et puis la route
la fuite sur la route
à pieds
avec sous les yeux tes écrans sociaux
les témoignages sur les exactions des attaquants
violence
humiliations
exécutions
la fuite sur la route en avant
vers la frontière
vers les passeurs
des éleveurs de chameaux
le prix du passage
le prix de l’exil
et ce soir au camp de réfugiés
barquette de riz sauce tomate
*
. en lisant le monde 31 décembre 2019
Retour départ la neige Un enfant 3e échec
Les douaniers flics prennent les tel les fringues, ramassent, mettent les gens dans le torrent, prennent les chaussures

Mouans-Sartoux, en lissant le Monde 22 octobre 19
des murs
ils veulent tous construire des murs
à croire qu’ils ont des intérêts financiers dans
la brique hérissée de tessons
le grillage barbelée
la clôture hermétique
autre système de verrouillage
cocher la bonne case et plusieurs choix possibles

quant à la question humaine
chercher la case
?
rien à cocher
just a passing shot
retour à l’envoyeur
chacun chez soi

bien en sécurité à l’intérieur
aucune fenêtre à la forteresse
et pas de porte
juste un écran géant
pour suivre l’actualité extérieure aux murs
en grignotant des cacahuètes
forfait all inclusive
of course
*
Mouans-Sartoux, en lisant le Monde 16 octobre 19
juste une petite plage
5/6cm
en bas de page France
avec en titre IMMIGRATION
et en sous-titre en gras
deux corps de migrants
retrouvés sur une plage

deux Irakiens
deux jeunes hommes
17 et 22 ans dit le texte
ne sont plus
après ce long voyage
que deux corps
déposés par la marée
sur une plage du Touquet
Pas-de-Calais

en mer
une embarcation
vide
a été retrouvée

deux corps sur une plage
et les autres
les autres
les autres

litanie sans fin
comme les vagues
comme les marées
comme les marées
toutes les marées humaines

*
Mouans-Sartoux, en lisant le Monde 24 juillet 2 019
il marche
elle marche
avec son bébé au dos
ils marchent avec leurs enfants
à la main
sur les épaules
au bras
sur la hanche
et les enfants suivent
porteurs d’espoir
ils marchent
souvent
l’espoir devient désespoir
la soif
le froid
la maladie
la faim
un fleuve et la mort entre deux rives

*
Mouans-Sartoux, en lisant le Monde 10 juillet 2 019
Méditerranée
les baigneurs
les plaisanciers
les croisiéristes
les porte containers
les pétroliers
les pêcheurs
les canots de candidats migratoires
les fortunes de mer
l’infortune
le naufrage
et les vagues écument les cadavres jusqu’aux plages
où fleurissent les parasols et les tentes

« ces arrivées massives de cadavres
c’est un vrai problème en saison touristique »

on ne dit rien de ces vies noyées
des vies coulées
de ces corps sans traçabilité
de ces corps réduits à un numéro code barre

on ne dit rien ou si peu
des vendeurs de tickets sans retour
des passeurs
des trafiquants

on préfère écouter les voix
de ceux qui veulent interdire le secours en mer
de ceux qui souhaitent interdire le débarquement des naufragés

« ces arrivées massives
c’est un vrai problème en haute saison touristique »

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde juin 19
tu ne voyais pas l’Europe comme ça
tu n’as plus d’identité
tu n’as pas de vrai logement
pas de vrai travail
tu vis de débrouilles
plus ou moins légales
tu n’imaginais pas ça
ceux qui t’en parlait
tu ne les croyais pas
tu es parti et tu as marché
roulé navigué marché roulé
tu es devenu croix pour cases statistiques
tu es recherché comme un gangster
les Wanted des westerns de l’enfance
tu squattes une demie tente
en bordure de périphérique
un village de toiles colorées
un village de réfugiés sans MSF
ni UN ( United Nations)
tu ne voyais pas l’Europe comme ça
quémander un travail au black
pour une poignée d’euros face à des employeurs plus ou moins scrupuleux
quémander une autorisation de vie
face à des guichets fermés
quémander un regard
un quignon
partager les misères avec d’autres migrants
le feu
le silence
et parfois la musique du pays
là où tu étais promis à une mort certaine
à plus ou moins brève échéance
brève en tous cas
ici tu es devenu un fantôme
seule ton ombre te rattache encore aux vivants
pour combien de temps
combien de temps pour résister à cet émiettement
combien de temps avant de t’habiller à nouveau de dignité
tu ne voyais pas l’Europe comme ça

