PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

J’ai lu en 2018

Mes incontournables de l’année 2 018
Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com
Poésie, albums page 20, bandes dessinées page 20, romans page 20

Poésie

aux éditions Voix Tissées
Titre : Quand vous étiez tous les deux
Auteur : Michel Lautru
Illustrations : Martine Morel
Editeur : Voix tissées
Année de parution : 2 018

Des livres de poèmes sur la séparation des parents, c’est rare. Il y a eu au Farfadet bleu L’enfant partagé de Joël Sadeler par exemple. Il y a maintenant ce Lautru. De courts poèmes qui se partagent autour de la ligne de fracture : avant, après.
Un je écrit ces poèmes, un je enfant ; qui constate les différences et les subit. Avec la conscience que cet état de fait le rend à jamais différent lui aussi. Avec la certitude d’aimer chaque parent à fond.
Un livre simple qui rend compte des sentiments. Des images colorées, pleine de tendresse et de déchirures.
Un bel album dès la grande section.
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Titre : Pan ! C’est toi le loup !
Auteur : Michel Lautru
Illustrations : Claudine Loquen
Editeur : Voix tissées
Année de parution : 2 018

Voici un album carré, lumineux et ludique. Michel Lautru ici devient créateur de comptines. Elles ont bon goût en bouche, frétillent de la langue et du sourire. Le mythe du loup actualisé pour des petits (et grands) du 21e siècle. L’auteur ose jouer et joue bien.
Les illustrations de Claudine Loquen, joyeuses comme Chagall, accompagnent avec éclat ces comptines.
On l’aura compris, c’est un livre à mettre dans toutes les écoles, de la maternelle au primaire. Histoire de jouer avec les mots, et avec les pinceaux.
Bravo aux éditions Voix Tissées, dont le travail est aussi réussi qu’humble.

Aux éditions Fédérop
Titre : Voix éclatées (de 14 à 18)
Auteur : Patrick Quillier
Editeur : Fédérop
Année de parution : 2 018

Plusieurs années de travail pour ce livre de poèmes de 400 pages. Une performance ! Le poète chercheur s’est mis à l’écoute des monuments aux morts de nos villages, des noms gravés dessus et qu’on ne lit plus ou à peine du bout des lèvres. Il a cherché à retrouver leur histoire. Il a donné sa voix pour dire, remplir l’espace oublié entre les deux dates.
Les poèmes sont tous en décasyllabes. Épiques ! Il renoue ici avec cette longue tradition poétique de l’oralité, du roulement des mots comme des vagues marines. Le phrasé, le rythme, les images, les émotions s’enchainent en ressacs tantôt violents, tantôts chuchotés. Il remet de la chair sur ces noms, nous donne à entendre quelques fragments éclatés de ce que fut leur vie durant ces années de guerre. Ce que furent leurs derniers jours de jeunesse.
On en a écrit des livres sur la guerre et là, on est au cœur : on est dedans, déchiré, bouleversé ; silencieux.
Les poèmes nous embarquent dans ces années-là. On reste sans voix.
Loin de faire l’apologie de la guerre et des rodomontades viriles, ce livre la dénonce.
Un livre à donner à lire dans les cours d’histoire du 20e siècle bien sûr mais aussi à tous, jeunes et moins jeunes, pour se souvenir, pour ne pas oublier, pour ne pas recommencer. Un livre à garder en mémoire devant les titres des journaux, face à ces guerres lointaines dont les images nous rejoignent entre fromage et poire. Un livre engagé et qui incite à s’engager, aussi modestement que ce soit, à sa juste place quotidienne, contre !
Ce livre vient de se voir décerner le prix Kowalski.

http://federop.free.fr/oeuvres/Voix-eclatees.html

Aux éditions de la Boucherie Littéraire
Titre : La rotation du cuivre
Auteur : Nicolas Gonzales
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 018

Ce livre surprend. C’est souvent le cas à la Boucherie Littéraire. Il surprend et il déroute. Demande plusieurs lectures.
Vivre est un sursis permanent. Les poèmes ici questionnent cette perte possible, cette perte progressive, annoncée, promise. La perte de l’autre mais aussi sa propre perte. Un questionnement sans concession. Au couteau.
Le temps est à l’œuvre. Un temps de chair. Celui qui passé le sommet du corps s’affaire à miner ce qu’il a construit. Le temps qui parfois réserve un choc frontal, direct. Comme une surprise.
On est seul dans son aventure de vivant. Bien seul et les nuits sont parfois blanches. Ou grises. Noires aussi. Le café du matin laisse un goût amer.

J’aimerais bien entendre cet ensemble sur une scène, avec plusieurs voix et quelques images. Ce serait dense et décapant.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

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Titre : Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Auteur : Marlène Tissot
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 018

Le temps de l’insomnie. Cet entre-deux. On y est comme échoué. L’esprit en errance. On se sent désactivé, plutôt incapable. Dur de suivre le rythme du quotidien,
le matin, on habille nos humeurs par pudeur
puis on descend les poubelles, comme tout le monde

On sait bien qu’on ne rêve plus, que les rêves se tiennent hors de portée
les rêves c’est comme le bon pinard
on y prend goût trop facilement
et j’ai pas les moyens
et j’ai pas l’envergure

Difficile d’être soi, d’être dans la ligne dite normale, quand on se perd entre crépuscule et aube, entre soi et l’autre, entre les autres et soi-même. Entre la vie attendue, celle que souhaite offrir la société (métro/boulot/dodo-villa/piscine/apérobarbecue- etc.) et sa vie avec son quotidien, ses hésitations, ses peurs, ses réussites aussi ; sa difficulté à rester dans la norme…
Parfois j’aimerais me voir de dos
me regarder partir
me laisser m’éloigner de moi
trouver enfin un peu de paix

Le poème demeure à l’affût de la faille, cherche la fissure où s’engouffrer avec son imaginaire créatif, hors norme. Alors forcément il traverse la société réelle comme un décalé insaisissable. Il patauge dedans
les temps sont durs pour les rêveurs
surtout ceux qui restent éveillés

Il prévient aussi
tu peux m’apprivoiser
mais n’essaie pas de me dompter

Un livre à lire et à relire, beaucoup de richesses à explorer, à laisser résonner. Un livre à écouter, à plusieurs voix, dans une ambiance de veillée.

http://ekladata.com/89HyjRMUz1PLVU2VFztBUrnDQe4.jpg

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Titre : La poésie, personne n’en lit
Auteur : Marc Guimo
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 018

Le livre commence par un long poème à percuter. A lire à haute voix, pour le plaisir des mots en bouche, du rythme au souffle et pour la justesse des mots sortis de la langue commune pour prendre un autre sens que l’habituel de la tribu. C’est la force de ce livre que de(j’ose le barbarisme) débouer les mots usuels pour leur redonner leur éclat !

