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Le petit dragon bossu et bancal
©Patrick joquel
www.patrick-joquel.com

Il était une fois un tout petit dragon, tout bossu, tout bancal et même un peu aveugle. Quand il marchait, il boitait. Quand il soufflait, sa flamme bégayait. Quand il volait, il s’écrasait. Tout le monde se moquait de lui. Petit dragon bancal était bien malheureux. Il était si malheureux qu’un soir il décida de partir.

Il partit après le douzième coup de minuit. Il partit tout seul et dans la nuit. C’était une nuit profonde et obscure. Il partit sans caillou dans les poches. Il partait pour ne jamais revenir. Il partait cahin-caha dans la nuit en s’éclairant par intermittence d’un souffle alternatif et silencieux.

Il s’arrêta au cœur de la nuit, au cœur de la forêt. Contre une souche. Et là il s’endormit, seul et le cœur en larmes.

• Hou ! Hou !
Petit dragon bancal ouvrit un œil. Il ouvrit le deuxième. Deux grands yeux le regardaient. Comme il était poli, il demanda :
• Bonsoir, qui es-tu ?
• Je suis la chouette. Tu as l’air perdu et malheureux.
• Comment le sais-tu ?
• Je suis la chouette et je vois dans l’obscurité.
• C’est pratique.
• Ne bouge pas.
La chouette s’envola et déposa sur le front de petit dragon une perle de rosée. D’un coup de bec, elle la fixa.
• Voilà. Avec cette perle de rosée, toi aussi tu verras quelques-uns des secrets du monde et des hommes…
• Merci. Merci infiniment.
La chouette ouvrit un peu plus grand ses yeux, regarda encore et dit :
• En plus, elle te va bien. Tu es beau comme une étoile !
Et elle disparut en chantant dans la nuit.

Petit dragon n’avait plus ni sommeil, ni peur de la nuit. Il était tout excité. Personne ne lui avait jamais dit qu’il était beau et beau comme une étoile !
Alors il reprit son cheminement, tout bancal avec sa flamme intermittente. Cependant, la nuit n’était plus aussi obscure qu’avant. La lune et les étoiles n’éclairaient pas mieux, non, mais avec sa perle au front petit Dragon voyait comme il n’avait jamais vu. Il comprenait. Il alla donc le cœur plus léger jusqu’à l’aube et l’aube le trouva debout sur la plage, face à l’Est.

L’horizon s’éclairait. De plus en plus. Bien orangé, avec un bleu tendre. Quand cette petite ligne au loin sur la mer s’enflamma et qu’un arc de soleil apparut, petit Dragon sentit comme une petite flèche de joie dans sa poitrine. Et cette joie grandit avec l’apparition du soleil jusqu’à devenir aussi ronde que lui. Ce tout jeune soleil traçait un chemin sur les vagues droit sur petit Dragon et sa chaleur l’enveloppait, le pénétrait. Petit Dragon jubilait comme les vagues sur les rochers. Il était si joyeux qu’il prit une grande inspiration et laissa éclater sa joie en une longue flamme. Oui, une longue et belle flamme ininterrompue. Il était si surpris qu’il recommença. A nouveau sa flamme brillait longue et rouge ! Petit Dragon ne bégayait plus.

Sur un rocher se tenait ailes déployées un drôle d’oiseau noir. Petit Dragon s’approcha :
• Salut toi ! Que fais-tu comme ça ?
Et il écarta ses ailes pour imiter l’oiseau.
• Je sèche mes plumes.
• Il n’a pas plu cette nuit.
• Je viens de pêcher. Je me nourris de poisson frais. Je plonge et je nage sous l’eau ; quand j’ai fini : je sèche.
• D’accord ! approuva le Petit Dragon qui comprenait mieux à présent. Je n’ai jamais été sous l’eau.
• Viens, je t’emmène.
• D’accord !
Et les deux plongèrent. Le cormoran apprit à Petit Dragon à nager sous les vagues et cela lui plaisait beaucoup. Cela lui plaisait mieux que voler. Il gouta un poisson et le trouva bon. Très bon. Il en pêcha une bonne douzaine ! Ensuite ils se perchèrent tous deux sur un rocher pour sécher.

• Tu sais ce que je vais faire quand je serai tout sec ? demanda Petit Dragon.
• Comment veux-tu que je sache ? Je suis un cormoran, pas un devin.
• Je vais retourner dans mon village et je deviendrai le pêcheur du village.

Petit Dragon retourna au village et donna ses poissons à qui en voulait :
« Demain j’irai en chercher d’autres ! » ajoutait-il à chaque fois.

Ce petit dragon était toujours tout bossu, tout bancal. Quand il marchait, il boitait toujours. Mais quand il soufflait, sa flamme ne bégayait plus. Quand il volait, il s’écrasait toujours. Mais depuis qu’il nageait et qu’il pêchait, les villageois ne voyaient plus tout cela, ils aimaient ce petit dragon pêcheur tel quel. Lui, il avait trouvé sa voie, il était heureux sous l’eau, il partageait sa joie. Tout simplement.

Le petit dragon bossu et bancal
©Patrick joquel
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