*
Le Monde 2 mai 2 019
Entraînement intensif
le long d’une frontière fixe
cette ligne imaginaire des 300 mètres
qui donne l’autorisation de tirer
sur celui qui vient d’en face
les mains vides
en short
ou bien avec un cerf-volant

On ne tire que sous les genoux
affirme un responsable
notre but n’est pas de tuer
mais d’empêcher toute invasion

Sous le genou
à balles réelles

Fabrication d’handicapés en série

et moi
lecteur de ce monde
je fais quoi de tout ça
?
un poème
?
?
*
Mouans-Sartoux 7 juin 18 en lisant le Monde
j’’ai échappé
au terrorisme
j’ai fui la guerre
et franchi les déserts
j’ai subi les passeurs
trafiquants et violeurs
j’ai traversé un isthme
et suis toujours vivant
debout devant la rivière
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je ne sais quel demain
je dois survivre
à ces eaux vives
continuer d’échapper
aux craintifs dénonciateurs
aux uniformes armés
aux lois
aux billets
aux bons de retour à l’expéditeur
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je ne sais quel demain
je dois survivre
à ces eaux vives
face à tant d’indifférence
à qui donner ma confiance
?
je la garde au frais
dans un fond de poche trouée
tant de regards croisés
aussitôt détournés
le corps invisible
n’est pas invincible
je suis devenu la cible
d’enjeux économiques
et politiques
sur l’autre rive
l’espoir de vivre
en attendant
je ne sais quel demain
je dois survivre
à ces eaux vives

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
il y a les migrants économiques
Les migrants politiques
Les migrants de l’espoir
Les migrants
promesse aux ancêtres
pour un retour au pays

un État invente aujourd’hui les infiltrés
nouvelle caste de voyageurs sans papiers

infiltrés
comme des taupes venues saboter
espionner
démantibuler
une idée de sournoiserie
derrière cette nomination « les infiltrés »

au registre des inventions
on trouve aussi
les dublinés
les dreamers

j’allais oublier la touche de mauvais génie
l’invention du délit de solidarité
(le Conseil Constitutionnel a invalidé ce délit en France)

le pouvoir des mots
le chaos des photos
le choc des arrestations
le renvoi sous variable aléatoire
en fonction du droit des bottes
des convictions religieuses
des prochaines élections
histoire de garder son fauteuil
*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
les migrants
meilleur score de trafic humain depuis longtemps
juste le profit maximum
du fric à toutes les étapes
des mots
sur le silence de tous les noyés
des barbelés
sous les pieds de tous les errants
des statistiques
sur les journaux
des murs
devant
des murs
derrière
et de tous côtés
des discours électoralistes
des mensonges
clefs et verrous pour tous
quel est ce monde
?

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde 6 juillet

chacun chez soi et l’Europe sera bien gardée

fermer les frontières
repli sur soi
perte d’idéal
refus d’altérité
mensonges politiques à gogo
instrumentalisation des peurs et détresses

tout un continent mijote à petit feu
son extinction de masse

l’Europe
espèce en grand danger

l’Europe oublie les flux qui ont brassé ses populations

je ne me reconnais pas dans cette Europe là

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde 29 juin 2 019
tu rêvais d’un horizon libre
et tu as été enfermé
torturé
racketté
des gangsters t’ont traité en esclave
corps à pognon
alors
quand tu as réussi à leur échapper
traverser la mer paraissait un jeu d’enfant
fortune de mer
sauvetage extrême
errance à bord du bateau sauveur
aucun port d’accueil
négation du droit maritime

tout un continent verrouillé à double tour
tout un continent barbelé
tout un continent branché sous haute tension politique
tout un continent
te regarde par le judas des informations continues
te regarde sans te voir
tout un continent en crise d’allergie fraternelle