On tient en main ce livre et on l’entend nous rire :
un livre dans les mains
de n’importe quel bénéficiare
au-delà de vingt minutes
ça devient un bon coup

Il reviendra au lecteur de regarder sa montre…

Marc Guimo s’interroge tout au long de ces pages sur ce qui le fait écrire. Sur le à quoi ça sert ? Et le qu’en fait-on ? Qu’est-ce qu’un poème, qu’est-ce que la poésie ?
Et toutes ces sortes de choses qui remplissent des thèses universitaires (je n’ai rien contre) et qui là se condensent en quelques lignes, quelques vers, quelques textes, quelques poèmes. Le condensé, cette ferveur, ce savoir « poétique ».
Un livre à offrir à tous ces poètes qui… que… dont…
Un livre à donner à tous ceux qui cherchent à écrire.

http://ekladata.com/lmBqMGQL1THm0JcTYHeti7lkB4Y.jpg

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Titre : Ce qu’on vaut de poussière
Auteur : Félip Costaglioli
Editeur : La Boucherie Littéraire
Année de parution : 2 018

On se croit… On se la pète, comme on dit… Alors que
nus
avec ou sans livre
c’est à nous
troués un peu
encore
de balbutier

On ne fait pas toujours le poids. On est juste présent sur Terre avec ces quelques kilos de chair et ces quelques fulgurances qu’ici en l’occurrence on nomme poème…

Une suite de huit poèmes bleus qui murmurent à l’oreille une présence humaine, ses failles, ses faiblesses, ses désirs ; ce dialogue incessant de la conscience et du corps. La quête de l’autre, cet autre qui donne vie sous sa caresse ; et qui abrase. L’abandon quand l’absence, quand la défaite, quand la mort sape, frappe, émonde.
Huit poèmes bleus à laisser résonner en soi, à écouter et relire tranquillement quand le temps est au blues. Se laisser interroger, ramener à soi dans une paix sans tristesse car on sait à présent avec Félip

pincer dans sa poche
ce qu’on vaut de poussière

http://ekladata.com/jm7M4ZVsaWMHvPI18CBx40DN3o4.jpg

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Chez Donner à Voir
Titre : La baie
Auteur : Jean-François Forestier
Papiers découpés: Pascale Etchecopar
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 018

Ce petit carré commence avec les dernières couleurs de la nuit. On suit ensuite l’avancée de la lumière. Ses hésitations. Son jeu avec les brumes de l’océan. Comme un pêcheur de silence en sa barque solitaire. Le jour avance, les cormorans, les enfants… La vie et ses jeux. La journée passe ainsi, déroule ses promenades, ses travaux jusqu’au crépuscule. L’océan se repose, derniers goélands en vol… La rotation des phares…
Toute une journée, toute une ambiance. Des poèmes pour apprivoiser le rivage. Pour entrer dans le dialogue de cette rencontre.
Les papiers découpés accompagnent cet état de musement dans lequel nous plonge la lecture. De l’espace. Du silence.
Un petit carré qui reconnaîtra tous ceux, toutes celles qui aiment la mer.
*
Titre : Le monde révélé
Auteur : Erwan Gourmelen
Illustrations : Titi Bergèse
Editeur : Donner à Voir

Année de parution : 2 018

Un petit carré tout silencieux, attentif à ce qui touche, à ce qui blesse. Le poème comme consolateur. Comme outil de présence au monde.
Je me contente
de la lumière du jour
Le poème comme outil de fraternité aussi
je parle la langue des hommes

Les gravures de Titi Bergèse, océan au crépuscule avec goélands, dialoguent avec les poèmes. Elles offrent une respiration, comme lorsque le marcheur s’arrête pour laver ses yeux à l’horizon et suivre un vol de goéland.
Un livre plein d’océan, sa rumeur, ses lumières et son silence.
c’est l’heure maintenant d’aimer.
*
Titre : Le jour par la main
Auteur : Jean-Charles Paillet
Illustrations : Hervé Gouzerh
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 018

Un livre comme une piste vers la joie. On pense à Giono. Des poèmes à l’infinitif, comme des conseils pour vivre plus haut que possible. On pense à Guillevic. Des poèmes qui jouent avec le tu, comme des invitations à suivre le chemin que trace le poète. On pense à Victor Hugo.
Un livre tout simple mais qui emmène loin. Qu’est-ce qu’on demande de plus à un petit carré de poésie sinon de nous enlever (on pense aux amoureux) pour aller quêter un supplément de vie.
Les images accompagnent avec sobriété ces mots simples mais denses.

www.donner-a-voir.net/

Aux éditions Fatrasies
Titre : Les saisons de l’âme
Auteur : Yoarashi
Illustrations : Isabelle Frank
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 018

Un livre blanc et noir. Des haïkus et autres formes courtes. Des encres silencieuses. Beaucoup d’espace. On se promène dans ce livre comme dans un jardin japonais. On y respire. On y songe. On se sent présent.
Les haïkus demandent du temps. Aiment à être lus et relus au fil des jours. Les lire tous d’affilée en laissent au bord des yeux, un autre jour, l’humeur du lecteur cueillera un oublié au passage. Le haïku, c’est de la méditation en marche. Chacun parle son langage et le lecteur entend plus ou moins bien son murmure en fonction de son humeur ou de son expérimentation du monde.
Sous l’ombre des branches
La route attend à mes pieds
Je rêve d’ailleurs
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Titre : Excusez-moi de vous déranger
Auteur : Killian Provost
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 018

