PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

J’ai lu en 2017

Incontournables 2 017
www.patrick-joquel.com

Poésie

Titre : Le temps en miettes
Auteur : Chantal Couliou
Peintures de Dar’Jac
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 017

La poésie, dit souvent Alain Freixe, est affaire de perte. Le temps qui passe signe toutes nos pertes. C’est de cela dont s’empare ce livre de Chantal Couliou. Un livre à plusieurs voix. Celle d’une grand-mère qui se voit vieillir. Celle de l’enfant qui la voit vieillir et qui se rend plus ou moins compte que lui aussi vieillit. Celle du petit enfant qui n’a que le bonheur encore pour horizon, un horizon dont il est le centre et le soleil.
Et quand il devient impossible de colmater les brèches on démantèle… La perte avec toutes ses étapes, jusqu’à la mémoire enfuie…
Pas de patos, juste de la tendresse et de la justesse.
Un livre plein de gravité, d’amour et paisible finalement.

https://www.soc-et-foc.com/CAT_detail.php?id=118&PHPSESSID=1256d1a7815baa188d2a5982776cbe36

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Titre : Maximes de nulle part pour personne
Auteur : Perrin Langda
Illustrations : Eric Demelis
Editeur : Voix d’encre
Année de parution : 2 017

Voilà un livre dont j’aime la démarche pour l’avoir utilisée quelques fois : l’artiste devance l’auteur ! L’écrivain, le poète ici, écrit à partir des dessins d’Eric Demelis. De petites vignettes, des personnages, à l’encre noire. Perrin Langda les contemple, les écoute, leur donne mots. Voix. Des poèmes courts, des pavés de prose. Ça joue, ça rebondit, ça invente et sourit au lecteur l’air de dire « Tu vois, ça pétille comme champagne sur la langue mais ça tient debout aussi ».
J’adore cet humour, ce décalage et ce côté un peu British. On pense à des affinités avec les Held, Claude et Jacqueline, avec le Touzeil. On ne se prend pas au sérieux mais ça bosse avec le sérieux sourire des enfants.

C’est joyeux. Drôle parfois. Emouvant, aussi. Varié. Plein de surprises, l’imaginaire aux commandes ! Vivant ! On en re demande !

http://www.voix-dencre.net/spip.php?article336

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Titre : EFFEUILLAGE
Auteur : Alain Chiche
Editeur : Gros Textes
Année de parution : 2 017

Premier recueil poétique d’Alain Chiche que l’on connait déjà pour ses livres jeunesse au Seuil et ailleurs. Un livre qu’il a illustré aussi et qui éclate de couleurs joyeuses. Un livre joyeux oui. Des comptines, des poèmes plutôt courts mais pas tous. Des textes qui donneront bien du plaisir aux enfants et à leurs maitresses et maitres. Des poèmes générateurs d’ateliers d’écriture, des images qui ouvriront l’imaginaire des jeunes créateurs. Un livre riche et agréable à mettre dans toutes les classes, dès la maternelle.

http://grostextes.over-blog.com/

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Titre : Télescopes
Auteur : Nicolas de Casanove
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017
Un nouvel éditeur est né en 2 017. Fatrasies éditions. Petit tirage soigné, dynamique souriante. Voilà une bonne nouvelle.
Télescopes

Quand un poète veut voir de plus près les étoiles,
il ferme les yeux et il imagine.
Que ressent le scientifique qui ferme les yeux
et imagine ?
L’envie d’inventer le télescope.
Que ressent le poète qui regarde à travers
la lunette du télescope ?
L’envie d’écrire un poème.

Voilà, d’emblée où cet ensemble de courts poèmes se situe. Dans cet espace infini entre science et songe. On y croise un créateur amateur de thé, un photographe montagnard, un pianiste, un épouvantail et d’autres personnages réels ou non. des poèmes ciselés, chaque mot à sa place. Une écriture est là, qui cherche à tout maitriser, qui explore, qui s’invente. Un auteur jeune à suivre : il va nous étonner ; il nous étonne déjà.
Les mystères ne sont pas des blocs indivisibles, qu’il faut admirer en l’état ou ne pas admirer : ils sont des galaxies, et nous sommes des télescopes.

https://www.facebook.com/fatrasieseditions/

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Titre : Le contredit des villes
Auteur : Killian Provost
Editeur : Fatrasies éditions
Année de parution : 2 017

Un recueil de poèmes en sept stations. Un héros Orphée moderne dans les gueules de la ville cherche son Eurydice. Des poèmes, un peu comme un récit qu’on suivrait en sautant de cailloux en rochers à travers le lit d’un torrent. Avec de multiples surprises, trésors de langage et paysages urbains comme rarement croisés en poésie. Un livre qu’on pose une fois lu en se disant « tiens, je vais le relire plus lentement dans un moment ».
Un livre qu’on rêverait d’entendre sur scène, avec quelques disants, un décor de photo et quelques gestes…

Station 1 :
Toutes les fenêtres éclaiorées
Sur la face d’un immeuble,
Toutes,
Se croient nécessaire faisceau
De la lumière éternelle.