toi tu attends juste un regard pour retrouver dignité

*
Marseille, janvier 19
Cours Julien
l’escalier musical et coloré
descend vers la rue d’Aubagne
avec ses vivants et ses morts
je ne sais pas s’il existe une ou plusieurs façons intelligentes de mourir
mais la mort rue d’Aubagne
est particulièrement stupide et honteuse
comment peut-on ?
antienne récurrente et lancinante en ce début de millénaire
l’homme meurt en Méditerranée
dans la Manche
en mer Égée
il meurt sans soin par ici
il meurt de faim là-bas
il meurt sous les coups de poings si loin
autrement et ailleurs
où en étais-je
l’escalier musical
et je voulais ajouter
les étourneaux sur les deux pins du cours Julien
tintamarre
envols groupés
partition légère
aérienne
au delà de l’escalier
le couchant
devant la fontaine
les gens passent
instants de corps en marche
et mon regard qui les suit cinq ou six pas
inconnu
individu inconnu
avec ou sans papiers
?
que porte-t-il
que porte-t-elle sous ses cheveux
?
quels rêves et toutes ces sortes de choses
?
je souris
vies multiples
comment se croire important
vraiment
comment
?

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
Qu’est-ce qu’une frontière
Questionnait la cigogne
Qu’est-ce qu’une barrière
?
Un mur où je me cogne
Au risque de mourir
Répondait le migrant
!
L’oiseau construit son nid
En haut d’un mirador
Vue imprenable sur la vie
A son pied le migrant s’endort

Il rêve à son seul désir
Vivre enfin librement

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
avec un cœur artificiel
l’homme deviendra-t-il plus humain
?
les couvertures religieuses, tribales ou autres
dénuderont-elles enfin des corps qui
plutôt que se machetter se respecteront intégralement
voire se caresseront
?
sans étiquette et
librement joyeux dans les plaisirs partagés
?
avec un cœur artificiel
les douaniers lèveront-ils les barrières
?
les étrangers seront-ils enfin accueillis
et chacun dans son rôle d’hôte
prêts à partager
?
sans crainte et librement ouverts à la rencontre
?
Avec un cœur artificiel
?

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
moi
ma vie
mon pays
à l’agonie
je rêve d’ailleurs
d’un peu plus de bonheur
Partir vite et à jamais
destination n’importe où
n’importe où plutôt qu’ici
je rêve d’un aller
simple et sans retour
compte à rebours
enclenché
feu

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
De part et d’autre
de la chaîne frontalière
la neige fond
le randonneur découvre alors
égarés parmi les rochers
des corps sans vie
des vies sans nom
des noms perdus
*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
d’une côte à l’autre
la méditerranée compte
au choix selon la météo
corps sans vies
vies accueillies
ou vies à bord
supplément de voyage offert
grâce à une météo politique
à vomir
mal de terre et mal de mer
mal à l’homme
mal au cœur

*
Mouans-Sartoux en lisant Le Monde 18 juillet 18
comment éviter un afflux de migrants sur les côtes européennes
?
réponse estivale :
en bloquant les navires ONG de secours à quai
pas de bateau
pas de sauvetage
pas de sauvetage
pas de migrants

des noyés

silence
le grand et total silence des profondeurs
profondeurs marines

tant que la mer garde les corps
grand silence

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde du 24 août 18
brain storming chez nos politiques
si si y’a bien un cerveau là-dedans
et en cette époque de réchauffement climatique
et déplacements en tous genres
un cerveau avec rafales de questions essentielles incluses

combien de voix vaut un migrant accueilli et respecté
?
combien de voix pèse un migrant enfermé dans un camp de rétention transitoire
?
combien de voix donne un migrant interdit de débarquer
?
combien de voix offre un migrant refoulé
?
combien de voix apporte un migrant reconduit
?
combien de voix emporte un migrant noyé
?
combien de voix pour un migrant aphone
?
combien de voix sonnantes et trébuchantes pour un migrant Golden Pass
?
quelle est la valeur boursière d’une vie humaine
?
cette valeur est-elle corrigeable et si oui
en fonction de quels paramètres
?
gestion des paramètres secondaires

sexe
âge
compétences
conditions météorologiques du jour
compte en banque et domiciliation bancaire

écouter
les conseils du responsable com
du gestionnaire de l’image publique
penser également et quotidiennement à envahir les unes de tous les médias
ainsi que de temps en temps à évoquer les droits fondamentaux de l’humain
de temps en temps
seulement

*
Mouans-Sartoux en lisant le Monde je n’ai pas noté le jour
Déposé sur une plate-forme de débarquement régional
le migrant sera ensuite trié
éligible à l’asile d’un côté
simple migrant économique de l’autre
et reconductible
dans cette externalisation des flux migratoires
où est l’humain ?

