PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

J’ai lu en 2 020

Mes incontournables de l’année 2 020
Mes incontournables 2 020
www.patrick-joquel.com
poésie de cette page à la page 30
albums page 31
témoignages page 32
romans page 35
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en poésie et chez Gros Textes :
Titre : Pour attraper le printemps
Auteur : Jacqueline Held
Illustrations : Yves Barré
Éditeur : Textes
Année de parution : 2 019

J’aime quand les gens ne se prennent pas au sérieux. J’aime quand ils ne se prennent pas au sérieux sérieusement. Jacqueline Held réussit sérieusement à ne pas se prendre au sérieux et cela donne une nouvelle petite merveille : ce Pour attraper le printemps. À son âge de fin d’automne, c’est déjà une performance !

Si la mode est au ciel gris,
Si la mode est à la pluie,
Rêve, rêve, t’émerveille,
Ne sois pas esprit chagrin,
Sois comme un enfant,
Bonhomme,
Sois comme un enfant.

Tout un programme, un programme qui guide bien souvent, mais pas seulement, l’écriture de Jacqueline. Jouer des mots comme comptine, autant pour le plaisir,
Si tu regardes la poule
Dans le blanc des œufs,
Les poussins
Auront les yeux bleus

autant pour le loufoque,
A Saint-Malo
Un escargot
Perdit son dos…

On le prit
Pour une limace.

Du coup
Il en perdit
La face.

autant pour dire l’air de rien de profonds instants,
Nous irons tous au paradis,
Les humains, les chiens, les souris,
Les jours de joie, les jours de pluie,

autant pour partager un peu d’essentiel.
Un jour de Mai
Au ras des pâquerettes
Saisir le soleil
Par les cheveux.
S’y cramponner
A tout hasard.
Parfois tu attrapes
Un éblouissant
Morceau de ciel bleu.

Voilà : magie, sourire et joie. Une inextinguible bonne humeur. De petits poèmes à laisser jouer dans les classes dès la maternelle et bien au-delà : le bonheur n’a pas d’âge.
Lire et relire Jacqueline Held c’est demeurer du côté de l’humain.
*
Titre : Ce n’est que moi
Auteur : Christophe Jubien
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2 020
un petit livre orangé, lumineux, frappe aux paupières en murmurant, comme pour rassurer, ce n’est que moi. Qu’est-ce qu’on attend lorsqu’on saisit un livre et qu’on l’ouvre ?
« Une jeune fille triste
attend son bus
et autre chose
c’est le bus
un joli bus orange
qui arrive. »
et dans le bus, des poèmes. Des poèmes saisis dans l’instant. L’affût au monde. L’œil rêveur et attentif, le pas flâneur. Apprendre à voir ce qui nous accompagne au quotidien : lever les yeux de l’écran, jouer à la perte de temps, créer des ponts entre les choses, les gens, la vie et les objets… l’espace et le temps. Mine de rien on se retrouve alors plongé dans les mystères secrets de ce qui nous tient en vie : les lois cosmiques et universelles. Ouvrir un livre de poèmes, meme si ce n’est que toi qui l’a écrit, ça décoiffe.
« Sur un tapis de feuilles d’or

Elle marche voûtée
en s’aidant d’une canne
et d’un petit chien blanc
la ligne d’arrivée es proche
ses derniers pas sur terre
ne font pas plus de bruit
qu’un sommeil d’enfant
Au bout de la rue
c’est un feu vert… »
accepter la compagnie de Christophe Jubien, c’est accepter le décalage, le pas de côté ; c’est entrer dans une pensée mouvante, vivante, pleine de surprises ; des bonnes, des moins bonnes mais toujours de l’étonnement saupoudré d’écorces de citron finement râpées.
« Cadeau du vent

Un petit ballon
roule vers moi
roule vers moi

roule vers moi
depuis l’enfance

et toc ! Le voilà
dans mes pieds

Pile le jour
de mes 55 ans. »
ouvrir ce livre et partir avec Christophe, toute une aventure ! En route de pour de multiples et minuscules aventures chaussé de quelques mots, couvert de silence et sur la tête une salade composée de rires d’enfance et des sanglots longs de l’automne… un cheminement en compagnie des Wang Wei, Bashô, Sagyo, Issa etc. un cheminement d’homme de tous les jours. Comme chacun.

https://grostextes.fr/publication/ce-nest-que-moi/

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Titre : Manuel d’écrivaction poétique pour rebelle en herbe
Auteur : Cathy Ko
illustrations : Emmanuelle Brisset
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2 020