Le voyageur, dans son train qui défile
A travers l’intestin des banlieues,
Ne les remarque pas.

Et pourtant, elles,
Elles toutes,
Se savent le reflet
De l’unique lumière.

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Station 3
Il faut beaucoup s’appliquer pour qu’aucune tête, plus aucune, dans l’intestin des métropoles où d’immenses étrons de fer transportent des cœurs battants, il faut beaucoup s’appliquer et s’appliquer encore pour qu’aucune de ces têtes au visage tiré ne vous paraisse humaine.

https://fatrasieseditions.com/

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Titre : Sacrés
Auteur : Jean-Claude Touzeil
Images de Pierre Rosin
Editeur : Editions de la Lune bleue
Année de parution : 2 015
Un de ces tirages confidentiels comme savent les inventer les petits éditeurs de poésie. 50 exemplaires numérotés. Quelques pages. Juste histoire de permettre à quelques poèmes d’exister, à un auteur de partager son travail et de quitter son jardin pour aller à la rencontre.
La poésie c’est aussi cet élan vers l’autre et les réalisations de ces petits éditeurs de poésie sont au final plus importantes, plus humaines que confidentielles.
On retrouve ici les arbres chers à Jean-Claude Touzeil. Le vieux poirier (qu’on retrouve au catalogue du Chat qui tousse et dans nos mémoires), l’épicéa de Moravie, le sureau qui soulève le monde, le houx, les peupliers balancés par les vents océaniques et les gingkos dont celui qui est né sur mon balcon d’une graine cueillie sur la Croisette…
C’est tout simple, bien vivant et à partager sans modération !

http://editionsws.cluster011.ovh.net/?s=sacr%C3%A9s&submit=Recherche

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Titre : Yves Artufel
Auteur ; collectif
Editeur : éditions du Petit Véhicule
Année de parution : 2 017

Un petit cahier d’art dans la collection chiendents, ça lui va bien à Yves. Le chiendent a tout son respect et accompagne son portrait chinois.
Poète, éditeur aux éditions Gros Textes, Yves Artufel est un quelqu’un de très possible. Quelqu’un que j’aime aller rencontrer à Fontfourane même si c’est devenu plus rare ces derniers temps (vivement plus de temps libre pour les amis).
Des textes d’amis donc, de poètes pour la plupart, pour accompagner cette tentative de portrait sous facettes multiples. Une petite anthologie de textes et aphorismes parus ou inédits.
Quelque chose de simple, qui vibre bien et qui va bien à notre ami.

http://www.lepetitvehicule.com

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Titre : Le fileur de voyelles
Auteur : Jacqueline Persini
Illustrations : Marc Bergère
Editeur : Soc et Foc
Année de parution : 2 017

Un magnifique livre accordéon ! Lumineux : les encres de Marc Bergère, légères ouvrent un chemin qu’on suit à la trace. Les courts poèmes dédiés aux langages des hommes et plus particulièrement aux voyelles de la langue française ouvrent également de petits sentiers de voyage méditatifs et plein de surprises pour ceux qui lisent les yeux grands ouverts. On se laisse bercer dans cette ambiance joyeuse. Comme tout accordéon, il gagnera à être déplié sur une étagère. Muette invitation à la contemplation sereine du temps et des mots qui passent.
Les éditions Soc et Foc continuent leur exploration de la création contemporaine avec la qualité qu’on leur connait depuis longtemps !

http://Soc-et-foc.com

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Titre : De fleurs et d’écailles
Auteur : Cédric Sueur
Illustrations : Sachiko Mura
Editeur : éditions du Jasmin
Année de parution : 2 016

Un beau livre de cent haïkus illustrés par cent sumi-e. Tous les haïkus ont été écrits en français pendant et après un long séjour au Japon de l’auteur, séjour d’études des macaques (singe des neiges) locaux. Traduits ensuite en japonais et illustrés par Sachiko Mura, au pinceau. Chaque double page est une œuvre complète dans le respect de la tradition.
Un livre à offrir à toute occasion à ceux qui demeurent sensibles à ces instantanés fugaces de l’écriture et du pinceau.