*
Dans le TGV Paris-Cannes, un lundi 4 décembre 18 en lisant un Monde ancien
migrants
fuyant persécution
guerre ou pauvreté
toute demande refoulée au son des procédures SCI
sans carte d’identité

migrants
fuyant une condamnation de justice pour corruption
accueilli au nom du droit d’asile
procédure VIP

rien de nouveau dans les états des poids et des mesures

*
en lisant le monde 31 décembre 2020

vivre sous une bâche
en plein hiver
peu importe le lieu
le froid est le froid
le gel le gel
le vent le vent
les prix augmentent
le porte monnaie est vide

Couv.Quelques mots migrateurs.V3

Patrick Joquel
Quelques mots
migrateurs
Photographie de couverture :
Jean Foucault
6
7
Préface
Je dis oiseau et le mot vole, écrivait un jour le
poète Alain Bosquet dans Premier testament…
Les mots s’envolent, oui. Les mots migrants.
Les migrateurs oiseaux sauvages. Deux grues
de Mandchourie… qui volent à leurs risques et
périls dans la zone la plus militarisée du globe.
Mais qui vole ainsi ?
Des mots migrateurs ?
Des oiseaux migrateurs ?
Des hommes femmes enfants migrateurs
et migrants ?
Depuis le scandale, la douleur, la honte ressentis
par tous les hommes de cœur devant les premiers
naufrages de migrants — je me souviens du capitaine du Cap Anamour arrêté pour avoir porté secours à trente-six Soudanais et un Ethiopien, délit
de solidarité déjà… c’était en 2OO4. Treize ans
sont passés ! — les scènes d’horreur n’ont cessé
de se multiplier, devenant sinistrement banales au
point de nous faire nous endormir dans l’indifférence, nous blaser, nous faire ressentir cela – l’innommable – comme tristement banal et quotidien.
Aujourd’hui, ce jour précis de 2017, le poète
doit donc trouver pour parler des migrants une
façon neuve, imprévue, capable de venir à bout
8
de notre monstrueuse accoutumance au pire, à
l’inhumain intégral.
Une façon NEUVE. D’où la notion-choc et macabre de « compteur de cadavres ». Patrick Joquel manie de main de maître l’ironie poétique.
Il excelle à épingler la sinistre et dérisoire volonté d’opérer parmi les migrants des distinguos
subtils. Prétendre faire un choix, déterminer – en
fonction de NOS égoïsmes et de NOS intérêts de
privilégiés – qui sera ou sauvé ou sacrifié ? Sacrifié au nom de quoi et pour quel crime ? Vouloir distinguer des migrants « idéologiques » de
migrants « économiques » en fonction de leurs
religion, culture, niveau d’études censés déterminer leur possible intégration ? cette seule façon de penser n’est-elle pas déjà en elle-même
un crime ?
Par jours d’orage et de tempête, le poète porte
témoignage. Témoin de son temps pour le meilleur et pour le pire. Témoin des vivants. Plus encore – et pour les migrants ô combien – témoin
des morts. Robert Badinter, qui a tant lutté pour
éradiquer en France la peine de mort, raconte
que sa grand’mère quand il était petit lui disait :
« n’oublie jamais, mon chéri. Quand tu parles
d’eux, les morts t’écoutent. »
Comme tout poète authentique Patrick trouve et
nous offre sa façon neuve de parler des migrants.
Tout comme sa façon neuve de parler de toute
chose en ce monde… Une façon neuve de « dire
l’aube et l’aurore boule de soleil à croquer ». Il
pense juste, émeut, touche au plus près mais ne
sacrifie jamais la poésie à l’idéologie : à mille
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lieues des sermons et du prêchi-prêcha, il n’assène pas mais suggère et toujours nous ramène à
cette criante évidence qui – si nous étions pleinement humains – devrait nous aveugler :