Un petit livre nourri de Ferlinghetti ! Un livre chargé de puissance. Si vous êtes d’accord pour être bousculé, dynamisé, ouvrez-le.
Vous y trouverez des pistes pour écrire, des pistes pour imaginer une vie différente des CAC 40, infos en continus et pubs à verse. Une vie à hauteur de poème. À hauteur de créativité. Suffit d’oser. Oser vivre soi, librement.
Livre hautement subversif, à mettre entre toutes les mains dès huit ans !

https://blog.grostextes.fr/

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Titre : activités amusantes pour un confinement réussi
Auteur : Salvatore SAnfilippo
Éditeur : Gros Textes
Année de parution : 2 020
8€
Un peu d’humour pour terminer 2020 avec le sourire et malgré toute les adversités de l’année. Salvatore Sanfilippo propose ici une série de textes aussi absurdes les uns que les autres. Des idées pour passer le temps autrement qu’en se lamentant ou en s’abreuvant d’infos continues. Du saugrenu, du drôle, de l’émouvant. Une cure de vie car il s’agit bien de cela aussi longtemps que nous sommes vivants : vivre. Et tenter de vivre au mieux en toutes circonstances. L’humour n’efface pas la peine, ni la difficulté ni rien du tout. Il permet simplement de lever les yeux et d’apercevoir un horizon.
À donner à lire à tout âge.
« Compter le nombre de pâtes
dans un paquet d’un kilo
pour savoir
s’il y en a vraiment le double
que dans un paquet de 500 grammes

Puis s’attaque au paquet de semoule
(facultatif) »

https://grostextes.fr/publication/54-activites-amusantes-pour-un-confinement-reussi/

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en poésie, chez Cheyne éditeur
Collection anniversaire des 40 ans de Cheyne, 2020
Titre : Pop-corn
Auteur : Tania Tchénio
le livre commence ainsi :
On m’a proposé d’écrire un texte sur grandir… Quand on me passe commande d’un texte…
et cette commande anniversaire a précédé de peu une bonne nouvelle : Quelques heures avant de remettre ce texte, j’ai appris ton existence. Ta minuscule existence. Tu étais là depuis quelques jours, petit paquet d’atomes. Tu commençais à grandir silencieusement. évidemment, ça a tout changé.
L’écho, La perspective.
Ce texte, tu viens l’habiter.

Et voilà le lecteur embarqué dans cette aventure chuchotée. La fabrication d’un être humain. L’émergence d’un Tu inconnu et si présent déjà.

Je te parle.
Tu es dans le cosmos.

Je suis ta chambre noire.
Tu fais ce qui échappe
et je te laisse faire.

Cosmonaute nu
tu joues avec le temps
comme on joue à l’élastique.

Un texte ici nous est donné : une perle rare sur ce thème. À mettre aux yeux et au cœur de tous les jeunes parents en gestation.

Puis on arrive à Pop-corn, le texte initial et on se retrouve à la naissance d’une étoile, en plein cosmos. Magique !
Grandir…
projeter son corps
dans toutes les directions

s’enraciner, grandir à l’intérieur de la terre, en soi. Grandir vers le ciel. Toucher à l’horizon. Grandir, devenir adulte. Tenter de garder l’enfance en soi. Évoluer, comme les strates du temps. Toute une méditation autour de ce mot. Une méditation qui devient expérimentation personnelle et en double.
Un livre rare. Une pépite

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/collection-40-ans/359-pop-corn

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Titre : Allant pour aller
Auteur : Jean-Marie Barnaud

Une autre pépite. Le chaud murmure de Jean-Marie Barnaud. Ça commence avec un poème sur l’origine du poème
les premiers mots
viennent d’un cœur absent
peut-être d’une grande infortune
ou d’une clarté insoupçonnée
et l’on se tient fébrile
au bord de soi

Forêts Mers Ciels de nuit
Foules :
On saisit au vol
ces espaces rêvés
croyant saluer l’étrangeté
qu’on sent guetter
aux marges

Mais très vite on est pauvre
devant
ce qui vient
qui appelle
et se dérobe

Ce matin
j’entends à deux cents mètres de ma feuille
la basse rumeur d’un engin de chantier….

Ici à la table
le travail ne fait aucun bruit
Seul le soleil
qui tend la main par la fen$etre
collabore

quelq mots
qui ne mentiraient pas
quels mots sans trafic
ouverts à tous
offriraient au poème
un abri
où déposer un temps
son cœur fugace
ses mains déliés

toujours cette écoute chez Barnaud, cette recherche : où se cache le poème ? Comment le dire ? Avec quels mots, pauvres outils ? Toujours cet affût à la table de travail….