Magie du matin
Sur une fleur de cerisier
Flocons de printemps
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Assis dans le temple
Les pétales tombent sur moi
Tout ne fait plus qu’un
*
Singe des neiges
Es-tu encore des neiges
Quand vient l’été ?
*
La lune dans le ciel
Sept milliards d’êtres sur Terre
Qui d’autre la regarde ?
*
Figés par le froid
Mille sommets, dix mille sentiers
Sans trace d’homme
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Titre : dans l’instant du large
Auteur : Luce Guilbaud
Editeur : LansKine
Année de parution : 2 017

Partir ! Laisser la demeure pour le mouvant, le fluide et le vent.
Tu écartes le ciel et la mer
des deux mains pour mesurer
le morceau d’horizon qui te revient
Cet horizon… dont tu ne sais rien
Pendant ce temps, pendant que le marin est en mer, à terre, celle qui attend, celle qui écrit
on se nourrit d’air du large
de rêves et de cartes
on laisse trainer une ligne
pour de possibles pêches miracles
Il y a cet écart, cette solitude et cette solidarité via l’imaginaire quand le coup de vent décoiffe les ajoncs. Cette part de silence où chacun va sans toucher l’autre.
Celle qui marche sur le sentier de sable et d’écorces ciel au-dessus et ventre blanc de mouettes
Passe le temps, compte les grains, ramasse les coquillages comme autant de petits trésors à lisser entre les doigts, comme caresse ; à offrir. Chacun veille à ses quarts, tient l’étoile entre les lèvres, la barre ou le crayon.
Jusqu’au moment du retour. Des retrouvailles. Chacun pareil à soi-même et déjà tellement différent.

Le livre poursuit son aventure maritime avec d’autres suites, plus courtes : Sur les mers sans filets, remontée de la Charente où le voilier hésite entre eau et terre ; devient le seul lieu habitable, sûr et vivant. La suite vagues sans cesse s’interroge sur le sens du voyage :
Est-ce la vague ou le bateau qui va à la caresse ?
Après un poème humouristique, sorte d’inventaire à la Prévert Provisinos our partir naviguer sur l’océan sans oublier un raton laveur, et Rhodes enfin plus près de l’abordage où le temps passé vient se mêler au présent, la dernière suite interroge la vie, la mort. Mourir en mer, perdu, fondu. Sans laisser d’autres traces que le vide. La mer de vos absences est un texte poignant, vibrant
La vie à chaque pas vers
plus loin toujours
par l’usure des galets
et toujours pour conclure cet appel, le désir de partir pour
repousser l’horizon
repousser l’avenir
sans savoir

http://www.editions-lanskine.fr/

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Titre : Roissy
Auteur : Alain Boudet
Editeur : Donner à Voir
Année de parution : 2 012
Un accordéon qui malgré l’avion aura mis du temps pour atterrir chez moi. Une halte. Une pause. Un exil. Le voyage suspendu. L’aéroport, de lieu de transit, devient lieu de bivouac. Les yeux s’ouvrent sur une autre réalité, l’envers du décor. La vie nocturne. Les gens oubliés. Les suspendus du voyage comme les suspendus de la vie pour qui le hall devient abri.
Quelques mots pour saisir ses vies. Les donner à voir. Des dessins comme croqués façon carnet de voyage.
Un accordéon aux sons de saudade, de blues. A laisser résonner en soi.

http://www.donner-a-voir.net

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Titre : Je t’écris fenêtres ouvertes
Auteur : Isabelle Alentour
Editeur : la Boucherie littéraire
Année de parution : 2 017

Voilà un livre bleu dont on aurait tort de se priver !
La poésie est affaire de perte (pas uniquement mais c’est une de ses pistes et depuis longtemps), d’absence.
Ecrire un mot
en pensant que c’est le dernier
c’est accorder une place au vide

à un vide ouvrant sur
un autre vide

celui de l’absence
où il semble que tout se perd

C’est ainsi que s’ouvre ce livre à chuchoter, murmurer ; dans cette tonalité intime où l’on se tient au seuil de la merveille… (comme l’a écrit Barnaud).