C’est tout petit. Ça se lit d’une traite. Et puis ça se relit. Et on se dit qu’on le verrait bien sur scène, genre one man show dans un café théatre. On a bien envie d’entendre ce texte. Et puis on se dit qu’on est mal ; qu’il vaudrait peut-être mieux refermer la parenthèse. Parce que ce qui se dit là, ce qu’on entend là, c’est la voix de celui qui entre dans la rame de métro et qui vient demander, quémander ; c’est la voix de celle qui surveille le distributeur de billets dans la rue. C’est le regard de cet autre qu’on essaie de ne pas croiser quand il vient vers nous.
Le regard de cet invisible… Et là, sa voix

https://fatrasieseditions.com/2018/03/17/excusez-moi-de-vous-deranger/

*
Titre : Télescopes
Auteur : Nicolas de Casanove
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017
Un nouvel éditeur est né en 2 017. Fatrasies éditions. Petit tirage soigné, dynamique souriante. Voilà une bonne nouvelle.
Télescopes

Quand un poète veut voir de plus près les étoiles,
il ferme les yeux et il imagine.
Que ressent le scientifique qui ferme les yeux
et imagine ?
L’envie d’inventer le télescope.
Que ressent le poète qui regarde à travers
la lunette du télescope ?
L’envie d’écrire un poème.

Voilà, d’emblée où cet ensemble de courts poèmes se situe. Dans cet espace infini entre science et songe. On y croise un créateur amateur de thé, un photographe montagnard, un pianiste, un épouvantail et d’autres personnages réels ou non. des poèmes ciselés, chaque mot à sa place. Une écriture est là, qui cherche à tout maitriser, qui explore, qui s’invente. Un auteur jeune à suivre : il va nous étonner ; il nous étonne déjà.
Les mystères ne sont pas des blocs indivisibles, qu’il faut admirer en l’état ou ne pas admirer : ils sont des galaxies, et nous sommes des télescopes.

https://www.facebook.com/fatrasieseditions/

aux éditions la Porte
Titre : Quotidiennes pour survivre
Auteur : Georges Cathalo
Editeur : Editions la Porte
Année de parution : 2 018

Une petite plaquette des éditions la Porte, cousue main. 200 exemplaires. L’aspect collector de l’édition poésie. J’aime. Tout petit, tout léger, tout vivant ! Qu’est-ce qu’on demande de plus à un poème ? Des lecteurs. A nous, humbles passeurs de susciter la curiosité…
Ces quotidiennes, un type de poème propre à Gérard Cathalo, ce sont de courts poèmes, octosyllabes bien souvent qui cinglent le réel. C’est salutaire, vivifiant tout en laissant de la perspective et de l’horizon.
J’imaginerai bien un atelier de théâtre se saisir de ces quotidiennes pour survivre pour les mettre en voix, en scène avec, pourquoi pas, quelques photos en décor… J’aime bien rêver.
En attendant, vous pouvez vous procurer cette plaquette aux éditions la Porte, chez Yves Perrine, 215 rue Bodhuin, 02000Laon.

Aux éditions Cheyne
Titre : Le poète et la méchante humeur
Auteur : Jean-Marie Barnaud
Images de Rascal
Editeur : Cheyne éditeur
Année de parution : 2 018

Une ré édition. Autre format. Autres images, Rascal et son art ! Même texte. Toujours le même bonheur de lire cette journée qui commence si mal et qui finalement se termine avec le sourire. Il y a des jours comme cela où tout démarre mal, où l’on se complait dans la grogne jusqu’à ce qu’une éclaircie – un sourire, un nuage fugace- un on ne sait quoi de futile- ramène le jour à sa juste dimension. celle qui relève du miracle.
Si Jean-Marie Barnaud est souvent grave dans son écriture, interrogeant la mort avec opinatreté, il demeure aussi et résolument du côté du bleu, du beau temps qui passe sur lequel on a si peu à dire, et de cet incendie que parfois on voudrait éteindre tant il flambe haut et clair !
Barnaud, à lire et à relire ! Merci à Cheyne de suivre ainsi avec fidélité ses livres.
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Titre : La nuit respire
Auteur : Jean-Pierre Siméon
Illustrations : Yann Bagot
Editeur : Cheyne éditeur
Année de parution : 2 018

Nouvelle édition de cet ensemble de poèmes et avec un nouvel artiste : Yann Bagot dont les bleus poursuivent les souffles de cette nuit.
Un titre qui en est à sa 5e ré édition, à 3 000 exemplaires ce coup ci. Je ne sais pas le total mais c’est suffisamment rare en poésie de mettre au compteur plusieurs milliers pour le signaler. C’est également dû au travail de suivi des éditions Cheyne. Le temps du livre est un temps lent, Manier l’avait dit et sur cette lenteur on peut aller loin. Comme la tortue.

J’ai relu le livre une fois de plus, à voix haute et je me régale. De la douceur, du juste, du songe et de l’humain bien présent. La voix de Jean-Pierre parle à qui veut bien se mettre à l’écoute. Et ce n’est pas l’estampille poèmes pour grandir qui va empêcher les grands de grandir encore un peu à son écoute.

Un livre à mettre entre toutes les mains, petites ou grandes ; dans les bcd et cdi ou médiathèques si ce titre n’y est pas déjà.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/328-la-nuit-respire-nouvelle-edition

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Titre : Qui es-tu ?
Auteur : Simon Martin
Illustrations : Rochegaussen
Editeur : Cheyne
Année de parution : 2 017

Un long poème sur le thème de l’identité. Inconscience ? Courage ? Sérénité ? Simple lecture de l’histoire de la planète et de la vie sur Terre. Si chacun est unique, c’est prouvé ; chacun est issu d’une longue succession de vies uniques… Chacun est aussi vieux que la Terre et aussi neuf qu’une aurore.
C’est sur ce terrain-là que nous entraine Simon Martin, et avec un brio qui trace un beau sourire sur mon visage.
Quelques milliards d’années tiennent dans ce livre. L’histoire, mais aussi le mystère de la rencontre quand on s’ouvre à l’autre et qu’on le reçoit. Le mystère de l’altérité aussi. Sans oublier le mystère d’être soi.
Tout y est. Ça se lit d’une traite et ça se relit pour en goûter la malice, la profondeur et sa légèreté.
Les images s’amusent avec tout cela et donnent un supplément d’humour joyeux au thème.
C’est une réussite.
A donner à lire aux enfants, on est dans la collection Poèmes pour grandir ; mais aussi aux adolescents comme aux plus grands. A tous ceux qui s’interrogent sur l’identité profonde ; celle qui échappe aux papiers administratifs comme aux idées reçues, aux idées toutes faites ; celle qui échappe aux catégorisations, aux communautarismes etc.