Ça continue avec le tout proche et cette interrogation lancinante autour de la vieillesse
Dire maintenant lassitude
pour fatigue
la vieillesse, non celle du monde, mais celle du poète, de l’homme et sa perception qui s’effrange comme si le monde s’éloignait de ses yeux…
C’est le temps d’une vie qui se cherche encore
une vie, un espace et un temps

Une brise monte maintenant d’en bas
Elle apporte une voix de femme qui appelle
et dit mon nom
Cette voix traverse l’espace clair
elle est elle-même un paysage
où se rassemblent tant d’années
dont elle
qui demeure
dénoue les fils

Barnaud et son sens de la formule :
De l’instant qui vient
Capter la jeunesse
s’en faire une lumière
et la porter plus loin

Deuxième partie du livre : jours de vertige
on embarque à bord de son voilier. Jean-Marie Barnaud, capitaine au gré des vents
allont pour aller
sans autre fin que la mer elle-même
toute mouvante
et traversée d’écume
Jouant à suivre ses formes
à consentir à sa puissance
si fort entrés en elle-même
et soulevés
que nous étions sa passion
et sa joie

puis le vent du désert vient couvrir de sable ocre la table du jardin, les neiges du haut pays. L’homme n’est que passage et poussière. Ce sont les jours de vertige, ceux de la perte, ceux dont s’absente les partis sans retour. La vie et sa fugacité. Encore un thème qui traverse tous les livres de Jean-Marie Barnaud. Ce murmure tenace.

Troisième partie : Passages
Joyeux et docile, et courant à sa perte, le sable coule par toutes les jointures entre les doigts d’un poing fermé. Puis la main s’ouvre. La paume lisse le sol, en efface les rides et palpe la chaleur.

On l’a compris, j’ai aimé ce livre et si je ne suis pas totalement objectif (j’aime tous les livres de Barnaud) je vous invite à le découvrir.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/collection-40-ans/354-allant-pour-aller

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Titre : La leçon de sourire ‘Ûdissa
Auteur : Loïc Demey

Une embuscade. Une fuite. On hésite entre fiction ou imaginaire ; dans les deux cas on est en prise avec l’actualité, avec la vie de centaines d’êtres humains, avec ce combat, ce désir d’enjamber les frontières. De vivre, tout simplement.
Ziad Ferzat, fis de Sadik Ferzat et de Nadjah Shahrour… Ils savent que je dois partir si je veux grandir, partout où je passe on ne fait que vieillir au roulement des bombes…Je suis venu ici pour m’en aller…
on suit ainsi le récit du voyage de Ziad. De page en page, de lieu en lieu, de rencontre en rencontre. Jusqu’à l’incroyable… En dire plus serait gâcher la lecture.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/collection-40-ans/355-la-lecon-de-sourire

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Titre : Grandirs
Auteur : Clara Molloy
L’image la plus surprenante qui me vient à l’esprit lorsque je repense à mon frète Georges, c’est celle de cet après-midi dans l’appartement demes parents à Paris.

première phrase de ce livre. On a en main un récit qui va devenir poignant sur ce frère Georges. La narratrice a neuf ans, Georges en a 32 ; il est hospitalisé à l’hopital St Anne. Il est malade. Le récit accompagne le temps ; la narratrice grandit, le frère vieillit. On les suit jusqu’à la fin.
Un récit grave sur un thème difficile.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/collection-40-ans/357-grandirs

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Titre : L’au-delà de nos âges
Auteur : Albane Gellé

Venus de loin
nous choisissons de faire halte,
navigation interrompue,
bon gré, mal gré,
pour une vie où le soleil
se lève à l’Est.

Nous séjournons,
droit d’asile,
dans la nuit d’une femme,
l’eau gargouille, un cœur trotte
sans relâche nous percevons
le début d’un vacarme
il s’en passe dans le monde.

Une succession de courts poèmes qui évoquent l’un après l’autre les moments d’une vie. De la conception à la mort. De l’embryon à la petite enfance. De l’enfance à l’adolescence. Puis les moments d’une vie adulte… jusqu’à la vieillesse.
Des étapes dit-on parfois ; une succession de jours et les temps du corps, les temps de l’âme. Les sentiments, les émotions…
une vie humaine, simplement. En quelques pages.

Une réussite.