Il y a toujours un avant, un pendant et un après ; à chaque instant le monde change et n’est plus jamais le même. C’est dans ce mouvement que vont s’inscrire les quatre parties de ce livre. Dans ce moment de basculement, d’entre deux quand se jouent de nouveaux possibles et que s’ouvrent de nouveaux horizon (qu’on franchit ou pas).
Car tout horizon n’existe que pour être franchi (parfois on n’ose pas) ; ici avec les mots d’Isabelle Alentour aucun doute le franchissement est effectué, réussi et plus rien n’est pareil.
D’abord il y a le Une, première partie. Celle de l’attente, une attente qui n’en est pas tout à fait une : c’est le quotidien solitaire et heureux, sans inquiétude. Et puis l’autre arrive, et déjà le mouvement s’enclenche. L’oscillation comme un pendule entre en soi…
Ensuite il y a le Deux. Deuxième partie. La rencontre. Rencontre amoureuse. Totale. Avec les corps partagés pour viatique. L’exultation et son exaltation ; une respiration nouvelle : tout est différent, neuf est joyeux.
Vient alors en troisième partie le Seule. L’après. Le manque. Et le désir et le souvenir. Tout se conjugue au présent : on ne vit que dans ce moment-là. Avec l’écriture comme table de nuit, compagne du silence et de l’évocation.
Et puis arrive un Nous en quatrième partie. Un nous au conditionnel. Un rêve, un désir ou un espoir… Tout cela peut-être. Car tout est différent, tout a changé. Alors avec ce nouveau regard sur le monde, avec ce nouvel éclat dans les yeux, on peut poursuivre le chemin. ce chemin qui s’ouvrait derrière l’horizon sauté.

Un livre tout en justesse, en émotion et silence. Un petit bijou.
Décidément ce boucher littéraire pourrait devenir bijoutier.

http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/editions-la-boucherie-ltiteraire-c27101010

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Titre : Au fond de nos yeux n°2
Auteur : Yvon Kervinio
Editeur : L’aventure Carto
Année de parution : 2 017
Une trentaine de poètes pour ce second volume d’Au fond de nos yeux. Le photographe Yvon Kervinio saisit dans les yeux de ses modèles l’étincelle. Art difficile de l’instantané, de l’instant. Donner à voir, en noir et blanc, l’éclat du poète ; ce n’est pas aussi simple que d’appuyer sur le déclencheur.
Chaque portrait ainsi réalisé palpite comme une mer au soleil. Chacun est accompagné d’un poème, inédit ou non. On obtient ainsi une anthologie et une galerie de portraits.
Un fragment de cette grande famille des poètes de ce début 21e.

Blog : yvonkerviniophotographe
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Titre : Elle(s)
Auteur : Kouan Tawa
Editeur : Lanskine
Année de parution : 2 016

Un livre en deux parties : Ici Elle parle (et sa parole est chant)/Ici Elle chante (et son chant est parole). Dans la première, la voix s’appuie sur des j’aurais aimé et sur tous les désirs, les rêves, les inaccessibles. La pensée, intérieure et cachée, qui permet de tenir quand la réalité oppresse, blesse et rétrécit la vie aux gestes du quotidien sans échappatoire. Dans la seconde, la voix explore cette réalité, s’engage dans la cité par la parole, demande des comptes et soulève le réel pour tenter d’y insérer plus d’humanité.
Un poète à l’écoute du long combat des femmes pour accéder à la liberté, l’égalité. Un combat perpétuel et toujours d’actualité malgré les avancées.
Un poète fraternel. Des textes à mettre dans toutes les mains pour continuer d’avancer justement.
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Titre : le quincaillier, la remailleuse et autres métiers perdus
Auteur : Constantin Kaïteris
Illustrations : Brigitte Dusserre Bresson
Editeur : Corps Puce
Année de parution : 2 017

Les recueils de Constantin Kaïteris sont toujours axés sur une thématique particulière : le corps humain (de la tête aux pieds et des pieds à la tête), les animaux (les Zanimaux Zétonnants chez corps Puce déjà), le jardin (un jardin sur le bout de la langue chez Motus). Celui-ci n’échappe en rien à cette habitude : les métiers. Pas n’importe quels métiers : ceux qui sont en danger d’extinction. On pourra établir un parallèle avec les animaux en danger, les objets obsolètes et tout ce qui nous confirme que si pendant des siècles la manière de vivre est restée assez semblable d’une génération à une autre, depuis les années cinquante c’est une véritable mutation qui s’opère. Ces métiers, je les ai connus petit ; je ne les vois plus ou quasiment plus sur la côte d’azur. chaque métier a son poème. Ce livre est une mine sociologique. Une galerie de souvenirs sépia. Avec ce zeste d’humour caractérisque de l’écriture de Kaïteris, c’est un bon moment de lecture assuré.
Mes préférés seront les métiers imaginaires comme le tailleur d’ombres emprunté à Fred (Philémon) ou le doreur de pilule et d’autres…

En classe, on pourra se pencher ainsi sur cette histoire proche, comme sur l’invention de métiers farfelus mais si utiles…

Le tailleur d’ombre

Un rouleau de tissu de nuit noire
un mètre ruban
une parie de lourds ciseaux
de tailleur, c’était son matériel.
de l’ombre en personne, qu’on avait
du mal à s’interposer entre le soleil
et les murs, qu’elle s’estompait au clair de lune,
que votre projection
s’effilochait, s’usait jusqu’à la trame,
il vous en taillait une nouvelle bien sombre et bien nette.
Il vous fallait pour cela plusieurs essayages
et après vous pouviez l’emporter en voyage.