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/poemes-pour-grandir/309-qui-es-tu

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Aux éditions Soc et Foc
Titre : Le temps en miettes
Auteur : Chantal Couliou
Peintures de Dar’Jac
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 017

La poésie, dit souvent Alain Freixe, est affaire de perte. Le temps qui passe signe toutes nos pertes. C’est de cela dont s’empare ce livre de Chantal Couliou. Un livre à plusieurs voix. Celle d’une grand-mère qui se voit vieillir. Celle de l’enfant qui la voit vieillir et qui se rend plus ou moins compte que lui aussi vieillit. Celle du petit enfant qui n’a que le bonheur encore pour horizon, un horizon dont il est le centre et le soleil.
Et quand il devient impossible de colmater les brèches on démantèle… La perte avec toutes ses étapes, jusqu’à la mémoire enfuie…
Pas de patos, juste de la tendresse et de la justesse.
Un livre plein de gravité, d’amour et paisible finalement.

https://www.soc-et-foc.com/CAT_detail.php?id=118&PHPSESSID=1256d1a7815baa188d2a5982776cbe36

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Aux éditions Gros Textes
Titre : Les tweets du pinson et autres aléatoires
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Illustrations : Yves Barré
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 018

Le poète jardinier nous invite à suivre ses rangées de mots, ses pensées, ses échappées. Légumes, fleurs, oiseaux et autres petits animaux murmurent à son oreille, tweetent (combien de présidents dans ce jardin ?) et l’écran du papier imprime tout cela. On entend aussi des échos du monde et de son actualité. Des poèmes simples comme aime à en créer Jean-Claude Touzeil, à hauteur d’humain ; une autre de ses lubies : écrire à hauteur d’homme et pour tous les hommes.
normande
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Titre : Chaque instant qui vient est un cœur à prendre
Auteur : Christophe Jubien
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 018

Un petit livre où je me sens bien. Chaque poème est une réussite. Toute simple. Toute humble. Pleine de saudade. Des poèmes attentifs aux petites riens, aux petits instants, aux petits clins d’œil. A ce qui importe réellement.
On est loin des poèmes de combat, on est loin des jeux de langue, on est loin ; on est au plus près de l’émotion, au plus juste du silence, immergé dans ce qui nous rend homme.
Une sorte de viatique pour l’essentiel, pour se recentrer, se rassurer pour continuer d’avancer, de grandir ; de vieillir. Car il s’agit bien de cela dans l’écriture de ces poèmes : retrouver le gout de l’avant après le décès de la mère. Retrouver le goût du chocolat, du rire et de la transmission. Les enfants attendent tout de leurs parents et on est tour à tour l’un et l’autre, même si, dans notre ombre seul demeure l’enfant.
Un petit bijou d’humanité.

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Titre : Maîtresse Poet Poet
Auteur : Cathy KO
Illustrations : Geneviève Genicot
Editeur : Editions Gros Textes
Année de parution : 2 017

On entre dans ce livre et on se dit c’est léger. On tourne les pages et on se dit quand même. On en tourne encore et on se dit Vraiment.
Oui Vraiment, c’est une réussite. On est dans le regard essentiel que devrait (et n’a pas toujours) l’école sur l’enfant. Bien sûr, c’est un peu (beaucoup) exagéré, humour oblige bien sûr. Mais voilà des poèmes qui à leur manière de ne pas en avoir l’air expliquent que si, en deux mots, on regarde l’élève comme un être humain, ça change la donne.
Un livre plein d’humour, de bon sens, d’amour et de respect. A donner à lire à tous les enseignants et à leurs élèves. Dans une classe, on vit ensemble alors on peut lire les mêmes livres, quand ils sont accessibles à tous. C’est le cas ici.
Lire et relire.

http://grostextes.over-blog.com/

Prix Sadeler 2018

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Titre : J’ai besoin des voix humaines
Auteur : Jacqueline Held
Editeur : Gros textes
Année de parution : 2 017

On retrouve ici une Jacqueline Held à la poésie engagée. Des poèmes réactions face à l’actualité, son inhumanité. Une voix, des poèmes pour dire l’inacceptable, l’indignation et pour appeler à un destin plus grand pour l’humain. Ça ne change pas grand-chose, mais c’est dit. c’est toute la différence. Si aujourd’hui, comme hier, les poètes, les artistes, les journalistes, se taisent… qui pourra savoir ce qui se passe dans l’ombre, loin… qui pourra connaitre la détresse du monde…
Grâce à ses petites voix, ses murmures parfois, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. certains agissent en direct, d’autres de plus loin. L’essentiel est de défendre, chacun à sa place et avec ses moyens, cette idée que l’homme est plus grand que lui-même.
Alors écoutons ce nouveau petit livre de poèmes de Jacqueline Held, miroir de nos journaux ; écoutons-le à la suite de ses mots sauvages pour les sans-voix (Gros Textes 2 005) ; mots sauvages d’un temps sauvage (Gros Textes 2 008) et Le chant des Invisibles (Corps Puce 2 010). Tous chroniqués ici et chroniques disponibles suffit de demander.

