bonjour
à nos éditions de la Pointe Sarène, parution février 2026
Un tirage à 120 exemplaires pour commencer :

sortie le 5 septembre 2025

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la lettre info de juin 2026 :https://www.patrick-joquel.com/haikotidien-et-inedits/
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les prochains « voyage/livre » :
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Notez les dates du 39e Festival du Livre de Mouans-Sartoux :
2 – 3 – 4 octobre 2026
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les haik’otidiens se découvrent ici : https://www.patrick-joquel.com/haikotidien-et-inedits/
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un inédit :
Solena
• Enorme tempête signalée sur le quart Nord-Est de la planète !
• Ok Bob. J’augmente l’intensité des signaux.
Solena ne pleurait pas. Ne bougeait pas. Ne regardait rien de particulier. Sauf le vide. Elle se tenait sur la plage. Loin de l’écume sombre des derniers souffles de la tempête. Les rouleaux, comme des soupirs repus, s’étalaient sur la grève. Elle les entendait sans les écouter. Solena avait tout perdu dans la nuit. Sa cabane, emportée par le vent puis avalée par le torrent de boue. Avec sa cabane, toutes ses affaires. Elle n’avait plus rien. Absolument rien. Que sa vie. Ce corps de jeune adulte. Magnifique. Efficace. Et ses lambeaux de vêtements qui séchaient sur les joncs. Elle se tenait sur la plage. Accroupie. Les yeux dans le vague des vagues. Elle avait tracé trois cercles concentriques sur le sable et s’était assise au centre du plus petit. Souffle après souffle, vague après vague, elle se reconstituait. Elle … vérifiait son souffle de vie, toujours présent. En elle. Ce cœur battant aux poumons. Inaltérable. Encore irréductible. Elle était vivante. Elle est vivante.
Quand elle se leva enfin, elle effaça les trois cercles du pied en commençant par le plus petit. Puis elle se mit à marcher le long de la grève. Face à l’Est. L’horizon s’éclairait doucement. Une aube nouvelle lançait son appel. Le ciel redevenait bleu. Bleu pâle. Une brume orangée effilochait son tremblé. Le soleil approchait de l’horizon. Solena s’immobilisa. Nue. Les bras le long du corps, mains ouvertes. Elle n’avait plus rien sauf la vie et elle était bien décidée à tout donner à ce nouveau soleil. A le recevoir comme un cadeau. A le gober autant qu’il la goberait. De l’orange vif. Et le rapide essor. Demi-disque. Déjà sa peau rutilait bronze. Disque entier. Déjà, la chaleur la caressait. Elle ferma les yeux. Pour mieux savourer ce nouveau jour. La caresse, chaude, sur sa peau. Elle respira profondément. Trois fois. Rouvrit les yeux et se mit à rire. A rire et à danser sur la plage. Elle se porta à la rencontre des rouleaux. Se nettoya des boues. Elle joua longtemps à surfer parmi l’écume… Puis elle revint sur ses pas, ramassa ses hardes et prit la direction du village. De ce qu’il en resterait.
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• Contact rompu.
• Entendu. C’était prévu. Phase d’atterrissage en cours.
• Croisons les doigts.
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Le fonctionnaire des secours de première urgence leva les yeux.
• Le nom que vous m’avez donné n’est inscrit nulle part sur le registre du secteur. Donnez-moi le nom de vos parents.
• Warker, James et Dorothy Warker.
Le fonctionnaire plongea dans son registre. Tourna les pages. En avant. En arrière.
• Personne de ce nom-là n’a jamais été consigné ici non plus.
• Pourtant ils sont arrivés à Santa Dom jeunes mariés. Ils ont travaillé toute leur vie dans la plantation Dyon et sont enterrés dans le carré des étrangers.
• Des étrangers ! Fallait le dire tout de suite au lieu de me faire perdre mon temps, petite. Et tous ces gens qui attendent. Tu le fais exprès. Qu’est-ce que tu crois ?
• Je ne comprends pas.
• Tes parents n’ont jamais été enregistrés. Ils ne t’ont pas déclaré non plus. Tu n’existes pas. Rentre chez toi et débrouille-toi. J’ai assez à faire avec nos citoyens !
Solena ne répondit pas. Elle serra juste un peu les mâchoires. Se leva. Lentement. Elle arma son bras. Gifla le fonctionnaire.
• Et celle-ci non plus elle n’existe pas peut-être ?
Le fonctionnaire demeura un moment immobile sous ce regard de flamme.
• Je devrais t’emprisonner pour ce geste. Mais je ne le ferai pas. Tu nous coûterais trop cher. Nous avons tout un pays à reconstruire. Pas question de gaspiller de l’argent pour te mettre à l’abri d’une cellule, nourrie à ne rien faire… Cependant, je dois reconnaître que même sans papiers, tu es bien réelle. Alors… Prends ces deux tickets et va sous la tente de distribution. Ensuite disparais de ma vue à tout jamais.
Solena avait récupéré une petite tente, une petite radio à piles pour suivre les avis du gouvernement et un coffret de nourriture d’urgence. Elle avait planté la tente sur la plage. Entre deux dunes. A l’abri des vents du large. Un peu plus loin le torrent grondait encore. Elle ne pesait pas bien lourd sur cette Terre, cette jeune fille qui n’existait pas. Tout à l’heure, elle monterait à la plantation Dyon. Il faudrait nettoyer, réparer, remettre en ordre… Cependant elle ne s’en sentait pas le courage. Pas encore. Elle se reposerait un peu d’abord. Pas longtemps. Juste le temps de dormir un peu… Si elle ne voulait pas perdre son travail, l’excuse de la tempête ne durerait pas bien longtemps aux yeux des maîtres. Elle appuya sur le commutateur de la radio gouvernementale : une seule station, celle du Président. Lui et ses ministres devaient être bien occupés par la tempête à moins qu’ils ne dorment car ce n’étaient pas leurs voix qui gesticulaient à l’antenne mais celle, si particulière, d’Owen, un anglais jazzy blues et son Moure Rouge dawn qui lui tremblait les paupières chaque fois qu’elle l’entendait.
Un bruit étrange. Un sifflement bizarre. Inhabituel. La réveilla. Quand elle ouvrit les yeux elle vit un objet descendre du ciel sur quatre flammes jaune vif. Il s’approchait lentement. L’objet se rapprochait toujours. Ralentissait. Toucha le sol à quelques pas seulement de Solena. Figée.
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• Contact ?
• Le signal automatique vient de se lancer.
• Ok. Il a atterri donc.
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La chose couina. Son œil tourna de gauche à droite. Puis de droite à gauche. S’arrêta sur Solena. Zooma.
• Contact établi. 100%.
• Tu as les premières images ?
• Attends… oh !
• Qu’est-ce que c’est ?
• Le robot fixe quelque chose. Quelque chose qui semble vivant.
• Oui, on dirait bien un être vivant. Si ça se confirme, tu imagines ?
Sur l’image la chose bougeait, s’approchait de la machine. Zoom arrière. L’image restait correcte. Une bouche s’ouvrit. Quelques instants plus tard une voix traversait l’espace :
• Qu’est-ce que c’est que cette femme ?
Les opérateurs se regardèrent. Stupéfaits.
©Patrick Joquel
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