In philémon et le piano sauvage, Fred. 1 973. Dargaud
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Le doreur de pilule
Il travaillait avec de la poudre aux yeux
d’or
et un pinceau manié en douceur
toujours du côté du manche
du pouvoir
veillant à ne pas se faire pincer
par le populo à gogo
en remettant une couche
pour celles qui étaient les plus dures
à avaler
et parfois ça ne passait pas
la dorure fondait
et le populo ta trouvait amère
et s’il la recrachait la pilule
il descendait dans la ure faire la révolution.

http://www.corps-puce.org/cat/auteurs/constantin-kaiteris/

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Roman
Titre : Le vertige des funambules
Auteur : Eric Sanvoisin
Editeur : Calicot
Année de parution : 2 017

5 textes courts. Prenants. Poignants. D’actualité. Le premier met en scène les algues vertes sur les plages bretonnes, le deuxième et le quatrième abordent le handicap aussi bien pour l’enfant concerné que ses parents, ses copains et le ballon de foot. Le troisième, les familles séparées, recomposées et l’impossible désir d’un Noël quotidien. Le dernier les défenseurs des arbres et des forêts ancestrales face aux constructeurs de routes économiques modernes.
Des textes forts. L’idéal pour des élèves de cycle 3 et de collège pour découvrir à la fois un auteur engagé et les réflexions que sa lecture peut générer en débat de classe ; pour des achats classe le prix est bien adapté : 7.50€. Idéal aussi pour un cadeau, histoire de donner autre chose que de la bouillie médiatico-culturelle qui fleurit sur les écrans et dans certaines éditions de presse ou de livres.
Une nouvelle maison d’édition qui s’engage. A soutenir sans modération.

https://i0.wp.com/lecalicot.fr/wp-content/uploads/2017/03/Le-vertige-des-funambules-couverture-entier.jpg

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Titre : La trouille
Auteur : Julia Billet
Editeur : Le Calicot
Année de parution : 2 017

Court roman. Ça commence dedans. Dans une prison. Un homme. Sa vie dans l’enfermement. Une vie entre les murs. Une vie invisible.
Quand se profile la fin de peine, c’est la trouille qui s’empare du ventre, du corps et de l’âme du prisonnier. Un vertige à vomir. Un vertige, ça se soigne mais comment ?
Ce sera la suite du livre. Je ne vais pas le raconter ici.
Ce qui est frappant ici, c’est la justesse des sentiments. Le désir, le manque. L’angoisse. Et ce souffle qui redresse le corps pour aller de l’avant. Pour oser avancer. Oser vivre.
Vivre se gagne, et vivre libre n’est pas aussi simple que prononcer ces deux mots. Chacun se rassure dans son enfermement et en ouvrir les cadenas demande une bonne dose d’espace et de regard.
Un court roman, certes ; mais profond. Comme une ligne d’horizon qu’on franchirait, une ligne d’atmosphère et puis l’infini… l’infini vertige d’être vivant.

https://i1.wp.com/lecalicot.fr/wp-content/uploads/2017/03/La-trouille-couverture-entier.jpg

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Titre : A la place du coeur
Auteur : Arnaud Cathrine
Editeur : Laffont
Année de parution : 2 017

Deux livres. Saison 1 et saison 2. Saison 1, on suit le narrateur, un jeune homme de terminale avec ses copains, son premier amour. Six jours comme on en a tous vécu. Sauf que là, un des amis de Caumes : Hakim est lynché par des camarades de classe extrême droite. Sauf que c’est l’année de Charlie… et que rien ne va plus comme avant.

http://www.laffont.fr/site/a_la_place_du_cet156ur_saison_1_&100&9782221193334.html

Saison 2, plusieurs cahiers. Celui du cousin, celui de l’ex copine et celui de Caumes. Pour s’en sortir, pour retrouver du sens à la vie, dépasser l’indicible : l’écriture. Une autre année de la vie de Caumes, étudiant à Paris. Avec toujours en toile de fond l’actualité : les attentats de novembre au Bataclan, Carillon, Petit Cambodge.

http://www.laffont.fr/site/a_la_place_du_cet156ur_saison_2_&100&9782221197295.html

Une année dans la vie d’un ado. Une réussite !
C’est prenant. Maitrisé. Tellement vrai ! Je me suis régalé !