Un ami me parle
Du monde et de l’homme
De tout et de rien.
D’incroyables oiseaux migrateurs
Grues de Mandchourie dans la zone
La plus militarisée du monde.
Me parle d’enfants errant par les routes
Et d’aïeuls, parents, enfants de migrants,
Trois générations ruinées, sacrifiées.
Me parle d’humains dans des containers.
D’un figuier tranquille dans la vallée de la Roya.
Me parle de vie, me parle de mort.
Me parle du Bien, me parle du Mal.
Me parle de fugitifs recueillis en jeep,
Hébergés, nourris, avant de pouvoir
Passer la frontière.
Me parle, me parle
D’un Juste au tribunal –Juste parmi tant d’autres-
Accusé d’avoir aidé, soulagé
D’avoir protégé et d’avoir aimé

Aux éditions Voix d’encres
Titre : Maximes de nulle part pour personne
Auteur : Perrin Langda
Illustrations : Eric Demelis
Editeur : Voix d’encre
Année de parution : 2 017

Voilà un livre dont j’aime la démarche pour l’avoir utilisée quelques fois : l’artiste devance l’auteur ! L’écrivain, le poète ici, écrit à partir des dessins d’Eric Demelis. De petites vignettes, des personnages, à l’encre noire. Perrin Langda les contemple, les écoute, leur donne mots. Voix. Des poèmes courts, des pavés de prose. Ça joue, ça rebondit, ça invente et sourit au lecteur l’air de dire « Tu vois, ça pétille comme champagne sur la langue mais ça tient debout aussi ».
J’adore cet humour, ce décalage et ce côté un peu British. On pense à des affinités avec les Held, Claude et Jacqueline, avec le Touzeil. On ne se prend pas au sérieux mais ça bosse avec le sérieux sourire des enfants.

C’est joyeux. Drôle parfois. Emouvant, aussi. Varié. Plein de surprises, l’imaginaire aux commandes ! Vivant ! On en re demande !

http://www.voix-dencre.net/spip.php?article336

*
Aux éditions Henry
Titre : Coup de balai autour d’une pâquerette
Auteur : Christophe Jubien
Editeur : Editions Henry
Année de parution : 2 018

Lire Christophe Jubien c’est entrer dans une liberté. Celle du flâneur, attentif aux autres, capable de se dérouter pour un bout de chemin partagé avec le
vieil aveugle
de la rue du Puits d’Or

c’est chaque jour tenter au moins quelques instants de
Faire un avec l’Univers

Il le reconnait lui-même
Depuis que je suis né
je ne fais que des choses pauvres

et des petits livrets de poèmes comme celui-ci qui accompagnent leurs lecteurs sur ces sentiers de traverse où l’on prend le temps d’être surpris par un bouton d’or, un cycliste et autre petite joie qui passe, gratuite et qui traverse l’attentif.

http://www.editionshenry.com/index.php?id_article=506&PHPSESSID=6370767048643f135c5c4bd6a41d4597

Albums
Titre : Des lucioles
Auteur : Georgues Didi-Huberman
Illustrations : Amélie Jackowski
Editeur : Linitiale
Année de parution : 2 017

On connait les carrés de Linitiale. Ils se déclinent en trois collections dont philo et citoyenneté. voici, un petit carré pour nourrir les ateliers petits philosophes.
Quand une artiste s’empare de quelques mots d’un philosophe pour les partager avec les plus jeunes lecteurs dans la magie nourricière de l’image, cela donne ce petit carré. Un livre qui a pour ambition de contribuer à rallumer les étoiles, de donner sa part de colibri et d’entretenir l’espérance. Une espérance nourrie d’humanité. C’est parce qu’on est homme et qu’on a un jour apprivoisé le feu qu’on est capable au cœur de la nuit, d’oser la danse d’une luciole.
Un livre à partager aux enfants, en famille, en bcd et partout.

https://fr.calameo.com/read/00135242789caa34f2089

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Titre : Le radeau de Géricault
Auteur : Bruno Pilorget
Illustrations : François Place
Editeur : Canopé/l’élan vert
Année de parution : 2 018

Toujours dans cette belle collection, le regard croisé d’un auteur et d’un artiste autour d’un autre artiste. Ici, le peintre Géricault et son fameux radeau de la méduse.
Un récit décalé par rapport au tableau, des images qui emportent au loin. Cela donne une autre vision, plus intime, de l’œuvre. C’est juste. J’aime.
Un livre et une collection à installer dans toutes les bcd/cdi et autres médiathèques si ce n’est fait.

http://www.elanvert.fr/art/pont-des-arts/article/le-radeau-de-gericault

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Titre : C’est ainsi que nous habitons le monde
Auteur : Alain Serres
Illustrations : Nathalie Novi
Editeur : Rue du Monde
Année de parution : 2 018

Un grand album où se côtoient des planches botaniques du 19e siècle, les tableaux de Nathalie Novi. Les deux dans l’accompagnement d’un texte que la découverte des planches a suscité, prévient l’éditeur. Un texte qui vient nous murmurer à l’oreille quelques mots de la présence au monde.
Vivre à la dimension de ses cinq sens et entrer, participer à ce présent du quotidien.
Nous sommes tous à bord d’une même Terre et tous vivants. Tous frères de vie. Une idée que de nombreuses voies ont explorée au fil du temps et des espaces. Une idée que vient confirmer la génétique aujourd’hui. Nous sommes partie prenante d’un tout et ce tout vient nous traverser.
Il reste à chacun à arpenter cette voie, à vivre en accord avec la Terre et les autres vies que l’on côtoie, vies humaines et toutes les autres.
Un beau récit, bien prenant dans son aventure personnelle et qui suscite autant de méditations, de rêves et de réflexions.
Une réussite !
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Titre : Les Riches Heures de Jacominus Gainsgorough
Auteur : Rébecca Dautremer
Illustrations : Rébecca Dautremer
Editeur : Sarbacane
Année de parution : 2 018

Qu’est-ce qu’une vie ? On vient au monde, plus ou moins par hasard. On grandit. On fait des choses ou on ne les fait pas. On vieillit. On s’en va. Quel bilan ? Quel souvenir ? On ne fait que passer et chaque histoire est unique. Et chaque histoire s’inscrit dans ce présent continu du monde.
Jacominus n’a qu’une vie. Comme nous. On le suit page après page, époque après époque. On grandit avec lui. On voyage avec lui. On le suit dans ses choix, dans son aventure d’enfant, de jeune homme, de père et de vieillard. On le quitte en tournant une dernière page et en contemplant un paysage d’amitiés, de liens héréditaires.
Une vie qu’il a aimée. Il le dit lui-même. Avec ses variations d’intensité, de couleurs.
Une vie comme la nôtre, ou presque. Si peu de différences au fond entre nos vies, on ne fait que passer… Et peu importe finalement le barreau de l’échelle sociale ou le nombre de zéro du compte en banque.
Un album dont le texte et les tableaux forment un tout empli d’espace et de silence. De respect aussi. Un album pour rêver, réfléchir et discuter ensemble sur ce qui nous traverse tous : la vie.