Matière quittée
nous reprenons le cours de la navigation
délestés de nos âges
et du poids de nos corps
nous sommes ici, et au-delà,
nous nous souvenons :
de tout.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/collection-40-ans/356-l-au-dela-de-nos-ages

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Titre : Eau
Auteur : Albane Gellé
Éditeur : Cheyne éditeur, collection poèmes pour grandir
Images : Marion Le Pennec
Année de parution : 2 020
Dans la collection Poèmes pour grandir, Albane Gellé offre ici une série de courts poèmes en prose sur le thème de l’eau. L’eau, élément indispensable à la vie. L’eau, de la source au torrent. L’eau douce ou l’eau salée. Avec toutes les vies qu’elle abrite dans ses profondeurs. Avec toutes ses couleurs. La pluie

Eau verticale, trombes de pluie, eau accélère pouis ralentit, cadeau du ciel pour la terre, eau trait d’union, eau recommence à l’infini, sait que tout passe, et passera.

L’eau cachée du puits. L’eau souterraine et sa patience… L’eau de notre corps, les larmes, l’eau de la naissance… Les eaux fossiles de Mars… L’eau source de vie, cause de mort. Son cycle que l’on étudie en classe.

L’eau, et sa lumière, sa transparence ou au contraire son opacité, ses mystères. La rosée du matin. Les musiques de l’eau. L’eau des jeux d’enfants, barrages, marées, flaques

L’eau dans tous ses états : vapeur, liquide, cristal de neige, glace.

Tout un panorama de mots pour tenter de dire l’eau, d’exprimer notre relation à l’eau. Comme un hommage, comme une louange et comme un respect.

À l’heure où se profilent des combats pour l’eau, où les humains s’inquiètent de réchauffement, de sécheresses ou d’inondations, ce livre vient simplement rappeler que l’humanité demeure fragile et dépendante de la planète de sa naissance.

Un livre qu’accompagnent les encres de Marion Le Pennec. Encres de chine qui jouent des contrastes entre noir et blanc et dont la fluidité résonne avec les mots.

Un livre à donner à lire dès sept ans et bien au delà, à entendre bien avant. Il accompagnera ainsi les réflexions des enfants, des adolescents et même des adultes. Un livre qui permet, comme souvent en poésie, de penser autant que de se sentir plus accordé au monde.

Eau potable en réponse à nos soifs, eau minérale, eau naturelle, dans des bouteilles de toutes les tailles ou jaillissant du robinet, eau cadeau de tous les jours qu’on oublie de remercier, eau à boire, eau bue, eau en glaçons, eau en carafe ou dans de grands verres transparents, eau dans la bouche, dans la gorge, eau vitale.

https://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/349-eau

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en poésie chez Donner à Voir
Titre : Allons enterrer l’oisillon
Auteur : Christophe Jubien
Œuvres de Pierre Richir
Éditeur : Donner à voir
Année de parution : 2 020

Christophe Jubien, le poète du quotidien. De l’infime. De l’aperçu. Il ne conduit pas, il marche. Parfois il roule en vélo. Il va tranquillement, comme un flâneur. Un flâneur attentif cependant. L’oeil vif et pas autant dans la lune qu’on pourrait le croire. Il capte le fugitif. Le drôle. Le petit truc qui sourit aux lèvres et permet de passer cette impalpable frontière qui tient en respect l’autre monde. Celui que faute d’autre mot, on appelle imaginaire. Pas autant imaginaire qu’on pourrait le croire. Non. Bien réel, mais avec cette ombre, ce décalé. Cette intuition très vivante du provisoire. On vit ici entre permanence et impermanence, poème court et haïku, dans l’esprit d’un monde flottant. D’un monde à l’affût du réel.
Lire Christophe Jubien, c’est lire en tranquillité, porter sur le monde proche un regard aussi bienveillant qu’amusé. C’est lire un peu la poussière dans les contre jours d’un espace-temps qui nous traverse et qu’on traverse en quelques pas.

Vers la fin

Nul besoin de vous décrire
le paysage à ma fenêtre
je l’aime bien, il m’aime bienveillantet c’est tout.
Ce soir, en égouttant les pâtes
je lui jette un coup d’oeil
il est bien là, sous la lune, au complet
à part cette feuille
qui se détache d’jn érable
et flotte un peu avant d’atterrir
sur le sol gelé.
Il y a un début à tout,
même à la fin.
*
Du provisoire

Sept heures du matin
une table en formica
trois bols de café
et un paquet de biscuites
font de ce petit poème un riche propriétaire terrien.

