PATRICK JOQUEL Sur ce site, mon agenda des manifestations, des animations ainsi que les dernières publications.

décembre 20

Patrick Joquel
écrits en cours
work in progress

Un livre poèes temps présent intemporel à voir avec gael ensuite
Décembre
4
avant cinq heures
nuit obscure au balcon
j’écoute la pluie
drue
je sais que plus haut il neige
je souris
mes pensées glissent sous les flocons
repèrent la pente où tracer quelques arabesques
à partir de cinq heures
le lampadaire orange la nuit
au balcon
je vois la pluie à sa lumière
drue
non
je ne vais pas répéter ce que je sais
je vais me contenter du sencha fukuyu
et de son tapis sur mes papilles
j’attends
tranquille
une aube à coocooner la pluie

cette première lune hivernale
tient toute sa promesse

© Patrick Joquel

4bis
j’aime les fins de nuits
les aubes
les aurores et les petits matins
ce retour du soleil
de la lumière
et ces cheminements vers midi

j’aime aussi les lents crépuscules
l’entrée en jeu des étoiles
les nuits de bivouac
le silence
et le furtif éclat d’un météore

qu’est-ce que j’aime encore
?
est-ce qu’une liste est un poème
?
est-ce qu’un poème qui énumère est une liste
?
est-ce qu’on prend un poème
pour guider sa randonnée dans les allées du marché
ou les rayons d’une grande surface
ou bien
ne l’oublions pas
pour le comptoir du commerçant de proximité
(on ne dit plus petit commerçant, petit ça connote, ça discrimine etc)
et de ses circuits courts ou longs
?
est-ce qu’un poème porte en lui
et sans aucun ajout de lectoricide ou de lecturitrites
de la bio-éthique
de la durabilité à empreinte carbone minime
avec un soupçon de solidarité
ou bien est-il ailleurs
dans les nuages de Charles par exemple
?

3
j’aime les raviolis de chez Rosine
une transmission intergénérationnelle
aussi bien dans la conception du produit
que dans sa dégustation
quatre générations
je ne sais pas si ceci est un poème
mais les raviolis de chez Rosine
sont les meilleurs que j’ai jamais mangé
j’en ai dégusté des différents
bons aussi mais différents
et au final
distancés par ceux de chez Rosine
je me souviens de cette vieille dame
dans son minuscule magasin
j’avais cinq ans
les plaques de raviolis
les charcuteries
l’Italie
et de l’éblouissement des papilles ensuite
à la maison
je le retrouve dans les yeux des petits enfants
quand ils ont le ravioli en bouche
et le sourire au parmesan
est-ce que savourer donne un poème
?
2 bis

2

j’aime la neige et skier
encore un autre poème
ces jours de glisse
de silence
et de lumière hivernale

j’aime la mer et nager
encore un autre poème
enfin au cas où c’en soit un

qui sait exactement ce qu’est un poème
?

6
première lune d’hiver
toute à ses promesses
neige abondante
et ensuite
un grand bleu soleil froid
lumière et douceur
tu respires
d’un air tout neuf
la fraîcheur sèche
et tu étincelles
comme un premier feu
paisible et heureux
paisible
et simplement heureux

7
premier sencha au balcon
étoiles ébouriffées
le noyer claque des dernières feuilles
vent force quatre
surprise à déguster à 5°
la nuit m’enveloppe
ample respiration
premiers jours d’hiver ici
silence froissé
un peu plus en altitude
un silence floconné
givré
fige l’espace hivernal
toute une gamme de blancs
d’ombres ou de lumières offre au regard
des temps infinis
la saveur des jours froids
avec en bouche
un soupçon d’agrume
goûte mes poumons

8 en allant chez le coiffeur
tu abordes le jour comme une aventure
à Mouans-Sartoux
tu prends le bus et tu joues au jeu des premières fois
debout en équilibre
quand tu pourras plus
et bien ce sera l’aventure de la vieillesse
et du « Monsieur asseyez-vous »
en attendant
tu regardes par la vitre ton territoire
il a changé depuis hier
toi aussi
hier tu roulais en vélo ici
les cheveux au vent
ivre de tes treize ans
puis casqué en moto
sérieux comme un dix sept ans
tu te souris à travers le masque bleu hygiène
et derrière tes lunettes ????
il te manque un bouclier avec écusson
pour être vraiment chevaleresque
et délivrer le monde de tout mal
alors tu le laisses tourner
tu ne sais pas si ce soir
tu aborderas le sommeil
comme une marée
ou bien comme une flaque
tu te dis que tu verras bien d’ici là
ce matin
en direction de Cannes
tu n’appuieras pas sur le bouton rouge
arrêt demandé
tu rouleras jusqu’’à la gare
terminus de la ligne

10
première pleine lune hivernale
la neige
des milliards d’étoiles tombent du ciel
des milliards de flocons
autant d’étincelles demain à l’aurore

tous différents
les flocons
parait-il
ça laisse plus que rêveur
cet infinité d’infini

je marche
ça crisse ici
ça croustille là
ça crépite aussi
la neige

l’appétit de vivre
et de skier
auréolé de poudre et de soleil
âme à nue
et le corps souple et magique

12
lumière ocrée ce matin
saveur sable
le givre suspend l’immobilité
dresse les cristaux de neige
en dix mille paillettes
là du balcon
les paillettes
je les imagine
je les connais bien
je sais qu’elles cristallisent
qu’elles jouent au diamant

lumière ocrée ce matin au balcon
donc
dans mon dos
les nuages bercent la mer
calfeutrent la lumière à présent
l’éclat orangé cède au gris cette première heure
silencieuse et givrée
immobile
patience hivernale
Geoffrey oryema en sourdine accompagne l’écriture en cours d’un roman

13
crépuscule
encore un instant bleu tendre à l’Ouest
je marche sous la nuit
lumière noire et pure
une première étoile
toujours la même
fidèle à sa place
et droit devant
Saturne et Jupiter
Saturne s’est bien rapprochée depuis l’autre soir
au bout de la rue
juste au-dessus du vieil orme
le regard du système solaire
le jeu des planètes
les lois de la gravitation
et toutes ces sortes de choses
qui me dépassent
m’accompagnent
je leur souris
je suis content des les voir
ça me rappelle que je suis juste un Terrien
un je suis rien
ça m’amuse
et ce matin
au premier mug thé balcon
Orion et ses copines
bien élégantes scintillantes
et quatre étoiles filantes
juste pour le plaisir
le jeu
ce jeu de vivre
15
Je vis dans l’instant
cet instant présent
cet état de vivant
un corps unique et fragile
avec ses flux de pensées organiques
électriques
ses chemins de terre empruntés
ses actes
ses gestes
ses rires
la vie
un seul présent

les temps de la conjugaison servent de balises temporelles
comme les cairns dans le paysage

je marche à la frange des vagues
écume blanche sur gris marin
gris ciel
gris sable
un cormoran m’accompagne
périscope alternatif
immergé dans son présent
croisement de regards
de consciences
je ne sais pas si son bec sourit à me voir
moi oui

20
peu leur importe sa couleur
les étourneaux dessinent le ciel
sur le chêne ou le noyer
mes arbres quotidien
comme des bougies noires
ils flambent ma joie
leurs voix pépitent
leurs vols allègent l’hiver

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21
la nuit
la pluie
le bruit de la pluie
aujourd’hui
comme un réveil paisible et tranquille
ou comme un cocon hivernal gris et doux
lové autour d’un mug de thé
patience et plaisir

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