Ils pourraient être nous.
Ils pourraient être moi.
Poèmes pour émouvoir, poèmes pour réveiller
tout homme endormi, les mots de Patrick sont
de ceux qui sauvent l’honneur de l’homme dans
un monde où de plus en plus l’honneur, hélas,
fait défaut.
Jacqueline Held
10
11
*
Veille au balcon
une étoile et trois nuages
une auto dans la rue
avec son arrêt au stop
et parfois un raclement de jupe
en fin de ralentisseur
cocon léger
le silence
Puis en fin de nuit
un léger voile devant la pleine lune
silence
un merle se prépare
moi aussi
12
*
L’aube balbutie
je marche sur la plage
A pas lents et face à l’Est
comme chaque matin
Je marche
léger envol bleuté du ciel
ressac tranquille
aurore et son jaillissement orangé
boule de soleil à croquer
cheminement lumineux sur l’eau
je m’imprègne et m’intègre
comme hier
Cependant aujourd’hui
j’inaugure un nouveau métier
compteur d’hommes
morts ou vivants
terrible comptabilité
images choc pour journaux
frémissements dans les appartements
et double tour aux verrous
13
*
Compteur de cadavres
oui
hommes
femmes
enfants
Entre les corps que la mer dépose
le ressac soupire
Des corps
elle en garde aussi
Des corps
que je compte
avec la petite machine à compter officielle
don de l’Administration lointaine
aux bureaux parfumés de café
viennoiseries tièdes et langues de bois
14
*
Certains choisissent leurs migrants vivants
celui-ci oui
celui-là non
question de religion
question de culture ou d’éducation
question d’âge, de sexe ou de poids
« Un minimum requis pour intégration réussie comprenez-vous »
Ils parlent les élus
ils parlent d’un oui
d’un non
ils s’invectivent autour du mot
France
ils clivent
ils soignent leur plan média
leur image
et sur la grève je compte les cadavres
et sur la grève je partage des thermos de thé
avec les vivants
15
du thé sucré
certains me condamnent
d’autres me soutiennent
moi je compte et j’infuse
16
*
Ils partent sur la route
vers le Nord
vers l’Ouest
vers ce comme une promesse
et pour bagage
une réalité euros
une réalité goudrons
lignes ferroviaires
chaussures trouées
fourgons frigorifiques
camions à double fonds
compassions barbelées
contrôles au faciès
Comment pénétrer des sociétés claquemurées
repliées comme des draps dans une armoire
rêches de chaleur absente
?
17
via des charognards
mains en portefeuilles
conseils frauduleux en bandoulière
via de fragiles solidarités
via la chance
via la mort
18
*
Les morts
un trou
trois petits mots sur une plaque
et puis s’en vont
sans autre identité qu’un
code-barres agrafé au sac
19
*
Les vivants
errants jusqu’à la prochaine frontière
jusqu’au prochain campement
jusqu’au prochain contrôle
La ligne sur la carte a beau se tracer dans
l’imaginaire
la réalité la barbèle
la mure
la tessone
« On manque de bras pour bâtir l’enfermement total »
« Que chaque migrant ajoute sa pierre au
mur
en passant
et dans quelques briques
ils ne passeront plus »
Comment passer
?
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dessus
dessous
à travers
caché
agrippé
?
Sans patrie
sans papier
devient-on invisible
?
Comment forcer la grille
sans écraser l’autre
sans être écrasé dans la bousculade
?
21
*
Ce sera toi qui passeras
mais comme le pays ne le veut pas
tu resteras dehors
au froid
un deux trois tu gèles
22
*
Attention
Nul ne doit confondre
migrant idéologique
migrant victime de conflit inter ethnique ou
guerre civile
migrant économique
Ce dernier ne mérite rien d’autre qu’un billet
retour directement et sans escale car on ne
peut pas accueillir toute la misère du monde
n’est-ce pas
?
Les dossiers des deux premiers seront étudiés par les commissions compétentes réponse dans quelques mois

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Nota Bene
Les migrants qui cumuleraient deux ou trois catégories déposeront un dossier par catégorie et
si nécessaire leur billet retour en classe économique sera suspendu jusqu’au résultat de l’instruction