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Titre : Orient extrême
Auteur : Mireille Disdero
Editeur : le Muscadier
Année de parution : 2 017

Cinq nouvelles, dont deux longues. En Asie. L’auteur qui termine un séjour de plusieurs années en Thaïlande, y aborde avec délicatesse la vie de quelques adolescentes, adolescents en Asie du Sud Est. Le travail ou l’esclavage moderne, la prostitution… Le choc culturel également apparait avec la découverte par un jeune homme parisien, étudiant en médecine, de l’envers du décor touristico paradisiaque.
Des textes précis, efficaces et direct qui savent rester loin des bons sentiments mièvres.
J’espère que dans ses valises d’autres manuscrits témoins de son séjour, attendent d’éclore.
Un livre qui ouvrira les horizons tant géographiques qu’humains des lecteurs dès le cycle trois et au-delà. Un livre à installer en bonne place dans les bcd des écoles primaires et les cdi des collèges et lycées.

http://www.muscadier.fr/catalogue/orient-extreme/

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Titre : Les maîtres du vent
Auteur : Judith Bouiloc
Editeur : Artège
Année de parution : 2 016

Une école où on apprend à voler et à maitriser les vents. J’aurais bien aimé la fréquenter. Aussi me suis-je bien amusé à suivre les aventures de Yann dans ce monde différent du nôtre. Pas si différent, on y trouve dans le désordre : amitié, amour, sympathie, connivence, haine, ambition, traitrise etc. Tout ce qui relève de l’humanité. C’est raconté avec jubilation, je m’y suis bien senti et j’ai suivi le vent. Un livre à placer bien en vue dans les cdi par exemple pour ce subtil équilibre entre imaginaire et réalité. ce fil où se jouent tant de jeux dans la vraie vie.

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Titre : Le tabac Tresniek
Auteur : Robert Seethaler
Editeur : Gallimard
Année de parution : 2 016

Vienne. Juste avant la Guerre. L’arrivée en ville d’un grand adolescent venu de la campagne. Apprenti chez le buraliste Tresniek. Apprentissage du métier, de la ville, de l’amour, de la vie… Une rencontre capitale va l’aider à grandir et à s’affirmer. Frank va devenir un homme et tenter de le demeurer malgré la montée du nazisme. Un livre à la douce mélodie, aigre-douce. Beaucoup d’humanité : j’ai pris plaisir à suivre les pages de ce voyage Viennois autant qu’intérieur.

Du même auteur on lira avec le même bonheur, en tout cas pour moi, Une vie entière. L’histoire d’un homme, tout simplement. Un de ces hommes qui, dit-on, n’ont pas d’histoire.

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Titre : Emma
Auteur : Tess Corsac
Editeur : le muscadier
Année de parution : 2 017

Un livre tout à fait à son aise dans la collection Rester vivant du muscadier. En effet, dans un futur indéfini mais pas très éloigné de notre présent, un nouveau virus « Emma » décime les populations. Très volatile, contagieux et retors, il détruit tout sur son pa
ssage. La société ne fonctionne plus, nulle part.
Ce récit haletant, que j’ai lu d’une traite, pose une question :
Qu’est-ce qui nous rend humain ?
Les aventures des jeunes héros, et des adultes qui les accompagnent, tournent autour de ce questionnement fondamental.
On trouvera, j’espère, ce bon roman dans tous les cdi des collèges et lycées.

https://www.muscadier.fr/catalogue/emma/

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Sauveur et fils
Marie Aude MURAIL
ÉCOLE des loisirs

Quand on aime les histoires, on ne peut que se laisser prendre par le talent de M À M. C’est ce qui m’est arrivé en ouvrant ce livre. Trois saisons de la vie de Sauveur et de son fils. On les suit dans un quotidien qui va du quotidien de chacun jusqu’aux complexités romanesques. Tout reste cependant crédible. La diversité des personnages, leurs itinéraires et leurs rapports les u s avec les autres portent le lecteur vers des moments d’émotion, d’humour et de joie.
Les livres de M A M révèlent un monde finalement pas aussi triste et noir qu’on pourrait le croire, mais plutôt un monde où le partage existe. Ou aimer demeure non seulement possible mais porteur d avenir.
Un des ces livres dont on sort en se sentant un peu meilleur, plus optimiste et avec un grand sourire.
Un livre en quatre saisons

https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/sauveur-fils-grand-format-saison-1