Dire que dans dix minutes
je vais devoir débarrasser.
*
Comme tout le monde

Une cabane en bois
quelques poules, un chien
un corbeau perché sur le chien
parler un peu sa langue
c’était là tout mon rêve d’enfant
au lieu de quoi j’ai eu
comme tout un chacun
le bac et une vie.
*
Synchronicité

Le vent n’a rien eu à dire
il s’est contenté de souffler
etl les fleurs ont dansé
ces pissenlits sur le gazon
qu’un air de jazz à la radio
approuve mollement
11h11-la perfection.

*
Titre : à l’aube de la voix
Auteur : Léon Bralda
Éditeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 020

première partie : il y avait l’enfant
mon pas est lent ! Et je suis de ceux-la qui passent comme tant d’autres, par habitude ! Qui sarclent le rêve au fond de la ravine, puis siègnet tout là-haut, près des vieilles racines du vent faisant rumeur…
Ils sont passés comme je passe : le corps lourd et, douloureusement fermé sur ce peu de bonheur qui l’habite.

Suit une litanie de petits pavés commençant par il y avait… Souvenirs d’enfance, des premières fois… Les mots de la mère, le chemin de l’école, le copain, le vertige des apprentissages. L’enfance, cet exil ; ce terreau.

En deuxième partie : Les secrets de la terre
On y écoute les interrogations d’enfance face à la mort. La bête morte qu’un jardinier enterre sous les thuyas. Ce spectacle mystérieux. Ce silence.

Troisième et dernière partie : à l’aube de la voix
l’adolescence exploratrice, le jeune homme s’entraîne à partir. Revient. Écoute. Il semble hésiter entre l’enfance conjuguée à l’imparfait, et ces aujourd’hui au passé composé. Lancinante interrogation sur le temps qui passe. Le corps qui grandit. L’esprit qui s’ouvre et s’interroge sur le sens et la réalité de tout cela. Est-ce que demain existe ?
Le soir, c’est sûr ! Il se fera d’argile à l’ube de la voix… Et le jour reviendra, c’est sûr ! ET le jour reviendra.

Un petit carré tout en prose et bien méditatif. Une nostalgie mélancolique autant qu’un espoir de vie. Un compagnon pour une journée, ou soirée, au coin du feu. Lentement comme le pas qui ouvre ce livre.

http://www.donner-a-voir.net/

*
en poésie aux éditions Henry
Titre : Sous la ramée des mots
Auteur : Georges Cathalo
Éditeur : éditions Henry
Année de parution : 2 020

Georges Cathalo joue ici un jeu difficile. Un poème pour un poète. Ou comment exprimer en quelques vers, quelques mots, l’ombre d’un nom ? Comment dire ainsi le regard, le travail, la vie d’un ou d’une poète ?
Et pour le lecteur, quelles traces de vie y découvrira-t-il ?
Comme pour les randonneurs du jour, les poètes de saisons vont et suivent les vents sans trop savoir où le souffle les mènera. Les sédentaires les suivent du regard, de quelques pas, histoire d’apercevoir à leur tour l’ombre de ce que l’autre a cru voir.
Le poème demeure aussi insaisissable que l’humain. Les mots ne sont que l’ombre d’un éclat solaire.

Muet

blotti au fond de ses délires
les plus fous les plus inattendus
il s’enracine dans son silence

il y fixe d’improbables signaux
amers des flots agités
cairns des sommets menaçants

il attendra le temps qu’il faudra
il se fondra dans le paysage

et puis dans la lenteur des sèves
son heure viendra.
*
en poésie au Venternier
Titre : Poèmes à murmurer à l’oreille des bébés
Auteur : Marcella
illustrations : Marie Poirier
Éditeur : les Venterniers
Année de parution : 2 020

Les couleurs sautent aux yeux dès la couverture. C’est joyeux d’entrée ! On se sent bien dans ce livre, bien accueilli.
Un sous-titre : (de 9 secondes à 9 mois et au-delà…). Effectivement pas d’âge limite pour déguster ces mots, ces poèmes.
Beaucoup de douceur dans ces textes. Beaucoup d’amour. Ça ne surprend pas mais ce qui surprend c’est l’universalité des poèmes. Nous avons tous vécu (presque tous) ces moments-là, souvent dans le silence mais pas toujours. Nous lisons au fil de ces pages cousues à la main les mots que nous avons murmuré à l’oreille de son bébé, murmuré ou pensé ; pensé ou bien juste ressenti.
Les poèmes sont un écho. On s’y revoit. On se souvient. On les donne à son enfant.
Un livre à offrir à tous les parents débutants ou un peu plus expérimentés.