http://editions-sarbacane.com/les-riches-heures-de-jacominus-gainsborough-2/

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Titre : Le marquis de la Baleine
Auteur : François Place
Illustrations : François Place
Editeur : Gallimard jeunesse
Année de parution : 2 018

Cette fois-ci François Place nous entraine au théatre. Dans une comédie tragique en six actes, trois personnages et une baleine. Un trio : un couple âgé, et leur neveu tout frais sorti de ses études et plein d’idées grandioses, de certitudes et d’ambition. Il va réussir à entrainer oncle et tante dans un pari fou, audacieux ; rêver plus grand que possible. Trop grand. Je n’en dirai pas plus pour vous garder la surprise.
C’est juste géant. La taille de l’album, l’ampleur des dessins et le côté philosophique de cette plongée dans l’absurde. Un absurde qui semble parfois couler sous les pages de nos journaux. Comme si nos politiciens, politiciennes étaient capables d’idées, de projets aussi saugrenus que celui du jeune Sigismond.
Du théâtre, oui. De l’humour, bien sûr. De l’inventivité créatrice, toujours. Avec en second degré, cette critique douce amère du contemporain. Un régal. Reste à le monter sur scène ; quel collège, quelle école ou quelle troupe s’y risquera ?

http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Albums-Junior/Le-Marquis-de-la-Baleine

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Titre : Bonnes nouvelles du monde
Auteur : Alain Serres
Illustrations : Nathalie Novi
Editeur : Rue du monde
Année de parution : 2 017

Les journaux… Chaque matin, la radio. Chaque jour, le journal. Chaque soir, le journal télévisé. Les documentaires. Dans la voiture, sur le téléphone, sur écran, sur papier. Tous ces journalistes, reporters qui sillonnent la planète pour nous dire comment elle va, donner son pouls, informer… Au risque de leur vie parfois.
Nous entendons des nouvelles à trembler, à pleurer, à frémir mais parfois aussi à rêver, à sourire, à aimer. Les nouvelles du monde ne sont pas toutes en Une des journaux, surtout les bonnes mais ne les oublions pas celles-là.
C’est un colibri qui dans cet album où les journalistes sont des oiseaux, qui donne cet éclairage et permet de garder l’espoir en l’homme. Un colibri, vous voyez ce que veut dire Alain Serres…
Les images de Nathalie Novi, peintes sur des journaux du monde entier, donnent de la profondeur, de la couleur et de l’humanité à ce texte à caractère philosophique.
Une superbe réussite à mettre dans toutes les bcd et cdi ! De toute urgence !

https://www.ricochet-jeunes.org/livres/bonnes-nouvelles-du-monde

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Titre : Merci Miyuki !
Auteur : Roxane Marie Galliez
Illustrations : Seng Soun Ratanavanh
Editeur : De la Martinière
Année de parution : 2 018

Une petite merveille de l’automne. Un grand format. Des double pages où texte et images s’accordent. Je me suis promené avec plaisir et délicatesse dans ces pages jardins. Ces pages tranquilles. Un moment de pause. Une respiration.
J’y ai suivi un grand père et sa petite fille Miyuki. Elle veut jouer bien sûr. Le grand père souhaite un peu de tranquillité pour méditer. Qu’importe, Miyuki manifeste le désir d’apprendre à méditer.
Une leçon de savoir être et de savoir vivre.
Un livre qui permet d’appréhender sans grand discours ce que sous entend le mot méditation. Une merveille, je le répète.

http://www.lamartinierejeunesse.fr/ouvrage/merci-miyuki-roxane-marie-galliez/9782732485034

Bandes dessinées
Titre : Visions of Basquiat
Auteur : Yves Budin
Editeur : Les carnets du Dessert de Lune
Année de parution : 2 018

Une Bd sur la vie du peintre Basquiat. Tout y est. Sans concession. Un trait noir. Parfois tendre. Parfois violent. Comme la vie de ce jeune homme. Des mots qui claquent. Comme des coups de pinceaux ou de bombes sur les murs des rues, sur les pages.
On se tient là, dans la vibration du créateur. Tout palpitant.
Une réussite à offrir à tous ceux qui aiment la BD, et bien sûr à ceux que la trajectoire de comète de Basquiat interpelle.

https://www.dessertdelune.be

Roman
Titre : Quand vient la vague
Auteurs : Manon fargetton et Jean Claude tixier
éditeur : Rageot
Un livre à deux voix c’est toujours une aventure. Celle-ci est heureuse. Deux vies en parallèle. Une sœur aînée, son frère. Peu d’écart d’âge mais comme souvent chacun suit sa vie sans trop s’intéresser à l’autre. L’autre fait partie du décor comme les parents, le lycée, le quotidien.
Ce décor s’effondre. Le lecteur va suivre alors les deux adolescents dans leur opération survie puis reconstruction.
C’est prenant. Le livre tient aux mains, l’émotion suit et on s’attache aux personnages qu’on accompagne ainsi et qui viennent s’intégrer à notre quotidien.
Une belle réussite à lire des dix ans et sans limite.

http://www.rageot.fr/

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Titre : Caballero
Auteur : Lénia Major
Editeur : Samir
Année de parution : 2 016
Un roman positif. Comment donner le gout de la vie à un ado engoncé dans son adolescence à tourner en rond.
Donner la possibilité à la jeunesse de s’engager, de s’investir, de donner sens à ses jours… C’est vraiment un des moyens d’avancer.
Une recette qu’on pourrait tous mettre en route, proposer aux jeunes autre chose…
D’ailleurs, le héros Genaro est un fin pâtissier. C’est en mettant en avant ses capacités qu’il va découvrir qu’il est bon à quelque chose, digne d’être aimé.
Dans ce roman, on croise des personnages qui sortent du commun tout en étant simplement quotidiens. Des chiens, des lévriers pour être exact. Beaucoup d’humanité. Bref à mettre dans toutes les mains de 14 à 104 ans.

prix Paul Langevin 2 018
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Uppercut
Ahmed kalouaz
Rouergue

Un ado. Son héros, c’est le boxeur américain… condamné en sans réelle autre preuve que la couleur noire de sa peau, un possible champion du monde écarté des rings. En fond sonore bob Dylan et son hurricane. L’internat, ultime tentative pour calmer la rage du garçon, ses poings de jeune français à la peau noire. Une fugue. Avec un pote d’Internet. Un chef d’établissement humain qui propose un stage dans un centre équestre. Le racisme ordinaire au fil des pages. Comme une couche de mots gluants qu’on colporte sans réfléchir, celui des expressions de la langue, des clichés. Celui qui recouvre le bon sens et l’humanité du patron.
Un livre qui permet de prendre conscience des différents points de vue et qui propose au lecteur de réfléchir à sa propre position face aux différences. A ce dont il est conscient comme à ce qu’il véhicule sans le vouloir.

