PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

TEXTES

d’expo en expo
© Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com

*
Cendres

Tu mets tes doigts dans la cendre
et la douceur du silence
palpe ta peau

Ton geste est ancien

Cendre
sablier de notre histoire

Cendre
farine du feu

Cendre
trace de parole

Cendre
peur en poussière

expo Léonardo Rosa
Nice fin 20e siècle

*

Pistes de papier

Tu joues avec la lumière
et les couleurs sont légères

Le regard les traverse
comme on traverse
avant de renouer
les fils de sa joie
peine et douleur

Tes pistes de papiers tendus
allègent nos paupières

Elles tracent pour nos yeux
les chemins qui conduisent au ciel

expo Oscar Lloveras, Lille fin 20e siècle

*
A bord du Transroubaudien

1
Partir disais-tu
Mourir de ne pas mourir
Essayer encore

2
En ces temps là je vivais en rouge
et seuls quelques arbres s’obstinaient
à l’unique fenêtre de mon adolescence

La nuit je coupais mes songes à la tronçonneuse
hélas je n’avais pas assez de fourneaux
ni de foyers
pour les brûler tous

Tel un anthropophage
Affamé de forêts
Je signais de sang frais
Chacun de mes voyages

J’écoutais mes arbres
traverser le siècle fondu au napalm
sans jamais rien entendre d’autre
que mon cœur battant pavillon rouge à mes semelles

Parfois
l’insomnie éveillait devant moi
de flamboyantes hallucinations
et je croyais voir alors
ce que l’autre poète aperçut jadis
de son grenier

Je traversais alors pays et paysages
sans les voir
solitaire
et je tétais à une douleur
qui n’était ni sage ni tranquille

Je collectionnais les corps de femmes
non pas pour nourrir quelque sordide tableau de chasse
mais afin de désaltérer mes soirs de blues
à leurs courbes bleues

Je collectionnais aussi les graines de mes voyages
avec le secret espoir
qu’une fois cloué par l’âge à mes balcons
je puisse garder le monde à hauteur de mes yeux

A ce jeu des regards
je cligne le premier des paupières

Saurai-je
au moins un jour avant ma mort
mûrir aussi sereinement qu’une fleur
et
quel papillon osera venir
boire à mon mystère

Dorénavant
je n’en finirai plus de naître

exposition Roubaud à Mouans sartoux, fin du 20e siècle.
Mouans-Sartoux. hiver 2004.

*
Interrogations

Tu te tiens
là tout en creux

un vide
entouré par ta structure d’atomes

tes bras enserrent tes jambes
tes yeux sont fermés

sur ton silence

tu tiens
ton centre de gravité
bien au chaud

ton corps
te sauve
du vide

*
Tu te tiens

autour d’un arbre

l’arbre
jaillit de toi

protège

qui se nourrit de l’autre
?

des mots
marquent
ta peau
ton silence fonde
la parole

le vide vibre
et vit

*
Tu entres en toi

retour matriciel

de quoi te souviens-tu
?

et dans quelle mémoire
?

qui
en toi
se souvient
?
et de quoi
?

quel est ce désir
?
et quelle parcelle de toi
se souvient
?

de quoi
?
de qui
?

à quelle langue
reviens-tu puiser
?
pour dire
quoi
?
*
Tu écoutes
ce qui vibre alentour

ce qui se balance
ce qui tient
ce monde suspendu
au vide

quel est ce vent
qui te murmure
à l’oreille
?

quel est ce son
extérieur à ton corps
qui pulse
et vivre
et t’éclaire
en dedans
?

quelle est cette parole
dont les lettres
marquent ta peau
?
te nomment
?

*
Tu te tiens

dans un clos silence

tout
tourne
en toi

les mots
te ferment les lèvres

tu n’as plus rien à dire

la lumière
joue avec ton corps
te pulse
et t’irradie

ton souffle est lancé
ta vie aussi

tu te tiens là
replié
sur le bord extrême
du mystère

juste là

entre le clair
et
l’obscur

*
La vibration
t’enveloppe

te protège

quel souvenir
de caresse au ventre
et quelle douceur
de peau
?

Jaume Plensa
Mamac de nice, hiver 007/008

*
©Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com