www.lesventerniers.com

ici
c’est ta peau contre ma peau
dans un même endroit

maintenant
c’est ton souffle contre mon souffle
dans un même mouvement

ici et maintenant

*
j’ai du calme en moi
je te prends dans mes bras
le calme passe en toi

tu as du calme en toi
tu t’alourdis dans mes bras
le calme passe en moi

le calme passe
de moi à toi de toi à moi
le calme passe
de toi à moi de moi à toi

*
en poésie aux éditions l’Ail des ours
Titre : De l’étoffe dont sont tissés les nuages
Auteur : Adeline Baldacchino
œuvres de Danielle Péan Le Roux
Éditeur : L’Ail des ours
Année de parution : 2 020

Un livre très structuré, à l’équilibre et c’est bien agréable à parcourir. On se sent non pas pris en main, mais accompagné ; librement.
Dans ce livre, nous sommes dans les îles Grecques, entre rivage et oliveraie.
L’heure des vivants passe plus vite
qu’un troupeau de chèvres
sur une plage grecque

L’ombre des oliviers nous rattrape toujours

On commence par un fil de contemplation. Devant la beauté, au coeur de l’amour. On avance doucement dans cet état de musement heureux, dans le pas à pas du poème.
Effarés de ce trop de beauté

On emprunte ensuite le fil de la révolte.
Nous sommes nés pour mourir ou bien l’inverse
et entre ces deux points de suture
demeure l’amour
l’amour comme résistance
fondation de l’histoire
colonne vertébrée de la mémoire

Cet amour est également charnel, sensuel et tout entier dans le partage et l’incendie des corps. Ce sera le fil du désir que l’on suit à présent et qui vient clapoter en fin de page ces mots
nos corps sur la table
la pulsation des tambours
la profusion.

On continue sur le fil de l’extase. Ma lecture m’entraine vers des veillées de plage au Sénégal, mais peu importe la dérive un même langage et des émotions communes nous complicent. Le poème tisse souvent un lien, léger comme un nuage, entre celui qui donne et celui qui reçoit. Un instant passe, unique et juste pour soi. Un instant qu’on partage en secret. Un instant qu’on partage aussi avec ceux qu’on aime.
sur ton esquif tu me crois
fragile et pourtant
nous flottons impavides
jusque très tard dans la nuit
fervents et moites avant que le plaisir
nous rejette à la mer

On termine avec le fil de la puissance. Puissance du langage et des mots ; de la parole. Puissance de l’évocation. Puissance de l’imaginaire
on se multiplie
par ce qu’on fabule

Un livre intimiste. À lire en chuchotant à l’heure que vous voudrez mais, en ce qui me concerne, ce sera pour la veillée. Cheminée ou balcon selon la saison.
À partir de quinze ans, mais on peut en donner des fragments bien avant.

**
en album chez Gallimard jeunesse
Titre : Quelqu’un m’attend derrière la neige
Auteur : Timothée de Fombelle
Illustration : Thomas Campi
Éditeur : Gallimard jeunesse
Année de parution : 2 020

un tout petit livre. Un texte que je ne peux lire à haute voix sans avoir la gorge serrée. Une émotion brute. Pour moi. Ça ressemble à un conte. Ça commence avec une hirondelle. Comment ne pas revoir Vango et sa complicité avec les hirondelles ?… Un animal totem pour Timothée de Fombelle. Au moment où je saisis ses lignes je les vois glisser le ciel. Mes compagnes estivales à Mouans-Sartoux.
Ça continue avec un livreur de glaces italiennes. Un chauffeur livreur comme on en double des centaines sur l’autoroute Vintimille Paris Calais. Un homme déjà expérimenté, post cinquantaine. Seul. Au volant. Avec des passagers imaginaires. Avec cette solitude qui permet de douter de savoir encore parler, au bout d’un long moment de solitude chaque mot prononcé, même un simple bonjour, est si lourd à prononcer…
ça se termine chez le chauffeur, dans sa maison. Un soir de Noël, forcément… Je n’en dirai pas plus ici sinon ce serait perdre la force de cette histoire.
Je peux juste ajouter que cette petite histoire est terriblement actuelle, et c’est cette actualité là qui me donne les larmes dans la voix quand je la lis. Une actualité qui résonne en moi, depuis longtemps et chaque jour.
Quand un livre, l’air de rien et presque sans y toucher, s’empare ainsi de la réalité pour osciller comme un funambule entre réel et imaginaire : je dis merci.
*
en album chez le poisson soluble
Titre : Dans la file
Auteur : Clarisse Lochmann
Éditeur : L’atelier du poisson soluble
Année de parution : 2 019