A donner à lire des 12 ans et sans limite.
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Titre : Sombres étoiles
Auteur : Malorie Blackman
Editeur : Milan
Année de parution : 2 018

On est dans l’espace. à bord d’un vaisseau presque fantôme. Deux jumeaux, un garçon, une fille ; des survivants. Un ordinateur central. Et puis sur une petite planète déserte des fuyards : ils ont quitté leur vie d’esclave pour tenter de vivre. L’histoire commence au moment où les jumeaux vont sauver une partie du groupe de la mort.
C’est dense et riche. De l’amour, des amitiés, des ambitions, des erreurs. Une volonté de liberté. Un livre qui m’a pris par la main et que je n’ai pas lâché. J’ai aimé cette aventure autant pour son aspect SF que pour son humanité.

https://www.editionsmilan.com/livres-jeunesse/fiction/romans-ados/sombres-etoiles

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Titre : Des feuilles et des branches
Auteur : Julia Billet
Illustrations : Manon Ficus
Editeur : Le Calicot
Année de parution : 2 018

La probabilité que ces deux-là se rencontrent étaient plus que minime. La guerre s’est mêlée de la vie de Talha et il a marché jusqu’à Ilana. Il a mis le temps. Le temps de venir de Syrie jusqu’en France en passant par la Turquie, la Grèce etc. Ces deux-là ne parlent pas. Lui, parce qu’il apprend le français et ne dispose pas des mots, pas encore. L’arabe ou l’anglais, Illana ne les comprend pas. Alors ils dessinent sur des cahiers. Ils se parlent en crayon, en regard, en main.
La façon dont Manon Ficus rend les dessins des deux adolescents me fascine. Le jeu n’était pas évident, il est rendu limpide. Bravo.
Encore un livre sur les migrants, direz-vous… Oui, bien sûr, comment appeler autrement le voyage de Talha ? Non, pas vraiment : plutôt le récit d’une rencontre entre deux jeunes gens. Une aventure humaine. Banale : la naissance d’un amour, ça arrive à peu près à tout le monde. Même chez les blessés de la vie. On vient de loin parfois pour enfin se poser sur ces rivages là.
Une magnifique réussite que ce livre édité au Calicot.

http://lecalicot.fr/

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Titre : Boys don’t cry
Auteur : Malorie Blackman
Editeur : Milan
Année de parution : 2 011

Une famille comme une autre. Mère décédée, cancer. Reste un père qui fait comme tout parent ce qu’il peut et souvent davantage. Deux garçons, l’ainé réussit brillamnet ses études et se prépare à sa première rentrée universitaire. Il rêve de devenir journaliste, grand reporter et de parcourir le monde. Son frère, un ou deux ans de moins, semble planer sur la vie. Il rêve de devenir acteur et n’imagine rien d’autre.
Seulement voilà, la vie n’est pas toujours en ligne droite. Elle offre des pas de côté. Et ces deux frères vont en recevoir un chacun. Feront-ils face l’un et l’autre ? La famille gardera-t-elle son unité dans ce tourbillon ?

J’ai aimé ce livre. Il m’a pris et je ne l’ai pas lâché.

https://www.editionsmilan.com/livres-jeunesse/fiction/romans-ados/boys-dont-cry

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Titre : Celle qui venait des plaines
Auteur : Charlotte Bousquet
Editeur : Gulf Stream
Année de parution : 2 017

Encore le Far West ? Oui. Je ne m’en lasse pas. Surtout quand il est bon, c’est-à-dire quand les pages m’emportent dans leurs brises ou leurs coups de vent. Sentiment subjectif bien sûr et alors ?
J’aime cette fille, cette femme (puisqu’on la suit de l’enfance à la vieillesse) qui vient des plaines et traverse les pages de ce récit à plusieurs voix.
Un jeune homme, blanc, qui se rêve journaliste, écrivain… Qui cherche cette femme, je ne dirai pas ici pourquoi mais il lui est impératif de la trouver. Il a tout juste vingt ans, plein de certitudes et de désirs, de rêves. Un gars normal.
Et il y a elle. Cette indienne métisse. Son histoire. Sa manière à elle de vivre cette histoire. Sans rien lâcher comme on dit aujourd’hui.
Il y a un vieux livre aussi. Livre de chevet du garçon. Son père en est un des héros. Elle aussi…
il y a les autres personnages, plus que de simples faire valoir, ils ont de l’épaisseur et tiennent solidement la route.
On y croise Buffalo Bill, et tout ce Far West… Celui qui nous fait rêver en Europe, celui qui n’était pas facile à survivre sur place.
Il y a un cheval blanc…

Un livre à conseiller à partir de 13/14 ans je dirai mais il n’y a pas de limite pour un bon lecteur curieux plus jeune, ou pour un plus expérimenté.

http://www.gulfstream.fr/livre-408-celle-qui-venait-des-plaines.html

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Titre : Le jazz de la vie
Auteur : Sara Lövestam
Editeur : gallimard jeunesse
Année de parution : 2 018

superbe récit. Une jeune fille prise harcelée au collège arrive à suivre sa voie sans se laisser abattre : « je ne suis pas ce qu’elles disent de moi ». Elle découvre la musique, accompagne à la basse les disques de jazz qu’elle a ; se met à apprendre la clarinette en autodidacte et surtout rencontre un vieux pensionnaire de la maison de retraite, amateur de jazz aussi.
On retrouve sur le net Povel Ramel, le musicien qui va permettre la rencontre entre les deux personnages. Fiction et réalité se mêlent ainsi, la deuxième guerre mondiale est présente aussi, le 21e siècle également.