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Je suis… Charlie Chaplin
Daniel Bonnet
Jacques André éditeur

D’une visite au Chaplin world à Vevey, Suisse, un magique et féerique musée qui vient d’ouvrir ses portes au printemps 2017 dans le manoir de Ban, maison de Chaplin, j’ai ramené de petit livre. Il présente la vie de Chaplin, de son enfance pauvre dans l’East London à ses dernières années au manoir avec sa femme et leurs huit enfants, en passant par la Californie. Une sacrée vie.
J’y ai appris beaucoup et du coup mieux compris le personnage de Charlot.
La deuxième partie du livre parle de ce vagabond, comme l’appelait son créateur. On y suit son évolution, sa complexité et son actualité universelle.
Pour aller plus loin dans la complicité avec ce personnage intemporel et avant d’aller au manoir, un bon moyen que lire ce livre.
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Titre : Gagner la guerre
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Editeur : folio sf
Année de parution : 2 015

Un pavé estival de 1 000 pages ou presque. Une cité imaginaire Ciudalia dans un vieux royaume où l’on côtoiera quelques nains, sorciers magiciens et autres elfes. Des hommes de pouvoir et les disputes qui vont avec, les discussions, les secrets. Des hommes de main comme le narrateur de ce récit Benvenuto, bel escrimeur, bon négociateur, aventurier…
Le ton est vif, bien vif. Les héros rebondissent d’évènement en évènement. Parcourent le vieux royaume.
L’aventure personnelle de quelques uns se noue à l’aventure de la Cité. On est dans ce grand débat : l’individu/la société ou comment mon histoire personnelle influe sur celle de la société et réciproquement.
Bref, un pavé qui m’a bien tenu en haleine trois après-midi d’été. Un auteur à suivre !

http://www.folio-lesite.fr/searchinternet/advanced?SearchAction=1&all_title=gagner+la+guerre

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L’enchanteur
René Barjavel
Folio

Dans ce roman enchanté Barjavel visite à sa manière la légende de merlin. C’est plein d’humour’ de tendresse et de moyen âge. Un moyen age qui jongle avec le merveilleux tout en osant de droles de clins d’oeil avec le 20e siecle. De l’aventure, de l’amour et tellement de jeunesse dans ce livre que sa lecture est un joyeux moment. Un roman dont j’ignorais l’existence Jusqu’à ce qu’il croise mon chemin et que je vous invite à découvrir.
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Titre : impossible ici
Auteur : Sinclair Lewis
Editeur : La Différence
Année de parution : 2 016

Première publication de ce roman politique : 1 935. Traduit en français par Raymond Queneau en 1 937. Ce roman, politique fiction, semble résonner très fort avec notre actualité politique occidentale.
Aucune forme de dictature ne saurait aujourd’hui prendre le pouvoir dans notre monde via les urnes, c’est impossible ici, n’est-ce pas ? Et pourtant c’est ce qui arrive dans ce roman américain.
Une fiction prenante, actuelle. Comme quoi rien de nouveau sous le soleil. Et s’il était temps de se réveiller un peu plus, semble nous dire Sinclair Lewis.

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Titre : VerduNissa
Auteur : Pascal Colletta
Illustrations : Mickaël Crosa
Editeur : Mémoires Millénaires
Année de parution : 2 017

Ange, un jeune homme d’Ilonse, dans la vallée de la Tinée, Mercantour, mène sa vie comme tout le monde ici. Les cultures sur les restanques, les bêtes, la famille, les copains et l’amour…
Tout ceci va être bouleversé par la guerre. Le voilà qui traverse la France pour vivre l’enfer des tranchées.
Tout le monde connait l’histoire. Mais Ange la raconte à sa façon, avec ses mots –le Texte est écrit en occitan gavot ilonsenc, et traduit en français. Il écrit à sa fiancée, le quotidien de la guerre, ses pensées… Elle répond par des fragments poétiques.
Quand on passe dans nos villages (et dans les autres aussi) on voit sans s’y arrêter bien souvent ces monuments aux morts avec la liste des noms. Ange leur donne un corps et une âme.
Un livre à offrir autant à ceux que l’histoire passionne qu’à ceux qui aiment le haut pays Niçois !

http://www.memoires-millenaires.com/component/jshopping/search/result?Itemid=0

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Albums
Titre : Carnet de voyage en Queyras
Auteur : Françoise Malaval
Editeur : Editions du Queyras
Année de parution : 2 008