Un livre lumineux. L’artiste joue avec son crayon, les encres et l’eau. Crée des espaces, des silhouettes. C’est vivant, ça palpite. C’est joueur et plein d’humour. Le fil de l’histoire : une petite souris remonte la file d’attente du musée… Drôle de file d’attente… Pleine de surprises.
à découvrir et à tous les âges, un enchantement.

https://www.poissonsoluble.com/produit/dans-la-file/

témoins chez Saltimbanques éditions
Titre : Rester libres
Auteurs : Patrice Favaro/Philippe Godard
illustrations : Robbert
Éditeur : Saltimbanques éditions
Année de parution : 2 020
18€

Une trentaine de portraits d’humains contemporains ou presque. Des personnes qui ont su vivre fidèles à leurs rêves, s’engager pour un monde meilleur. Des gens qui osent. Simplement. Des phares dans la nuit. Un panorama pour montrer aux jeunes ou aux moins jeunes que c’est possible. Que c’est jouable. Un encouragement à vivre plus haut que ses rêves.
Des témoins tout simplement.
À offrir à partir de dix ans et au-delà.

https://www.leslibraires.fr/livre/17081562-restez-libres-l-avenir-est-entre-vos-mains-patrice-favaro-philippe-godard-saltimbanque

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témoignage en poésie chez à l’Index
Titre : Je ne suis pas mon mental
Auteur : Cathy KO
Éditeur : à l’Index
Année de parution : 2 020

Un livre à la sonorité matinale. Douceur et brin d’amertume ; les matins ne sont pas forcément tous les jours légers même si l’odeur du café et trois corneilles les accompagnent.
On entre avec une maîtresse d’école dans une école. L’école avant les élèves. Le grand silence des couloirs et des salles de classe vides. Tables et chaises bien rangées, affichages présents dont on ignore les chuchotis nocturnes ; tableau prêt à remplir. Portes fermées que l’on déverrouille l’une après l’autre.
Petite promenade avant le rush. On prend tout en regard. Respiration lente : on est encore soi un petit moment, puis on deviendra pro ! Pour le moment, c’est encore le temps à soi. Ce moment où l’on se prépare comme l’athlète avant sa course. Concentration. Observation. Pensées diverses. On pense à l’école, au bâtiment plus ou moins entretenu par la Mairie. On pense aux salaires des différents acteurs de l’école, à leurs différentes tâches : enseigner, animer (garder), nettoyer, cuisiner… On pense à l’Éducation Nationale, à ses bulletins officiels… au saucissonage de la vie de l’élève, là c’est la classe ; ici c’est le péri scolaire… On rêve d’une école qui serait un peu plus lieu de vie, lieu vivant… Une école qui dirait « Bonjour, les enfants… »

poesiealindex.blogspot.com

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roman cher Rageot
Titre : En plein vol
Auteur : Manon fargetton, Jean-Christophe Tixier
Éditeur : Rageot
Année de parution : 2 020

On retrouve ici les personnages de quand vient la vague. Ils ont un peu grandi, le temps passe pour tout le monde y compris pour les personnages de fiction. Rien n oblige à lire les deux livres dans leur chronologie.  Ils se suivent mais restent aussi indépendant.s

Jules et romane se retrouvent à Paris. Étudiants en sociologie. Première année. Le roman les suit tout au long de cette année. Loin des parents, une liberté. Pas toujours facile à  vivre. Il y a les amours, les fantômes familiers, la santé qui s en mêle. 
Les thèmes abordés au fil des pages, côté amour le couple romane et clément 18 ans et 16 ans respectivem3nt et comme toute histoire d amour ce n est pas facile tous l3s jours d autant plus que  ode santé l endométriose s invite chez romane. Une maladie dont on parle peu et c est une des richesses de ce livre que de l aborder ainsi. Avec franchise . L’homosexualité de jules, le rôle de l association le refuge, une autre thématique abordée la aussi ave franchise et respect. On aborde aussi et cest en lien avec jules les sans domicile fixe comme on dit avec pudeur. Ces invisibles. Le role des parents. Le rôle aussi dans l épanouissement de chacun de la création, écriture photo. L amitié qui rend invincibles les fragiles, et à travers le roman on se dit qu’ on partage tous cette fragilité,  qu’ on a tous besoin d être aime, regarde, reconnu, caressé…
Des pages qui s intercaler comme des clichés photo qui clotureront le livre en expo , expo comme un premier jalon vers un futur possible après ces mois de doutes et de bouleversement. Entrer dans le monde des majeurs est une étape et la aussi ce n est pas toujours facile de traverser ce moment. 
Un livre poignant, riche et qui va de l avant. 
A donner à lire des le lycée et bien au delà.
Une réussite.