Dignité en berne
Quant au terroriste masqué en migrant
il justifierait à lui tout seul toutes les serrures
tous les cadenas
?
« Protection maximale en état d’urgence
Fermeture totale
Principe de précaution »
24
*
Ils campent
cartons
palettes et bouteille à la mer
bâches au vent
boues aux pieds
Ils s’organisent
Ils sont vivants
Bénévoles
certains les soutiennent
soupes
douches
recharge du portable
paroles et papiers administratifs
délit de solidarité
Ils agissent
et de biens moulés
de bien pensants bien droits dans leurs bottes
de bien sérieux démantèlent les campements
sauvages
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Option dispersion
option mise à l’abri catégorie oubli
option étude au cas par cas
option retour garanti
Pourquoi ne prend on pas plutôt en compte
leurs savoirs
leurs compétences
et leurs désirs
?
26
*
Les campements d’infortune
tachent de plastiques et de palettes
des terres d’asile
où les droits de l’homme perdent voix
De biens cravatés leur offrent des containers/studios
containers/deux pièces pour famille
eau courante électricité
containers

Comme sur les cargos
transport commercial
Containers
comme pour de modernes ermites
Containers oui
un progrès loin d’être bidon
un minimum droits de l’homme
Containertown
à l’abri de barrières
de grillages
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hors circuit encore et toujours
au dehors
Y’a pu qu’à
charger les containers sur un cargo
28
*
Les biens droits dans leurs souliers vernis
tournent la tête
« Comment est-ce possible ? »
sans comprendre
sans compatir
« Ils n’auraient jamais dû partir ! »
« Avec la somme du passage ils auraient pu
vivre chez eux »
sans imaginer un seul instant
vivre hors cinéma
guerre
horizon bouché
opinions muselées
Wanted dead or alive
29
*
On écrit des mots
sur des écrans
des papiers
via les ondes radios
bien au chaud
bien au calme
On voudrait franchir cette frontière
et les rencontrer
à la gare ou le long de la frontière
On les croise sans vraiment les reconnaître
sans le vouloir
Difficile de franchir cette frontière intérieure
D’oser la fraternité
30
*
Ils vont seuls ou à trois
par grappes
par groupes
en colonnes
ils vont
ils marchent
les yeux tendus
les mâchoires serrées
aphones
sac à l’épaule ou à dos
un enfant sautillant à la main
un enfant endormi aux bras
ils marchent
le regard au sol
ils tentent de se rendre
invisibles
de se glisser dans la faille
Ils pourraient être nous
Il pourrait être moi
Je pourrais être l’un d’entre eux
31
*
Des adolescents
fratries orphelines
seuls ou en bandes
traversent leur pays
puis d’autres pays dont ils ne connaissent
pas la langue
un peu d’anglais pour viatique
ils franchissent la Méditerranée jusqu’à la
plage
mais
tous ne s’y posent pas
disparus en mer
hors statistiques
migration définitive
Des adolescents
des mineurs isolés
sans couverture aucune
dans les bureaux à climatisation réversible
des textes de protection contre intempéries
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et mafias
s’ennuient.
du papier à brûler les nuits froides
Dehors
les nuits braisent ces jeunes gens
Des étincelles de vie qui se dispersent en escarbilles
dans les yeux des bureaux
sous les mains des bourreaux
dans les cases des tableurs
sous les vagues de la mer
Comme un stewart côtier
je compte chaque matin
avec le compteur officiel
le nombre de noyés
33
*
Poème pour le passeport
Ce passeport est allergique
aux frontières aux barbelés
!
Il rêve à des mains chaleureuses
à de hautes terres joyeuses
il espère un cœur volcanique
pour enfin vivre embrasé
partagé

Peut-être avec toi
?
34
*
Poème pour la carte d’identité
Est-ce qu’un bout de papier
même avec puce électronique
peut définir qui je suis
?
Comment exprimer mon présent
ma citoyenneté planétaire
les libres couleurs de mes rêves
mes désirs et mes responsabilités
avec des mots comme
sexe
date et lieu de naissance
taille et signature
?
Je suis au-delà de mes apparences
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*
La pleine lune
illuminait la plaine
et dans les dunes
un abri de fortune
claquait sa toile au vent
Noël rêvait son étoile
petite laine et mitaines
un songe de migrants
ou de fillette
aux allumettes
36
37
Patrick Joquel