Je découvre ce carnet quelques mois après le départ de Françoise. J’y retrouve un pays que j’aime pour l’avoir arpenté quelques fois et que j’espère encore parcourir. J’y retrouve la main, le chaleureux regard et la douceur de Françoise Malaval. Cette manière de donner sans en avoir l’air, sans se prendre au sérieux, juste de donner l’essentiel. Le trait, la touche de couleur et au-delà l’essence du lieu. Ce qui nous permet de vibrer quand on y est résonne à nouveau quand on se plonge dans la page.
Avis à tous les amateurs du Queyras : un carnet à mettre sur le lutrin !

http://www.artisanat-queyras.fr/boutique/livres-photos/313-carnet-de-voyage-en-queyras.html

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Titre : vingt mille ans
Auteur : Jean Villemain
Editeur : L’initiale
Année de parution : 2 017
Un magnifique album aux encres envoûtantes. Pleines d’émotions, de silence et de gravité. Car c’est un livre grave.
« J’habite près de la frontière… ». Il y a des barbelés, de l’attente et des souvenirs d’au-delà de la frontière… Du temps d’avant… Avant quoi ? On le découvre en fin d’album, via les images. Tout est suggéré, léger et cependant si intense.
Personne ne vient d’au-delà de la frontière. Sauf parfois un animal. Sauf parfois un nuage. Un souvenir.
Une longue attente se profile… comme un long soupir résigné… Une attente qu’on occupe à vivre. Il y a du lait à aller chercher… Du temps à partager. Des gestes simples. La vie continue.
Un livre qui peut donner à réfléchir, à discuter. Un livre qui s’engage, mais sans être un livre prêcheur. J’aime.

www.linitiale.fr
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Titre : Quelque chose de rond
Auteur : Calouan
Images : Jérémy Parigi
Editeur : La Pimpante
Année de parution : 2 017

Après Toi, ma maman à l’infini, une deuxième réussite de ce duo qui manie la tendresse, l’humour et la délicatesse. Un album sur le mystère de la grossesse. Des mots, des idées à hauteur d’enfance et c’est bien là le plus difficile à atteindre dans ce type de projet. Images et textes s’harmonisent avec douceur. On est bien confortable dans ces pages pour rêver, sourire et garder l’esprit d’aventure. D’émerveillement aussi.
Un album à mettre dans toutes les bibliothèques, qu’elles soient scolaires, publiques ou personnelles.

www.lapimpante.com
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Titre : Miss Ming
Auteur : Valérie Dumas
Illustrations : Jean-Pierre Blanpain
Editeur : Hongfei
Année de parution : 2 017

D’abord saisi par les images et leurs couleurs. Une palette très vive, pleine de détails sur un papier blanc et des fonds en paysages noirs pinceau. Ça surprend. Ça prend. Ça envoute et on est parti. Comme à dos de rêve.
On part sur le dos des mots. Une jeune fille. Une grand-mère. Absente. Reste la maison. Les objets. Le souvenir. Les souvenirs. Comme des songes. La jeune fille cherche et finit par retrouver un des cadeaux que lui avait offert Miss Ming, sa grand-mère. Le plus beau de tous. Le plus beau cadeau qu’on puisse offrir.
La magie peut ainsi poursuivre ses joies.
En dire plus serait ébrécher le livre et la saveur de le découvrir.

http://www.hongfei-cultures.com/catalogue/titres/miss-ming/

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Titre : Tout au bord
Auteur : Agnès de Lestrade
Illustrations : Valeria Docampo
Editeur : Alice
Année de parution : 2 014

J’ai été séduit par ce livre que j’ai découvert à Merlieux (25e fete du livre). Il aborde la poésie par la tangente. Un pari osé ; bien loin de la parallèle, de la perpendiculaire ou de la perte… tant de rivages à cette impalpable poésie. Là c’est sur le bord, tout au bord… ce petit saut, ce pas plus loin que j’aborde dans nombre de mes livres, histoire d’aller voir ailleurs si j’y suis, un peu plus loin que le bout de mon nez.
Inviter le lecteur à sortir du livre comme des autoroutes de la pensée, un pari osé, je l’ai déjà dit. osé, gagnant pour ma part.
Je conseille d’offrir ce livre à vos enfants, petits enfants et autres personnes chères car, c’est un des secrets de la poésie, oser prendre le risque du un peu à côté…
Les images de Valeria Docampo accompagnent avec grâce et lumière ces quelques mots. Le tout ouvre des horizons à parcourir…