Une écriture à quatre mains. Un narrateur extérieur pour la vie de jules, interne pour celle de romane.

https://www.rageot.fr/livre/en-plein-vol-9782700275315

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Titre : Lancer l’alerte
Auteur : Jean-Christophe Tixier
Éditeur : Rageot
Année de parution : 2 019

Voilà un roman bien en prise avec l’actualité contemporaine. Les personnages : Une maman Nathalie, son fils César, son amoureuse Lou-Ann et quelques autres bien campés eux aussi.
Une usine à déchets toxiques, une lanceuse d’alerte et toutes les implications et retentissements dans les vies des uns et des autres suite à cette alerte. C’est mené d’un pas vif et sans concession quant aux états d’âme des uns et des autres. Un excellent reflet de notre société. Le lecteur s’interrogera en cours de route sur le camp qu’il choisira car comme dans la vraie vie rien n’est aussi simple que cela en a l’air. D’ailleurs au fil des chapitres on va de surprise en surprise. Résultat, en ce qui me concerne et ce n’est pas la première fois avec Jean-Christophe Tixier, je ne lâche pas l’histoire avant son dernier mot. Ensuite elle résonne. Longtemps.

https://www.rageot.fr/livre/lancer-lalerte-9782700273717

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roman chez Gulf Stream

Titre : Skye
Auteur : Régine Joséphine
Éditeur : Gulf stream
Année de parution : 2 020

Fille d’un des plus fameux chasseurs de foudre des Confins, Skye est une fille qui n’a pas froid aux yeux et qui sait ce qu’elle veut. Une intrépide et c’est bien agréable de la suivre dans ce monde imaginaire où se côtoient brumes, nuages, foudres et vent.
Elle se démène avec un souci familial, avec ses maîtresses qui lui compliquent bien la vie. Elle a un ami : Eden. Une vie ordinaire ?
Pas tout à fait puisqu’elle vit dans un monde peu ordinaire. Les brouillards et brumes qui entourent les Confins deviennent tempête ! Dans la tourmente, et quand l’existence même des Confins semble menacée, Skye va défier toutes les autorités, braver les dangers et sauver ce qui devait être sauvé.
C’est joyeux, palpitant et va tout droit au but. Si on aime les histoires, c’est un livre à prendre et à suivre.
À partir de dix ans.

https://gulfstream.fr/romans/?swoof=1&woof_text=skye

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roman au Calicot
Titre : Nos bombes sont douces
Auteur :Frédéric Vinclère
Éditeur : le Calicot
Année de parution : 2 019

Joris : Qu’est-ce qui me motine dans la vie ? Le foot et les filles. D’un cliché… Mon coeur n’a jamais battu plus fort pour autre chose, mais rien ne me paraît plus ridicule,maintenant que j’y réfléchis.

C’est le moment clef, le tournant de la vie de Joris, 18 ans dans quelques jours. Et c’est quasiment le début de cette histoire, pas de l’histoire de Joris, commencée 18 ans auparavant, dans une famille de fleuristes. Le début de ce roman qui m’a surpris plusieurs fois au cours de la lecture.

Parmi ces surprises, suivre Joris dans sa découverte des guérilleros locaux. En dire plus serait gâcher la surprise du lecteur du livre. Son oncle, ça je peux le dire, lui présente son univers. Changer d’engagement en quelque sorte, au lieu de remplir ses jours de foot, les remplir, allez disons-le, écologiquement ! Dans le vert. Et à deux pas de chez lui, dans la ville de Joris ! Il va intégrer un groupe dont l’objectif est de reconquérir des espaces urbains abandonnés ou non. Si on essaie de le dire autrement : fleurir les goudrons.

Une autre surprise : on va le suivre dans une sorte de Notre dame des landes. Militants, policiers, politiciens, entrepreneurs etc, le genre de conflit dont nous abreuve nos journaux dès que possible. Issue à découvrir dans le roman.

Bref, donc une fiction avec un sympathique héros, au coeur artichaut comme dit son copain Antoine, un garçon qui traverse le roman dans l’ombre de Joris.

Une fiction qui ressemble à des réalités qu’on a croisées en réel ou via la presse ou les écrans. Une lecture qui permet de réfléchir, d’ouvrir les yeux. Salutaire.

C’est un livre du Calicot, l’éditeur qui permet de penser autrement que par les écrans !

Lecalicot.fr
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Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com