Ce vieux musicien va lui compléter son éducation musicale, elle va illuminer ses jours de sa présence. Une amitié intergénérationnelle se déroule devant nos yeux au fil des pages. C’est succulent, musical et profondément humain.
Un livre à mettre d’urgence dans les mains de nos ados !

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Grand-format-litterature/Romans-Ado/Le-jazz-de-la-vie

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Titre : Le suivant sur la liste
Auteur : Manon Fargetton
Editeur : Rageot
Année de parution : 2 017

Je me suis régalé à suivre les aventures de ces ados. Ils ont quelque chose de très spécial. Ce qui les met en danger au moment où commence le livre.
On va donc retrouver ici des manipulations génétiques, de l’intelligence artificielle, de l’amitié, de l’amour… mais aussi des jalousies, le pouvoir de l’argent, l’envie de dominer le monde…
C’est extremement dense et rapide. ça fonctionne et ça prend le lecteur aux yeux. Je me suis régalé.

Je découvre petit à petit les univers de Manon Fargetton et ce sont des univers que j’apprécie bien. Je vais donc poursuivre la découverte.

http://www.rageot.fr/livres/le-suivant-sur-la-liste/

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Titre : Nola Forever
Auteur : Fabien Fernandez
Editeur : Gulf Stream éditeur
Année de parution : 2 018

Superbe récit à multiples lectures, multiples narrateurs. Par où commencer et comment sans dévoiler les richesses de ce titre ? Sans révéler l’histoire et les aventures des héros.

Qu’est-ce qu’on peut dire alors ?

Une histoire d’amour entre deux jeunes gens. Dans la Nouvelle Orléans aujourd’hui. Avec vidéo, téléphones, pègre…Roméo et Juliette, version moderne avec en filigrane la pièce de Shakespeare. Un régal. Le dramaturge n’est pas la seule référence littéraire dans le livre, on a de quoi explorer d’autres auteurs cités en tête de chapitre, si on est curieux.

Beaucoup de références musicales, New Orléans oblige. Ma prochaine lecture : écouter tous les morceaux référencés dans le texte.

Des recettes de cuisine aussi. On a de quoi s’offrir au choix un parcours découverte gustative de la ville (Fabien Fernandez est un fan de la Nouvelle Orléans) ou bien at home un repas signé Roméo (Il est cuisinier de métier)

Une enquête policière doublée d’une journaliste qui joue au détective amateur pour comprendre ce qui s’est passée entre les amoureux qui ont disparu.

Différents narrateurs également pour suivre cette aventure, différents styles. Ces narrateurs interrogent la question de leur identité comme le livre questionne la limite entre fiction et réalité. Qui est qui et toutes ces sortes de qui… ? Où commence la fiction, où est la réalité ; quelle réalité ? Quelle fiction.

Un livre à plusieurs étages, j’aime bien les mille feuilles !
Bref, un livre à découvrir.

http://www.gulfstream.fr/livre-460-nola-forever.html

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Titre : Envole-moi
Auteur : Annelise Heurtier
Editeur : Casterman
Année de parution : 2 017

Très belle histoire d’amour entre deux ados de quinze ans. Ils s’aiment et le reste n’a pas d’importance. Sauf que le regard des autres parfois… Ou bien les difficultés de la vie… Mais ils s’aiment et s’affranchissent de tout ce qui pourrait peser sur leur amour. Ils ont des ailes. Ils s’en servent.

En dire plus effacerait la surprise qu’est ce livre. La surprise que j’ai eu au fil des pages et celles qu’ils s’offrent l’un à l’autre.

J’ai aimé ce livre. Il m’a pris et je ne l’ai pas lâché.

https://www.casterman.com/Jeunesse/Catalogue/romans-grand-format/envole-moi

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Titre : New earth project
Auteur : David Moitet
Editeur : Didier Jeunesse
Année de parution : 2 017

2 115. La Terre est une fournaise. Hausse du niveau des mers. Vie sous dôme pour les privilégiés. En bidonville pour les autres.
Un vaste projet voit le jour : conduire des millions de gens sur une Nouvelle Terre. Les hommes ont toujours été de l’avant, toujours exploré. Rien de plus normal.
Quelques adolescents sont les héros de cette histoire : un Intouchable, privilégié, fils de celui qui organise les voyages et une jeune fille des bidonvilles. Leurs vies vont se croiser. Et le monde va changer !
Histoire futuriste, histoire humaine. Un régal !

http://www.didier-jeunesse.com/?s=new+earth+project&sentence=true&exact=true

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Titre : Les mains dans la terre
Auteur : Cathy Ytak
Editeur : le muscadier
Année de parution : 2 016

Certaines vies sont lancées sur rails. Celle de Mathias en est. Famille aisée, entreprise du père en héritage à venir, brillantes études ; tout roule pour ce jeune homme. Tout, sauf la joie de vivre ; ce grain de folie, cher à Romain Gary, non répertorié au CAC 40.
Pour ses 18 ans, les parents organisent un grand voyage pour Mathias. Au Brésil. Ou plutôt pour être exact dans un de ces centre de vacances grand luxe qu’on peut retrouver un peu partout aussi bien que n’importe où dans le monde. Un endroit clos sur lui-même, murs d’enceinte et caméras de protection.
Que se passe-t-il lorsqu’on voit une porte cachée ? Certains l’oublient aussitôt, peur du risque, de l’inconnu. D’autres la dérobent et deviennent explorateurs. Mathias est de ceux-là, bien entouré par un des employés de l’hôtel. Ce qu’il découvre alors du monde le retourne.
Cependant il continue à faire semblant avec sa famille jusqu’au jour où, en France, une rencontre avec un artisan va tout exploser.
Ce roman est un beau roman d’initiation. Chacun est responsable de sa vie. Un souffle de liberté. Un regard respectueux. Des mains pour caresser la terre, les jours et l’amour.
Collège et au-delà, sans modération.

https://www.muscadier.fr/catalogue/les-mains-dans-la-terre/

Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com